CHAPITRE NEUVIÈME
naturel d'y trouver ; et les plus abondantes de ces indications se rapportent aux titres et aux noms des familles inhumées.
Trois titres sont très- fréquemment donnés aux défunts :
Celui de Larth aux hommes (1) ;
Celui de Larthia ou de Thana aux femmes.
Use manifeste dans l'orthographe des mots Larth et Larthiaxme variation de formes qui ne peut raisonnablement être attribuée qu'aux dialectes.
Dans les incriptionsdeClusium, de Sienne, de Florence, on trouve uniformément le mot Larth; mais dans les inscriptions de Pérouse on Va écrit aussi Lar et Laris ; et les incriptions de Volterra portent Larthu.
Il en est de même pour le mot Larthia : il est écrit huit fois Larthia dans les inscriptions de Pérouse, tandis qu'il y est écrit Larthi cinquante-huit fois. Larthia ne se lit que trois fois dans les inscriptions de Clusiuin, et Larthi s'y lit vingt-trois fois. Larthia ne se trouve ni dans les inscriptions de Yolterra, ni dans celles de Sienne, ni dans celles de Sarteano ; et on ne le trouve qu'une fois dans celles de Florence.
Enfin, la forme Lartha se lit, mais une fois seulement, dans les inscriptions de Pérouse (2).
Quelle était la signification de ces mots Larth et Larthia ?
C'était évidemment un titre, qui s'est même perpétué avec une forme identique dans certains pays celtiques, comme l'Ecosse et l'Angleterre.
Le Laird est en Ecosse le seigneur chef d'un manoir : le Lord est la même chose en Angleterre.
Vers les dernières années de l'empire romain, les lettrés attribuaient encore au mot Larth ou Lars le sens de Seigneur.
Ainsi, Ausone, parlant d'un grand seigneur de l'Armorique, le nomme Lars armoricus (3).
La critique italienne a généralement accepté cette interprétation, qui est confirmée par celle que le titre de Thana, donné
(1) Nous écrirons les mots étrusques en caractères romains, ainsi que nous l'a- TOUS fait pour l'ombrien et pour Tosque, afin de faciliter à tout le monde la lecture de notre livre.
(2) Inscription n» 1645, dans le Corpu$ inscript. itaUc, de Fabretii.
C'est à ce remarquable recueil que nous renvoyons le lecteur pour tous les mots étrusques mentionnées dans ce chapitre. (3} Auson., Idyll. XII.
aux femmes étrusques, reçoit des dialectes gaulois de l'Italie, de l'Espagne, de la France et de l'Angleterre. '• Quoique le titre de Thana fût général parmi une certaine classe de femmes étrusques, il ne parait pas néanmoins avoir été universel, car on ne le trouve pas dans les incriptions funéraires d'Orviéto, de Viterbe, de Yolcinies, de Vulci, deTarquinies et de Polimartium.
Dans celles de Florence, de Volterra, de Glusium, de Montepulciano, de Pérouse, où il abonde, il est écrit Thana et Thania. Néanmoins la forme Thana est la plus fréquente. A Pérouse, on trouve trente-cinq JAana contre sept Thania. Les inscriptions de Glusium donnent seulement douze Thania et cinquante- cinq Thana.
Les savants italiens se sont accordés pour la plupart à reconnaître dans le titre de Thana celui de Donnay encore usité en Italie, et de Doua usité en Espagne. Il avait néanmoins dans l'Italie antique une signification plus précise, qui est celle de Maîtresse de maison.
Les Romains exprimaient par le titre de Caîa la même fonction domestique. Dans les noces romaines, dit Plutarque, la nouvelle mariée disait à l'époux : a Là où tu es Caïus, là je serai Caïa (i). »
De son côté, Festus raconte que lorsque Tarquin l'Ancien s'établit à Rome, les Romains latinisèrent le nom de sa femme Thana Quil et l'appelèrent Caïa Caecilia (2). Le sens précis de Caîa sert donc à préciser celui de Thana.
Les dialectes gaulois modernes ne laissent de leur côté aucun doute sur la signification de Thana.
Dans les dialectes du Forez, la maîtresse de maison s'appelle Dana (3). Dans les dialectes romans de la Suisse, elle s'app§lW Daûna (4). Dans les dialectes de la Gascogne et des régions^uspyrénéennes, on la nomme Daoàno (5). Le mot y est partout usuel, môme aujourd'hui, au moins dans les campagnes.
(1) Plutarcli., QuxsL roman., cap. XXX.
(2) Fest, De verb. signif. verbo Cata.
(3) Ooofrio, Diction, des patois du Lyonnais et du Forez.
(4) Le doyen Bridel, Dict. des patois de la Suisse romane,
(5) Dans mon enfance, j'entendais clianter une vieille chaason qui commun çail ainsi :
Daotàno, Pagats-mé la soutado, M'en boli ana.