‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 150 sur 256 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Voici maintenant d'autres vers composés en dialecte populaire de la Toscane^ tels que les chantent les paysans et les pâtres des vallées du Cimino. Assurément les différences des parlers locaux s'y accusent ; mais tout le monde y reconnaîtra la même langue , c'est-à-dire une grammaire identique et un vocabulaire à peu près commun.

TuUi me dicon che canti, che canti !

Non è dover qae la prima sia io :

Gantin quest* altri che ci banno li amanU; Son poverella, e non ce Yho gia io.

Cantin quesl' altri , 11 amanli ce Thanno ; Son poTcrella, e il mio non cel vedranno.

Dov' è la voce mia ch'era si bella ?

Dov' è la voce mia chVasi alta?

Era senUla da tulta la terra; Era ascoltata da una villa ail* allra.

£ da una villa air altra era senlita . Dove è la voce mia, dove l'è ita?

Fossi sicura ch'el mi* amor sentisse, Ad alta voce io vorrei canlare.

Ci ha da passare Iroppe valli e monti, E la mia voce non puote arrivare ; £ se rivasse la voee e il lamento , Questo misero cor saria contento (1).

Pour les lecteurs auxquels sont plus ou moins familiers les dialectes italiens, il ressort avec la dernière évidence du rapprochement des vers qui précèdent que les patois de l'Étrurie sont très-voisins des patois de rOmhrie,

Pour les lecteurs qui connaissent en outre les dialectes méridionaux de la France , il est manifeste que le patois ombrien comme le patois toscan appartient à la famille des idiomes celtiques. Un Béarnais, un Gascon, un Languedocien traduiraient à première vue les vers des deux chansons.

Le Languedocien traduirait ainsi les deux premiers vers toscans :

« Toulis me disen ké canli, ké canti ! « Noun es déoûé que la premièro 8io iou.

Le Béarnais traduirait ainsi les deux premiers vers ombriens :

A L*aûté matii mé souy bist lamourt; n Quoand èy bist Iou mé amou parti.

(1) Canti popolati ioscanif raccolli da Giuscp] eTigri, p. ù-7,^Firenze, 1869.

Enfin le Gascon traduirait ainsi les trois derniers :

« Loa boon souêr ké bous dati dab co ;

« Se non sabetz se k'en ha,

« Bouttats-loa dab las rosos et las briolos.

Mais c'est au chapitre suivant que seront exposés et les rapports des antiques patois italiens entre eux^ et leurs rapports avec les patois celtiques modernes.

Il convient donc d'arrêter ici l'étude des nations italiques d'origine gauloise qui avaient précédé l'émigration de Bellovèse, et de rechercher la place que cette émigration sut conquérir dans les destinées de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie Mineure, afin qu'on juge si un peuple assez puissant pour jouer un tel rôle put devenir assez abaissé et assez abject pour oublier sa langue, c'est-à-dire sa nationalité.

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