CHAP. III. — LES COLONS ÉTRANGERS ÉTABLIS EN GRÈCE
admise comme uu événement historique (l), pourrait à peine servir de m» q«*i base à la tradition. Nous n'oserions pas affirmer que, parmi les anciens *™ que "Toi habitants de la Grèce, quelques étrangers, d'une race entièrement dlf- SfpCJSSJJ rérente de celle de ces fugitifs phéniciens, n'aient pas suivi à peu près la °"t mioau* même direction ; mais tout ce que nous savons de leur caractère natioual nous défend de croire que des colons d'un sang purement égyptien aient traversé la mer Egée et fondé en Grèce des villes maritimes. Ici, toute* fois, s'élève une nouvelle question : qu'un petit nombre d'Egyptiens ou de Phéniciens se soient ou non mêlés à l'ancienne population de la Grèce, ce fuit eu lui-même n'a que peu d'importance ; ce qu'il est intéressant de connaître, c'est l'effet produit par l'arrivée de ces étrangers sur l'état social de leur nouvelle patrie. Selon Hérodote, les Grecs - avaient emprunté à l'Egypte la majeure partie de leurs notions et pratiques religieuses, les objets et les formes de leur culte. Or, parmi les « Grecs, de même que chez la plupart des autres nations, la religion engendra les arts, la poésie et peut-être même la philosophie. Ou conçoitdcs lors combien d'intéressants problèmes dépendent de cette première question. Ni l'étude de la mythologie grecque, ui l'histoire de l'art grec n'ont atteint un degré suffisant de maturité, pour permettre A l'historien de choisir avec assurance entre les deux hypothèses rivales, dont l'une fait exporter de l'Orient ce que l'autre regarde comme une production naturelle du sol grec. La difficulté augmente encore, si on interprète dans leur sens le plus probable les traditions qui concernent les colonies égyptiennes. Nous possédons quelques renseignements sur la religion et les arts des Egyptiens et des Phéniciens de la cote de Syrie. Mais, eu ce qui touche les conquérants phéniciens de l'Egypte, nous n'avons appris aucun fait qui nous permette de déterminer quel rapport ils avaient avec les indigènes ; nous ignorons absolument à quel point ils furent en état d'importer tout ce dont .Hérodote crut la Grèce redevable A l'Egypte. L'auteur auquel Diodore a emprunté sa tradition de Danaùs et de Cadmus (2), attribue leur expulsion à la colère et aux alarmes qu'avaient excitées parmi les Egyptiens les profanations des étrangers, qui négligeaient leurs rites et menaçaient d'une ruine complète la religion nationale. Dans ce cas, fis n'eussent pas été capables d'initier les Pélasges aux mystères égyptiens, et un champ illimité de conjectures s'ouvrirait devant le critique qui voudrait étudier leur influence sur la mythologie grecque.
Le nom des Phéniciens soulève une autre question. L'expédition de Cadmus représente évidemment les aventures maritimes de ses compati Voir le Philologie, mus., II, p. 178.
(2) Mùller (Orchon. p. 1 13) remarque nue les murs cyclopéens des villes ne lu plaine d'Argos conl redisent la tradi lion de Danaùs; car.ai cette tradi lion était vraie, on devrait trouver dans celle région des monuments de l'architecture égyptien ni'. Heffter, p. 56, essaye de réfuter col argument : selon lui, les constructeurs de ces murailles, élevées postérieurement il Danaûs, i laïent des £l rangera venue delà Lycie. Hais si les arts égyptiens avaient été introduits à Argos, il n'eût pas été nécessaire de faire venir des architectes étrangers pour élever des monuments si grossiers. — (3) Fr. du livre XL.
fil HISTOIRE DE LA GBBCE.
Tmces d« trlotes ; mais elle ne résout pas la question de savoir si les étabiisse- Fm>s*ïdut«a ments phéniciens, attribués à ses compagnons, furent fondés par les pasno™d™1« teurs chassés de l'Egypte, ou parle peuple commerçant qui, à une époque grec™ ««. postérieure, couvrit de ses colonies les cotes de l'Afrique et de l'Espagne. Selon les plus grandes probabilités, les premiers fondèrent Thèbes, mats ce dut être l'esprit mercantile de Tyr ou de Sidon qu'Attirèrent les mines de Chypre, de Thasusetdel'Eubée. On ne connaît pas la date précise de l'ouverture des premières relatipns de la Phénicie et de la Grèce; toutefois, ces relations durent certainement s'établir plusieurs siècles avant l'âge d'Homère; elles furent, dans notre opinion, les plus puissantes de toutes les causes extérieures qui facilitèrent les progrès de la civilisation, et introduisirent de nouveaux arts etde nouvelles connaissances dans les îles et sur les rivages de la mer Egée. On a pensé, et cette conjecture parait très-probable, que les légendes des mers grecques décrivent souvent les Phéniciens sous des noms différents ; ainsi, la race demi-fabuleuse des Telchines montre tant de points de ressemblance avec les Phéniciens, qu'il est difficile de ne pas les regarder comme des Phéniciens déguisés par des fictions populaires et poétiques (l). Chypre passait, à ce qu'ilsemble, pour l'une de leurs plus anciennes résidences; mais les traditions de la Crète et de Rhodes leur ont valu une égale célébrité, etSicyone, comme nous l'avons fait remarquer, leur devait un de ses noms. Ces stations correspondent exactement à celles où, selon les hypothèses les plus rationnelles, les Phéniciens durent s'arrêter lorsqu'ils commencèrent leurs premières expéditions maritimes dans la Méditerranée. En outre, leurs habitudes et leurs occupations correspondent aux attributs mythologiques des Telchines. Dans la fable, les Telchines sont les fils de l'Océan, les gardiens de Neptune pendant son enfance; ilsforgentsontridentetla faux deSaturne;en général, les premiers travaux du forgeron, les plus anciennes images des dieux, leur sont attribués. Par une transition naturelle, ils se transforment en sorciers; on leur accorde la faculté de prendre toutes sortes de formes, de soulever des. tempêtes et de frapper la terre d'aridité; ils paraissent même avoir gardé une place permanente dans les superstitions populaires, comme une race d'esprits méchants. Ces légendes doivent certainement conserver les souvenirs de. divers arts introduits ou perfectionnés par des étrangers, qui excitèrent l'admiration des tribus grossières qu'ils venaient visiter. On peut se demander si la politique des Phéniciens les détermina jamais à fonder des colonies indépendantes dans les lies ou sur le continent de la Grèce, et s'ils ne se contentèrent pas d'y établir des factoreries, qu'ils abandonnèrent lorsque leur attention fut appelée sur un autre point. Leurs premières expéditions paraissent avoir eu tout à la fois pour but, comme le rapportent Homère et Hérodote, la piraterie et le commerce. Cependant, partout où ils al— - lérent, ils durent probablement, non-seulement introduire les produits de leurs propres arts, mais stimuler l'industrie et l'activité intellectuelle
(1) Voir Hoeck, Kreta, 1, p. 34S-5S6.
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CHAP. in. — LES COLONS ÉTBANGKRS ÉTABLIS EN GHÉCE »
des indigènes, explorer les richesses minérales et végétales dn sol, et idSd«« les augmenter par de nouvelles plantations et de nouvelles méthodes de fS,, ^mU culture. Leur séjour, même lorsqu'il fut transitoire, produisit aussi, Bans Gr*<*aucun doute, d'autres résultats, dont quelques-uns devinrent plus nuisibles qu'utiles. Certaines partie s de la mythologie grecque ont conservé de fortes traces d'une origine phénicienne { t ); or, le caractère de leur superstition nationale était, nous le savons, particulièrement Impur et atroce; aussi, nous est-il permis de croire que la plupart des rites monstrueux qui prévalurent en Grèce à une époque très-an rieu ne, découlaient de cette source.
Les Phrygiens ont peut-être partagé, avec les Égyptiens et les Phéniciens, l'honneur d'avoir contribué à la civilisation de la Grèce. Les légendes confuses de l'Archipel grec contiennent des noms d'êtres fabuleux, d'une nature identique à celle des Telehlues, et qui paraissent avoir avec les Phrygiens les mêmes rapports que les Telehtnes avaient avec les Phéniciens ; tels sont les Cory hautes et les Dactyles idéens, unis par certains liens, d'une part, aux arts, d'autre part, au culte de la Phrygie. On pourrait même supposer que Péloos appartenait^ la même race, EipiWuon s'il fut étranger, et cette hypothèse paraîtrait d'autant plus soutenante a* piiept." * que nous trouvons des Dactyles idéens à Pise. Mais, peut-être n'est-il pas nécessaire de s'aventurer si loin pour expliquer la tradition vulgaire, sans la rejeter absolument. De même que les Pélasges appartenaient autant à l'Asie qu'à l'Europe, de même Pélops et sa sœur Niobé, qui est la fille du roi argien Phoronée, comme celle du roi lydien Tantale (car il est inutile de distinguer ces personnages mythologiques), peuvent être considérés avec autant de raison commedes indigènes de l'un ou de l'autre des deux continents. C'est ainsi que Niebuhr parait, en substance, résoudre cette difficulté (2), Nous n'essayerons pas de percer plus avant l'obscurité des âges primitifs; nous rappellerons seulement que quelques traditions des tribus qui s'établirent les premières en Grèce purent être conservées et transmises dans une forme altérée, comme des récita d'expéditions et de migrations postérieures, bien que ce que nous avons dit nous semble suffisant pour prouver que l'opinion reçue, concernant les colons étrangers, repose sur une base historique et indépendante.
(1) Cela ctlndtnîs même par Mflller, fffahrfr» 3e la littérature de ta Grèce, c. II.
$4, en ce qui regarde Aphrodite, et il est difficile de ne pas l'admettre également
en ce (fui louche Hercules. "
(2) 11 (a'M relie remarque (Klein» Schriftea, p. 370, note) : «La migration dePél"|is ne signifie rien autre chose que l'affinité des peuples qui habitaient les deux
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m HISTOIRE DE LA GRECE.