‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 142 sur 143 · N* VIII. — STRATAGÈME ATTRIBUÉ A THÉMISTOCLE. SSI · texte numérisé non relu

N* VIII. — STRATAGÈME ATTRIBUÉ A THÉMISTOCLE. SSI

temps mystère, précisément comme celui dont parle Plutarque. Les deux récits sont si semblables qu'ils paraissent évidemment sortir de la même tradition : la question est de savoir si Diodore ne mérite pas plus de confiance que Plutarque. Suivant Diodore, au lieu d'être à la fois inique, impolitique, et digne d'Être étouffé en germe, le plan de Thdmislocle était parfaitement d'accord avec la sagesse et la justice. Aussi fut-il mi^s à exécution, car il ne s'agissait de rien autre' chose que de faire des améliorations au Pirée et de le fortifier, ouvrage déjà commencé. Jusque-là Diodore a pour lui les témoignages réunis de tous les auteurs anciens. Mais la partie de cette histoire qui lui est propre est celle où il raconte la manière dont Tliémîs'oc'.e cacha quelque temps son projet; ici ce n'est pas exagérer de dire qu'il s'est surpassé dans l'extravagance de son absurdité.

Tliémistocle, après avoir éprouvé la jalousie des Spartiates lors de la construction des murs d'Athènes , craignit qu'elle n'intervint encore pour mettre obstacle à l'accroissement de puissance maritime que sa rivale pouvait espérer obtenir par suite de cette nouvelle entreprise. En conséquence il se proposa de cacher ses efforts le plus longtemps possible ; et, pour y parvenir plus sûrement, il voulut les dissimuler aux Athéniens eux-mêmes pendant quelque temps. Comme il fallait de; préparatifs qui exigeaient leur consentement, il annonça à l'assemblée qu'il avait conçu uu dessein d'une haute importance pour l'État, mais qu'il y aurait de l'inconvénient à le rendre public ; il demanda aux Athéniens de choisir deux personnes en qui ils auraient confiance pour en être juges et en dire leur avis. Le peuple désigna Aristide etXantippe, non-seulement comme des hommes d'une probité irréprochable, mais parce que, rivaux de Thémistocle, ils devaient examiner son projet avec une attention jalouse. Ils vinrent dire quece projet était utile, praticable et très -important pour la république. Malgré une telle assu. rance donnée par ses adversaires politiques, la jalousie populaire s'accrut encore davaniage. On soupçonna Thémistocle de tendie à la tyrannie, et on le somma de révéler son plan. De nouveau il assura que l'intérêt public exigeait le secret. Celte persistance ne put satisfaire le peuple, lequel pensait sans doute que s'il donnait sou consentement, le projet serait exécuté avant de lui Sire confié, et qu'il ne serait plus temps de révoquer son autorisation. Il ne parait pas que Thémistocle ait songé à calmer ces craintes en disant aux Athéniens que son projet leur serait pleinement et nécessairement révélé avant que l'exécution en fut commencée. Au lieu de cette assurance, qu'on aurait pu croire suffisante pour écarter toute objection , il eut recours à l'expédient, suggéré dans l'assemblée, de soumettre son plan au sénat des cinq cents et de s'en tenir à sa décision- Le sénat ayant porté un jugement non moins favorableque celui d'Aristide et de Xantippe, le peuple donna enfin son consentement, mais la curiosité publique fut excitée au plus haut degré.

Jusqu'ici nous ne voyons aucune manifestation remarquable de cette adresse, de cette habileté pour lesquelles Thémistocle est si renommé. Mais ce qui vient ensuite dans la narration de Diodore est un trait de politique supérieure. Un esprit vulgaire, qui aurait conçu un semblable dessein, aurait probablement jugé que le meilleur moyen d'en assurer le succès était de le communiquer à ceux qui le devaient exécuter avant qu'il fût connu de ceux qui pouvaient être t en lés de l'entraver ; c'était la marche que Thémistocle avait lui-même suivie dans une précédente et pareille r cession. Mais cela était trop simple pour être recommencé. Pour y suppléer il choisit une voie directement opposée, et inventa ce que Diodore appelle un stratagème d'un genre tout nouveau. Pendant qu'il tenait ses concitoyens en suspens dans l'ignorance de ses vues, il envoyait

oogte

une ambassade aux Spartiates pour les leur découvrir, en leur représentant que l'intérêt de la Grèce demandait qu'Athènes eût un port comme celui qu'il se proposait de construire. Après avoir ainsi pleinement instruit la jalouse rivale dont il avait à craindre l'intervention, il se mit a l'ouvrage. Les Athéniens ne lardèrent donc pis à être aussi bt-w informés que les Sparliates.

Si Tliémistocle s'était proposé, d'abord d'alarmer la jalousie de Sparte par l'annonce d'un dessein eitraurd inaire, qui ne pouvait tarder longtemps à y être connu, après les réclamations de l'assemblée des Athéniens, puis de fournir aux Spartiates la plus grande Facilité d'arrêter l'œuvre qu'il avait projetée, la marche que lui prête Diodore était judicieusement choisie. Mais dans la supposition contraire, cette conduite eût et* un défi porté à tous les calculs de la prudence humaine, et serait devenue fort embarrassante, si la sottise de Diodore n'avait trouvé un moyen facile de délier ce nœud.

Il semblerait qu'un historien moderne, capable d'adopter uu si prodigieux tissu d'absurdités, en l'appelant un récit simple et probable, ne peut avoir un jugement sain, et que, sous le rapport de la sagacité du critique, il ne mérite pas une place plus élevée que Diodore lui-même. Mais une Forte prévention peut souvent Faire descendre un faon esprit au niveau le plus bas. En vérité', l'incohérence de ce récit n'aurait pu échapper a un homme d'une pénétration ordinaire qui n'aurait pas été aveuglé par la passion ; * t cçt homme n'aurait pu manquer d'observer que, quoiqu'il soit très -improbable que Diodore ait inventé une pareille histoire, il a facilement pu trouver de s matériaux qui ne demandaient qu'une main aussi habile que la sienne pour prendre cette forme simple et probable. Mais ce récit, un peu coloré et déguisé, promettait une excellente satire de la démocratie athénienne, et la tentation était irrésistible pour un esprit tellement trempé qu'il ne pouvait rien trouver de mieux dans l'histoire grecque qu'un instrument propre à servir les vues d'un parti politique.

Nous croyons qu'une médiocre attention donnée au récit de Diodore suffit pour prouver qu'il est tout à Fait incompatible avec ce que dit Thucydide, i, 93; et nous ne saurions croire que Diodore lui-même, si dénué de sens critique qu'il pût être, eût rapporté un tel Fait, s'il avait su, ou s'il s'élait rappelé que les constructions du Pires étaient déjà 'commencées. Évidemment i( suppose que le projet de Tliémistocle ne fut conçu qu'après la retraite des Perses ; autrement l'absurdité de cette tradition eût été trop maniFeste, même pour lui. Cela est également évident, quel qu'ait été le degré d'avancement des travaux sous l'archonlat de Thémisiocle. L înlerpréLitiou donnée dans le texte des paroles de Thucydide est sans doute sujettes contestation; on a généralement supposé (entre autres Bœckh, Staatek,, (, 213, Économie polit, des Ath., i, 550, oq le nom de Périclès se trouve probablement par erreur au lieu de celui de Thémistocle) que le plan de Tliémistocle ne Fut jamais complètement exécuté. Si nous, rapportons faMofa au même temps queùirBpitTii, c'est qu'on ne découvre point de cause, et qu'où n'en a jamais assigné aucune, pour laquelle le dessein de Tliémistocle n'aurait pas été exécuté en entier. C'est que les mots

**'"" ™ feu™ «KoSc|ii"i semblent 1res- naturel le ment impliquer qu'il

fut entièrement mis à exécution ; c'eBt que, puisque les iyumtTH, roenliunnés par Thucydide, i, 05, ne sont autres que les irjtaoù;»™ et les viùrara, il, f 3, le but que se proposait Thémnlocle fut réellement atteint

M. Clinton, Fasti, H, 16, place l'archonlat de Thémistocle et le commencement des fortifications du i'irée dans l'année 181 avant Jésus-Christ. Il ne tient p*s compte, en faveur d'une date plus ancienne, de l'argunenl que fournil le témoignage de Philochorus (p. J8, i9, Siebelis] concernant la con*e-

•izedoir GoOgk

Page 1