C. XXVI
(3) Cellarius et Walckenaer sont d^accord sur ce point. Geograph. aniiq. liv. Il, c. Il, secl. 3, n° 118. — Géogr, ancien, des GauL, part. I, ch. VIII.
(4) Albicos, barbaros homines, qui in eonim fide aoUquitus erant, mon(e.<;que supra Massiliam incolebant, àd se vocaverant. — Cœs., de BelL civil. ^ 1. I, cap. XXXIV
base de la population ouvrière et maritime de la ville, où leur langue prévalut finalement et naturellement.
Pendant la seconde époque , Marseille , fécondée par la paix générale qu'Auguste avait donnée au monde , produisit ces écoles célèbres qui dépassèrent en éclat celles de Lyon et de Toulouse et rivalisèrent même , dit Strabon, avec celles d'Athènes. Alors les vieux Phocéens tinrent à honneur de donner un essor spécial à l'étude de la langue grecque ; mais il est dans la nature des études classiques de rester inconnues et interdites au peuple ; et si les riches négociants de Marseille devinrent assez lettrés pour écrire quelquefois leurs contrats en grec , les ouvriers du port et les petits marchands n'en restèrent pas moins le foyer où se perpétua l'un des dialectes les plus célèbres de la Province romaine. Saint Jérôme, écrivant vers l'année 388, résume cette situation en disant qu'à Marseille on parlait le grec, le latin et le gaulois (1).
Ainsi , l'hypothèse de la dissémination d'un certain nombre de mots grecs dans les dialectes de la Gaule par la communication directe de la langue des Phocéens, établis à Marseille et sur la côte de la Méditerranée , est une pure utopie , renversée de fond en comble par l'histoire. Ces Phocéens, loin de conmiuniquer leur langue aux populations environnantes, avaient déjà adopté la leur avant la conquête des Gaules.
Cette hypothèse n'est pas moins renversée par la philologie, car il résulte de l'examen des dialectes parlés en France qu'il y a des mots grecs dans tous, en quantité à peu près égale. Or, si, à la rigueur, on peut attribuer aux Marseillais une certaine mesure d'influence sur leurs voisins immédiats, comment supposer qu'ils auraient eu la même influence sur des peuples éloignés, sans relations avec eux?
Pour rendre la démonstration évidente et sans réplique , nous allons prendre trois groupes gaulois , non- seulement séparés des Marseillais par de très-grandes distances, mais encore séparés entre eux : les habitants de l'Ile-de-France, les habitants de l'Armorique et les habitants de la Gascogne. D'abord les langues de ces trois groupes diffèrent de la langue des Marseillais, et ensuite elles difTèrent entre elles. Eh bien, ces trois langues contiennent des mots grecs en quantité à peu près pareille.
Nous allons dresser un tableau de quelques-uns de ces mots, en
(1) ..Quoi et graece loquentur et latine et gallice. — In Prxfat. ad lib. II. In epW. ad Galaias.