‹ Histoire des origines du ChristianismeChapitre 423 sur 427 · Nommé aussi Salnonium ou Samonium · texte numérisé non relu

Nommé aussi Salnonium ou Samonium

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chipel. Le capitaine eut l'idée toute naturelle de profiter de cet avantage. Il suivit donc la côte orientale de l'île, non sans de grands périls; puis, se nnettant l'île au vent, il entra dans les eaux calnnes du sud. On trouva là un petit port assez profond, fermé par un îlot et bordé par deux plages de sable entre lesquelles s'avance une pointe de rochers, si bien qu'il semble divisé en deux parties * . C'est ce qu'on appelait Kali Limenes (les Bons-Ports); près de là était une ville nommée Lassea ou Alassa *. On se

<. Mémoire [inédit] de M. Thenon sur l'île de Crète.

2. Voir la grande carte de l'île de Crète par Spratt (1858 et 1862). Pococke trouva la petite baie dont il s'agit portant encore le nom de Aifie'wvaî îcaXcûç, sous le cap Littinos, vers le milieu de la côte sud de l'île {Description of the East, vol. II, part. I", p. 250-251, et la carte). Plusieurs voyageurs revirent la baie portant le même nom (Smith, p. 30, 38, 44, 45 ; Conybeare et Howson, II, p. 329-330). M. Thenon et M. Spratt [Travels and researches in Crète, II, p. 1 et suiv., Londres, 1865) ont retrouvé les mêmes KoXd Aiiaîcveç ou Kalo-LimniÔ7ies, et, devant la petite île qui ferme les Bons Ports, un peu à l'est, une pointe offrant des ruines, qui s'avance dans la mer et que les paysans nomment Lassea. Cette seconde appellation vient peut-être d'une identification récente, œuvre des moines ou des maîtres d'école, qui auront voulu complète»* en ces parages la topographie à^s Actes. Un grand couvent situé près de là prouve que de bonne heure des souvenirs chrétiens s'attachèrent à cet endroit. Il y a très-peu de ports sur la côte sud de la Crète, et, en suppo.sant que l'expression KaXii Atu.Eove; soit le résultat d'une identification postérieure, on n'a guère eu de choix. Quoi qu'il en soit, Aa^aî*, Aaae'a, 'AXacax répondent

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réfugia dans cet abri ; l'équipage et le navire étaient excessivement fatigués ; on fit en ce petit port une relâche assez prolongée.

Quand il fut question de repartir, îa saison se trouva fort avancée. Le grand jeûne du Pardon [Kippour] , au mois de tisri (octobre) , était passé ; ce jeûne marquait pour les juifs la limite au delà de laquelle les voyages maritimes n'étaient point sûrs». Paul, qui avait acquis sur le navire assez d'autorité, et qui, d'ailleurs, avait une longue pratique de la mer , donna son avis : il prédit de grands dangers et de grandes avaries, si l'on se rembarquait. « Mais le centurion (nous ne pouvons en être aussi surpris que le narrateur des Actes) avait plus de confiance en ce que disaient le capitaine et le subrécargue qu'en ce que disait Paul. » Le port de Kali-Limenes n'était pas bon pour hiverner. L'avis général fut qu'il fallait tâcher de gagner, pour y passer les mauvais mois, le port de Phœnix, situé sur la côte méridionale de l'île-, où les gens qui

probablement à àiùatsr.y ou Aiaaw de Strabon (X, iv, 4 4], à Ai<7or.; d'Etienne de Byzance (au mot ^aioTo;), à Lisia de la carte de Peutinger.

1. Végèce, IV, 39; Horace, Od., I, iv, 2; III, vu, 2 et suiv.; Hésiode, Op. et dies, 670 et suiv.; Aristoph., Aves, 712; Phi- Ion, ie^-., §3. Cf. Tit.,iii, 12.

2. Strabon, X, IV, 3; Plolomée, III, xvii, 3. Aujourd'hui Loutro,

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connaissaient ces régions promettaient un bon mouillage. Un jour qu'il faisait une brise du sud, on crut le moment favorable. On leva l'ancre et l'on fit des bordées le long du flanc de l'île, jusqu'au cap Littinos ; puis on cingla vers Phœnix.

L'équipage et les passagers se croyaient au bout de leurs peines, quand tout à coup un de ces ouragans subits venant de l'est, que les marins de la Méditerranée appellent eumquilon S vint s'abattre sur l'île. Le navire fut bientôt hors d'état de tenir tête à l'orage; on le laissa fuir sous le vent. On passa près d'une petite île, nommée Claude *; on se mit un moment à l'abri de cette île et l'on profita du court répit obtenu de la sorte pour remonter à grand peine la chaloupe, qui à chaque moment risquait de se briser. Alors on prit les précautions en vue d'un naufrage que tous tenaient pour inévitable. On blinda la

le port des Sphakiotes. Voir Spratt, TravelSj II, p. 247 et suiv. et sa caite; Smith, Sliipwreck, p. ol ; Pasliley, Travels in Crète, II, 259; Conybeare et Howson, II, p. 331 et suiv. Il est difBcile de justifier ^Xs-ovra y.arà Â'.ë* y.yX x.y-k yjàpi.

1. Gregalia des Levantins est ce mot même d'eiiraquilon (comme Euripe a ïix\t Egripou). Voir Conybeare et Howson, II, p. 336; Spratt, II, p. 41 et suiv.

2. Nommée aussi Chiudos ou Gaudos; aujourd'liui Gafda, ou Gaudo, ou Gaudonesi, ou Gozzo. Ne pas confondre avec Gozzo près de Malte.

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coque du navire avec des câbles ^ on plia les vergues, et on s'abandonna au vent. Le second jour, la tempête était toujours aussi forte; on voulut alléger le navire; on jeta par-dessus bord tout le chargement. Le troisième jour, on se débarrassa des meubles et ustensiles qui n'étaient pas nécessaires à la manœuvre. Les jours suivants furent affreux; on ne vit pas un moment le soleil ; on n'aperçut pas une seule étoile ; on ne savait où l'on allait. Ailleurs semée d'îles , la Méditerranée présente entre la Sicile et Malte à l'ouest, le Péloponèse et la Crète à l'est, l'Italie méridionale et l'Epire au nord, la côte d'Afrique au sud, un grand cp.rré de mer libre, où le vent se déchaîne sans obstacle et roule d'énormes tas de mer. C'était là ce que les anciens appelaient souvent l'Adriatique ^ L'opinion générale des gens du bord était que le navire courait sur les Syrtes de l'Afrique, où la perte des corps et des biens était certaine. Tout espoir semblait interdit; nul ne songeait à prendre de la nourriture ; il eût été d'ailleurs im-

4. Cf. Thucydide, I, xxix, 8, et les dictionnaires grecs au mot b-Ko^MiiM. Cf. Conybeare et Howson, II, 314 et suiv.

2. Act., XXVII, 27; Jos., Vita, 3; Hor., Od., I, m, 15; Ovide, Fastes JY, .501 ; Tristes, I, xi, 4; Ptoléniée, Géogr., III, xv, 2; VIII, IX, 2-, XII, 2; Pausanias, V, xxv, 3 ; Procope, Bell. Vand.j I, Mi; De œd if., IV, \.

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possible d'en préparer. Paul seul gardait son assurance. Il était convaincu qu'il verrait Rome et qu'il comparaîtrait devant le tribunal de l'empereur. Il encourageait l'équipage et les passagers; il disait môme, à ce qu'il paraît, qu'une vision lui avait révélé que personne ne périrait, Dieu lui ayant accorde la vie de tous, malgré la faute qu'on avait faite en quittant les Bons -Ports contre son avis.

La quatorzième nuit, en elTet, depuis le départ de ce port, vers le milieu de la nuit, les matelots crurent reconnaître la terre. On jette la sonde, on trouve vingt brasses ; un peu après, on trouve quinze brasses. On crut qu'on allait donner sur des récifs; à l'instant quatre ancres sont jetées de la poupe *; on amarre les gouvernails, c'est-à-dire les deux larges pagaies qui sortaient des deux côtés du gaillard d'arrière * ;

i. Smith, Shipwreck, p. 92 et suiv.; Conybeare et Howson, II, p. 345-346.

2. Voir les représentations de navires si nombreuses sur les monuments figurés de l'antiquité, en particulier dans les peintures d'Herculanum, dans le Virgile du Vatican. Consulter, par exemple, Dict. de l'Acad. des beaiix-arls, II, p. 337 ; Jal, Gloss. nautique, aux mots barca duorum thimonorum , barre du gouvernail, gouvernail ; W. Smith, Dictionary of greek and roman anliquilies, article navis; Martin et Cahier, Mél. d'archéoL, II I, pi. i; B. Graser, De velerum re navali (Berlin, 1864), lab. iv et v; le même, Die Ge^nmen des kœn. Muséum zu Berlin 7nit Darstellungen anliker Schijfe (Berlin, 1867), pi. i et ii.

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le navire s'arrête; on attend le jour avec anxiété. Les matelots alors, profitant de leur habileté dans la manœuvre, voulurent se sauver aux dépens des passagers. Sous prétexte de jeter les ancres de l'avant, ils mirent la chaloupe à flot, et cherchèrent à s'y placer. Mais le centurion et les soldats, avertis, dit-on, par Paul * de cette conduite déloyale, s'y opposèrent. Les soldats coupèrent les amarres qui retenaient la chaloupe, et la laissèrent aller à la dérive. Paul, cependant , donnait de bonnes paroles à tous , et assurait que nul n'aurait à souffrir en son corps. Pendant ces crises de la vie maritime, l'existence est comme suspendue; quand elles sont finies, on s'aperçoit qu'on est sale et qu'on a faim. Depuis quatorze jours, presque personne n'avait pris de nourriture, soit par suite de l'émotion , soit par suite du mal de mer. Paul, en attendant le jour, conseilla à tous de manger, afin de se donner des forces en vue do la manœuvre qui restait à accomplir. Il donna luimême l'exemple, et, en juif pieux, rompit le pain, selon l'usage, après une prière d'action de grâces, qu'il fit ostensiblement devant tous. Les passagers l'imitèrent, et reprirent un peu de cœur. On allégea

1. Le narrateur cède à la tentation bien naturelle d'exagérer l'importance du rôle de Paul.

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encore le navire, en jetant à la mer tout le blé qui restait.

Le jour parut enfin, et on vit la terre; elle était déserte ; personne ne reconnut le pays où l'on était. On avait devant soi une baie, ayant pour fond une plage de sable. On résolut d'échouer sur le sable. Le vent portait de ce côté. On coupa donc les ciibles des ancres, qu'on laissa perdre dans la mer; on lâcha les amarres des gouvernails; on hissa la voile de misaine % qu'on olVrit au vent, et on gouverna vers la plage. Le navire tomba sur une langue de terre battue des deux côtés par la mer, et s'y échoua. La proue s'enfonça dans le sable et resta immobile ; la poupe, au contraire, battue par la lame, talonnait et se disloquait à chaque coup de mer. Les sauvetages dans ces conditions sont assez faciles sur les côtes de la Méditerranée, parce que la marée y est peu considérable. Le navire échoué crée un abri, et il est aisé d'établir un va-et-vient. Mais l'état de

1. Sur le vrai sens d'àpTÉfiwv, voir Henri Etienne, Freund, Jal, aux mots àpTî|y.wv, arlemon, arlimoii, etc. Voir aussi les monnaies de Commode, du type n" 715 de Cohen, Méd. imp., III, pi. ii ; Jal, Gloss. naiit., I, p. 2S6; Conybeare et Howson, I, p. 36; II, p. 317; Graser, Gemmen, p. 9, M, 19, 21, pi. i et n. Le petit nriàt penché des navires qu'on voit sur de nombreuses monnaies d'Adrien, de Lucius Vérus, de Commode, de la ville de Gadare, paraît un beaupré ou une hampe de drapeau. Comp. Graser, l. c; W. Smith, /. c.

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prisonniers où étaient beaucoup de passagers aggravait la situation ; ils pouvaient se sauver à la nage et échapper à leurs gardiens ; les soldats proposaient de les tuer. L'honnête Julius repoussa cette idée barbare. Il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers à l'eau et de gagner la terre, pour aider au sauvetage des autres. Ceux qui ne savaient point nager s'échappèrent sur des planches et des épaves de toute sorte ; personne ne périt.

On apprit bientôt qu'on était à Malte \ L'île, depuis longtemps soumise aux Romains et déjà fort latinisée, était riche et prospère ^ Les habitants se montrèrent humains, et allumèrent un grand feu pour les malheureux naufragés. Ceux-ci, en effet, étaient transis de froid, et la pluie continuait de tomber par torrents. Un incident très-simple, grossi par l'imagination des disciples de Paul, eut heu alors \ En prenant une poignée de broussailles, pour la je-

1. La Cala di san Paolo à Malte (voir la carte de l'amirauté anglaise, 1863) répond bien au récit des Actes. L'île de Salmonetta ou Gzeier serait le totto; S'tôaXadacç. Voir Smith, p. 91 et suiv.; Conybeare et Howson, II, p. 351 et suiv.

2. Cicéron, In Verrem, II, iv, 46; Diod. de Sic, V, xii, 2 et 4; Ovide, Fastes j III, 567; Silius Italicus, XIV, 251 ; Corp. inscr. gr.j n' 5754; Henzen, n" 6124. Les inscriptions de Malte sont puniques, grecques et latines.

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