‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 153 sur 256 · CHAPITRE UUITIÈMR · texte numérisé non relu

CHAPITRE UUITIÈMR

sur ses ruines, a Ils y étaient entrés, dit Plutarque, très-peu de jours après les ides de juillet, et ils en furent chassés vers les ides de février (I). »

Quoi qu*en dise Plutarque, les Gaulois ne furent pas chassés de Rome. L'histoire impartiale a fait sur ce point raison de la légende de Camille, accréditée par Tite-Live en faveur de l'amour-propre des Romains.

Les Gaulois Sénons sortirent de Rome en vainqueurs, et sans èive inquiétés. Ils se retirèrent dans TAbruzze citérieure, d*oii ils venaient, et où nous allons les retrouver, faisant alliance avec Denys TAncien.

La défense désespérée des Romains réfugiés au Capitole, et surtout une incursion des Vénètes sur les terres de la nation sénonaise 'ainsi que les maladies contagieuses déterminèrent les Gaulois, maîtres de Rome, à se contenter d'une rançon. Elle fut fixée à deux mille livres d'or (2).

Tous les historiens sans exception avouent que Tor fut apporté au camp gaulois, et qu'au moment où on le pesait le brenn détacha son baudrier et le jeta, avec son sabre, dans la balance.

Les Romains ayant réclafné, le brenn dit fièrement : « Malheur aux vaincus (3)! » parole alors nouvelle et qui ^d'après

(1) nape/.6ôvTe; yàp el; aOx^^v ô>.iy«'.; ^,|A6?«i; '^ff'î.oov twv KutvtiXCcov el8b)v,7ccpi là; «fe^povotpCa; eî2où; éÇcweaov. — Plutarcli., Cainill.^ cap. XXX, Lipsi:», 1829, Tauchditz.

(2) C^est Varron, historien antérieur à Tite-Live, qui fixe la rançon à ce poids : « Auri poiido duo millia acceperunt ex œ.'1ibu8 sacris et inatronarum onia-

meniis. » — Varr. apud Nonlum, rcrôo lorquom, p. 109, Parisis, 1483.

(3) Le texte latin de Tile-Live dit Vœ vidts! C'est à peu près ainsi que le brenn dut s'exprimer en gaulois.

Vw est en erfet un de ces mots qui sont communs à la langue grecque , à la langue latine et à la langue gauloise.

La fonne grecque est : oOaC.

On lit dans saint Matthieu : 0\ta\ aot, Kop%!;âtv! oOzt <rol, hrfiaoillil Malheur à toi, Korazaïn ! malheur à toi , Bethsaïda ! — Matlh., XI , 21 .

Toutefois, il Tant remarquer que Plutarque n^emploie pas ce mot, en Té\)é^ tant le propos du brenn, il dit : Tôt; vcvtxri(uvoic iô\An, mot à mot : malheur aux vninrusHj' mol oOat n'appartenait pas au grec littéraire, mais seulement aux dialectes, et notamment au macédonique, qui prévalut hors de la Grèce, et surtout en Egypte, où l'établurent les Lagides comme langue légale. C^est pour cela que ce mot ne se trouve que dans la version des Écritures, faite par les Septante.

La forme gauloise est Guai! on lit dans le Livre de Joh, écrit en français du

le témoignage de Plutarque, passa depuis loi^sen proverbe (1).

C'est au moment où Ton pesait l'or que Tite-Live introduit le dictateur Camille, qui se trouvait aux portes de la ville avec son armée (2). A ce moment une querelle se serait engagée , et les Gaulois auraient été totalement exterminés; si bien quil n'en resta pas un seul pour aller annoncer le désastre (3).

Cette fable, racontée par Tite-Live et suivie par Plutarque, avait été détruite ^ l'avance par Polybe, historien plus ancien d'environ cent vingt ans, et d'une sûreté d'informations reconnue par Tite-Live lui-même.

a Les Gaulois , dit-il, ayant vaincu les Romains, et les ayant mis en fuite, les menèrent battant pendant trois jours jusqu'à Rome, dont ils s'emparèrent, à l'exception du C.ipitole ; mais les Vénètes s'étant jetés sur leur pays, ils s'accommodèrent avec les Romaine, leur rendirent leur ville, et- coururent au secours de leur patrie... (4). »

Ailleurs, il ajoute :

a Ayant pris les armes contre les Romains, et les ayant complètement battus, les Gaulois s'étaient emparés de Rome, et en étaient restés les maîtres, ainsi que de tout ce qui s'y trouvait, pendant sept mois. Après avoir traité e't rendu la ville, non-seulement sans y être forcés, mais même avec reconnaissance de la part des Romains, ils étaient rentrés sains et saufs, et chargés de butin, dans leur patrie (5) ».

Tous les historiens de l'antiquité, Strabon, Diodore de Sicile, Appien se réiinissenl à Polyl>e pour détruire la légende de Çamille reprenant l'or de Brennus. Tite-Live lui-même, son propagateur, en fait justice. Dans un discours qu'il prête à M. Junius,

dixième au onzième siècle : « Giiai a ceaz ki ont perdue la soffrance ». — Voir Le Roux de Lincy, à la suite des Livres des Rois,^. 448.

Le brenn dut dire : Guai as Venqus !

Les deux derniers mois sont dans le l**^ Livre des Rois, p. 74, 6-7.

(l)Kai ToÎTO fièvoOv ijÔTj nspoifitcoST); Xôyo; f«YOve. — Plutarch., CamiU.j cap. XVX; Lipsiœ, 1829.

(2)... 'AvcdVT^aTpaxàvô KdtfLtXXo; ivtot; iruXat; tjv. — Jbid., cap. XXIX.

(3... Ne nuncius quidem cladis relictus. — Til.-Liv., Ilist., lib. V, cap.

(4) Polyb., nistor.,\\h. II, cap. XVIII —Lipsiœ, 1833.

(5)... TéXo; èÔeXovrl xai pi€Tà x^p(T<>? napaôovte; ti^v TtoXiv, àÔpauffxoi xaî à(7iv£î; Ixovxe; T^v (ù^fXeiav, «I; n^,v olxeCav iïcavvôov ; Polyb., Histor.y lib. H, cap. X.XII ; Lipsiœ, 1833.

Page 1