CHAPITRE TROISIÈME
dans les patois Tltalic, de la France ou de TEspagne, qui n'ont'subi non plus aucune domination indienne.
Cette communauté de mots entre des langues dont le siège fut si éloigné^ et parlées par des peuples qui ne purent jamais directement communiquer entre eux , veut donc être expliquée par une parenté primitive et par une communauté d'origine.
Le second exemple , non moins concluant que celui qui précède , est tiré de la comparaison du grec et des patois de la France.
Jamais les Grecs n'ont communiqué avec les provinces intérieures et occidentales de la France ; jamais ils n'ont pu imposer les termes de leur langue, ni aux Parisiens, ni aux Armoricains, ni aux Gascons. Cependant, tous les patois de la France contiens nent un grand nombre de mots grecs ; nous en avons dressé la liste pour quelques-uns d'entre eux; mais nous la renvoyons, afin d'éviter un double emploi, au chapitre suivant, où nous montrerons que ces mots grecs n'ont ni été ni pu être communiqués aux patois de la Gaule par les Phocéens de Marseille , d'Agde ou d'Ampuries.
Il ne suffit donc pas qu'une langue possède un certain nombre de termes qui sont aussi dans une autre langue , pour que Ton soit autorisé à dire que l'une dérive de l'autre. La communauté de mots peut avoii* une autre cause, et par exemple la communauté originelle des deux peuples.
Telle -est, on le verra , la seule manière vraie , sérieuse, scientifique, d'expliquer la communauté des termes qui se trouvent à la fois dans le latin, dans le grec et dans tous les dialectes de la France, de l'Italie et de l'Espagne; car, s'il est vrai dédire des Romains qu'ils avaient soumis l'Espagne, l'Italie et la Gaule, on n'en saurait dire autant des Grecs ; et d'ailleurs il ne se comprendrait pas qu'en imposant une langue ils en eussent précisément imposé une d'un génie entièrement différent de la leur.
Ce qui frappe en effet tout philologue étudiant la langue romane ou vulgaire dans ses premières manifestations écrites, c'est la profonde originalité avec laquelle elle se montre tout d'abord, pîir rapport aux deux langues littéraires de l'Europe antique, le grec et le latin.
Le serment de 842 est le plus ancien monument de la langue romane. Le cantique de sainte Eulalie et le] poôme de Boèce passent généralement pour des textes à peu près contemporains
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du serment. On ne peut pas dire que ta langue roinane ou vulgaire se retrouve, avec toutes ses formes, dans ces trois monuments; mais on peut dire qu'elle y est déjà avec toutes ses règles fondamentales, c'est-à-dire avec la nature spéciale de son substantif, de son verbe et de sa syntaxe; si bien qu'en se produisant pour la première fois la langue romane se montre toute formée, avec son génie propre et original.
Exposons en effet les caractères spéciaux qui constituent la langue romane , et qui forment un abime creusé entre la langue latine et les dialectes de la Gaule.
La langue latine et tous les dialectes de la Gaule compris sous le nom général de langue romane ont un génie philologique nonseulement complètement dilTérent , mais encore absolument opposé.
C'est une vérité qui va résulter de la comparaison des trois éléments constitutifs du latin et du français connme de toul« autre langue, c'est-à-dire de la comparaison du substantif, du verbe et de la syntaxe.
Prenons pour exemple du substantif, en latin, l'un des mots les plus usuels, le mot Père; — il se dît Paler.
Mais Pater n'est qu'une des cinq formes que le mot est susceptible de recevoir, selon le rapport que le Père a, dans la phrase, avec une personne, ou un objet, ou une action quelconque.
Le Père aime-t-il ses enfants? — II s'appelle Pateh. — Paler amalpueros.
Les enfants aiment-ils le Père? — Il s'appelle PATaBa. — Pa- Irem amant puer i.
S'agit-il de la fille du Père? — Il s'appelle Patris, — Patris filia.
Le filsobéit-il au Père? — U s'appelle Patri. — Patrifilius obedit.
Le champ est-il labouré par le Père? ^ Il s'appelle Patrb. — Pâtre ager aratur.
Tous les substantifs sans exception subissent ainsi, dans la langue latine, ces changements de forme qu'on nomme cas ou déclinaison.
Rien de pareil ne se voit ni en français, ni en provençal, ni en gascon, ni en breton, ni en picard, ni dans un dialecte quelconque de la langue romane. Uaris tous ces dialectes, le substantif a une forme fixe, constante, immuable.
De quelque façon que l'exemple précédentsoit présenté; qu'on