CHAPITRE HUITIÈME
chef de la dépuîation des sold«ils romains faits prisonniers à la bataille de Cannes, et haranguant le sénat pour obtenir d'être rachetés, il lui fait dire : a Nous savons que nos ancêtres se ra^ chetèrent des Gaulois à prix d'or (i). »
Sous les empereui's la légende était universellement fibandonnée ; et Suétone put écrire de Drusus, père de Tibère : « On dit qu'étant propriétaire dans les Gaules, il rapporta de la Province l'or que l'on avait donné autrefois aux Sénons, lors du siège du Gapitole , et qui ne leur avait pas été repris par Gamille, comme on l'avait dit (2). »
Après le rachat du Gapitole, les Gaulois furent encore pendant deux cents ans les plus intrépides et les plus redoutables ennemis de Rome.
Trente-deux ans après la prise de Rome, dit Polybe, les Gaulois s'avancèrent jusqu'à Albe avec une grande armée. Les Romains, surpris, n'osèrent pas aller au-devant d'eux (3).
Un soulèvement des Gaulois produisait dans l'État une situation légale nouvelle , qu'on formulait par le mot tumulte. Dès que le sénat avait déclaré qu'il y avait tumulte (4), les lois militaires étaient suspendues, et les consuls enrôlaient qui ils voulaient, môme les prêtres, qui étaient exempts du service militaire.
Pendant cette guerre incessante, et qui dura juste deux siècles, les plus infatigables lutteurs furent lesBoïeiis. Lorsque, après une dernière et sanglante bataille , leur cent douze tribus firent leur soumission définitive, et livrèrent la moitié de leur territoire, 191 ans avant l'ère vulgaire, le sénat romain « décréta des prières publiques, et les grandes victimes furent immolées (5) ».
Malheureusement pour la dignité romaine, ce n'est pas seulement des taureaux que le sénat avait tojj lurs immolés à la peur que nos pères lui inspiraient. Tite-Live lui-même se sent rougir, en racontant l'histoire suivante :
« D'après les livres du destin, on célébra quelques sacrifices extraordinaires. Un Gaulois et une Gauloise^ un G.ec et une Grec-
(1) Majores quoque acce|)cramus se a Gallis auro redemisse. — Til.-Liv., Histor, , lib. XXII, cap. XLIX.
(2) Suelon., Tiber.f cap. 111.
(3) Polyb., HUtor,y lib. lï, cap. XVIII ; Lipsijp, 1833.
(4} Duiorum genlem ad rebelUonem speclare ; ob eas res fumultum esse dccrevil s.natus. r- Tit.-Liv., IJistor., lib. XXXIV, cap. LVJ. (5)Tit.-Liv., Hisior., lib. XXXVI, cap. XXXIX.
que furent enterrés vifs aux marché au bœufs, à Tendroil fermé par une enceinte de pierres, déjà ensanglanté précédemment par des victimes humaines : sacrifices étranges pour des Romains (1)! ))
Il est vrai que le sénat, toujours poursuivi par le spectre des Gaulois, savait aller de Todieux au ridicule.
Plutarque raconte avoir vu plusieurs fois passer dans les rues de Rome la procession annuelle faite en l'honneur des oies du Capitole.
D'abord paraissait un pauvre chien, attaché à une croix, et recevant au passage les malédictions publiques; puis, dans une belle niche, ornée de peintures au minium, était portée en triomphe l*oie dont la vigilance avait sauvé la patrie romaine (2).
Un dernier trait peint fidèlement l'ineffaçable impression de terreur que le nom gaulois avait produit même dans Tàme de Rome triomphante. Un trésor inviolable resta déposé au Capitole, pour faire face à toute guerre éventuelle avec les Gaulois. On sait que ce fut César qui l'enleva, sous prétexte que la conquête de la Gaule Tavait rendu inutile.