NO 8(0 DO
n'est explicable qu'en andalous et en gascon.
Il doit être lu NO Madecha DO, et il signifie : il ne m'a pas abandonnée (â).
Mais c'est en le comparant au bas-breton et au quercitain que l'on dégage le caractère grammatical par lequel le gascon se distingue de tous les autres dialectes de la France.
Le verbe gascon , le verbe breton et le verbe quercitain offrent en effet ce caractère, qu'à tous les temps, à tous les modes, à toutes les personnes, à tous les genres, à tous les nombres, ils sont précédés d'une particule invariable , qui est pour le verbe gascon la particule K£ , pour le verbe breton la particule A , et pour le le verbe quercitain la particule BA.
Dans le dialecte gascon la particule KE remplace l'article je, tu, il on elle , nous y vous y ils ou elles; dans le verbe quercitain la particule BA remplit le même office.
Dans le dialecte breton la particule A ne dispense pas de l'article.
Un exemple fera comprendre nettement ce caractère propre au verbe gascon, et qui a son analogie dans les verbes breton et quercitain.
Verbe Gascon Hé, faire.
Indicatif présent.
Passé défini.
Je fais,
Ké Héï(3).
Je fis.
Ké Hazouï.
Tu fais,
Ké Hès.
Tu fis,
Ké Hazous.
11 ou elle foit.
Ké Ilè.
Il ou elle fit,
Ké Hazonk.
Nous laisoDS,
Ké Hem.
Nous fîmes.
Ké Hazoum.
Vous faites,
Ké Hetz.
Vous ntes,
Ké Hazouts.
Ils ou eUes font,
Ké Hen.
Ils ou elles firent,
Ké Hazoun.
Verbe Breton Ober , faire.
Indicatif ruÉSENT.
Passé défini.
Je fois,
Mé A Ra(4).
Je fis,
Mé A Réaz.
Tu fais.
Té A Ra.
Tu fis.
Té A Réaz.
(1) Forme d*un écheveau disposé comme le cbifFre 8.
(2) 11 faut reconnaître qu^en Gascogne écbeveau se dit plus communément madacho que madécha.
(3) L*H doit élre fortement aspirée.
(4) La répétition de ra à toutes les personnes pourrait donner à penser que le verbe breton est impersonnel, ce serait une erreur.
On ne le conjugue ainsi que lorsque les pronoms 70, iu, il, nous, vous, ils, le précèdent.
iNniCATIF PRÉSENT.
PAftS^ DÉriKI.
11 OU elle fait,
Hén A
Ra.
11 ou elle fit, Hén
Réai.
Nous faisons,
Nt A
Ra.
Nous finies, Nt
Réaz.
Vous faites,
C'houi A
Ra.
Vous ntes, C*houî
Réaz.
Ils ou elles font,
Ht A
Ra.
Hs ou elles firent, Ht
Réaz.
On le voit^ ce caractère particulier au verbe gascon, qui n'a d'analogie que dans* le verbe breton , empêcherait à lui tout seul de confondre le dialecte de la Gascogne avec aucun autre. Cette particularité est commune à tous les sous-dialectes gascons, au béarnais, au bayonnais, au marénsinois (1); mais on la chercherait en vain dans le languedocien , le catalan du Roussillon, le provençal, l'auvergnat, le suisse ou tout autre dialecte des langues d'oc ou d'otV.
Les rapports nombreux des dialectes de Gascogne et de Bretagne ressortiront d'un petit tableau qui trouvera sa place un peu plus loin, et ils sont frappants dans ces deux vers, qui sont la traduction l'un de l'autre :
, Breton : Hed ann noz né ra met kana (2).
Gascon : Ed hé la neit arré mé ké kanta.
Le bas-breton n'a élé, grâce à ses formes, vivement accusées, confondu avec aucun autre dialecte. M. de Humboldt, suivi en cela par M. Amédée Thierry , a même prétendu que le basbreton était une langue entièrement difTérente du gallois, du cornique et des gaéliques d'Irlande et d'Ecosse , erreur que les Bretons bretonnants instruits, tels que Le Gonidec , M. de la Villemarqué et M. Aurélien de Courson ont complètement dissipée.
Le bas-breton est un dialecte gaulois ou celtique pur et simple, comme le languedocien, l'auvergnat, le picard ou le français lui-même. La spécialité plus ou moins marquée de son vocabulaire, de sa prononciation et de sa prosodie , n'altère pas sa nature. Il décline, il conjugue, il construit la phrase selon les principes grammaticaux communs à tous les autres dialectes gaulois, répandus en France, en Angleterre, en Espagne et en Italie.
C'est donc une erreur sans fondement , quoiqu'elle soit ancienne
(1) Qui ne connaît cette phrase classique du Marénsinois : lou bogné ké truhé; le pot au feu bout , ce qui se dirait en gascon ; lou toupin ké bourltch ?
(2) De la Villeroarqué , Barzas- Dreis , le Rossignol, chani XI.