CHAPITRE HUITIÈME
citérieure, où ils étaient déjà établis (i). Ils dirent aux ambassadeurs romains qu'ils demandaient des terres. Les trois ambassadeurs, sortant de l'esprit de leur mission, déterminèrent les Glusiens à faire une vigoureuse sortie; et l'un d'eux, s'étant mis à la tête des Étrusques, tua de sa main un chef gaulois.
Cette action, contraire au droit des gens, mit immédiatement fin au combat. Le roi ou le brenn {¥} des Gaulois déclara que désormais c'était à la nation romaine qu'il avait affaire. Il envoya demander au sénat le châtiment des ambassadeurs. Cette juste satisfaction ayant été refusée, les Gaulois levèrent leur camp, et marchèrent sur Rome.
Pour aller de Clusium à Rome, il fallait descendre le cours de la Chiâna, arriver au Tibre et le traverser. C'est ce que firent les Gaulois. Le 16 juillet au matin ils rencontrèrent l'armée romaine aux bords de l'Allia, petite rivière qui se jette dans le Tibre, sur sa rive gauche, à peu près à égale distance de l'Anio et de la rivière de Corrèse.
L'armée romaine fut honteusement battue. Tite-Live, cet adulateur de Rome, avoue que les Romains prirent la fuite à peu près sans combattre, a Frappés de terreur, ils ne songeaient qu'à fuir; et, dans leur égarement, ils se dirigèrent sur \éïes, ville ennemie, dont les séparait le Tibre, au lieu de suivre la route qui les conduisait à Rome, près de leurs femmes et de leurs enfants (3). x>
Les Romains en déroute se divisèrent en deux corps. Le plus considérable, rangé dans la plaine, jeta ses armes et traversa le Tibre pour se réfugier à Véïes, ville étrusque, sur la rive droite, à peu près en face de l'Allia. Un très-grand nombre se noyèrent ou furent massacrés dans l'eau. La réserve, placée sur les collines, se retira seule à Rome, sans pouvoir dire ce que le principal corps d'armée était devenu.
(1) Le témoignage de Justin est formel sur ce point, Ub. XX, cap. V. Voir aussi dans Dom Jacques Martin, Hht. des Gaules^ t. I, liv. lit, p« 339, Paris, 1752, in-é**, la Note 1, où la question esl traitée a?ec une grande clarté.
(2) En dialecte bas-breton, roi se dit encore brenn ou brenin.
Les Romains, qui étaient forcés de défigurer tous les noms étrangers, à cause de leur déclinaison, firent de brenn Brennus, et en outre prirent le titre pour un nom propre.
(3; Til. U^.ylHstor., lib. V, cap. XXXVIIL
30fc LANGUE FRANÇAISE.
A Rome, où Ton dut croire et où Ton crut Tarmée anéantie ; répouvante fut au comble.
Tite-Live fait un tableau lugubre et saisissant de cet état de Rome, attendant d'heure en heure l'armée gauloise, qui ne parut que le troisième jour, et qui n'entra que le quatrième au matin. On entassa dans la forteresse du Gapitole le peu qui restait de soldats, l'élite du sénat et de la jeunesse, avec leurs femmes et leurs enfants.
Le llamine, les vestales sortirent par le pont Sublicius ou le pont de bois, et se réfugièrent à Cœre, aujourd'hui Gervetri. La masse de la population suivit le même chemin, et se dispersa dans les campagnes de l'Étrurie.
Les vieillards furent sacrifiés, et ils acceptèrent courageusement ce sacrifice. Restés dans leurs maisons désertes, ils s'assirent dans leur atrium, vêtus de leurs plus beaux habits ou des insignes de leurs anciennes dignités; et là, calmes, fiers et immobiles, ils attendirent les Gaulois.
Geux-ci, que la défaite et la dispersion foudroyantes de l'armée romaine avaient comme enivrés, y virent d'abord un piège. Le lendemain, 17 juillet, ils levèrent le camp, passèrent l'Anio et arrivèrent en vue dé Rome, un peu avant le coucher du soleil. Les coureurs ayant rapporté qu'on ne voyait personne, ni aux portes, ni aux remparts, l'idée d'un piège se fortifia dans leur esprit. Deux jours furent encore passés à observer la ville; le matin du quatrième jour après la bataille de l'Allia, le Brenn fit son entrée dans Rome, par la porte Golline.
G'était le 20 juillet de Tannée 392 avant l'ère vulgaire (I). Les Gaulois, en se dispersant dans la ville, furent frappés de sa solitude, et surtout de l'attitude de ces vieillards, restés seuls dans leurs maisons ouvertes, et assis dans l'atrium en habits d'apparat. Un Gaulois s'étant approché de l'un d'eux, qui était Marcus Papirius , eut l'idée de lui caresser avec la main sa barbe , qu'il portait fort longue, selon l'usage de ce temps. Le Romain, choqué de cette familiarité , frappa le Gaulois sur la tête avec son bâton d'ivoire. Celui-ci tua le vieillard par représailles, et ce fut le signal du massacre de tous les autres.
Les Gaulois brûlèrent Rome, et campèrent sept mois entiers
(1) Celle date est établie avec une irrésistible autorité par dom Jacques Martin, Hist.des Gaules et des Gaulois, t. I, liv. Ili, p. 356, [<otc 5, où la question est examinée et vidée avec une grande et solide érudition.