‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 106 sur 143 · CHAP. XV. - REVUE DE DORESQUE · texte numérisé non relu

CHAP. XV. - REVUE DE DORESQUE

le spectacle d'un combat naval sur l'Hellespont. Le passage ne corn- Rem a» mença pas avant que le roi eût adressé sa prière au soleil levant, et ''™"fa per"' essayé de se rendre la mer propice en faisant des libations et en jetant dans les flots des vases d'or et une épée. Lorsqu'on eut jonché les ponts de myrtes et qu'on les eut purifiés avec de l'encens, les dix mille Immortels, couronnés de (leurs, ouvrirent le chemin. L'armée passa sur un pont et les bagages sur l'autre. Néanmoins le fleuve humain coula sans interruption pendant sept Jouis et sept nuits avant que le roi luimême, l'homme le plus beau et le plus majestueux de toute l'armée, eût mis le pied sur le rivage européen. Dans la grande plaine de Dorisque, sur les bords de l'Hèbre, on essaya d'énumérer les forces de terre. Dans ce but on forma une enceinte assez large pour contenir dix mille hommes; on Ut ensuite passer tour à tour sur cet espace la masse entière des troupes jusqu'à ce qu'elle eût été comptée selon ce procédé grossier. Cette opération achevée, Xerxès parcourut les rangs, monté sur son char, tandis que lesscrihes royaux prenaient les noms et sans doute le signalement des différentes races. Heeren (i) a conjecturé avec probabilité que c'est à ce document authentique qu'Hérodote emprunta sa minutieuse description de leurs costumes et de leurs armes.

Observons que la mode des Perses, sans doute empruntée par eux à Niticmqniii leurs anciens maîtres les Mëdes, dominait, à peu d'exceptions près, **?"""■ parmi toutes les populations situées entre le Tigre et l'Indus. L'arc était l'arme principale. On y ajoutait ordinairement une lance et unepetite épée. Les Saces étaient les seuls qui se servissent de la hache. C'est dans les armes défensives que se trouvait le plus de différence. Un grand nombre de tribus n'avaient pas de boucliers. La tunique, la cuirasse écaillée et les larges pantalons des Perses, qui employaient aussi une sorte d'écu en osier (2), contrastaient avec le vêtement de coton des Indiens, avec les peaux velues dont se paraient certaines hordes de montagnards, avec le manteau arabe (3) et les brillantes couleurs de *■

l'habillement des Saranges. Un bonnet ou turban, bas ou pointu, tenait généralement lieu de casque. Les Assyriens, on Chaldéens, se distinguaient par leurs casques d'airain, de forme étrange, leurs corselets de toile, et les massues de bois garnies d'acier qu'ils portaient en outre du bouclier, de la lance et du poignard. A l'exception de la massue, ils étaient armés de la même manièreque beaucoup de barbares de l'Asie occidentale ; parmi eux cependant les Lydiens suivaient A peu près la mode grecque; seuls les Lyciens de l'intérieur (lesMilyens] se servaient de l'are. On ne mentionne aucune troupe égyptienne ; la dernière révolte de ce pays n'aurait peut-être pas permis de les armer sans danger. Mais les Éthiopiens, les nègres de la Nubie avec leurs corps peints moitié en blanc moitié en vermillon* leurs longs arcs, leurs petites flè-

(1) Idée», II. p. 157.— (2)Le-jifpOT. Il était peut-être couvert en cuir, ei d'après les descriptions qu'on nous donne sur son usage, il était sans d oute aussi muni il une pointe propre à )e fixer debout quand on le plantait eu terre. On voyait dnns l'arsenal delà Tour i\e Londres un bouclier muni d'une semblable pique. — {3JLe!it^c. Ceui de quelques Irilins lliraces étaient bigarré».

tlt HISTOIRE DE LA GRÈCE.

elles dont une pierre aiguë formait la pointe, leurs piquet terminées par une corne d'antilope, et leurs massues noueuses, figuraient au nombre des physionomies les plus caractérisées de l'armée. Ces peuplades rencontrèrent dans le camp de Xerxès une autre race qu'Hérodote appel le les Éthiopiens orientaux. C'était une peuplade uoire aux cheveux crépus, voisine des Indiens auxquels elle ressemblait daas la manière de s'armer. Cependant, au lieu de casques, elle portait la peau d'une tête de cheval, les oreilles dressées et la crinière répandue sur leurs épaules. Toutes ces nations, dit Hérodote, étaient en état de fournir de la cavalerie, mais, pour plusieurs raisons, une partie d'entre elles seulement étaient obligées de le faire. Dans le nombre, cet écrivain mentionne une tribu nomade de race perse, les Sagarthes, qui étaient non moins habiles que les Américains du Sud à se servir de l'instrument qui nous est aujourd'hui familier sous le nom de lauo; un poignard complétait tout leur armement. La masse de la cavalerie était grossie par les dromadaires des Arabes et par les chariots venus de l'intérieur de l'Afrique et des frontières de l'Inde, auxquels les Indiens attelaient non-seulement des chevaux, mais encore des ânes sauvages. Toutes les grandes divisions de cavaliers et de fantassins avaient pour chefs des officiers perses.

*•■ Après celte revue, le roi se rendit à bord d'un vaisseau sidonien où une tente dorée lui avait été préparée afin d'inspecter la flotte et de faire enregistrer ses diverses parties. Suivant ce dénombrement, la portion armée de la multitude qui accompagna Xerxès sur l'Hellespont montait à dix-sept cent mille fantassins et quatre-vingt mille chevaux. La flotte comprenait douze cent sept bâtiments de guerre, et, outre les équipages Indigènes, chacun portait trente marins perses, mèdes ou saces. Comme elles s'avançaient vers le sud, l'armée et la flotte reçurent à la fois un renfort des tribus insulaires de la Thraec, de la Macédoine et des lies voisines. Hérodote évalue ces nouvelles forces à trois cent mille hommes d'infanterie et à cent vingt trirèmes. On n'a pas de molifs suffisants pour taxer ces calculs d'une forte exagération. Cependant l'imagination se fatigue quand elle essaie de comprendre ce qu'il a fallu d'approvisionnements pour entretenir une pareille armée. Hérodote lui-même, après B'élre donné le soin de compter la prodigieuse quantité de blé que les soldats consommaient chaque jour, renonça à trouver la somme additionnelle de ce qu'il fallut en outre pour nourrir les femmes, les eunuques, les troupeaux et les chiens.

La force réelle de l'expédition se dissipait au milieu de ces hordes sauvages, qui ne servaientà rien qu'à entraver les mouvements de l'armée et à consommer ses provisions. Les Perses formaient la principale force de Xerxès; aucune autre troupe ne les égalait en discipline et en courage. Les 24,000 hommesqui gardaient la personne du roi étaient l'élite de la nation entière. Cependant ceux-là même, comme leurs brillantes armures nous l'indiquent, étalent des soldats beaucoup plus propres à la parade qu'à l'action. Nous apprenons d'ailleurs qu'ils se distinguaient du reste de Tannée, non-seulement par leur discipline et leur

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