‹ Histoire des origines de la langue franc̜aiseChapitre 174 sur 256 · CHAPITRE NBUVIÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE NBUVIÈMB

5. Ed and6, e si mise con ano degU habitatori di qaella contrada, il quale lo mandd a suoi campi, a pastorare i porci.

6. Ed andè egli a desiderare d'empiersi il corpo délie silique, chei porci mangiavano; ma niuno gliene data.

Il n'est assurément personne] qui , après avoir comparé les deux dialectes rhètes au dialecte de Florence , ne convienne qu'ils constituent tous trois, au fond, la même langue, mais, que les deux premiers sont plus grossiers, plus durs que le dernier.

Néanmoins , les deux premiers étant incontestablement étrusrques, le troisième l'est donc aussi nécessairement.

Quelques courtes observations montreront les liens étroits, qui unissent en efTet les dialectes rhètes aux dialectes populaires de la Toscane.

Le dialecte littéraire de Florence dit Padre pour Père , tandis que les dialectes de l'Engadine disent Bap. C'est que ce terme appartient en effet à la langue populaire des Toscans et aux dialectes de rOmbrie , qui disent Bappo (2).

Un grand nombre de dialectes de l'Emilie , patrie primitive des Khèt/3s, disent aussi Bab pour Père. Tels sont ceux de Faentino, de Ravenne, de Lugo, de Forli et de Ri mini (3).

Les textes rhètes emploient le mot Brlckia, et disent el pour il.

Les patois toscans disent aussi Briccica (4), et l'on emploie el pour il dans le dialecte de Sienne (5).

En somme , il est impossible de contester sérieusement que les Rhètes ou Grisons des deux Engadines soient Étrusques d'origine; leur langue nationale s'était conservée parmi eux, Tite-Live l'atteste; et comme cette langue, à l'élégance et à l'harmonie près, déjà disparues du temps de l'historien latin, est visiblement la même que celle des Toscans actuels , on est

(1) Voir, poor les deux textes rhètes, Mëm, de la Soe, roy. des antiq, de France, t. VI, p. 544, 5. — Glou, patois de la Suisse, par Bridel, p. 429,

(2) Voir le yocabalaire do toscan populaire, à la suite des poésies de Giuseppe Ginsti, p. 370. — Firenze, 1852 ; et les Canti popolari umbri, liguri, etc. , da Oreste Marcoaldi, p. 55 ; Genova, 1855.

(3) Voir Biondelli, Saggio fui diaUtti gallo-italici, p. 225, «, 7, 8. 9, 30. Milan, 1853.

(4) Vocabulaire du patois toscan, à la suite des poésies de Giuseppe Giusti verbo Briccica.

(5) Vocabolar, Caterinaio, 1. 1, p. 80. - Firenze, 1866.

rigoureusement en droit d'affirmer que les patois modernes de l'Étrurie sont la continuation de ses idiomes anciens.

La situation géographique des Rhètes, ns^ion presque inaccessible ^ dit \elle\us Paterculus (1), avait naturellement contribué, par Teffet de l'isolement, à préserver leur langue de toute altération sérieuse. Séparés des Étrusques , leurs ancêtres, par la Lombardie et l'Emilie , ils n'auraient pu emprunter d'e'iX par la suite des temps les termes qu'ils ont en commun avec les dialectes de la Toscane ; ils ont donc môme langue et même race.

Dans l'examen que nous ferons un peu plus loin des anciens textes étrusques, on verra que les faits viennent corroborer ces principes.

D'un autre côté, la nécessité de démêler dans les inscriptions étrusques celles qui se rapportent aux rites de celles qui sont employées aux choses usuelles] est manifeste.

Que les Étrusques eussent des livres sacrés, contenant des formules secrètes pour l'accomplissement des rites ; que l'accomplissement de ces rites s'appliquât non-seulement aux choses religieuses proprement dites, mais aux choses politiques , administratives et militaires ; — cela n'est douteux pour personne.

Ces livres sacrés, en tant que révélés parTagès, se nonunaient Tagétiques; en tant que contenant les règles des cérémonies, ils se nommaient Rituels, Ce mot lui-même est étrusque.

Les matières auxquelles s'appliquaient les prescriptions ordonnées par les rites embrassaient la vie publique des Étrusques. Voici l'indication qu'en donne Festus :

a On appelle Rituels les livres des Étrusques où sont prescrites les règles selon lesquelles on bâtit les villes, on consacre les autels, les maisons, ou déclare la sainteté des murs, on institue le droit qui régit les portes; par lesquelles on délimite les tribus, les curies, les centuries, on lève, on organise les ai^mées, on résout la guerre, on déclare la paix (2). »

Ces diverses cérémonies s'accomplissaient à l'aide d'une langue sacrée, tenue secrète. Ammien Marcellin l'atteste, au sujet de la consécration d'une petite table, a La petite table, dit-il, fut consacrée à l'aide d'imprécations formulées en vers secrets et de danses nombreuses , conformément aux rites (3). »

(1) Valleius Patcrcul., lib. II, cap. XGV.

(2) Feslus, De verbor, signification., cap. XCIII.

(3) Meosula Imprecatioaibas carmtnutn sccretoriim choragUsqiie multis ri-

CUAPITRE NEUVIÈME. 3M

La langue employée à raccomplissement des rites n'était donc pas la langue vulgaire, parlée par tout le monde. C'était celle qui s'enseignait dans les collèges des prêtres, et qu'allaient apprendre les jeunes Romains des grandes familles destinés aux diverses charges du sacerdoce (i). C'est toujours d'Étrurie que le sénat romain faisait venir des aruspices pour prononcer sur les cas graves. Il en fit venir 207 ans avant l'ère vulgaire, pour examiner une hermaphrodite ( 2 ) ; il en fit venir encore en l'année 408 de l'ère vulgaire, sous le pontificat du pape Innocent P', pour déterminer Jupiter à lancer ses foudres contre les Goths. Zozyme, fervent apôtre du polythéisme,, raconte cette histoire, et avoue que les aruspices furent impuissants (3).

Puisque la langue sacrée était secrète, le peuple étrusque ne la connaissait pas, et elle différait profondément de la langue vulgaire. Il est probable qu'elle était obscure pour les prêtres euxmêmes, et que les Aruspices chantaient leurs vers, comme les Saliens, sans les comprendre (4). Les Actes des frères Arvales, découverts à Rome, en 1778, dans les fondements de la sacristie de Saint-Pierre, sont un spécimen de ces langues archaïques, exclusivement réservées aux cérémonies religieuses, soustraites à la connaissance du vulgaire, et difficilement pénétrables aux savants eux-mêmes (5). .

n ne nous est point parvenu des textes étrusques un peu développés , à l'exception de cinq inscriptions connues des savants sous le nom d'inscriptions de Tarquinies ou de Corneto, et de cinq autres encore plus importantes, dites inscriptions de Pérouse. Ces dix inscriptions font, ajuste titre, le désespoir des savants; mais il n'est douteux pour personne qu'elles ne soient une consécra-

toaliter consecrata. — Ammian. Marcellin., HUtor,^ lib. XXIX, cap. I, in med.

(1) Le Sénat avait ordonné qoe six jeunes Romains seraient envoyés et entretenus en Ëtrurie, pour y apprendre l'art au^iral. — Cicer., De divination. ^ lib. I, cap. XLI.

(2) Tit.-Li?., HUior.. lib. XXVII, cap. XXXVII.

(3) Zosim., Uistor, roman., lib. V , in fine,

(4) Quintilien déclare que les Saliens de son temps ne comprenaient pas les ▼en qu'ils chantaient dans leurs cérémonies. — Quintilien., InslUut, orator,, lib. I, cap. VI.

(5) Voir, pour les Actes des Frères Arvales, Cijelani Marinl, DegU atti e moiiumenti dé" Fratelli ilrva^i/Romae, 1794. — Le leite est dans Egger, Latini sermon, vetustior, reliquide, cap. II, p. 68.

tion faite en Vertu des rites, et qu'elles ne soient par conséquent écrites en langue sacrée (1). Quelques mots du texte appartenant à la langue vulgaire font d'ailleurs connaître très-clairement que ces inscriptions ont pour objet de consacrer des tombeaux de famille.

C'est donc d'un autre côté, c'est vers les inscriptions en langue vulgaire que le philologue doit se diriger, et ces inscriptions se pr^entent en très-grand nombre, soit dans les tombeaux, soit sur les statues, soit sur les divers ustensiles employés aux usages de la vie ordinaire.

Tel va être le but de notre étude , en recourant d'abord aux dialectes toscans, ensuite aux dialectes gaulois les plus rapprochés.

Ceux qui ont étudié l'histoire des Étrusques connaissent les soins pieux qu'ils donnaient aux tombeaux. C'étaient comme de véritables villes souterraines ; chaque grande famille y avait son hypogée spécial, composé de diverses chambres sépulcrales, ornées de peintures murales, remplies de vases précieux , d'armes et de bijoux, et les guerriers y dormaient leur sommeil vingt, fois séculaire, étendus sur des lits de pierre , dans leur babil de combat.

M. Noël des Vergers décrit ainsi l'une de ces .chambres sépulcrales qu'il venait de découvrir avec M. Alessandro François dans la campagne de Vulçi :

a Tout y était encore dans le même état qu'au jour où Ton en avait muré l'entrée, et l'antique Étrurie nous apparaissait comme aux temps de sa splendeur. Sur leurs couches funéraires , des guerriers, recouverts de leurs armures, semblaient se reposer des combats qu'ils avaient livrés aux Romains, ou à nos ancêtres les Gaulois. Formes, vêtements, étoffes, couleurs, furent apparents pendant quelques minutes; puis, tout s'évanouit à mesure que l'air extérieur pénétrait dans la crypte, où nos flambeaux menaçaient de s'éteindre. Ce fut une évocation du passé qui n'eut pas même la durée d'un songe, et qui disparut comme pour nous punir de notre téméraire curiosité (2). »

Les nombreuses inscriptions tracées soit sur les murs, soit sur les vases de ces nécropoles contiennent les indications qu'il est

(1) Fabretti, Corpus inscription, itallt, — Tàbui. XXXVIT, pour les inscrîpt. de Pérouse ; Tabul. XLII, pour celles de Tarquinies.

(2) Noél des Vergers, VÉtrurie et les Étrtisques, t. î, chap. Il, p. 47. Firmin Didot, Paris, 18C2-64.

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