CHAPITRE HUITIÈME
toutes les villes étrusques sans exception étaient placées à Tintérieur des terres , loin de la mer, et sur des hauteurs boisées (i).
Sur le second point, les historiens constatent qu'avant d'occuper la Toscane en maîtres , les Étrusques avaient longtemps séjourné chez les Ombriens et vécu avec les Pélasges.
Lorsque ces derniers, décimés par des maladies inconnues (2), mais que le séjour des Maremmes suffit à expliquer , quittèrent la rive droite du Tibre, les Étrusques prirent leurs terres et occupèrent leurs villes abandonnées (3), dont la principale était alors Cortone, située au milieu de TOmbrie {A), Ils étaient donc déjà établis en Italie, mêlés aux Ombriens et aux Pélasges; et ceuxci, dit ailleurs Strabon^ avaient longtemps pratiqué la navigation avec eux (5).
Voilà donc ce que dit l'histoire : la philologie le confirme pleinement.
D'abord , l'alphabet étrusque est, à trois ou quatre caractères près, Talphabet ombrien lui-même (6).
Ensuite, l'étrusque et l'ombrien étaient nécessairement deux dialectes d'une langue commune, car lorsque Q. Fabius, consul l'an de Rome 444, — 308 ans avant l'ère vulgaire, voulut, pendant une guerre avec les Étrusques, faire porter, en traversant la forêt Ciminia, une proposition d'alliance aux Ombriens-Gamertes, il choisit pour messager son frère Céson, qui avait élevé à Goere. et qui parlait parfaitement, ainsi que son esclave, la langue étrus-
(1) A Texception de Populonie, qui n*était pas une viUe primitiTe des Étrusques, mais une simple colonie de Volalerre.
(2) Le terrible fléau qui força les Pélasges & déserter leurs villes de la.Toscane dut élre l'une de ces maladies qui déciment les nations modernes, comme, par exemple, le choléra. On croit généralement que cet épouvantable fléau était inconnu des anciens, c'est une erreur.
Cœlius Aurélianus, médecin qui vivail au I1I"« siècle, composa un traité complet sur lecholera morbWt qui se lit avec intérêt dans sonlivre des maladies aiguës,
(3) 01 6i Tûv ixXtitovTCdv t^ xcopav WCk'x^&i K9tT0tox6vTCc ta; ff6Xei;, &Uoi te icoXXoî f|9av, (b; Exaoroi Tiaiv Irv/ov 6;jioTip|AOva{ tàç oUiqati; i/ovrc;, xal iv toTc l&diXtara nXct<rra; xt xat àpCffxa; Tu^^^iot. — Dion. Halic, Antiquli. roman. ^ lib. I, cap. XXVI.
(4) Ibid.
(5) Ibid., cap. XXV.
(6) L'étrusque n'a ni le B, ni le D, que possède Tombrien. De son côté, Tombrien n'a ni le C, ni l'X, ni le OH, que possède l'étrusque. Ni l'un ni l'autre n*ont ro, ce qui pourtant n*est pas bien sur pour l'étrusque.
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que (i). C'est en cette langue qu'il exposa la proposition du consul, et qu'il reçut du sénat des Camertins l'assurance d'un secours en vivres et en hommes.
Les rituels antiques , célèbres parmi les savants sous le nom de Tables Etigubines, consacrent aussi les rapports religieux des Ombriens et des Étrusques. La septième table , écrite en caractères romains , mentionne des cérémonies qui étaient communes à trois groupes de peuples du nom Toscan, du nom Nahartien, et du nom lapuske (2). Le même fait est consigné dans la première table, écrite en caractères ombriens (3).
Cette consanguinité de la nation étrusque et de la nation ombrienne a traversé les âges, également conservée et trahie par leurs dialectes populaires.
Nous la mettrons en évidence dans le chapitre suivant, consacré aux patois de l'Italie antique; mais nous ne croyons pas sans intérêt de montrer qu'elle ressort avec évidence de la comparaison des patois modernes.
Voici d'abord des vers composés en dialecte populaire de l'Ombrie, tels que les chantent les paysans et les pâtres :
L^altra mattina me Tiddi la morte, Quanno che vidJi lo raio amor parti.
£ Tocchi me piangeano tanto forte, Ch* una parola non glie potei di*.
No glie ho potuto di' amore do' vai , La ritornata quanno la Tarai?
No glie ho poluto di' amore do' iete, La ritornata quanno la farele?
La bona sera a tulte le zitelle, A una a una se fossero mille ; Voi ftete la regina délie belle.
Ye do la bona sera se la voleté , Et ye la do perché la mérita le, Et ve la do perché bellina siete.
La bona sera ve la do col core ; Se non sapete se che ve ne Tare , Bultala fra le rose et le viole (4).
(1) Caere educatus apod hospitcs, etruscis inde erudilus erat, linguamque etruscam probe noverat. — Tit. Liv., Histor., lib. IX, cap. XXXVI.
(2) Tabul. Eugub.,yir, a. lin. 12. FabretU, Corpus inscription. Ualicaruvi, inscription. Umbriœ, tab. XVI.
(3) Tabul. Engubin. I, b. lin. 17. — /ô/d , tab. VIT.
(4) Canti popolari inediti umbri, ligim,eUi,, raccolti da Oresle Marcoaldi, GenoTa« 1855, p. 60.