‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 111 sur 125 · X-'Androide d'Albert · texte numérisé non relu

X-'Androide d'Albert

tous ses successeurs ; il voulut même qu'on portât la croix devant ce prince, et il le nomma son légat perpétuel, pour le récompenser de ce qu'il s'était conduit en apôtre en convertissant à la foi chrétienne la plus grande partie de ses peuples.

Othon était alors en Pologne, où il avait conféré le titre de roi au duc Boleslas; mais il fut bientôt rappelé en Italie pour venir combattre les Romains, qui s'étaient révoltés contre ses généraux. L'empereur entra en campagne; il reprit Capoue sur les Sarrasins, distribua son armée dans les villes de la Campanie, et entra victorieux dans Rome, suivi de l'élite de ses troupes. ]\Iais le lendemain de son installation dans le château Saint-Ange, le peuple, s'étant rassemblé, courut aux armes, et l'assiégea dans son palais avec une telle vigueur, qu'il allait être forcé de se rendre, si Hugues, marquis d'Ètrurie, et le duc Henri de Bavière, préfets de la ville, ne lui eussent donné les moyens de sortir de la cité en parlementant avec les rebelles. Othon, à peine hors de péril, fil avancer toutes ses troupes, envahit' Rome une seconde fois, et punit avec la deruiére ri-

gueur les auteurs de la sédition. Enfin ce prince mourut, quelque temps après ces événements, empoisonné par la veuve de Crescentius, dout il avait violé la fille; il fut assisté dans ses derniers moments par le pape Sylvestre.

Au commencement de l'année suivante, Bernouard, évèque d'Hildesheim, vint demander justice à Gerbert contre le métropolitain de son Église; il se plaignait au pontife de ce que Villegise s'était emparé de la direction d'un couvent de filles qui n'apjMrtenait pas à son admuiistration. En effet, ce monastère, appelé Gandesera, avait constamment reconnu pour diocésain le prélat d'Hildeslieim, jusqu'au jour où Sophie, fille de l'empereur Othon II, au moment de prendre le voile, refusa par orgueil de prononcer ses vœux entre les mains d'un ecclésiastique non revêtu du pallium. La princesse e.xigea que l'archevêque de Slayence accomplît les cérémonies ; Bernouard s'y étant opposé, l'impératrice Théophanie suppl a le prélat de permettre qu'au moins Villegise lui fût adjoint dans cette circonstance; et l'on vit alors pour la première fois deux prélats, revêtus de

fc'SWWï^^ff^W ~

ft

; r,; jcrttitions de l'an mil. — La fin d.i mo.U:!

li'urs ijrnements épiscopaux, assis de chaque côté d'un même autel. Cependant l'évèque demanda au prince, qui était présent, s'il consentait à ratifier l'engagement de sa sœur, quoi qu'il eûl eu lieu irrégulièrement, il somma la princesse de lui promettre obéissance à lui et à ses successeurs, attendu que son métropolitain n'avait aucun droit dans cette %lise.

Sophie, qui se regardait plutôt comme la sœur de l'empereur que comme religieuse, sortit du monastère sans la permission de l'abbesse, et vécut à la cour d'Allemagne, où elle se livra à des intrigues amoureuses. Bernouard l'avertit alors de rentrer dans son couvent ; mais celle-ci, dédaignant ses remontrances , refusa de l'écouter, et se plaça sous la protection de \'illegise, prétendant que c'était de lui qu'elle avait reçu le voile, et qu'elle ne dépendait nullement du prélat d'Hildesheim.

Néanmoins le scandale de ses amours et de ses accouchements obligea l'empereur à la faire rentrer à l'abbaye de Gandesem ; furieuse alors contre le prélat qu'elle regardait comme l'auteur de sa disgrâce, elle répandit le désordre parmi les religieuses, les excita à la révolte ; enfin, le jour d'une dédicace solennelle, elles lui refusèrent l'entrée du monastère, et appelèrent encore l'archevêque de Mayence pour accomplir cette cérémonie. Yillegise fut arrêté dans son voyage par ses sufl'ragants, qui le supplièrent de ne point enfreindre les canons de l'Église ; et Henri, duc de Bavière, engagea Bernouard à réclamer immédiatement auprès de l'empereur et à la cour de Rome contre les prétentions des religieuses.

Sylvestre II désirant rétabhr la paix dans l'Église, assembla un concile auquel assistèrent tous les la'iques et les clercs élevés en dignités ; après la bénédiction du saint-père et la lecture de l'Évangile, la parole fut accordée à Bernouard, qui accusa son métropolitain d'avoir tenu un synode dans le monastère de Gandesem, au mépris des règles qui plaçaient les religieuses sous sa juridiction. Le pontife demanda à l'assemblée si l'on devait considérer comme régulière, une réunion convoquée par le chef du clergé de Mayence dans une abbaye dépendante des évêques d'Hildesheim. Les Pères répondirent tous ensemble que ce synode était irrégulier, et que l'on devait rejeter, selon les canons, les décisions qui avaient été prises. Alors le pape se leva et prononça ce jugement : «Par l'autorité des Apôtres et des Pères, nous cassons ce qui en l'absence de notre frère Bernouard a été fait dans son diocèse par "\'illegise et ses complices. » Il donna le bâton pastoral au prélat cpii en avait appelé à sa justice, et lui dit : « Je vous rends, mon frère, et je vous coniirme la possession de Gandesem avec ses dépendances, et je défends à qui que ce soit de vous causer le moindre trouble ou dommage. »

On écrivit à l'archevêque de Mayence, et un légat fut nommé pour présider en Saxe l'assemblée du clergé dans laquelle devait être entendue la défense de ce prélat. Le concile fut convoqué pour l'anqée 1001, et Frédéric, prêtre cardinal de l'Église romaine. Saxon do naissance, fut choisi pour représenter le souverain pontife. Le cardinal se rendit en Allemagne avec une pompeuse ambassade, et suivi d'une foule de domestiques revêtus de livréesétincelantes d'or, pour montrer qu'il représentait le chef de la chrétienté.

L'assemblée se réunit à Pnldem, le 22 juillet 1001 : Villegise, soutenu par les prélats de son parti, excita d'abord une grande rumeur dans le concile; l'envoyé de Sylvestre II, homme d'une rare fermeté, apaisa les murmures, rétablit le silence, et fit lire par l'accusé lui-même la lettre que le saint-père lui adressait. Cette lecture étant terminée, Frédéric s'adressa aux évêques présents pour leur demander leur avis ; le métropolitain de Hambourg se prononça en faveur de Bernouard, et conformément au décret rendu par le souverain pontife. A peine achevait-il de parler que les portes de l'éghse s'ouvrirent, et le synode fut envahi par des la'iques qui se précipitèrent les armes à la main en criant : « A mort le diocésain d'Hildesheim et le mandataire de la cour de Rome!» Malgré l'imminence du danger, ils ne se troublèrent ni l'un ni l'autre ; ils haranguèrent les perturbateurs; ils leur montrèrent des troupes nombreuses rassemblées hors de l'église, et qui étaient prêtes à frapper ceux qui oseraient tirer le glaive dans le temple de Dieu et répandre le sang.

Cette fermeté arrêta les factieux; néanmoins la séance fut terminée pour ce jour; le lendemain, l'assemblée se réunit de nouveau; mais Villegise ne comparut pas, malgré l'assurance formelle qu'il en avait donnée la veille : et l'on apprit qu'il avait quitté Polden dans la nuit. Le légat l'ayant appelé plusieurs fois inutilement en plein concile , le suspendit de toute fonction épiscopale comme contumace, et ordonna qu'il comparaîtrait au synode qui devait se tenir dans le palais de Latran vers le temps de Noël. De leur côté, l'empereur et Gerbert , indignés du scandale qui avait eu lieu à Polden, commandèrent à tous les évêques d'Allemagne qui avaient pris part à cette affaire de se rendre auprès d'eux, non-seulement pour assister à la réunion convoquée par le cardinal Frédéric, mais encore pour amener à leurs frais les vassaux de leurs diocèses qui devaient suivre le souverain à la guerre.

Plusieurs assemblées s'occupèrent encore de cette querelle entre Villegise et Bernouard ; elle finit par s'éteindre d'elle-même, plutôt par l'effet du temps que par l'autorité du pape et des conciles.

L'année suivante, Sylvestre II convoqua un synode dans le palais de Latran, pour juger une autre scène de scandale qui s'était passée en Italie. Le scriniaire, suivant la coutume, ouvrit la séance en s'adressent au saint-père : « Seigneur , votre abbé de Saint- Pierre près de Pérouse, présent à ce synode, se plaint du prélat Conon, qui s'est rendu coupable de violence et de sacrilège en le faisant arracher de l'autel de votre monastère , et en le faisant chasser de l'abbaye. Il assure que les bâtiments du couvent ont été livrés au pillage, et que l'évèque s'est emparé de toutes les richesses de vos moines. »

Conon répondit : « Sa Sainteté m'a confié le siège de Pérouse, et m'a fait jurer cpie je n'en abandonnerais point les droits. Or, ce couvent appartient à' mon, diocèse, et le pape ne peut revendiquer un privilège particulier pour examiner juridiquement cette contestation.» Néanmoins, les Pères déclarèrent que cette église appartenait au souverain pontife ; le prélat, pour éviter un châtiment plus sévère, consentit à renoncer au monastère de Saint-Pierre en faveur

Page 1