CHAPITRE HUITIÈME
car vingt-deux ans plus tard , en 309, on voit Denys envoyer un corps de Gaulois et d'Espagnols au secours des Lacédémoniens et des Athéniens contre les Thébains. Il y avait dans celte troupe cinquante cavaliers gaulois , dont Xénophon décrit les manœuvres audacieuses, et qui remplirent les Grecs d'admiration (1). Plus tard, et après la mort de Denys, les Gaulois entrèrent, en 342, au senice des Carthaginois, avec lesquels ils combattirent en Sicile contre Timoîéon, à la bataille du Crimese (2). Les'Gaulois restèrent un siècle au service des Carthaginois, et Ton peut lire dans Polybe la part que l'un de leurs chefs , Autarile , prit à la guerre dite des mercenaires, terminée à l'avantage des Carthaginois, 238 ans avant l'ère vulgaire (3).
C'était près d'un siècle plus tôt que les Gaulois avaient franchi les Alpes Juliennes, et avaient traversé l'Istrie pour s'établir en Illyrie, le long de la mer Adriatique. C'est en effet de ce pays que venaient , d'après le témoignage *de Strabon , ceux qui , 330 ans avant l'ère vulgaire, allèrent compUmenter Alexandre, après sa victoire sur les Triballes, peuples situés sur la rive droite du Danube, entre les deux Mésies. Ptolémée, fils de Lagus, qui a fait le récit de cette entrevue, à laquelle il assistait, constate la noblesse et la fierté de la réponse qu'ils firent au conquérant, lorsqu'il leur demanda ce qu'ils redoutaient le plus : <t Nous ne craignons qu'une seule chose, dirent les Gaulois, c'est la chute du ciel ; mais nous n'attachons pas moins un prix inestimable à l'amitié d'un grand homme (4). » Alexandre, un peu désappointé, dit Thistorien , traita néanmoins les ambassadeurs avec courtoisie; et, se tournant vei*s Ptolémée, il lui dit : a Ces Gaulois sont fiers (5) ! »
Pendant près d'un siècle , les Gaulois se multiplièrent en Illyrie sans rien entreprendre dont l'histoire ait gardé le souvenir. Ils y devinrent si nombreux , que la partie de l'Ulyrie qui longe la mer Adriatique en prit le nom de Gaule inférieure» C'est la désignation que lui donne Plutarque (0). De Tlllyrie , les Gaulois se
(1) Xénophon., Hellenic,, lib. VII, cap. I.
(2) Diod. Sictd., Biàlioth., Ub. XVI, cap. LXXX, — Plutarcb., Timoleo, cap.
(3) Polyb., HisL, lib. I, cap. XV, XVI, XVII. XVIII.
(4) Strab., Gtograph., lib. VII, cap. III, $ 8.
(5) Arrien, lib. I, cap. IV.
(6)... Atà Tfj; xàTw ra/.attx; nasà tôv 'ASptxv... Plalarch., Paul. .£mil. cap. IX.
répandirent, SOUS les nomsd'Ardiées, de Bastarnes, de Scordisques, de Boïens, de lapodes, à l'est dans les hautes vallées de la Save et de la Drave, à l'ouest dans la Dardanie et dans la Thrace. Tel était l'attrait de ces régions pour la race Gauloise, que les Tectosages de Toulouse, revenus chargés d'or de leurs expéditions dans la Grèce, ne résistèrent pas à la tentation de recommencer les mêmes aventures; « ils rentrèrent en Illyrie, pillèrent les Istriens, et s'établirent en Pannonie (1)* »
L'an 280 avant l'ère vulgaire, ces diverses nations gauloises, réunies sous deux de leurs chefs , entreprirent avec des résultats divers deux expéditions différentes.
Le premier groupe , sous la conduite de Belgius , attaqua, détrôna et tua Ptolémée Céraunus, roi de Macédoine (2); l'autre, sous la conduite du second Brennus, força le pas des Thermopyles, malgré l'énergique résistance d'une grande armée grecque, ravagea l'ÉtoUe et la Phocide, et essaya, sans succès, de piller le temple de Delphes.
Le temple de Delphes , dans la Phocide , était bâti , comme la ville de ce nom, sur le mont Parnasse, et la dominait. Consacré à Apollon, il n*était pas seulement Tobjet de la vénération de toutes les nations helléniques; c'est dans son enceinte que se trouvait déposé le trésor général de la confédération des Amphictyons, et beaucoup de villes de la Grèce y avaient aussi un trésor particulier. Les ex-voto déposés dans le temple ajoutaient encore à la valeur immense de ces richesses, qui avaient tenté les Perses, qui tentèrent les Gaulois, et qui triomphèrent de toutes les convoitises jusqu'à Néron, qui fit enlever cinq cents statues i3).
Lorsque les Grecs furent avertis de l'approche des Gaulois, qui venaient par la Thessalie , leurs troupes formèrent une première ligne de défense sur la rive droite du Sperchius, et une seconde au pas des Theimopyles, défilé déjà célèbre par le dévouement de Léonidas et de ses compagnons , et formé par les derniers contreforts du mont Œta , et par les eaux du golfe maliaque. Après le passage du Sperchius , que les Grecs confédérés ne purent pas défendre, les Gaulois attaquèrent avec fureur, mais sans succès , le défilé des Thermopyles. Arrêté par cet obstacle, Brennus ra-
(l)Jusliri. lib. XXXH, cap. III.
(2) Justin., lib. XXIV, cap. IV.
(3) Voir dans Pausauia.s livre X, ou la Phocide, la description du leinple, et le récit plus détaillé qu'ailleurs de TaUaque des Gaulois.