‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 35 sur 143 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tudnea ^-es Grecs avaient une disposition extraordinaire a créer des d« Bim à personnages fabuleux, pour expliquer les noms, dont l'origine réelle i»tj£™n' " se perdait dans l'antiquité la plus reculée. D'après leurs hypothèses, d'anciens héros avaient donné leur nom, le seul souvenir qu'ils eussent laissé de leur existence, à toutes les nations, tribus, villes, montagnes, mers, rivières et sources connues. Evidemment ces fictions ne devaient pas leur naissance au hasard; elles étaient des créations du génie particulier de ce peuple, toujours porté à matérialiser l'idéal, et à personnifier l'indéfini ; quelque intérêt qn 'elles offrent donc pour l'étude de la poésie, elles doivent inspirer une grande méfiance à l'historien proprement dit, d'autant moins dignes de fui, qu'elles re- Dn pnde montent à une époque plus reculée. Cependant on doit hésiter à décla- MuCript rer 1ue toutes 'es légendes qui attribuent l'origine et le nom d'une tribu ■loginhtioï- grecque k un Individu, sont, par cela même, mensongères. Diverses causes, faciles à imaginer, ont pu faire donner quelquefois le nom d'un chef à son peuple (1); mais il sera toujours plus sage de ne pas croire a de telles traditions, lorsqu'elles ne s'appuient pas sur des preuves indépendantes et sûres. Plus ancienne est la période à laquelle elles se rapportent, plus inconnu est l'individu dont elles ont transmis le nom a la postérité, moins elles doivent être crues. Cette remarque s'applique surtout aux héros qui, dans l'opinion des Grecs, étaient les fondateurs de la nation entière et de ses ramifications principales. « D'Hellen, dit Hésiode dans ses vers, descendirent les rois juges, Dorus et Xuthus, et le roi guerrier <Eolus ; d'.'Eolus descendirent Cretheus, Athamas et le rusé Sisyphe, Salmonée l'injuste et laitier Périérès. » De graves historiens, tels qu'Hérodote et Thucydide, adoptèrent avec une entière conviction, àce qu'il parait, cette opinion, répandue par les poètes et reçue par le vulgaire, qu'Hellen était le fondateur de la race hellénique; mais sur un tel sujet, l'autorité des écrivains grecs les plus dignes de foi a bien peu d'importance. Si un personnage tel qu'Hellen n'eût jamais existé, son nom eût été vraisemblablement inventé tût ou tard ; rien d'ailleurs, dans le petit nombre d'actions qui lui sont attribuées, n'est de nature à nous convaincre de sa réalité. Toutefois, bien que la généalogie donnée par Hésiode soit certainement imaginaire, et ne datepeut-

(1) II est permis de croire qu'un pats ou une ville a pu prendre pour son nom celui d'un chef puissant, et l'a donné ensuite comme une épitlièle à ses habitants. (I" édition). En écrivant cette phrase, j'avais oublié la remarque de Gibbon (Décadence et chute de l'Empire romain, c. lhv, note î) : « Zngatai donna son nom à ses états de Mawrenabar ou Transoxiane, cl les Persans appellent Zngotaîa les Mogols de l'Hindousian qui cinigrèrent de ce pays. Celle étyraologie authentique el le» exemples semblables d'L'zbelt, Nogii, etc., doivent nous apprendre a ne pas nier absohimenl qu'un nom national ait pu dériver d'nn nom personnel, » (3*cdil.)

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Être que de son époque, elle doit reposer sur quelque fondement positif. En général, de telles Actions expriment une opinion ancienne, et plus on moins authentique, sur des relations nationales, qui mérite toujours une certaine attention, et qui peut être admise lorsque des preuves plus fortes n'en démontrent pas la fausseté. Notre conviction qu'Hellen et ses descendants immédiats sont des personnages Actifs, ne doit pas nous empêcher de nous servir des indications que nous offre leur filiation pour suivre les développements des principales branches de la race hellénique.

Le prétendu fondateur de la nation est parfois désigné comme un fils de Jupiter, mais plus fréquemment comme un fils on un frère de Deucalion (l). A considérer le roieqoe Deucal ion joue dans la mythologie grecque, on reconnaît que ces traditions différent très- faiblement quant A leur substance. Deucalion doit la célébrité dont i) jouit dans la fable au déluge qui eut lieu de son temps, et à la nouvelle race sortie, pour repeupler la terre désolée, des pierres qu'il jeta derrière lui, ainsi que sa femme Pyrrhn sur le mont Parnasse, par l'ordre de l'oracle de Delphes. La légende qui appelle Hellen le fils de Deucalion n'a-t-elle donc pas le même sens que celle qui attribue son origine au père des dieux et des hommes? Ne proclament-elles pas toutes deux sa haute antiquité, ne semblent-elles pas nous interdire de faire remonter plus haut nos investigations î Mais bien que Deucalion ne soit, selon toute probabilité, qu'un pur symbole du déluge, d'autres traditions, relatives à son nom, peuvent jeter quelque lumière sur l'origine de la nation hellénique. Non-seulement dans la fable II fait descendre, son nouveau peuple des hauteurs du Parnasse; mais, à en croire un écrivain , des régions voisines de cette montagne, il se rend dans la Thessalie, à la tète d'une armée de Curetés, de Lélèges et d'autres tribus limitrophes (2). Cette tradition mérite une certaine attention; car, si elle est rapportée par un auteur d'une 'époque postérieure, elle s'accorde parfaitement avec d'autres légendes qui reposent sur une plus haute autorité; elle nous autorise à penser que le peuple qui porta par la suite le nom d'Hellènes vint de l'Occident. Certains noms presque semblables à celui d'Hellen, que l'ou trouve parmi les anciennes tribus de l'Epire, confirment encore cette opinion. La, selon À ris- lrt Hel| tote (3), était l'antique Hellade près de Dodone et de l' Achetons, i Car, «• ■*»», ri ajoute-t-il, ce pays avait pour habitants les Selliens et le peuple "qui s'appelait alors Grecs, et que nous nommons aujourd'hui Hellènes. a Sous le nom de Selliens il voulait désigner les individus qui sont mentionnés dans l'Iliade comme les ministres de Jupiter Dodonéen et Pélasgien. Pindare avait appelé les Selliens, Helliens; une autre forme du même mnt, qui' n'en différait que par la terminaison, fut probablement celle d'Hellopes, car Hésiode vante la richesse des pâturages des eon-

(i) Hellen el Deucalion, fils de Promélliée ei du Clynione. SehoL Pind , 01., ■i, 68. — H„llen, fils rie Zeus. Apollod., i, 7, 2. 7. — (2) Denis d'Haï., i, 17; comparez le réril de Diodore, nv, 113. — (S) Meleor., i, 14. ,

trées voisines de Dodone, auxquelles il donne le nom d'Hellopia (i). Le sanctuaire de Dodone lui-même s'appelait Helln (3), et une de* légendes de ce temple, différente de celle qu'Hérodote y recueillit, mentionnait un bûcheron nommé Hellus, auquel la colombe sacrée avait révélé te ebéne prophétique (3).

De tous ces faits il semble presque impossible de ne pas conclure que les Hellènes empruntèrent leur nom à cette tribu, nu lieu de le devoir à un seul homme, leur ancêtre primitif; et pourtant Thucydide eut peut-être raison de supposer qu'il reçut sa première application dons la u.dont Xhessalic [i). Au delà de ce point, nous n'avons plus aucune trace disan. tincte pour nous guider ; nous n'avons aucun moyeu de déterminer quel rapport exact existait entre les deux tribus qui, selon Aristote, habitaient l'ancienne Hellade. Nous pouvons seulement conjecturer que des liens de parenté les unissaient l'une à l'autre, ainsi qu'aux Pélasges, les anciens possesseurs de Dodone et de toute l'Ephe. Le nom de Grecs (5) doit avoir été, à une certaine époque, très-répandu sur la cote occidentale ; car ce fut, à ce qu'il parait, soos ce nom que les Italiens, établissur la rive opposée de la mer Ionienne, apprirent à connaitre pour la première fois ses habitants ; ils lui donnèrent une signification plus étendue, avec laquelle ils le transmirent aux ltomnins, qui nous l'ont légué. Comment ces anciens Hellènes de Dodone se mêlèrent-ils avec les tribus qui accompagnèrent, dit-on, Deucaliondans laThessalie? Cette question nous embarrasserait également, nlors même que nous ajouterions une foi entière à la tradition qui mentionne leurs noms. Les témoignages réunis d'Aristote et d'Hésiode paraissent confirmer, il est vrai, la partie de cette tradition relative aux. Lélèges. D'aprèsArlstote, ce peuple habita jadis l'Aearnanie avec les Curetés, et reçut par la suite le nom de Locriens. Selon Hésiode, Jupiter le fit sortir de la terre pour le douner à Deucalion, et Locrus l'amena dans l'Aearnanie (6). Mais nous trouvons les Lélèges -également établis, dès les temps les plus reculés, dansl'Bubée, dans la Béotie et dans la Laconie ; aussi n'avons-nous aucune raison de penser qu'ils émigrèrent de l'ouest vers l'est de la Grèce, plutôt que dans une direction contraire, bien qu'il soit facile de comprendre comment a pu naître la légende Cadtea. Û'une telle migration. Le nom de Curetés se retrouve aussi non-seulement dans l'Aearnanie, mais dans l' Cubée et la Crête. Dans Cette dernière Ile, il ne s'applique pas à un peuple, mais à des serviteurs fabuleux de Jupiter, chargés de veiller sur son enfance, ou plutôt à des ministres réels, qui célébraient son culte par des danses et en armes, comme les Saliens à Borne. D'après les observations de quelques écrivains de l'antiquité, oe nom était une épithète descriptive, employée par Homère pour désigner les jeunes guerriers; il ne saurait donc prouver que les Curetés de la Crète, de l'Eubée et de l'Aearnanie appartius-

(1) Fr., osa. — (2) HoMcb., fou, tOXi. — (3) Philoslr., /«., m, 33.—

{*) i, 3. — (3} Grœais passait pour un fils .le Then-alus. Alcmun et Sophocle se sont servi» ihi pluriel féminin rpaôut. Slepli. Byi rpdute'f. — (fi) Slrab., vil,

•izedoir GoOgk

sent à In mime race (l). Toutefois, cette Identité de nom et cette diversité d'établissements ont donné a penser qne les Curetés crctots, dont les traditions primitives de i'Ëlide renferment quelques vagues souvenirs (2), avalent pu se répandre dans l'ouest de la Grèce, où ils auraient emporté avec eux les germes de civilisation qu'ils avaient reçus des Phéniciens, et que", ('étant d'abord établit dans l'Acamanie, ils avaient pu devenir dans la Thessalie les fondateurs véritables dt* là nation hellénique (3). Dans notre opinion, une objection puissante s'oppose & l'admission de cette hypothèse; en effet, le nom de Curetés, au lieu de continuer h être dans la Thessalie le nom prédominant, s'y perd entièrement, ou plutôt n'y est jamais prononcé. En résumé, essayer de définir les éléments, dont se composèrent les Hellènes- thessaliens, c'est tenter l'impossible. Les traditions les plus authentiques ne s'accordent que sur un seul point : ils entrèrent dans la Thessalie par l'ouest. Tout ce qu'il nous est permis de croire ensuite, c'est qu'avant cette migration ils avaient occupé le territoire fertile de Dodone. Nous verrons qu'à une époque postérieure, le peuple qui donna Bon nom à la Thessalie émigra de la même contrée ; ces deux événements eurent vraisemblablement une même cause : l'invasion de nouvelles tribus venues du Nord. Cette hypothèse laisse, il est vrai, une grave difficulté à résoudre ; il n'est pas facile d'expliquer comment les peuples qui eussent été les ancêtres des belliqueux Hellènes auraient pu èlre désignés dans l'Iliade comme les pacifiques et austères prophètes de Jupiter. " Mais notre ignorance à cet égard ne saurait détruire ce qui est établi d'ailleurs sur des preuves suffisantes.

Une question plus importante que le problème de l'origtne des Hel- ahrui lènes est celle de savoir comment ils se répandirent, du petit territoire JjfjJ.j,,» qu'ils occupèrent d'abord, sur la contrée qui porta ensuite leur nom. !î™tlgnh' Leurs premiers établissements furent situés dans la partie méridionale de la Thessalie, près de la base du mont Othrys. Dans l'opinion de certains écrivains, cette région de la Grèce, qui fut la première appelée Hellade, renfermait une ville du même nom, fondée par Hellen, dont on montrait le tombeau dans la ville voisine de Mélitée, où il avait, disait-on, transféré sa résidence (4). Mais, avant que leur nom eût dépassé les limites de ce petit district, les Hellènes s'étaient, à ce qu'il parait, répandus déjà en grand nombre presque sur toute la surface du pays qui devait plus tard s'appeler Hellade. Tous les écrivains de l'antiquité ont signalé cette diffusion comme uu événement qui amena des changements importants dans la condition et dans le caractère des habitants de la Grèce ; mais ils ne nous ont laissé que de 1res- vagues renseignements sur sa nature et sur ses progrès. Avant d'essayer de tracer sa marche, nous tâcherons d'esquisser ses traits les plus saillants.

(1) Slrab., x, p. 467: — (2j Pausan., v, 7, 6, 8, 1. D'abord Hercules et lei

Curetés, puis son descendant Llyménus, cinqïianle uns après le déluge du Deuca-

lion, — deux légendes qui ont des rapports immédiats avec l'institution fabuleuse desjeui olympiques. — (3) Plass, Gtschichle Griechenlands, i, p. 201.— (4) Slrab-,

,- Pour comprendre l'origine et les développements de la nation hellé- " nique, il est nécessaire de la considérer sous deux points de vue, confirmés par une haute autorité et par leur probabilité intrinsèque. D'une part, la population hellénique de la Grèce renfermait, on ne saurait le Bier, quelques éléments nouveaux, qui n'étaient pas absolument étrangers à la vieille race pëlasgique, mais qui n'avaient avec elle que de très-faibles rapports, La tradition nous apprend eu effet que les fils d'Hellen, étant sortis de la Thessalie, se répandirent sur la surface de la Grèce; et elle ajoute, ce qui est encore plus positif, qu'avant lear invasion, des tribus barbares occupaient ce pays (l). La distance qui séparait la race pélasgique et la race hellénique n'était pas telle, nous l'avons déjà -vu, qu'elle exclût nécessairement toute affinité nationale. On doit croire que ces deux races étaient alliées l'une à l'autre par quelques rapports communs de langage et de caractère. En outre, il n'est pas moins évident que ce cachet particulier, qui distinguait les Grecs de tous les autres peuples connus, leur avait été imprimé par la petite tribu qui avait introduit dans l'origine parmi eux le nom d'Hellen. Ce peuple doit donc être considéré, moins comme un peuple étranger, comme une colonie d'Egyptiens, de Libyens ou de Phéniciens, que comme une branche de la famille pélasglque, qui contenait son sang le meilleur et le plus pur, et qui était destinée à développer les plus nobles facultés dont la nature l'avait douée, et à élever la nation an plus haut point qu'elle était capable d'atteindre. D'une autre part, il semble évident que la transition de la période pélasgique a la période hellénique ne s'effectua pas simplement par les conquêtes ou par les migrations de ce nouveau peuple. Bien qu'il regarde sa diffusion comme la cause principale d'une grande révolution dans l'état de la Grèce, Thucydide lui-même indique une autre espèce de changement, qui lui prépara la voie et facilita ses progrès. Hellen et ses fils, étant devenus puissants dans la Phthiotide, furent appelés, dit-il, au secours d'autres états. Ce fait doit être rapproché d'une remarque précédente du même historien : que « des luttes civiles et des guerres étrangères s'élevèrent dans tous les pays, à mesure qu'ils acquirent des richesses et dn pouvoir ; aussi ies terres les plus riches étaient-elles celles qui changeaient le plus souvent de propriétaires, n A défaut d'autres preuves, ces passages de Thucydide suffiraient peut-être pour prouver que la transition ne fut pas généralement un effet de l'invasion violente ou de l'admission pacifique du nouveau peuple, mais qu'elle fut, dans certains cas, le résultat d'un développement naturel de l'état social des tribus pélasgiques, favorisé, à un degré que nous ne pouvons pas préciser, par des causes dont quelques-unes ont déjà été mentionnées. (i II y eut donc une période pélasgique et une période hellénique. Mais aucune ligne de démarcation positive ne peut être tirée entre elles; la première n'eut, pas plus que la dernière, un caractère uniforme et slationnaire. La population de la Grèce, depuis son origine, marcha con-

0) TW.,.,3; Hcrort., 1,88.

staminent, on ne peut en douter, de progrès en progrès, bien qne ses développements fassent de temps en temps gênés et comprimés. Dans la première partie de la période pélasgique, elle était vraisemblablement disséminée en petit nombre sur la surface du pays, et presque entièrement occupée à lutter contre les obstacles que la nature opposait à la culture du sol. Ses tribus indépendantes devaient avoir peu de rapports amiables ou hostiles l'une avec l'autre, et encore moins avec les peuples étrangers^ À mesure que leur population s'accrut et s'enrichit, de nouvelles voies de communication s'ouvrirent entre les communautés voisines. Les habitants des cotes se familiarisèrent de plus en plus avec la mer, et étendirent leurs excursions vers des rivages plus éloignés. Des étrangers, plus civilisés, leur firent connaître de nouveaux besoins, et agrandirent le cercle de leurs connaissances, soit en venant ies visiter, soit eu fondant au milieu d'eus des établissements durables. I> importants changements avaient eu lieu le long des rives de la mer, et les habitants de l'intérieur des terres continuaient à vivre dans leur isolement primitif, que dut contribuer à maintenir pendant longtemps un gouvernement patricarcal ou sacerdotal, qui exerçait un sévère contrôle sur leurs actions et sur leur manière de vivre. Mais, à en juger par le tableau que nous a laissé Thucydide, ces liens avaient été déjà relâchés ou rompus avant que les Hellènes se répandissent dans la Grèce. Les classes riches commençaient a chercher leur principale distinction dans le métier des armes, et partout où une caste sacerdotale avait existé, une caste militaire s'était élevée à coté d'elle. Que fut alors, peut-on se demander, l'effet produit par l'apparition des Hellènes? A moins d'adopter une conjecture dont nous ayons déjà fait mention, de les regarder comme des Curetés Cretois, on n'a vraisemblablement aucune raison dépenser que, lorsqu'ils envahirent pour la première fois la ïliessalic, ils étaient supérieurs à ses habitants primitifs dans les arts de la vie civilisée, et que ce fut à l'aide de ces moyens qu'ils étendirent leur domination sur le reste de la Grèce. La marche que la tradition assigne à leurs migrations nous autoriserait plutôt à conclure qu'ils étaieut, à cet égard, inférieurs aux tribus établies à l'est et au midi, et qu'ils ne les surpassaient que par leurs qualités guerrières, leur génie actif et entreprenant, leur passion pour les batailles, et leur habileté dans les combats. En effet ce furent ces qualités que pendant longtemps leurs descendants continuèrent à préférer à toutes les antres ; mais l'ascendant qu'ils acquirent, dans leurs nouveaux établissements, sur un peuple plus faible, quoique plus civilisé, les rendit possesseurs detoutes les richesses matérielles et intellectuelles qu'il avait amassées, et les plaça dans la situation la plus favorable pour les augmenter. Partout où ils s'établirent, qu'ils eussent chassé par la force les anciens propriétaires du sol, ou qu'ils eussent été admis pacifiquement au partage de leurs terres, ils constituèrent la classe dominante. Cet amour de la guerre et des conquêtes, des aventures et des découvertes, qui se développait ., sans cesse parmi eux, et qui cherchait toujours de nouveaux aliments, devait nécessairement imprimer a leurs voisins une secousse qui se fit

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sentir dans toute la Grèce, et qui tendit, à créer partout le même état social. Cette prépondérance générale d'une caste militaire qui n'a pae besoin de travailler pour vivre, grossière dans ses manières, impatiente de repos, avide d'aventures guerrières, et cependant douée de dispositions illimitées pour s'instruire et se civiliser, adoucie graduellement par les arts et les plaisirs de la paix, et se soumettant à toutes les règles de la religion et de l'ordre social, semble constituer, les traits caractéristiques de la période hellénique dans sa première partie. Quadruple Des trois (ils d'Hellerj, deux, /Eolus et Duras, passaient pour avoir

i*u™ngdr«- donné leur nom a deux grandes fractions de la nation grecque, les

iue- j£oliens et les Dorions. Le troisième, Xuthus, n'élait pas le représen-

tant Immédiat d'une partie de sa race, mais ses Ois Ion et Achaaus le firent considérer comme le père des tribus achéennes et ioniennes. Les j£oliens occupèrent le territoire le plus étendu, et imposèrent leur nom et leur langue à la plus grande partie de la Grèce jusqu'aux1 derniers temps de son histoire (t). Les Achéens jouent le rôle le plus important dans la poésie héroïque, et Homère emploie généralement leur nom pour désigner toutes les tribus helléniques qui combattirent sous les murs de Troie. Les Doriens et les Ioniens ne devinrent célèbres qu'à une époque postérieure, mais leur gloire et leur puissance surpassèrent de beaucoup celles des Achéens et des ^oliens. L'histoire primitive de la Grèce doit donc se diviser nécessairement en quatre parties distinctes. Pour faire comprendre les relations de ces quatre tribus l'une avec l'autre et avec les anciens habitants, il ne nous suffira pas de décrire leurs limites géographiques ; il sera nécessaire de les suivre, aussi loin que la tradition le permettra, dans les pays où nous les trouvons établies au commencement de la période historique, alors qu'une nouvelle série de révolutions et de migrations changea complètement leur condition relative. Nous commencerons par les Pollens.

Le» .Soikni. Hellen laissa, dit-on, son royaume à jEoIus, son fllsatné, et il envoya ses deux autres fils, Dorus et Xuthus, conquérir des pays éloignés (2). L'Asopus et l'Enlpée formaient alors, d'après un auteur, les limites du patrimoine dMSolus (3). Si l'Asopus est le petit ruisseau qui se jette dans le golfe Maliaque, près de la base du mont CEta, ce petit royaume eut compris presque entièrement la partie de la Thessalle connue par la suite sous le nom de Phthiotide ; et les domaines d'Achille, qui régnait sur l'Hellade et sur la Phthfe, eussent été situés en grande partie dans la vallée du Sperchius. Cependant la Phthie et l'Hellade, qu'elles fus sent deux districts différents, ou un seul et même district, désigné sous deux noms, étaient situées à la base septentrionale du mont Othrys, et ce fut là, selon Thucydide, que les fils d'Hellen jetèrent les fondements de leur puissance. Une autre partie de la Thessalle, comprise dans la t'iEoiide division appelé» plus tard In Thessaliotide, portait le nom d'jEolide, et

WoiiïnDt. p^, par conséquent, être regardée comme le siège d'un des premiers . établissements des Juliens. Elle était située à l'ouest de l'Enipée, entre

(I) Strab., vm, p. 335. — (2) Apollod., i, 7,3, i. — {3} Ceaon, 27.

3 omzed air G00gk

CIlAI>. IV. — LA NATION HELLÉNIQUE. 83

cette rivière et le Pénée; mais le peuple qui para» l'avoir habitée, depuis l'époque la plus reculée à laquelle on puisse remonter, est ce même peuple qui donna par la suite son nom à la Béotle {!)• Ainsi, dans l'£olide, comme dans l'Élide et dans l'Eubée, la terre et ses habitants sembleraient avoir porté des noms différents. C'est seulement, il est vrai, le nom d'Jïolide qui atteste la présence des jfiolieiis dans cette partie de la Thessaiie. Un petit nombre de légendes, qui d'ailleurs ne paraissent pas authentiques, rattachent les Béotiens à la famille d'yKolus. L'une de ces légendes fait descendre lenr ancêtre mythique d'Amphictyon, te fils deDeucalion (2), et Arné, la capitale de l'Jîolide béotienne (s), passait pour avoir dû son nom a une fille d'/Eolus (4). Mais, alors même que nous n'aurions aucun moyen de déterminer le rapport primitif de ces Pollens-Béotiens avec les Hellènes de la Phthle, nous pourrions induire du nom et de la langue des Béotiens, qui parlaient le dialecte aiolien, qu'ils furent dès le principe, ou qu'ils devinrent par la suite des tribus, unies par le sang. Toutefois, les mêmes motifs qui nous empêchent de croire à l'existence du père prétendu de ce héros peuvent nous faire douter que cette /Eolfde, et que les jfiolieus en général, eussent dit leur nom à un héros nommé /Eolus. Il semble probable que ce nom n'est qu'une inflexion différente du mot qui, selon nous, & servi à former celui des Hellènes (fi).

Les légendes de sa race n'attribuent à j£o1ub ni conquêtes, ni exploits d'aucun genre ; mais ses fils et ses descendants répandirent au loin le nom wolien et le nom hellénique; c'est donc dans leur histoire que nous devons chercher celle de ce peuple. Les écrivains de l'antiquité ne sont pas d'accord sur le nombre des enfants d'^Eolus : les uns lui donnent dix fils (6), les autres sept (7). Hésiode, comme nous l'avons vu, n'en mentionne que cinq : Cretheus, Athamas, Sisyphe, Salmonée et Périérès ; à ces cinq fila quelques écrivains ajoutaient un Macédo et un Hagnès, pour indiquer que les Macédoniens et les Magnésiens étaient d'origine œolienne. Il ne reste aucune autre preuve de ce prétendu rapport de parenté entre les /Eoliens et les Macédoniens ; mais la Mali) Paus.,I, 8, i. Proclus, JnPhot., p. 321, b, 1. Bekk. Le catalogue d'Homère, qui est implicitement luiii par Strabon (il, p. ■101 ) représente les Béotiens comme étahlii déjà dans la Béolie à l'époque delà guerre de Troie. Mail un passage de Thucydide (i, 12) semble prouver que c'est un anachronisme, et que le» Béotiens ont émigré pour la première fois de la Tiiessalic, soixante ans plus tard, bien que Thucydide, par déférence pour le catalogue, parle d'une colonie antérieure. Mùllcr, Orcnom., p. 394.— (2) Pan*,, h, 1, 1. Bamtniest le fils d'Itonm, fils d'Amphictyon.* La ville d'Ionus contenait le temple de l'Athéné itonienno, qui était le sanctuaire national des Béotiens. 1 oh Strarj., ut, p. HT. Selon d'autres,, il était fils de Poséidon et d'Arné, et le pire d'Itonus. Dlod., ;v, 67. — (S) TbucTd., i, 12. — (4) Pana., «, 40, S; Diod., iv, 67. — (5) hxst Afouç. — (6) Éuslutb, ad Ùionys., pcr. 427. Il mentionne seulement Hacédo. — (7) Appollod. i, 7, 3, 4. Sa liste comprend Déion et Magnes, outre les cinq nommés par Hésiode. Nous devons ajouter à ces sept (ils (Jercapbus, dont le hls Ormenus, le graud-pèro de Phcenii, fonda Ormenium (Slrab., n p. 438) et Macareus, qui représente probablement les /Eoliens de Lesbos, bien qu'il lût design* par quelques écrivains comme un ait dtCriOàcai (Diod., v, 81, et Weiiel).

61 HISTO1HE DK LA GHÈCE.

gnésie contenait sans aucun doute plusieurs cités «oliennes. Les prfn- ]i(n^*àai^°]« r iDaux établissements des Solides dans la Thessalie occupaient les rimidi da ii vages du golfe Pagasé tique, et les plaines fertiles voisines de la côte. **""'" Ce fut là que Cretheus fonda lui-même, dit-on, .lolcos, ce port d'où les Argonautes mirent plus tard à la voile, et la Pliera voisine avait du, a ce qu'on croit, sou nomàPhérès, un des fils de Cretheus. Dans la même région était située Alus, où des rites particuliers (l), et un district appelé la plaine A thaman tienne, conservèrent, jusqu'au temps de Xerxès,Ia mémoire des souffrances d' A thainas. N'oublions pas toutefois de remarquer une singulière coïncidence. Les Athamanes(S), qui, à une époque postérieure, formèrent une des tribus épirotes, habitèrent pendant longtemps vers le nord de la Thessalie les plaines situées autour du lac Bcebeïs. Les Lapithes, peuple demi-fabuleux, qui a toutefois un rapport intime avec les Grecs soliens, les avaient, dit-on, chassés de leurs établissements, situés au pied du mont Pélion. A en juger par l'analogie, Athamas serait l'ancêtre mythique des Athamanes, et, si la coïncidence n'est pas un simple jeu du hasard, sou nom eût été transféré de chez eux dans les légendes de la nation conquérante. 1*1 Minjnn. Les Jfollens établis sur le golfe Pagasétique paraissent inséparablement mêlés aux Minyens, race qui jouit d'une grande célébrité dans la poésie épique la plus ancienne , mais dont le nom semble avoir été presque entièrement oublié avant le commencement de la période historique. Les aventuriers qui s'embarquèrent dans l'expédition des Argonautes, dont nous aurons bientôt occasion de parler, s'appelaient tous Minyens (3), bien qu'ils fussent, pour la plupart, des chefs eeolleiis, el le même nom se retrouve dans les principales colonies qui attribuaient leur fondation aux descendants d'^Ëolus. lolcos elle-même, quoique fondée, comme nous l'avons vu, par Cretheus, avait été, dit-on, habitée par des Minyens. Enfin uue légende, parvenue jusqu'à nous, semblerait indiquer une affinité plus étroite entre ces deux peuples ; car, à l'en croire, Minyas, te fondateur fabuleux de la race (4), serait un descendant d'^olus. Deux hypothèses, entre lesquelles il est difficile de choisir, peuvent servir à expliquer la relation de ces deux peuples. Les Minyens étaient peut-être une tribu pélasgique, originairement distincte des Hellènes; et cette opinion semblerait même confirmée par la tradition, qui rapporte queCretheus, lorsqu'il fonda lolcos, chassa les Pélasges alors en possession du sol (s). Mais, dans ce cas, la célébrité dont les Minyens jouirent dans les légendes grecques nous autoriserait à conclure qu'ils n'étaient point une horde grossière et faible, facilement soumise par les /Foliens; mais qu'au contraire ils étaient déjà tellement civilisés et puissants, que les envahisseurs ne rougirent pas d'adopter leur nom et leurs traditions, et de les traiter comme un peuple uni à eux par des liens de parenté. Selon une autre hypothèse, qui s'accorde

(1) Herod., vu, 197. — fis) Slrab. ri, p. 442. Voir aussi Apollod., i, 9, 2, 3. ■ — (3) Aussi Hérodote (iv. 145) donne le même nom à leurs descendants établis

dam hle de Le m nos. — (4) Apollud. Rhod,, m, 1094, et le scboliasle. — (S) Le scholiaste sur l'Iliade, II, et Pans., iv, 36, 1-

peut-être mieux avec tout ce que nous savons des Minyens, leur nom n'aurait pas été dans le principe uq nom national, particulier à uneseule tribu : il fut un titre d'honneur équivalent à celui de héros ou de guerrier (t), que s'approprièrent et que conservèreut les aventuriers œoliens établis à lolcos, et le long de la cote voisine. Si nous admettons cette hypothèse, toutes les indications que nous fourniront les auteurs anciens sur la richesse et la prospérité des Minyens serviront à constater les progrès des états aeoliens dans lesquels ce nom se retrouve ; resterait seulement la question de savoir st les Jiuliens on les Hellènes n'étaient pas liés plus intimement que la tradition commune ne nous autorise a le supposer avee d'autres tribus établies au nord de la Thessalie, et parmi lesquelles le nom de Minyens apparaît également (2). Eu considérant les éléments dont la race hellénique se compose, on ne doit point oublier que 1rs Do lapes, établis sur les contins occidentaux de la Phthie (3), et que l'Iliade décrit comme soumis dans l'origine au roi de ce pays (4), conservèrent leur nom et une existence indépendante, comme membres de la grande confédération hellénique, jusqu'à une époque très -rapprochée des temps modernes (5). .

Si, admettant l'une ou l'autre de ces hypothèses, nous ne voyons dans les Minyens et dans les, toi i en s qu'un seul et même peuple, le nord de la Béotie nous offre le plus florissant des établissements teuïiens. La, en effet, la cité d'Orchomèue acquit un immense pouvoir et de grandes richesses dans la période historique la plus reculée. Homère compare ses trésors à ceux de la Thèbes égyptienne. Lé voyageur Pausanias, habitué A toutes les merveilles de l'art que possédaient la Grèce et l'Asie, parle avec admiration de son plus ancien monument, comme n'étant pas inférieur à tous ceux qu'il avait vus dans d'autres pays. Ce monument était le trésor de Minyas, qui fit donner aux anciens Orchoméniens le nom de Minyens, et, depuis cette époque, on appela toujours cette ville l'Orchomène minyenne, pour la distinguer des autres L'Orcaomé- Orchomènes. Selon la légende, Minyas fut le premier homme qui fit con- * v&s*"**strnire un bâtiment dans un tel but. Des noms qui expriment la célébrité traditionnelle de sa colossale richesse brillent dans sa généalogie (6). Il parait prouvé que les rois d'Orchomèue régnèrent sur une grande partie de la Béotie, et que Thèl>es elle-même fut jadis leur tributaire (7]. La fertilité de leur royaume fut sans doute la prin-

(J) Voir Bull mamt. Die Minyteder islIeslenZeit, dans son Mythologus. p. 231.

— (s) Une ville appelée JHÎnva était située sur les frontières de In Tliessalie el de la Macédoine (compares Slepli. Bjz., Mivûï et ÀXuuma), el la Tliessalie possédait une Orchomènc des Minyens. Pline, H. N., IV, 8. — (5) Slral)., il, p. 454. — (4) Iliade, ii, 483. — (S) Paus., i, 8, 2,5. Le nom des Dolopes parait èlrc celui qui a été eflacé de la liste des Ampbictyons dnns Escliine, De V. L., p. 43. — (6) Paus. ix, 36, 4. Il esl le fils de Chmes, dont la mère s'appelle Chrysogénie.

— {7} Eiutulh. sur l'Iliade, il, 581, p. .788, i, 22, l'ail une remarque digne d'attention, bien qu'il ne mentionne pas son auteur. « Orclioraène élail une ville célèbre pour sa richesse, qu'elle devait toutefois à des étrangers, cet, comme elle ÉUit très-bien fortifiée, les habitants des pays voisins y déposaient leurs trésors.» Voir aussi le scoliaste de l'Odyssée, il, 458, Esl-ce seulement une autre manière de décrire le payement d'un irihtil?

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cipale source de leur fortune. A eu juger par leur magnificence, qui, dans un Age grossier, excita nécessaire ment l'étonnement de leurs contemporains, puisqu'elle semblait encore digne d'admiration aune époque où la civilisation avait atteint son apogée, ils durent vraisemblablement leurs premiers progrès dans les arts de la paix a leurs relations avec des étrangers plus civilisés, peut-être avec la colonie phénicienne établie à Thèbes, et avec l'Egyptien Cécrops, qui régna en Béotie, et qui fonda une Athènes sur le lac Copaïs. Cette dernière hypothèse nous semble d'autant plus admissible, qu'une légende égyptienne se trouve reproduite dans une tradition, commune, à ce qu'il parait, à diverses branches de la race minyenne, etintimement liée à leurs anciens ouvrages d'art (l). Toutefois, les traditionsd'Orchomène ne nous offrent aucune autre trace de semblables rapports avec l'Orient ; celles qui concernent sa fondation, et la dynastie de ses premiers rois, sont singulièrement embrouillées et obscures ; elles désignent cependant la Thcssalle comme la mère-patrie de la nation. Andreus, le premier roi, est un lils du fleuve Pénée ; il assigne une part de sou territoire à A tham as, qui adopte deux despetits-fils de son frère Sisyphe; les deux frères donnent leur nom à Haliartes et à Coronée, et Halmus, fils de Sisyphe, devient le fondateur de la famille royale d'où Hinyas est sorti. Ces traditions semblent indiquer qu'une race indigène, sans doute des Pélasges, a été subjuguée par des conquérants œoliens ; du reste, les noms de deux tribus orchoméniennes, les Etéocléens et les Cëphisiens, témoignent encore plus clairement du même fait. La première, qui devait son nom a Etéocle, fils d' Andreus, comprenait vraisemblablement les chefs guerriers ; la seconde se composait du peuple industrieux qui cultivait les plaines arrosées par leCépbise. La présence des Phlégyens dans ces légendes n'est pas aussi facile à expliquer. Cette race brutale et impie (2) se séparait elle-même des Orchoméniens ; les dieux, dont son impiété et ses outrages sacrilèges avaient irrité la colère, finirent par la détruire. Cependant Phlégyas, leur ancêtre mythique, a exactement le même rapport que Minyas avec la maison d'yEolus (3). Pour expliquer ce fait, on peut conjecturer que la violence féroce des Phlégyens représente la résistance continue que les nouveaux colons éprouvèrent de la part de quelques-unes des tribus indigènes, qu'ils extirpèrent, ou qu'Jls chassèrent, après une longue lutte. On trouve aussi des traces des .-italiens dans le midi de ta Béotie. Tanagre dut, dit-on, son nom à une fille d'.-Eolus, et Hyria prit le sien à un héros qui figure à divers titres dans les légendes minyeones (4). m Un autre établissement de ta race aeolienne, qui devint par la suite - plus célèbre sous le nom de Corinthe, était celui d'Ephyra. Plusieurs autres villes de l'Êlide, de la Thessalie et de l'Epi» s'appelaient aussi

(i) Compare* la légende racontée par Hérodote (iij 121) avec celle que racontent Pausanias (il, 37, S) et Charai dans le sfoliâslc d'Aristophane, Nuées, 508. — (2) Le roi sauiage Echeiua es) un filsdePhlegja. V.lc scoliaetede rOdvwée, xviii, 84. — (3) Sa mère estChpjtâ, iille de Halmus cl sœur de Clirysogéaie. Paul, ti, 56, 4. — (4) Paus.^u, 20, i; ei 37, 5.

Ephyrs, et Homère associe les Ephyriens aux Phlégyens, comme les favoris particuliers de Mars (l). Le rusé Sisyphe représentait la dynastie xolienne à Corinthe, nous appelons ainsi Éphyra par anticipation. Le caractère'quelui donnent les légendes a peut-être quelque rapport avec les causes qui valurent à sa ville, avant le temps d'Homère, l'épithète de riche (2). Quant à la plus ancienne population de cette ville, quelques raisons, que nous ne tarderons pas à mentionner, nous autorisent à croire qu'elle était presque alliée à celle de !'Attique;nous remarquerons seulement ici que les légendes locales sont étrangement entremêlées avec l'histoire de l'expédition des Argonautes, dont nous parlerons bientôt aussi. A les en croire, jEétès, roi de ta Colchide, avait d'abord réguéà Corinthe; dégoûté de son royaume, il l'abandonna à ses descendants pour émigrer vers l'est ; aussi, quand Jason amena sa fille Médée à Iolcos, les Corinthiens l'invitèrent à venir dans leur ville ; et lorsqu'elle fut sur le point de retourner en Asie, elle la livra à Sisyphe (3). Si quelques-uns des descendants de Sisyphe jouèrent, ainsi que nous l'avons déjà vu, un rôle dans l'histoire d'Orchomène, son fils Ornytion fut le pèredePhocus, qui donna son nom à la Phocide (4). Diverses légendes sembleraient prouver que la Phocide fut occupée par une tribu eeolienne; l'une fait régner dans ce pays Deion, fils d'^Eolus (fi) ; les autres sont consacrées aux récits des combats de ruses que se livrèrent Sisyphe et le Phocéen Auto) veus (6).

Des fils, ou des descendants plus reculés, d' JEolus, répandirent le nom n™ lÉiiœolien dans la partie occidentale du Péloponèse ; ils figurent principe- delement dans les légendes de l'Elide et de Pylos. Les Eléens qui, à ce qu'il parait, ne se firent aucun scrupule d'altérer leurs anciennes traditions pour exalter la gloire des jeux olympiques, auxquels Ils durent, à une certaine époque, leur principale importance, avaient donné à leur premier roi le nom significatif d'jEth'lius, et ils le disaient fils de Jupiter et de Protogenia, fille de Deucalion. Cette parenté reposait toutefois sur une base historique ; car Protogenia était aussi la mère primitive des Locriens d'Opus, qui avaient des rapports certains avec les habitants de l'Elide (7). Selon une autre tradition, Endymion, auquel les Eléens attribuèrent la première célébration de jeux publics à Olympie, où ses trois fils, Pœon, Epeus et Jitolus, se disputèrent le droft de lui succéder, eut pour père JSthUus, et pour mère Calyce, fille dV/Kclus, et il conduisit lui-même une colonie d'jËoliens dans l'Elide. Un fait digne de remarque, c'est qu'Endymion, qui, en Grèce, joue, comme Pélops, le rôle d'un conquérant et d'un roi, est, dans les fables de l' Asie- Mineure, le beau chasseur pour lequel Diane descend dans la grotte de Latmos (81. Aucune légende ne parait cependant l'avoir fait venir de la

(1) Iliade, un, 50i. — (2) Iliade, h, 570. — (3} Paus., h, 3. De l'ancien poêle corinthien Eumelus. — (4) Paus., n, 4, 3. — (5) Apollod., i, 9, *. — (0) Aulolji'ua demeurait sur le Parnasse, et iltola le bétail de Sisyphe Tpuisilchangea In marque de chaque hèle, pour tromper son légitime propriétaire). Eustath, sur l'OdjisoB, m. 395. — (7) Slnb..re, p. 425.— (8) Paus.. v, 1,5; Quint, C»l., 1,125. '

tizedoir GoOgk

côte d'Asie dons l'Elide. D'antres établissements teoliens, situés dans cette partie du Péloponèse, se rattachent au nom de Satmonëe; ce roi, que Jupiter rendit célèbre par la vengeance qu'il tira de soft audacieuse impiété, passe pour le fondateur de Salmoné, situéesur le territoire de Pise. Une ville, ou une province béotienne, porte aussi leroême nom, légèrement altéré; elle le devait, à en croire la tradition, à un fils de Sisyphe (l). Au midi de l'Elide, uneautre dynastie aeolienne, longtemps renommée, non-seulement dans la poésie épique, mais dans l'histoire, devait son origine à Tyro, la belle fille de Salmonée. Laissée par son père dans la Thessalie, Tyro y donna le jour à Pelins età Nélée, que la légende représente comme des fils du dieu de la mer. Ayant épousé plus tard son oncle Cretheus, elle mit au monde d'autres héros. Nélée fonda un royaume à Pylos, probablement la Pylos triphylienne, car il existait trois villes de ce nom dans la parlie occidentale du Péloponèse, et les anciens euxmêmes *ie surent jamais positivement quelle fut celle de ces trois Pylos où Homère pinça la résidence de Nestor. Certains faits sembleraient confirmer l'opinion de Strabon, qui penchait pour la Pylos triphylienne ; ainsi la mère de Nestor était née dans l'Orchomène minyenne, et une rivière, appelée par Homère le Minyéus et plus tard l'Anigius (2), conservait dans la Tiiphylle le souvenir de la même race. Si Nélée et Nestor doivent être considérés comme des personnages véritables, il existe probablement une lacune dans la série des rois pyliens, qui se trouve cachée par la généalogie généralement admise. Nestor, le contemporain des héros de la guerre de Troie, ne pourrait, d'apiSs la chronologie des âges héroïques, être aussi rapproché qu'il nous le paraît d'^Eolus. Nous trouvons à Pylos une autre branche de la même famille, qui semble y •voir précédé les Ncléides. Amythaon, l'un des fils de Cretheus, dut s'y établir une ou deux générations avant Nélée, car ses fils, Bias et Mé lampe, devinrent dans l'Argolide les fondateurs de dynasties royales, qui, s'il en était autrement, ne supporteraient pas une comparaison chronologique avec la ligne de Nélée (3). Les légendes de ces deux familles ont un caractère commun digne d'attention. La maison d' Amythaon était renommée pour sa sagesse. Jupiter, comme le dit Hésiode, donna la bravoure aux ./Eacides, l'esprit aux Amythaonides, et la richesse aux filsd'Atrée (4). Mélampe est le Merlin grec ; tandis qu'il vivait dans les forêts, les serpents lui apprirent à comprendre le langage des oiseaux et des reptiles, qui lui révélèrent toupies secrets de la nature (à). Neptune avait doué d'wne faculté non moins merveilleuse son petit-fils Periclymenus, le frère de Nestor ; il lui avait donné le pouvoir, généralement attribué aux divinités marines, de prendre toutes les formes qu'il lui plairait (6). Ainsi, la sagesse de Nestor, décrite dans l'Iliade comme te fruit des nnnéesetde l'expérience, semblerait plutôt, d'après les anciennes légendes, une conséquence de sa filiation divine (7).

(1) Paus. ix, 34, 10. — (2) Sirab., vm, 547. La Morée de Leake, i, 54. — (3) Hejne, Apoll. vol. h, p. 377, ou H.Clinton, F. H., vol. r, p. 4L — (4) Fr., stviii. — (5) Apoll. 1,9,11,3. — (6) Hésiode et Euphorion dira le scolinste d'Apollod. R. i, 136, — (7) Aussi a-t-on supposé que NcIéc n'est qu'une autre

Dans ces petits Éats helléniques, les Caucones, tes anciens habitants du pays, formaient peut être la masse du peuple conquis ; mais un certain nombre d'entre eux, chassés de la cote sur les montagnes des frontières dé l'Arcadie, y conservèrent pendant plusieurs siècles leur indépendance (1). Une plus grande obscurité couvre encore les révolutions que subit dans cette période la population de la Messéaie. Une légende fait tomber aussi ce pays sous la domination de princes ^Eoliens, dout la premier fut Périèrès, qu'Hésiode compte parmi les »«» i' fils â'j£o!us. Mais, d'après une autre tradition plus généralement reçue, le fondateur de cette dynastie serait un descendant de Lélex, le premier roi de la Laconie [i). Dans ce dernier cas, le premier renseignement que nous fourniraient les légendes ni es se nienn es sur une nouvelle race de colons, se trouverait dans la tradition qui concerne Mélaneus. Selon cette tradition, cet habile archer, que son adresse faisait regarder comme un fils d'Apollon, vint dans la Messénie sous le rèr gne de Périèrès, et le roi lui accorda un district dans lequel il fonda OEchalie (3). Le nom de cette OEchalie était, sans aucun doute, dérivé delà Thessaiie, où se trouvait une autre ville ainsi appelée, la patrie du célèbre archer Eurytus (4). Mais les nouveaux habitants de la Messénie, qui partagèrent ce pays avec les Lclèges et les Caucones, ne durent pas venir du midi de la Thessaiie, où s'étaient établis les Solides ; ils émigrèrent du nord, de la parlie supérieure de la vallée du Pénée. Là s'élevaient, en effet, une Itltômc, qui du tdonner son nom à la ville et à la montagne où la liberté messénienne lutta si longtemps contre les ef-.' forts de Sparte, et uneTricea, qu'avait rendue célèbre le plus ancien te m-"* pie connu d'Esculape, de même qu'il y avait dans la Messénie uneTricea renfermant un temple consacré, au même dieu (5). tes Messénien* avaient une légende particulière concernant lanaissance d'Esculape (6), et, dans le catalogue d'Homère, les guerriers de Tricca, d'Itbôme'-et d'GEchalie, ont pour chefs ses fils Podalirius et Maeaon. Nous trouverons bientôt une occasion favorable pour résumer la conclusion a laquelle tendent toutes ces prémisses.

Epeus avait triomphé de son frère dans les premiert^eux olympiques; H hérita par conséquent de la couronne de son,père, et II donna à son peuple le nom d'Epéens. Homère les désigne, sous ce nom, bien qu'il appelle leur pays l'Elide (7). Ce fut sous le tègne d'Epeu» qu*,

forme de Nérce.le dieu des eaux, donl Apollodore (n. S, H, S) nous a raconté les métamorphoses, ainsi que celles de Thélis (nr, 13, S, 4). Protée est le vieàllanF de la mer (Odyssée, iv|. Celte conjecture, quelle que soit sa valeur, nï semble pus exclure l'hypothèse de Welcker, qui fait celte remarque ( Der Bpisch. Cyot,, p. 333) : «La seule raisonneur laquelle Nestor a vu trois générations, c'est que la plus ancienne tradition de Pylns qui le concerne le fait vivre à une ép»qOe tclle- ' intérieure à la guerre de Troie, qu'il fallait nécessairement if ' ' "

fiction pour lui faire prendre une part active à celle expédition. » — (1) Od., m. 366; Hérod.,iv, 148. — (2) Un fils de Cynorlas. Apollod., i, 9, 5; Paus., m, 1,5. — (3) Paus., iv, 2, 2.— (4) Ce fut lui qui apprit a Hercules â se servir de l'arc (Apollod., II, 4, 9, 1), et c'est arec son arc qu'Ulysse tue les prélendanls à la mai» de Pénélope. — (S) Slralj., lï, p. 437 ; vin, p. 360; Paus.. iv, 3, 2. — (6) Paus., ii, 26, 7. — (7) 11., u, 61S, 619; Conon, H, omel Fprus.

d'après la tradition, Pélops arrivaen Grèce, et qu'il enleva aux Epéens le territoire dePise. Les deux autres filsd'Endymion, exclus du troue par leur défaite, allèrent, selon l'opinion générale, fonder des colonies sur des terres étrangères. Pœon s'établit sur les rives de V Axius, où il passa pour le père de la nation pseonienne (l), et ^Etolus se fixa dans le pays des Curetés, qui s'appela dès lors VJEloiie, et dont les deux principales villes ou provinces prirent plus tard les noms de ses deux ûls, Calydon et Pleuron (3). Ces établissements helléniques de l'jEtolie semblent

:- n'avoir jamais compris que la région maritime de ce pays. Des tribus d'une origine différente continuèrent, à ce qu'il parait, à en occuper l'intérieur. Renforcées de temps en temps par de nouvelles hordes venues du Nord, elles gagnèrent, plutôt qu'elles ne perdirent, du terrain, et elles ne ressentirent qu'après un long espace de temps l'influence de la civilisation de leurs voisins. Les Curetés, chassés par ^Etolus, se réfugièrent, dit-on, dans l'Acarnanie. L'iiiade les décrit comme de formidables ennemis pour les habitants de Calydon. La contrée voisine de Calydon, et peut-être tout le midi de L'jGtolie, portèrent, à une certaine époque, le nom d 'Solide, qui semble cependant leur avoir été donné à la luite d'une invasion, bien postérieure, des ^Eo Siens-Béotiens (3). Quoi qu'il en soit, les habitants primitifs appartinrent sans aucun doute à la race œolienne. Ce feit, généralement admis, est peut-être prouvé par leur nom. Pourtant certaines légendes font descendre jEtolus de Deucalion, sans le rattacher par aucun lien de parenté à la ligne d'Hellen (4).

o- C'est ici le lieu de parler des tribus locriennes, que nous n'avons pas encore mentionnées, car l'une d'elles était établie sur les frontières de l'jEtolie, et leurs traditions les rattachent toutes, en générai, à l'jEtolie et à l'Élide. Les Locriens se vantaient d'être la branche la plus ancienne de la nation grecque. Ceux d'Opus prétendaientqueCynus, leur ville maritime, avait été la résidence de Deucalion, qui s'y était établi avec son nouveau peuple en descendant du Parnasse, et ils montraient dans leurs murs la tombe de Pyrrha (5). Strabon, sans donner aucune

(1) Dans d'autres généalogies, Pœon est mentionné comme un fils de Hellé (lljgin., Poet. Astr., Il, 20); Minyas épouse su fille Phannsyra (Scol. Ap. Rh.; I, 230), tradition dont le sens est facile à comprendre, lorsqu'on se rappelle qu'une ancienne ville du nord de la Thessnlie, prés des frontières delà Macédoine, passait pour avoir porté jadis le nom de Minva. Voir Sleph. Bra., Mîvùa AXimmcûl. — (2) Apoll., i, 7,7.— (3) Thncjdide [m, 102) semble parler de ce nom comme d'un mot déjà vieux à son époque. ËpWe (Slrab., x, p. 464) racontait ijue leS colons épéens de l'Italie avaient-été plus tard forcés de recevoir une colonie d'jEoiiens, enassés de la Thessnlie avec les Béotiens. Ce furent probablement les /Eoliens qui détruisirent (Menus {Slrab , i, p. 4SI) et (jui donnèrent ace pays le nom d'.<£olide. — (4) Alhén., Il, p. 33. La légende mérite une mention. « Hécatée de Mile! dil que la vigne Tut découverte diiEis T.Klnli^ de lumanim: suivante : Lorsque Oreslllée [le Montagnard) vint dans l'iËtolie, où il régna, une chienne lui mit bas un cep (Br(XE/.o;).Oresthéc ordonna qu'on plantât ce cep, et il nomma, à cause décela, son fiLPhytius (ou celui qui fait croître. — Physcus, le père de Lorrus, est-il le même individu1?). Pnytiusfutlepèred'OKneus, qui dut ce nom à la vigne (oîvn.) OEneus eut pour fils vËlolus.» Voir aussi Pausanias (ï,38,l), qui fait Orestbée roi delà

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CHAP. IV. - LA NATION HELLÉNIQUE. Tt

raison à l'appui de son opinion, affirme qu'ils étaient une colonie de la Loeride épicnémidienne (1 ) ; il rapporte pourtant une inscription destinée à conserver le souvenir de la défense des Thermopyles, et dans laquelle Opus était appelée la mère-patrie des Locriens. Aussi, d'après ces légendes nationales, Locrus, le père et le fondateur de cette race, descendait, non d'Hellen, mais d'Amphictyon, autre fils de Deucallon, personnage fabuleux, qui, comme nous le verrons plus tard, représente la première union des tribus helléniques. Mais les familles dominantes des Locriens orientaux paraissent, dans l'Iliade, intimement unies avec celles de THellade thessalique. D'un autre côté, un &tolus se* trouve quelquefois mentionné parmi les ancêtres de Locrus (2), et si, dans une tradition, Opus est simplement un fils de Locrus, une autre le représente aussi comme un roi de l'Elide, dont la fille donne un fils du même nom à Locrus (3). Ces légendes sont fondées sur ce fait, qu'il existait une colonie opontienne dans l'Élide, et peut-être cette colonie- ' eut-elle quelque rapport avec l'établissement des Locriens-Oïoles suri la frontière orientale de l'jEtolie (4). La mythologie locrienne sembtv nous autoriser à conclure que la population primitive de la Loeride orientale dont quelque souvenir ait pu parvenir jusqu'à nous se composait de Lélèges, auxquels appartint peut-être originairement le non* deLocriens, bien que des chefs d'une race hellénique, et plus probablement d'une race zeolienne, se fussent certainement établis parmi eux.

Ainsi donc, dans les pays que nous venons de mentionner, c'est-àdire dans la plus grande partie de la Grèce septentrionale et dans la région occidentale du Péloponèse, le commencement d'une nouvelle période se trouve plus ou moins intimement lié à l'histoire de la maison d'^Eolus, ou à celle de la tribu que son nom représente. Les légendes que nous sommes forcés de suivie, comme les seules sources où nous puissions puiser quelques renseignements, ne nous apprennent, il est vrai, presque rien que ce fait général; cependant, elles présentent toutes un trait saillant qui mérite d'attirer l'attention, car il ne peut pas être le simple résultat du hasard. Tous les établissements œoliens témoignent canctt» d'une prédilection marquée pour les situations maritimes. Iolcos et Co- f,Siîi«meo u rinthe sont les points lumineux d'où parlent des rayons dans toutes les "i»™* directions ; Orchomène aussi nous apparaît comme la souveraine de la côte voisine. Dans les districts de l'intérieur, comme dans la Phocide, les traces d'une dynastie solienne sont moins distinctes. Neptune, et d'autres divinités qui ont quelque rapport avec la mer, se représentent plus fréquemment dans les généalogies et les légendes de la race (5). Ce caractère, qui lui appartient en propre, nous semblera encore plus

(I) Strtb.,ii, p. 427.— (2) Scimou», y, 592. — (3) Eutlalbiui wrl'U. (h,

S31) rapporte une généalogie qui, il le fuit remarquer, est très-ancienne, dans laquelle Alolus est omis. Cette généalogie commence par Amphicljon cl Clilhonopatrn ; ïienl ensuile Plijscos, qui donna jadis à ses sujets le nom do fliysciens. Il est le père de Locrus, cl Locrus est le perc d'Opus. Pour l'antre légende, xpir Pindare. 01., n et la sclialie. — U) Bœckb, Explic. ad Pitular., p. 191. — (5) Par exempte, Ino-Leucolliea et Melicerles-Pnlirmnn.

important et plus frappant, lorsque nous comparerons son histoire à celle des Doriens, dont nous allons maintenant nous occuper. « Hérodote nous a laissé le récit suivant de l'histoire primitive des Dorieus. Après avoir fait remarquer que les Doriens et les Ioniens étaient deux peuples parfaitement distincts l'un de Vautre et de toutes les autres branches de la nation grecque, il ajoute ; « L'une était une race pélasgique, l'autre, une race hellénique ; l'une n'a jamais changé de patrie, l'autre a toujours erré de pays en pays. Car, sous le règne de Deucalion, elle habitait la Phtliiotide ; sous Dorus, le fils d'Hellen, le pays situé au pied des monts Ossa et Olympe, appelés Bitliœettde. Quand les Cadméens in forcèreut à quitter l'Histiaeotkle , elle alla habiter le montPinde et prit le nom de Macédonienne; plus tard elle passa dans la Dryopide, et de la Dryopide elle vint dans le Péloponèse, où elle s'appela la race dorique, »

Si nous adoptons ce récit comme littéralement exact sur tous les poiuts, nous devons supposer que les Doriens, après avoir quitté leurs anciens établissements de laPbthie, se dirigèrent d'abord vers le nord, et, prenant ensuite la direction opposée, s'avancèrent, par étapes successives, jusqu'à l'extrémité méridionale de la Grèce. Mais il est trèsdifficile de croire que telle fut la direction véritable de leurs migrations. Un seul motif probable, le désir d'occuper les riches plaiucs situées au cœur de la Thessalle, pouvait empêcher les Doriens d'obéir à la même impulsion qui emportait leurs frères vers le midi. N'est-il pas surprenant qu'ils n'aient laissé dans cette partie de la Grèce aucune trace de leur présence, et qu'ils se soient transportés, en quelque sorte d'un seul bond, de In Phthiotide à la frontière opposée de la Thessalie, au pied del'Ossa et de l'Olympe? La généalogie vulgaire de la race d'Hellen ne doit être admise, ainsi que nous l'avons déjà fait comprendre, que comme une indication générale des affinités nationales des ancieus peuples de la Grèce. Dans ce, sens, Dorus peut passer pour un frère ù' Moins. Mais il est très-improbable que les Doriens et les pollens aient habité primitivement la même contrée, ou fussent unis entre eux par des relations d'une intimité particulière. Non-seulement leurs légendes nationales n'offrent aucun souvenir de tels rapports, et ne font aucune mention d'alliances contractées dans cette région entre les descendants mythiques de Dorus et d' Jïolus , mais le peuple qui fut le premier et le plus cruel ennemi des Doriens est représenté comme l'ami et le frère des jEoliens. D'un autre côté, en adoptant les généalogies mythiques dans leur sens littéral, Hérodote devait nécessairement admettre que Dorus et ses compagnons étaient partis de la patrie d'Hellen pour commencer leurs courses vagabondes. Ce qui semble le plus probable, c'est qu'ils entrèrent pour la première fois dans la Thessalie du même coté où ils apparaissent également pour la première Fois., dans le récit de l'historien comme un peuple indépendant, c'est-à-dire qu'ils y vinrent du Nord Y.oiit-ils pénétré par le défilé de Tempe, par la chaîne cambunienne, •u sur un point quelconque plus occidental, tel que le passage de Metzovo ? c'est une question qu'il est parfaitement inutile de disenter.

Les premiers ennemis des Doriens furent, avons nous dit, un prtple Lcimim allié et parent des jEoliens. Ce peuple joue un Tôle important dansThis- un? " toire traditionnelle de la Thessalie, sous le nom de Lapithes. Ses coinbats avec les Centaures l'ont rendu célèbre ; Il vainquit en effet cette race fabuleuse, qui représentait peut-être les habitants primitifs et barbares de ce pays; H les expulsa fies établissements qu'ils avaient formés sur In plaine, et même sur les flancs du Pélion, d'où, selon Homère, Pirithoùs, son cher, les chassa, et les força d'aller chercher un asile chez les Jïthices, sur le versant occidental du Pinde (l). Cette légende n'est peut-être que la description poétique d'une lutte, dont d'autres auteurs nous ont laissé un récit qui parait offrir une plus grande exactitude historique.

D'après ces écrivains, les Perrhasbes, race pélasgique qui posséda, à une certaine époque, les riches plaines situées sur les bords du Péoee, dans les environs de Lnrisse, furent subjugués par les Lapithes. Une partie d'entre eux, soumis à leurs conquérants, continuèrent à habiter leur ancienne patrie; d'autres se maintinrent Indépendants dans les vallées supérieures de l'Olympe (2). LesDoricns quittèrent vraisemblable- LmBmH ment leurs forteresses de l'extrémité nord- est de la Thessalie, pour aller at dô"" tenter d'enlever aux Lapithes quelques-unes de ces conquêtes, et peut- Ti™«iie. être remportèrent- ils quelques avantages partiels; mais, selon leurs propres légendes, ils éprouvèrent uue vive résistance, et ne purent obtenir aucune supériorité permanente. Incapable de se défendre lui-même contre ses terribles ennemis, le roi dorien jEgimius sollicita le secours j d'Hercules,, auquel il promit, en récompense de ce service, un tiers de son royaume (3). L'invincible héros le délivra des Lapithes, et tua leur roi Coronus. Cependant ce Coronus figure parmi les chefs qui prirent part à l'expédition des Argonautes (4); il était un de cesMinycns qui, ainsi que nous l'avons déjà vu, semblent avoir été des JEoIiuus désignés sous un autre nom. Ce fut probablement aux traditions doriennes de celte grande lutte que les Lapithes durent leur mauvaise réputation. Ils passaient pour présomptueux, arrogants et impies, et ils paraissent Souvent confondus en Thessa'ie avec les sacrilèges Phlégyens. Le père de Coronus était l'audacieux Cœneus, qui défia Apollon (le dieu dorien), dédaigna de faire des prières ou des sacrifices aux dieux, et força ses sujets à jurer par sa lance. Les Doriens eux-mêmes out peut- être pris la place des Centaures dans d'autres légendes.

La partie la plus obscure de l'histoire des Doriens est celle où, selon le récit d'Hérodote, ils furent chassés de l'Histiœotide par lesCadméens, et où ils vinrent s'établir dans le Pinde, sous le nom de Macédniens. Les Cadméens sont les plus anciens habitants de Thèbes ; ils passent pour avoir été expulsés de ce pays, à une époque reculée, parune invasion desEnchelëeus, borde illydenne, qui pilla le temple de Delphes (5). Sur quelles bases repose donc la tradition qui met ces Cad-

(1) II., il, 744; Slrab., ix, p. 454. — (2) Slrab., «, p. 440, 441.

'-■' ( " ' ---..-. rIVi 57 A) An R]l( , 57> c, i„ s-i-..

:, 53. Selon llérodole (v, fit), ImCmu»

(3) Apollod., H, 7,7,3: Diod-, iv,57. — (4) An. Rli.,^87, eil» sflmlie.'

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méens'en lutte avec les Horions, au pied de l'Olympe 7 Quel est le sens exact des paroles d'Hérodote, lorsqu'il nous apprend que les Doriens étaient un peuple macédnien ou macédonien [l)ï Ces doux problèmes sont également insolubles. Les Doriens ne durent probablement cette qualification qu'au voisinage de la Macédoine. Nous ne savons même pas quand et par qui elle leur fut appliquée, et lorsqu'Hérodote nous apprend qu'après avoir abandonné leur patrie aux Cadméens ils vinrent s'établir sur le Pinde, il ne nous donne pas une idée bien nette de leur migration ultérieure. Ce qui semble te plus probable, c'est que le pays qu'Hérodote désigne par ce nom est celui que des écrivains postérieurs ont appelé l'Histiaeotide, district de la Thessalie, qui, selon Strabon, occupait sa partie occidentale. A une certaine époque, cette région portait, dit-on, le nom de Doride (s). Comme elle comprenait le cours supérieur du Pénée, et les villes de Tricca, d'Ithôme et d'CEchalie , peut-être est-il permis de conjecture]' que l'irruption des Doriens occasionna la migration qui transféra ces noms dans la Messénie. Les agressions de leurs voisins septentrionaux, les hordes sauvages de la Macédoine supérieure, ou l'hostilité des habitants des basses terres, les Lapithes, qu'ils ne subjuguèrent certainement jamais, peuvent avoir forcé tes Doriens à reprendre leurs excursions vagabondes, et à aller fonder un nouvel établissement à l'extrémité opposée de la Thessalie, où ils s'emparèrent du pays des Dryopes, qui prit, à dater de cette épo- Conqiiète 9ue* 'e nom cle Doride. Cette région ne se composait pas seulement de J* |».D™>de l'étroite vallée située au nord des sources du Céphise, entre le Parnasse et l'OEta; elle comprenait, à ce qu'il parait, une grande partie de la chaîne cetéenne, vers les Thermopyles, et peut-être quelques districts des hautes terres occidentales (a). Parmi les Dryopes,, quelques-uns se soumirent a leurs vainqueurs ; une partie d'entre eux furent, diton , transportés sur le versant méridional du Parnasse en qualité d'esclaves du temple de Delphes (4), et on a supposé qu'ils y portèrent le nom de Craugallidœ (s). D'autres émigrèrent dans l'Eubée

réfugièrent etei leaEnchelcens, après que leur Tille eut été prise par les Epijçonés; mais il semble avoir trouvé ici dem traditions différentes mêlées ensemble,

rDiodore n pluaiusIeineDt leparées l'une de l'autre, bien que les pérégnnilioni Cadmus dans l'IUirii: fussent Iros-iX'li.'fjrts dans lit fable. Voir Dion. Per. 390 el la noie de-Bernliardy. — (I) vnt, 43. — (2) Slrab., h, p. 437 ; i, p. 475. — (5) Antonînus nous apprend (livre c, 4) que Melaneus, roi des Dryopes, passait pour avoir régné sur toute l'Ëpire. — (4) Paus., iv, 34, 9. — (5) Dana iEschjne contre Clés. (p. G8) ils sont appelés Acrngallidœ. Suidas el Harpocration se servent de la forme Kjau-ys'ûîïai du hir/.j-viii<îii. Antoninus (liy. C,4) raconte une tradition concernant Cragcleus, (ils de Dryops, Nous devons toutefois faire remarquer que la tradition qui semble préférée par Pausanias était combattue par les Dryopes d'Asine, Les Dryopes prétendaient qu'ils avaient «doré Apollon dans leurs établissements primitifs, et qu'Apollon étail le fondateur de leur race, c'est-à-dire le père de leur roi Dryops. D'un autre coté, nous ne possédons auenne preuve directe qu'avant la destruction de Cirrba, à l'époque où vivait Solon, les Craugalliilcs fussent des serfs du temple de Delphes. Userait peut-être plus rationnel d'induire (lu fait raconte par vËscbyne, qu'ils Turent alors, pour la première fois, soumis à telle condition, et on peat même se demander si tel est le sens véritable des paroles d'^Escliyne, qui dit seulement Èbi.vS-.ix'.lfwvm t'.îi; àv-

et dans le Péloponèse (l), où ils s'établirent sur la cote de l'Argolide, dans les villes d'Asiné, d'Hermione et d'Eion. Les époques de ces migrations successives des Doriens sont complètement incertaines , car aucun des noms qui figurent dans les légendes relatives A ces événements ne nous fournit le plus faible renseignement sur leur chronologie; tout ce que nous savons, c'est que ce fut de leur dernier territoire, voisin de l'CEta, que les Doriens partirent, a une période postérieure, pour faire la conquête du Péloponèse.

- Tel est, selon Hérodote, le résumé de l'histoire primitive des Doriens ; mais quelques écrivains postérieurs parlent d'une autre migration on colonie de ce peuple, plus intéressante et plus importante que toutes celles dont nous venons de faire mention. Nous aurons plus tard l'occasion de nous demander jusqu'à quel point cette tradition est digne de foi, et si nous devons supposer qu'Hérodote l'ignora, ou qu'il l'omit à dessein comme étrangère à son but immédiat. Pour le moment , nous allons nous occuper des deux autres branches principales de la nation grecque, qui, comme nous l'avons vu, dérivaient leur nom, selon la légende vulgaire , non des fils, mais des descendants plus éloignés d'Hellen. Si nous admettions dans son sens littéral la généalogie commune, cette différence n'aurait qu'une médiocre importance ; mais, comme dans notre opinion , Hellen, Jùtlus , Dorus , Acha?us et Ion ne sont que des personnages imaginaires, représentant des races qui portaient leurs noms, elle nous apparaît sous un autre point de vue. Pour nous, elle contient d'importantes révélations, car elle nous donne à penser que les Achécns et les Ioniens avaient entre eux des rapports plus intimes qu'avec les deux autres branches de la nation. Les renseignements que l'antiquité nous a légués sur leur origine, et sur leur premier établissement en Grèce, semblent confirmer cette hypothèse.

Les légendes de la Thessalie ne nous apprennent rien de Xuthus , le père d' Achœus et d'Ion. Quelques écrivains postérieurs expliquent * ainsi ce fait remarquable : h Ses frères l'avaient chassé de la Thessalie, sous le prétexte qu'il avait pris plus qu'il ne lui revenait de leur patrimoine commun (2). L'exilé trouva d'abord, dit-on, un asile dans l'Attique. Il s'y établit sur la plaine de Marathon, et il y fonda laTétrapolis, ou les quatre villes unies d'Œuoc, de Marathon, de Probulititlms et de Tricorythus (3). Puis il épousa Creuse, la fille d'Erecbthée, roi de l'Attique, et Achœus et Ion furent les fruits de ce mariage. 0 Sur

kttimtt, bien que le mol àvaBiïvai, il nul il se sert un peu auparavant en mentionnant l'oracle, semble comprendre et la terre et ses habitants. Soldan, dans une dissertation approfondie des légendes qui se rapportent aux Drropei {Rhtin, Mut., vi, 3), soutient contre Mûller (Dor., 1, 2, i, trad , angl. Comparez Prolegg., c, 13, p. 237, Leitch.) In probabilité supérieure de lo tradition qui avait cours ùAsiné, olil s efforce aussi de prouver qu'il n j a là aucun motif suffisant d'attribuer nui Dryopes quel-

que affinité avec les Pélasgcs, Mais cela dépend encore de quelque quesiioris discutées plus haut, cliap. II. — (1) A Sljra et h Carvslus. D'aulr passeul pour avoir émigré i Chypre (DiodL, 1 v , 7>7) . Ou en trouve à Cvllinus (lier

vin. «fel»urlairiveiderHéIlc*ponl (Strab., un, p. 38<i). — (2) Pau*., 1,2. — (5) Strab-i vin, p. 383.

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tous ces faits, la plupart des auteurs s'accordent entre eux ; mais quelques-uns ajoutent qu'à la mort d'Erechthée , Xuthus fut chargé de désigner sou successeur, et que son .chois étant tombé sur Cécrops, les autres 111s du roi défunt, qui se disputaient sa succession, irrités d'une telle préférence, le chassèrent de l'Attique. Il se rendit par mer arec ses enfants dans le Péloponèse; Il s'établit et mourut dans cette contrée, qui s'appelait alors ^Eglalus ou la côte, mais qui reçut plus tard successivement les noms d'Ionle et d'Àchaïe. Après sa mort, et peut-être même auparavant, l'histoire de ses deux fils se divise en deux parties distinctes. »

Les anciens écrivains diffèrent étrangement surtout ce qui concerne Achœus. Selon quelques-uns d'entre eux, un meurtre accidentel le força de quitter JEgialus, ou Athènes. 11 émigra avec ses compagnons dans la partie orientale du Péloponèse; et, soit qu'il se fût mêlé aux anciens habitants de l'Argolide et de la Laconie, soit qu'il les eût subjugués, ils fondèrent ainsi la nation achéenne du Péloponèse , qui fit quelquefois donner à toute la Péninsule le nom d'Argos achéenne, pour la distinguer de l'Argos pélasgique de la Thessalie. D'autres racontent, au contraire, qu'après la mort de Xuthus, Achaeus réunit sous ses ordres une troupe d'aventuriers d'^gialus et d'Athènes , et, se dirigeant vers la Thessalie , recouvra, avec leur secours, le patrimoine dont son père avait été injustement dépouillé (1). En conséquence, cette région de la Thessalie, qui comprenait la Phthie et l'ancienne Hellade, fut, à une époque bien postérieure, et après de nombreuses révolutions, appelée de nouveau l'Àchale (s). Mats bien qu'il se serve communément du mot d'Achéens pour désigner les Grecs en général, Homère l'applique plus spécialement aux sujets d'Achille, qui régnait dans la Phthie. Il y avait donc uu fait constant : a une époque très-rc- Lttirhùtm culée, les Achéens furent la race prédominante dans le midi de In f™ et1?™ Thessalie et dans la partie orientale du Péloponèse. Mais ici s'élevaient le Pcioponé- deux opinions contraires : l'une attribuant la priorité aux Achéens du nord, l'autre en faisant honneur aux Achéens du midi. Toutefois, la première de ces deux opinions nous semble plus rationnelle et mieux prouvée que la seconde, car Strabon, qui, dans un passage, raconte qu'Achîeus s'enfuit d'Athènes dans la Laconie, et qu'il y introduisit pour la première fois le nom des Achéens, s'exprime ailleurs de manière à faire croire que Pélops a te premier amené avec lui les Achéens de la Phthie dans la Laconie (3). Pausanias a conservé une tradition plus simple qui aboutit a la même conclusion. Archander et Archi télés, les fils d'Achœus, vinrent de la Phthiotide à Argos, et y épousèrent deux filles de Dan bus, Automaté et Scsa. Archander nommason fils Métanastès, pour signifier qu'il était un émigrant d'une terre étrangère (4j.

(11 Pans-, vu, 1, 3. — (2) Hér-, vu, 197. — (3) vu, p. 383, 368.

(4) vu, 1 , 6. Toul lecteur intelligent de l'auteur grec devine» immédiatement que le nom de Mélansslès, et ceux des filles et des gendres de Danaùa, sont des noms significatifs , eiprimant Évidemment le rapport qui existait entre les souverains et les sujets. On peut se demander seulement si les noms des deuifrères in -

Reste toutefois la question de savoir quelle était l'origine des Achéens Lenruppott et s'ils avaient, avec la race hellénique, un rapport aussi intime que "£," H"~ semblait le donner à entendre la généalogie vulgaire. Quelques-uns des anciens écrivains se formèrent des opinions très-différentes sur leurs affinités nationales. Denys d'Haï ica masse, sans même mentionner la tradition commune, en rapporte une qui ne lui ressemble en rien. Acbaeus, Phthlus et Pélasgus étaient, dit-il. les fils de Larisse et de Neptune. Six générations après le premier Pélasgus , ils conduisirent les Pélasges d'Argos dans la Thessalie , en chassèrent les barbares qui l'occupaient, et divisèrent ce pays en trois parties, auxquelles ils donnèrent tes noms d'Achaïe, de Phthiotide et de Pélasgiotide (t). Si contraire que soit cette tradition à l'idée que les anciens se formaient des Achéens d'après l'usage fait par Homère de ce nom , elle s'appuie sur une autre généalogie, dans laquelle Phthius, qui était généralement regardé comme un rejeton de Pélasgus, s'appelait le fils d'Admis (2). Ces deux traditions auraient donc pour résultat de prouver queles Achéens n'étaient, dans le principe, que les anciens habitants pélasgiques de la Phtbie, et peut-être cette hypothèse fournit-elle l'explication la plus Pourquoi on simple des contradictions apparentes qu'offre, en ce qui les concerne, dcr11""™"* le témoignage des écrivains de l'antiquité. Que si on les considère comme ™ p'j™1" nne branche des Pélasges, établie, depuis les temps les plus reculés, dans la Thessalie etdansl'Argotide, ceuxqui ont pensé que le Péloponèse avait étéleur première patrie peuvent soutenir qu'ils ont émigré du Péloponèsc vers le nord, bien que leur nom fût prononcé pour la première fois dans la Phlliie. Si ce nom est un mot descriptif, si, comme on l'a conjecturé, il servait à exprimer leur situation sur la cote, il a pu, dès le principe, être commun aux deux pays'; mais, dans aucun cas, l'esprit général des anciennes traditions ne nous autorise a supposer qu'à telle ou telle période une partie de la tribu ait émigré réellement du nord au midi, et se soit établie dans l'Argolide. Ici, toutefois, nous observons une

rliqueut ce rapport, de telle sorte nu'Arcbytélès représentai la classe sujette, ou s'ils ont tous les deux une même signification, et si la relation d'infériorité est seulement exprimée par les noms de leurs femmes, qui semblent indiquer les effets différents d'une soumission volontaire et forcée. Pour se Convaincre que ces ni ariages sont seulement des locutions mythologiques qui doivent Sire inlerprélées selon l'analogie, d'après le secours de l'élymoloiïte, le lecteur n'a qu'à en comparer quelques autres entre eux, tels que ceux de Polycaon et d'hua;chme (Paus.. iv,. 2,1), de Pélias (et Nestor) cl d'Anaxibia ou Pliilomacbe (Apoll., 1,9,9,10), à'jEgée et de Meta, fille de Hoples, sa première femme. Ce dernier épousa ensuite Clialciope, ulledeK].cienor(Apol.riL,i3,6,2),oudeCliakodon(Athen.,iii[, p. 356). Mais, selon Tïetzes(Ljc.,494}, quelques auteurs ne luidonnetit pas d'autre femme

Su'Aulochllié, fdle de Persée. Ainsi nous ne savons rien de Lebadus, le fondateur e Lebadea, si ce n'est qu'il vint d'Athènes, et que sa femme s'appelait Luonice IPaus., ix, 30, 1). De même Eleetrjon règne avec sa femme Amuo ( Tzclzes, .je., 932), et à une époque postérieure, Proclès et Eurjstbène épousent Lalliria et Anaxomlra [Paus. m, 16, 6). — (I) i, 17. — (2) Euslalh. surl'li., 11, 681. L'Hellade, dit-Il, fut fondée par Ileilen, non le fils de Deucalion, mais le fils de Phthius, fils d'Achœus. Quelques lignes auparavant, il a parlé d'un Plilhius, fils de Neptune et de Larissa, et dans la page suivante, il dit que Pélasgus, Pblbius et Achseu» étaient les ûls d'Htemon et de Larissa.

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différence remarquable entre leur histoire et celle des jEolieus. Leurs chefs, Archander et Àrchitélès épousent les filles de Danaùs, mais ni l'un ni l'autre, ni aucun de leurs descendants, ne montent sur le troue d'Argos. Au contraire, nous avons vu partout les chefs œolitns fonder des dynasties royales. De ce fait, ne sommes-nous pas en droit de conclure que cette migration eut lieu avant que les jEolieus se fussent emparés de la Phthie et eussent commencé à être appelés aussi Achéens, et que les Achéens- Pélasgiens trouvèrent dans l'Argolide un peuple de la même famille, auquel ils se mêlèrent, plutôt par force que d'un accord commun, mais sans opérer une révolution complète, et sans détruire le gouvernement des rois indigènes? Une telle supposition nous, débarrasse de la difficulté que les chronologistes ont éprouvée à expliquer comment les fils d'Achœus ont pu épouser les filles de l'ancien Danaùs, et nous épargne la nécessité d'inventer pour ce mariage un second personnage du même nom.

ontmê- Si nous admettions cette hypothèse, il nous faudrait alors établir une ™ '^ distinction entre les Achéens du nord et les Achéens d'Argos. Dans lapé- *"«' riode où ils nous apparaissent pour lapremière fois, les premiers ne Sont que les jEoliens, qui, entre autres noms, prirent quelquefois celui du peuple dont ils avaient conquis le pays. Parmi les seconds, au contraire, non-seulement la masse de la population, mais les familles nobles et dominantes, peut-être celle des rois eux-mêmes, continuèrent à étrepélasgiques longtemps après que les ^Eoliens eurent gagné du terrain dans les autres parties du Péloponèse. Ce dut être des premiers que voulait parler Strabon, lorsqu'il appelle les Achéens une'race aeolienne (l), et Euripide, quand, en présentant Xuthus comme un fils dVEolus, il lui donne la qualification d'Acliéen (2). A-ces Achéens- ./Eoliens appartiennent aussi les Mirmydons, qui doivent surtout la célébrité dont ils jouissent à la gloire de leur chef Achille. D'après une légende fabuleuse, ils étaient nés dans Mgine, où jEacus, le juste, fils de Jupiter et d'une fille de la rivière Asopus, décida par ses prières son père à peupler l'Ile d'une race nouvelle (3). Leur nom, quelle qu'ait été son origine, prit vraisemblablement naissance dans ,Eglne;mais cette lie dut avoir reçu une colonie aeolienne ou achéenne de la Phthie. Pendant la génération qui précéda immédiatement celle de la guerre de Troie, cette colonie était, dit-on, gouvernée par Actor, fils deMirmydon, qui épousa JEgiae, la mère fabuleuse d' JLacus. Aussi Pelée, le fils d'Jïacus, après avoirtué son frère consanguin Phocus, s'enfuit auprès d'Actor, et hérita de sa

[i) vin, p. 355.— (2) Ion., v, 64. — (3) En lronsforraantlesfourmis(ui?(«»«î ou riùprici) en hommes (9iapfiiii,yti}; selon une fable qui doit probablement son origine à une fausse élymologie, bien que quelques écrivains anciens et mo-

dernes (voir Slrab., yin, n. 373; Théttgènes in Tzcii., Lvc, 176) nient suppo: qu'elle était fondée sur l'habitude qu'avaient les anciens "habitants d'jf mre dans des caves, habitude qu'ils leur allribuent sans avoir d'autre;

que la fable elle-même. Le lecteur curieux trouvera l'histoire ancienne d'Mgiai «posée et discutée avec un soin tout particulier dans l'JSgtottica de K. 0 Muller. *

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CflAF. IV. — LA NATION HELL&UQL'E. 79

(l). D'an autre côté, aucun rapport ne parait avoir existé entre les jÈginètes et les Achéens de l'Argolide.

Ces derniers reçurent toutefois, à «ne époque postérieure, une nou- m^^^l velle colonie des contrées occidentales du Pélopouèse. Argos continus, Jj™*» ■*■ dit-on, d'être la seule résidence de la maison de Danaûs, jusqu'à ce que in"!!»»» Prœhu et Acriiitu, fils d'Abas, se disputassent le trône. Acrisiusdtl'A[s°w*l'emporta d'abord, et se maintint à Argos. Prœtus, vaincu et exilé, revint avec une troupe d'alliés lyciens, et força sou frère à consentir au partage du territoire contesté. La région orientale échut a Prœtus, qui, avec l'aide des Cyclopes, éleva les murs indestructibles de Tîrynthe. Victime d'un accident fatal, Acrisiusfut tuéparPersée, le fils de sa fille Danaé, bien que, pour éviter le sort qui lui avait été prédit, il eût quitté Argos, et se fût retiré dans la Larisse thessalique : fait digne d'attention, car il prouve que certains rapports s'étaient établis de bonne heure entre les Pélasges du nord et ceux du midi. Après ce malheur, Perlée, ne pouvant pas occuper le trône que sa propre main avait rendu vacant, échangea son patrimoine pour celui de Mégapeulhes fils de Prœtus, etii fonda, dans le voisinage de Tirynthe, et dans un terrain plus élevé, une nouvelle ville appelée Mycènes. Deux générations plus tard, le petit royaume occidental se trouvait de nouveau divisé en irois États plus petits. Sous le régne d'Anaxagoras, petit-fils de Mégapenthe, les femmes d'Argos furent tout à coup atteintes de folie. Le roi (selon une autre légende en apparence plus ancienne, c'était Prœtus, dont les filles avalent été ainsi punies par les dieux, parce qu'elles avaient eu l'impiété de se moquer de l'iraagede bois de Junou, ou de mépriser les rites de Bacchus) eut recours à l'aide du devin Mélampe, qui était, par sa mère, parent de la famille royale. Mélampe ne demanda pas moins qu'un tiers du royaume pour les secours de son art, et, comme la Sibylle, il se vengea d'un premier refus en élevant ses prétentions, et il ne consentit à apporter un remède au mal que lorsqu'il eut obtenu un autre tiers pour son frère Bias (2). Quelle que soit la signification véritable de ces légendes merveilleuses, nous n'avons aucune raison pour mettre en doute leur base historique, do moins en tout ce qui regarde rétablissement de chefs œoliens dans l'Argolide , événement qui peut avoir contribué à rapprocher la langue et la religion des Achéens-Arglens de celles des Achéens delà Xhessalie. La tradition nerépand qu'une faible -J** Aj lumière sur la manière dont le nom des Achéens s'introduisit dans la u Ueonie. Thessalie. Ainsi que nous l'avons déjà dit, nous sommes autorises à croire que cène fut pas dans ce pays qu'il prit naissance, bien que Strabon paraisse le donner à entendre, lorsqu'il nous apprend qu'AchKus luimême s'y établit. Une autre assertion du même auteur, que les Achéens vinrent dans la Laconie avec Pélops , est trop isolée et trop faiblement sopportéepar d'autres faits pour mériter une grande attention. Peut-être devons-nous chercher la vérité dans la légende quiraconte qu'Eui-otas,

(1) Euslalh. iorril.,11, 681.

(2) Comparez Henri., ix, 34; Paus., », 16,18; Apoli., il, 2, 4.

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le successeur de son père Mylès, fils de Lélex, étant mort sans enfant mAle, laissa son royaume à Lacédémon, fils de Jupiter et de Taygète, l'époux de sa fille Sparte. Ces noms semblent indiquer qu'une nouvelle tribu, venue du nord, avait soumis à son Joug les Léléges établis dans la plaine voisine de la côte, où ils s'occupèrent, dit-on , à resserrer dons un lit artificiel la rivière qui portait le nom de leur roi. Nous n'entendons plus ensuite parler d'aucun changement de dynastie dans ce pays, au moins jusqu'à la guerre de Troie, et nous voyons les rois lacédémoniens s'allier par des mariages a ceux de l'Argolide(l), union qui semblerait confirmer notre supposition d'une affinité naturelle primitive* entre eux. Ces hypothèses concernant les Achéens acquerront peut-être un nouveau degré de probabilité, lorsque nous aurons comparé les renseignements parvenus jusqu'à nous sur l'origine de la quatrième grande branche de la nation grecque, les Ioniens, le Bien que ses rapports avec les anciennes institutions de l'Attique lui donnent un intérêt particulier, l'histoire primitive des Ioniens est peutêtre la plus obscure que nous ayons eue à étudier. Nous avons déjà dit comment la généalogie vulgaire rattache Ion à la famille d'Hellcn. Les Athéniens se plaisaient à répéter une légende différente, plus flatteuse pour leur vanité nationale. Selon cette légende, qui fournit à Euripide le sujet de l'une de ses plus ingénieuses tragédies, Ion était fils, non de Xuthus, mais d'Apollon. -Euripide représente Ion, non-seulement comme le fondateur du nom Ionien, mais comme le successeur d'Erechthée. D'un autre coté, il reconnaît dans Xuthus un chef étranger, qui avait secouru les Athéniens dans leurs guerres avec l'Eubée, et qui avait obtenu, en récompense de ses services, la main de la fille du roi. Il ose même, tant il contredit la tradition vulgaire, donner les noms d'Achteus et de Dorus aux enfants issus de ce mariage. Toutes ces variantes, inventées pour la satisfaction particulière des Athéniens, tendent à confirmer le fond même de la légende commune, car elles montrent que cette légende a toujours conservé son autorité, malgré l'intérêt que le patriotisme des Athéniens pouvait avoir à la dénaturer ou à la détruire. Si, dans sa forme, elle s'écarte de la vérité, c'est plutôt, nous avons des raisons de le penser, pour déguiser que pour exagérer l'importance de l'événement dont elle conserve le souvenir. Lorsque nous étudions l'origine des Ioniens, et les rapports qu'ils pouvaient avoir ay.ee les autres branches de la nation grecque, nous ne devons certainement pas la négliger; mais il est également évident que, sans le secours d'une interprétation historique, elle ne peut nous fournir aucun des renseignements que nous désirons y trouver. Selon l'opinion la plus généralement reçue, les Ioniens étaient une '" tribu hellénique, qui s'empara par la force de l'Attique et d'une partie du Péloponèse, et qui donna son nom à leurs anciens habitants. Une question distincte est celle de savoir si les conquérants apportèrent ce nom avec eux, ou s'ils le prirent seulement sur leur nouveau territoire.

(1) P>us., m,.|, 4; ApoU., u, 2, 2, I.

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CIIAP. IV. — LA NATION UEL.LEWU.HiP. Kl

Cette dernière hypothèse peut seule s'accorder aveu les légendes d'Ion, qui représentent toutes Xuthus comme le fondateur de la puissance des Ioniens, et qui ne rapportent jamais qu'Ion en personne ait émigré du Nord dans l'Attique. On peut, il est vrai, supposer que la naissance d'Ion est une pure fiction, et que Xuthus fut le nom véritable d'un chef ionien, qui avait conduit son peuple de la Thessalie dans l'Attique ; mais, s'il en était ainsi, nous devrions, selon la forme habituelle des généalogies mythiques, qui toutes nous offrent une semblable analogie, retrouver le nom d'union plus ancien, ou pour le moins découvrir dans le Nord quelques traces du nom ionien. Or, de ce cote, toutes nos recherches sont vaines. Théopompe fait dériver le nom de Ismer Ionienne d'un Ionius, natif d'Issa, qui régna jadis sur sa cote orientale (1); d'autres écrivains attribuent son origine à un laon italien (2). Ces traditions, dans le cas où elles ne seraient pas de pures conjectures, ne peuvent pas se rapporter aux Ioniens dont nous nous occupons; car, si leur nom eût déjà été célèbre a une époque aussi reculée, il se retrouverait certainement dans les légendes de la Thessalie. Au ssi, serionsnous certains qu'ils formaient une race hellénique, dans le sens ordinaire du mot, c'est-à-dire qu'ils sortirent de l'Hellade thessalique, nous devrions encore renoncer a l'espérance de retrouver dans ce pays l'origine de leur nom; nous nous verrions forcés, ou d'en adopter l'explication vulgaire, ou de supposer qu'il dérivait de quelque autre cause plus probable, maïs totalement inconnue. La légende obscure de Xuthus sera toujours le seul lien qui rattachera par quelque témoignage direct les Ioniens aux descendants d'Hellen.

Toutefois un pareil témoignage peut sembler inutile dans ce cas, et Le»" le fait parait suffisamment démontré par des preuves d'un genre diffé- rAu1° rent, mais d'une force irrésistible. Hérodote nous apprend que les habitants de l'Attique furent originairement des Pélasges; nous savons qu'à une époque postérieure ils formèrent une branche de la nation hellénique; cependant, d'après l'assertion formelle du même historien, les Ioniens de l'Attique n'avaient jamais changé de résidence. Le seul moyen de concilier ces faits est probablement de supposer qu'une troupe de t lolons helléniques vint s'établir parmi l'antique population pélasgique, et lui donna un nouveau nom et une nouvelle nature. Hérodote luimême semble confirmer cette hypothèse; dans son opinion, le changement de nom serait un argument sans valeur, car il .affirme que de semblables changements avaient eu lieu fréquemment dans les temps anciens, sans que le caractère pélasgique du peuple eu eût subi aucune altération. Mais II parle d'une révolution qui transforma en Hellènes les Pélasges attiques, et ses propres observations sur les débris dispersés de la race pélasgique, qu'il étudia eu d'autres lieux, l'autorisent à

(1) Slrab., vu, p. 317 ; Tien., Lye., 630. Strahori (p. 327) mentionne aussi une rivière Ion, tributaire du Pénée, et une ville nommée Alalcomcnei, située sur m» bords. Une rivière du même nom existait, à ce qu'il parait, dans l'Ionie péloponcsienne. Denp Pér. (-i!6) la réunit avec h: Hélas et le Cralhis.

;2) Eustath.; Denys Pér.,92. - •

conclure que cet événement dut être accompagné d'un changement complet dans la langue de l'Attique. Ces effets impliquent quelque cause puissante ; Hérodote ne nous donne aucun détail sur la manière dont ils se produisirent, mais il les reporte évidemment à l'époque signalée par l'apparition d'Ion ; car, d'accord en cela avec tous les autres auteurs, il attribue à Ion non-seulement l'introduction d'un nouveau nom national, mais aussi la formation des quatre tribus qui partageaient autrefois le peuple de l'Attique, institution conservée dans' plusieurs colonies' ioniennes. Nous parlerons bientôt plus longuement de ces tribus; qu'il noua suffise pour le moment de mentionner que l'une d'elles était, comme son nom l'indique, une tribu de guerriers, et qu'à une période bien postérieure nous trouvons dans l'Attique un corps puissant de nobles, possédant la plus grande partie des terres, ayant a ses ordres une nombreuse classe dépendante, et exerçant la plus haute autorité dans l'État. En outre Hérodote et quelques autres écrivains représentent Ion comme le chef des armées attiques (l); titre qui donne naturellement à- penser que la tribu guerrière et la classe noble, dont nous venons de parler, n'étaient que les conquérants helléniques, ces vainqueurs supposés des Félasges indigènes. Les légendes de l'Attique semblent même nous autoriser à conclure que cette révolution ne s'arrêta pas là, et que, quoique le changement de dynastie ait été soigneusement caché, les étrangers prirent possession de la couronne, et mirent un terme à la ligne des rois péiasges. Selon un écrivain, Neptune, le grand dieu national des Ioniens, détruisit, dit-on, Erechthée et sa famille (2), et Euripide, qui mentionne cette tradition, considère Ion comme le fondateur d'une dynastie nouvelle (s). niiq..iié Ces arguments suffiraient peut-être pour nous convaincre, si, d'un "ion!™ autre cot^> nous n'avions pas de fortes raisons d'attribuer au nom des a Péio- Ioniens une antiquité beaucoup plus reculée que celle que lui donne la légende commune, et de croire qu'il prévalut dans le Péloponèseetdans l'Attique avant que les Hellènes se fussent montrés en Thessalie. Nous avons déjà cité un passage d'Hérodote où cet historien met en contraste les Dorîens, tomme une race hellénique, avec les Ioniens, comme une racepélasgique; if adoptait, il est vrai, l'opinion générale, queces Péiasges avaient reçu tout récemment leur nom d'Ion, mais ses pHrolesn'eussent éuaucuU sens s'il eut cru que les Ioniens étaient réellement une tribu hellénique qui avait donné son nom au peuple conquis. Leur identité avec les Péiasges résultait pour lui de ses propres recherches ; l'origine du nom était un fait insignifiant, à l'égard duquel il se contentait île suivre fa tradition reçue. La manière dont il parle des Cynuriens, peuple établi sur un petit territoire, entre l'Argolide et la Laconie, rend encore plus clair et plus évident le sens de ce passage. Des sept nations qui habitaient de son temps le Péloponèse, deux, nous apprend- il, étaient aborigènes, et elles étaient alors établies dans le même pays

(1) Hérod.,viu,4l; Paus., 1,51,3. —(2) Apol., tu, 13, S. 1. — (5)1™, 284. Il disparu! dan» un gouffre que Neptune .ouvrit «ver l'on trident.

CMAF. IV. — 1A NATION BKLLÉN1QUK. 83

qu'elles avaient toujours occupé : c'étaient les Arcadieus et les Cynuriens. Les Achécns aussi, remarque-t-il, n'avaient pas quitté le Péloponèse, bien qu'ils n'en occupassent plus la même région; mais les Cynurîens, qui étaient un peuple aborigène, lui paraissaient être les seuls Ioniens, quuiqu'en devenant sujets des Argiens Ils eussent pris le caractère dorien (tj. 11 est évident que le mot ionien est employé ici comme un équivalent du mot pélasgique ou au té -hellénique. Hérodote semble donc nous désigner le Péloponèse comme l'un des premiers pays où se montra le nom d'Ioniens. Cette opinion se trouve aussi exprimée par la version que les auteurs copiés par Pausaoiaa. ont adoptée de l'histoire d'Ion ; car cette histoire se racontait de deux manières. Selon quelques écrivains, Ion resta dans l'Attique, et donna son nom au pays, d'où une colonie partit plus tard pour ^Egiakis : d'autres, au contraire, transportaient, ainsi que nous l'avons vu, Xutbus lui-même dans le Péloponèse, et supposaient qu'Ion, après y avoir établi son nom et son autorité, avait conduit une armée au secours des Athéniens, et étendu ainsi son influence surl'Attique. Hérodote dut avoir adopté cette dernière tradition, car il fait aussi arriver Xuthus dans le Péloponèse (3). Une légende, dont nous avons parlé plus haut, qui rapporte que Xuthus fut chassé de l'Attique par les fils d'Erechthée, expliquerait cette assertion; mais, à moins d'admettre un récit aussi improbable, on doit induire de tous ces faits que les Ioniens du Péloponèse pouvaient se vanter d'une antiquité au moins égale à ce! le des Ioniens de l'Attique. Le»légendes de l'Ionie méridionale nous conduisent d'ailleurs à cette conclusion; car le seul roi nommé avant l'arrivée d'Ion s'appelle Sélinus. Il prend son nom de l'un des fleuves du pays, qui coulait, disait-on, près d'Hélice, la capitale des Ioniens, ainsi appelée à cause de la fille de Sélinus qui devint la femme d'Ion (3). ,Maîs, outre cet établissement qu'ils fondèrent dans la région occidentale de la péninsule, les Ioniens occupèrent jadis évidemment une grande partie de la cote orientale. Les légendes deSicyoneetde ' Cortnthe ont conservé le souvenir de rapports très-anciens qui auraient existé entre cette région et l'Attique. Marathon, disent-elles, tils.d'Epopeus, un des rois de Corlnthe, qui régnait en ce pays avant l'arrivée des ■Solides, s'était tl 'a bord. enfui sur la cote de l'Attique; puis, étant revenu dans le royaume de son père, il le partagea entre ses deux fils, Sicyon et Corinthus (V) : aussi la chute finale de la dynastie «olienne passet elle pour avoir été suivie de l'expulsion des Ioniens {5}. Trézène et Kpidaure nous offrent des traces encore plus distinctes d'une population ionienne. Dans les temps historiques, les habitants de Trézène se distinguèrent toujours comme les parents et les amis fidèles des Athéniens. Leur ville, nous le dirons plus tard, fut la patrie du grand héros attique ; Sphcttus et Auaphlystus, fils de Trézène, fondèrent deux des villes attlques. Les légendes uniques et trézéniennes célèbrent également la lutte qui eut lieu entre Minerve et Neptune pour la pos-

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session du pays, et le trident et la tête de la déesse conservèrent sur les monnaies de Trézène le souvenir de cet-important événement (l). A " Kpidaure, le dernier roi qui régna avant la conquête dorienne, dont on trouvera plus loin le récit, passait pour un descendant d'Ion; et lorsqu'il fut chassé de son royaume, il se réfugia avec ses sujets dans l'Attique (î). L'antiquité bien prouvée des Cynuriens tend à faire croire que le nom des Ioniens s'était répandu, à Une époque très-reculée, sur une partie encore plus considérable de la région orientaledu Péloponèse, et qu'il y était représenté par l'ancienne épithète d'Argos, l'iasienne, qui précéda, à ce qu'il parait, celle qu'elle dériva des Achéens (3). Peutêtre leur puissance croissante renferma les Ioniens dans des limités plus étroites, et sépara des états jadis eontigus. Si le nom ionien prévalut de honue beure dans ce pays, cette prépondérance pourrait expliquer l'application qui en est faite à la Grèce entière dans les livres de Moïse. Mais, Il nous reste encore à nous demander comment ce jugement, nue» porté sur les Ioniens, peut se concilier avec ce que nous savons de l'éà'^î tut social de l'Attique, et avec les diverses indications qu'il semble * At nous fournir sur une invasion étrangère, et sur la présence de deux races distinctes. La question, toutefois, n'est pas de savoir si des colons étrangers s'établirent et devinrent puissants dans l'Attique, car il est impossible, et il serait inutile de nier ce fait, mais, si les Ioniens primitifs étaient une tribu différente des Pé la sges aborigènes. Il est certes permis de douter que la solution de ce problème puisse être plus sûrement déduite des institutions attribuées à Ion, que de ses rapports traditionnels avec Xulhus. Nous n'avons, à ce qu'il nous semble, aucune raison de croire que ces institutions n'aient pas été formées par les progrès naturels des Ioniens, et indépendantes dans le principe de tonte cause extérieure, bien que quelques influences de ce genre aient pu contribuer à les développer et à les fortifier. Tant qu'il ne sera pas prouvé que les castes indiennes, égyptiennes, médiques (4), et d'autres institutions semblables de l'antiquité et des temps modernes, ont dû leur origioeà des invasions et à des conquêtes, qui ont établi l'ascendant d'étrangers plus puissants sur les peuples primitifs, les tribus d'Ion devront être regardées comme un indice équivoque, et nous ne pourrons pas conclure de cette division de la nation que les guerriers seuls étaient d'origine hellénique, et que toutes les autres tribus descendaient des Pélasges. Sans tirer aucune induction de la légende qui donnait à toutes les tribus les noms d'autant de fils d'Ion, et les plaçait ainsi toutes au même degré, par rapport à rieur filiation, nous ferons remarquer que quelques écrivains de l'antiquité comprenaient une tribu de prêtres

H) Pau*., il, 30, 6; Plut.. Thés., vi. — (2) Pau»., u, 26, 1. — (3) Od™.,

216; Eustalh. sur l'll.,iii,258. Peut-être peut-on rattacher ce fait à la remarque de Pausanias (ir, 37, 3] qu'avant le retour des Héraclides les Argieiis parlaient lu infini; langue que les Athéniens. — (4) Hér., i, 101 . Les mages, tribu médique. Voir dans Bohlen, Dos aile Indien, u, p. 38, quelques remarques intéresfftiiltïs ci'mccruiiiil l'hjjKitlit-sr' il'iute conquête pour expliquer l'origine des castes indiennes et égyptiennes.

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CHAI'. IV. - LA NATION IIELJ.IÎ NIQUE. Ri

parmi les quatre Tribus, et que cette opinion reçoit une grande force des traditions attiques. qui contiennent des traces, difficiles a méconnaître, d'une Ancienne caste sacerdotale. Cette caste posséda peut-être , dans l'origine, le pouvoir suprême. Mais, dans ce pays, comme partout ailleurs, elle dut nécessairement avoir à coté d'elle une classe de nobles ou deguerrîers qui, toutefois, n'était évidemment pas une race distincte. La tradition suivante parait exprimer leur rapport mutuel. «A la mort de Pandion, ses deux 111s jumeaux, Erechthée et Butes, partagèrent sa succession; Erechthée hérita de sou troue ; Butes lui succéda en qualité de grand-prêtre de Minerve et de Neptune (i).

SI ces indications ne nous trompent pas, nous devons distinguer deux périodes dans l'histoire ancienne de i' At tique : l'une s'appellerait la période sacerdotale; l'autre, la période héroïque. Dans ta première, les prêtres dominent ; dans la seconde, les nobles ou les guerriers deviennent, peu a peu, la caste prépondérante. La seconde période? pourrait aussi s'appeler la période ionienne, en opposition avec la première, qui deviendrait alors la période pélasgique. Ce n'est pas que les Ioniens fussent étrangers aux Pélasges ; mais, durant cette période, des émigrations paraissent avoir eu lieu du Péloponèse dans l'Attique, qui tendirent à fixer le nom ionien dans ce dernier pays, où une foule d'autres désignations avaient auparavant été en usage, et à donner une force nouvelle a la classe guerrière par l'adjonction de nouveaux aventuriers de la même race. Dans un sens même, la seconde de ces périodes pourrait être appelée proprement la période hellénique. IN on -seulement en effet, le caractère purement martiale! héroïque des états helléniques M#i„j, de race pure y étend graduellement ses conquêtes, mais des étrangers, £*"*■** en apparence d'origine hellénique, parviennent à s' établir dans l'Attique. d» iv L'histoire de Xuthns semble au moins une preuve suffisante de ce ,l"' fait. La fondation, ou l'occupation, de la tétrapolis marathouienne , attribuée à Xuthus, a un rapport évident avec cette guerre dans la laquelle il secourut, dit-on, les Athéniens contre les Kubéens, et paraitrait indiquer qu'il émigra de l'Ile d'Eubée dans l'Attique. Ce fait, futil prouvé, ne jetterait aucune lumière sur son origine. L'Eubée parait . avoir été habitée dans les temps anciens par plusieurs races différentes; mgn, sa position géographique suffit pour nous le faire présumer: les Lèleges dïmiEi y avaient fondé leurs plus anciens établissements; ses mines y atti- J**^'* rèrent de bonne heure des colons phéniciens; les Curetés y mirent, dit-on, pour la première fois, une armure de bronze (2). Homère donne à ses habitants le nom collectif d'Abantes. Les écrivains les plus savants de l'antiquité ne savaient pas si ce nom dérivait de la ville phocéenne d'Abas, ou d'Abas, le héros argien. Un district de la région septentrionale s'appelait Histiteotide. Dans l'opinion de Strabon, ce nom fut transféré de l'île d'Eubée dans le nord de la Thessaiie par des colons que les Perrhœbcs avaient forcés d'émigrer Autrement nous aurions présumé que la région thessalique avait été la mère patrie (3).

(1) Apoll. ni, iH, i.— (2) Steph. Bp. a»w|.«î.— (3} Stroh., *, p ■ *&■

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Ne HISTOIRE DE LA GRECE.

Miils II y avait aussi dans l'Attique une ville appelée Histkea, et d'antres écrivains ont pensé, que les Histiéens de l'Eubée étaient d'origine a t tique. Une ville , et peut-être une province, de la mente région de l'Eubée, portaient le nom remarquable d'Hellopie, le même qu'Hésiode donne au pays voisin de Dodone. Strabon lui-même dit qne toute l'Ile d'Eubée s'appelait jadis Hellopia, et il ajoute qu'elle avait reçu ce nom d'Heliops, un des 111s d'Ion (i). Cette légende semblerait confirmer l'hypothèse qui fait des Ioniens une race hellénique, s'il n'était pas plus probable qu'elle a dû son origine aux nombreuses colonies ioniennes venues de l'Attique dans l'Ile d'Eubée.

Mais, quoique cette confusion de renseignements incertains sur la population primitive de l'Eubée nous interdise toute conjecture concernant l'origine de Xuthus, tirée du point par lequel 11 parait avoir pénétré dans l'Attique, cependant les rites particuliers qui distinguaient ■ les habitants de la plaine de Marathon, et qui semblent indiquer une filiation hellénique, confirment la tradition qui le rattache à la maison d'.'Eolus (2). L'union de Xuthus et de Creuse prouve évidemment que cet établissement exerça une influence considérable sur les destinées de l'Attique, et, par une conséquence nécessaire, des liens de parenté durent être établis entre Xuthus etlon. Dans un autre sens, nous ne trouvons, ni dans l'Attique, ni dans l'Ionie péloponésienne, aucun vestige d'nne conquête hellénique. Nous aurons plus loin l'occasion de reparler de l'interruption que l'on suppose avoir eu lieu dans la succession des rois indigènes.

La force des arguments tirés de la langue de l'Attique doit dépendre » de l'idée que nous nous formons du rapport primitif des races pélasgiqne et hellénique. La différence que l'on remarque entre le dialecte, d'où sortirent ceux de l'Attique et de l'Ionie asiatique, et le dialecte Rolien ou dorien , est à peu près celle que doit faire présumer le jugement que nous venons de porter sur les Ioniens, et pendant plusieurs générations elle dut être graduellement diminuée par les rapports croissants de l'Attique et dés états helléniques voisins.

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