‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 112 sur 125 · SYLVESTRE II · texte numérisé non relu

SYLVESTRE II

du trône pontifical, et il donna le baiser de paix à son accusateur. La querelle se trouva ainsi apaisée. Gerbert était vain, ambitieux, fourbe et cruel ; les auteurs racontent comme preuve de sa cruauté, que Gui, vicomte de Limoges, ayant été cité à la cour de Rome par Grimoard, qui l'accusait de l'avoir retenu prisonnier pour l'obliger à lui abandonner la jouissance de l'abbaye de Brantôme, fut condamné par Sylvestre à être écartelé par deux chevaux indomptés; et il ordonna même ([u'avant le supplice

Gui serait livré à l'évèque d'Angoulême pour qu'il lui fît subir la torture du feu. Mais celui-ci, touché par les prières de Gui, consentit à oublier les violences dont il avait été victime, et tous deux s'enfuirent en France pouréviterle ressentiment du pape. Après un pontificat de quatre ans et demi, Gerbert mourut, le 12 iLai 1003, dans un âge forta\an;é. Ses obsèques furent faites avec toute la pompe qui était due au souvei'ain pontife de l'Église : son éloge a été gravé sur son s"pulcre[jarundeses successeurs.

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Les superstitions de l'an mil. — Le saLl

Cependant, après sa mort , les accusations de magie se renouvelèrent contre lui; quebjues chroniqueurs affirment gravement que Sylvestre avait apporté de Séville un livre abomuiable , renfermant les formules cabalistiques avec lesquelles il forçait Eucifer à lui obéir, et que l'esprit des ténèliics avait promis au pontife de le garantir de la iiHiit jusqu'au jour oi'i il célébrerait la messe dans ri''L;lise de Jérusalem. Sylvestre, ajoutent-ils, espérait vivre éternellement, parce qu'il avait la résolution amais entreprendre le pèlerinage de la terre

sainte, et il continuait à se livrer à tous les sortilèges les plus condamnables ; mais il éprouva bientôt que les promesses du démon sont toujours fallacieuses et perfides. Un jour que le saint-père (■éléljrail le service divin dans la basilique de Saiule- (linix , appelée aussi éghse de Jérusalem, le diable hii apparut tout à coup sur l'autel, et saisissaal le llliia^l d'or qui décorait la chapelk', il eu liappa le pape avec tant de violence, (ju'il en iiiourul au li.eii ùe quelques heures.

Avant d'expirer, Sylvestre confessa à ses cartiinaux

qu'il s'était voué au démon: il leur recommanda de placer son corps sur un chariot attelé de chevaux Lianes, et de l'enterrer à la place où s'arrêteraient d'eux-mêmes les coursiers. Cet ordre fut ponctuellement exécuté; et le char s'étant arrêté devant l'église de Latran, ses restes y furent déposés avec la pompe accoutumée. Longtemps après, on assurait à Rome que la veille de la mort des pontifes, on entendait les os de Sylvestre II s'entre-choquer dans sa tombe, et que la pierre de son sépulcre se couvrait d'une sueur sanglante.

Six siècles et demi s'étaient écoulés depuis'la mort de ce pape lorsqu'on reconstruisit le temple de Latran; on ouvrit son cercueil, qui était de marbre, et l'on trouva le corps revêtu d'habits pontificaux, la tiare sur le front, les bras en croix. Sylvestre paraissait encore vivant, et répandait une odeur de parfum; mais dès i(n'iiii r.iyi'ii le lumière vint le frapper, une flamme inl'ci nah' s'i'ihappa de son corps, et tout fut réduit en ciMidics ; il ne resta qu'une croix d'argent et l'anneau pastoral.

Dès lors le tombeau cessa de présenter les mèaies prodiges; on n'entendit plus lesbruiis souterrains et lugubres qui avaient tant effrayé les fidèles, et on n'aperçut plus de traces de sang sur le marbre du mausolée; les prêtres ne manquèrent pas d'expliquer ce changement par un elfet de la sorcellerie du pape

défunt ou par la disparition du diable, qui depuis six cents ans veillait sur le corps du saint-père. Un historien ecclésiastique, ^luratori , qui a écrit sur Sylvestre pour défendre sa mémoire, affirme gravement que ce miracle n'a rien qui doive surprendre, attendu que plusieurs tombeaux des saints qui autrefois laissaient transsuder de l'huile ou de la manne, n'offraient plus de son temps les mêmes prodiges. Cette singulière remarque était faite. par Muratori en 1740, c'est-à-dire au moment où resplendissait eu France la philosopliie représentée par Voltaire, Montesquieu et Rousseau !

Le caractère du onzième siècle est remarquable par un mélange de superstitions grossières et de débauches horribles. On s'imaginait alors, tant l'ignorance et la dépravation étaient grandes, que le règne de l'Antéchrist approchait; et l'on interprétait les phénomènes bizarres de la nature comme des présages de l'accomplissement des paroles de l'Apocalypse sur la fin du monde. Les augures et les maléfices pratiqués par le clergé même avaient remplacé les sacrements et les cérémonies ecclésiastiques; enfin il n'existait ni vertu ni piété dans le monde entier; et Bérenger dit « que l'Eglise était une agrégation de superbes, d'égoïstes, de brigands, d'impies et de scélérats, et que la chaire apostolique était devenue un sié Te de démons '. »

Sylvestre 11

L'évêque Sicco succède à Sylvestre II. — Il est intronisé sous le nom de Jean XVII. — Opinions contradictoires sur son origine — Incertitudes des historiens sur les actions du pape. — Durée de son règne. — Mort du pontife. — Le faux prophète. — Hérésie de Vilgard.

L'évêque Sicco succéda à Sylvestre II; les circonstances de son élection sont restées complètement ignorées; nous savons seulement qu'il fut intronisé sous le nom de Jean XVII. Platine assure .que la famille de ce pontife était placée dans les derniers rangs de la société; et le P. Pagi, au contraire, affirme qu'elle était des plus illustres. Les mêmes incertitudes se rencontrent sur le caractère et sur les actions de Sicco. Ouelques auteurs prétendent qu'il se montra cruel, vindicatif, avide d'iioirneurs et de richesses ; d'autres en font un éloge pompeux. Il est difficile d'étaLlir un jugement certain sur des versions aussi contradictoires; ce qu'on peut dire de mieux londé, c est qu'il occupa le saint-siége environ cinq mois; il mourut au commencement de l'année 1004.

Pendant son pontificat, un moine nommé Leutard s'érigea en prophète pour séduire les simples et leur extorquer de l'argent; il racontait qu'un jour s'étant endormi dans les champs, après les oraisons, il avait eu une révélation miraculeuse, dans laquelle il voyait un essaim d'aheilles qui entraient dans son corps par

l'anus et en sortaient par la bouche en faisant un grand bruit, et en lui ordonnant de faire des choses impossibles aux hommes. A son réveil, il se rendit à Ghàlons, rassembla le peuple, et s'annonçant comme inspiré de Dieu, il parvint à se faire un parti puissant qui voulait le placer sur le siège de la ville. Mais Gébouin, qui était alors évêque de Châlons, demanda à être confronté avec le faux prophète, et il parvint à confondre ce moine impudent, qui de désespoir se précipita dans un puits.

Un autre fanatique nàmmé Vilgard donna naissance à une hérésie singulière, qui consistait à regarder les trois poètes Virgile, Horace et Juvénal, comme des prophètes dont on devait suivre les dogmes pour arriver à la vie éternelle.

Le saint-père ordonna aux évèques d'Italie d'exterminer ces malheureux fous, par le fer et par le feu, partout où ils les rencontreraient. Telle était la méthode en usage, pour ramener les pauvres égarés au bercail catholique. L'intolérance religieuse est, hélas ! aussi vieille que le monde.

JEAN XVIII

Élection de Fasan. — 11 est ordonné pape sous le nom de Jean XVIII. — Son origine. — Il passe sa vie dans l'oisiveté et les débauches. — Érection da l'Éalise de Bamberg en évêché. — Ambition de l'évêque de Visbourg. — Concile de Rome. — Durée du pontificat de Fasan. —"Mort de Jean XVIII. — Vacance du saint-sicge.

Fasan fut choisi par le clergé, les grands et le peuple, comme le plus digne d'occuper la chaire de saint Pierre, et il fut ordonné le 19 mars 1004, sous le nom de Jean XVIII. Ce pape était d'origine romaine ; son règne entier s'écoula dans une honteuse mollesse, dans l'infamie et les débauches.

Le seul événement remarquable de son pontificat fut l'érection de l' évêché de Bamberg ou Babemberg, en Franconie. Le roi Henri, qui désirait depuis longtemps étalilir un siège dans cette petite ville, fit bâtir une église magnifique, qu'il enrichit de tous les Ornements sacrés et des vases nécessaires au service divin. Comme elle était située dans le diocèse de Virsbourg, Henri offrit à l'évêque, en échange de cette église et de ses dépendances, une forte somme d'argent. Celui-ci, avare comme le sont tous les prêtres, accepta avec empressement les offres du prince, et exigea en outre qu'on le nommât métropolitain, et qu'on lui donnât pour suffragant l'ecclésiastique qui serait élevé à l'épiscopat de Bamberg.

Henri ayant accepté ces conditions, ses chapelains Albéric et Louis furent chargés d'obtenir du saintpère la confirmation de son titre de métropolitain : Jean XVIII profita également de la ridicule fantaisie du roi pour demander cent livres d'or et deux cents livres d'argent pour lesdroits du saint-siége; ensuite il convoqua un concile à Rome, et ordonna que la nouvelle église érigée en évêché serait dédiée à saint Pierre, et resterait sous la protection particulière du siège pontifical, quoique soumise à l'archevêque de Mayenoe, son métropolitain.

Après avoir occupé le trône apostolique pendant la durée de cinq ans et quatre mois, Fasan mourut le 18 juillet 1009.

A cette époque , le clergé grec n'était pas encore séparé du clergé latin; et l'on continuait de lire à Gonstantinople , dans les sacrés dyptiques, le nom de Jean XVIII avec celui des patriarches.

Après la mort du pape, le saint-siége demeura vacant l'espace de quatre-vingt-dix jours.

L'évêque d'Albano est intronisé sous le nom de Sergius IV. — Son origine. — Son caractère. — Il forme le projet d'ex[ulserle Sarrasins d'Italie. — Querelles entre les prélats Libentius et Bernaire. — Durée du pontificat de Sergius. — Sa mort. — Son épitaphe.

Pierre, évêque d'Albano, fut élu souverain pontife, et succéda à Jean sous le nom de Sergius IV; il était fils d"un prêtre nommé Martin et Romain de naissance. Platine et Giaconius s'accordent pour le représenter comme un homme d'une grande piété et de mœurs e.xemplaires ; charitable envers les pauvres, clément envers les coupables, d'une bonté parfaite et d'une extrême prudence: il tourna toutes ses pensées vers le ciel et gouverna l'Église avec intégrité et sagesse; il fut enfin le seul prêtre de son époque digne par ses vertus d'occuper le trône de saint Pierre. Il avait entrepris de grandes réformes dans le clergé de Rome, et il avait même formé le projet de chasser les Arabes de la Sicile, d'où ces peuples faisaient des irruptions dans l'Italie ; mais le peu de durée de son pontificat ne lui permit pas d'accomplir ces desseins utiles à la chrétienté.

Sous son règne, Libentius, archevêque de Hambourg, et Bernaire, prélat de Verden , soulevèrent une nouvelle difficulté au sujet d'une paroisse que ce dernier revendiquait pour son diocèse, et dont Li-

bentius s'était emparé sous prétexte qu'elle lui appartenait comme ayant servi de refuge à saint Anscaire, premier apôtre de cette contrée, dans une persécution. Saint Anscaire avait en effet bâti un oratoire où se trouvaient déposées des reliques de martyrs; et les offrandes des simples en rendaient la possession trèsavantageuse. L'amour de l'argent était donc le véritable motif de cette querelle scandaleuse^ le métropolitain de Hambourg, pour terminer cette affaire, députa à Rome le diacre Odon chargé de riches présents pour Sergius : aussi le pape décida la question en sa faveur, pour honorer, disait-il, la mémoire du bienheureux saint Anscaire.

Enfin le saint-père mourut en 1012, après avoir occupé le siège suprême pendant deux années et quelques mois, s'il faut en croire Sigebert, Gemblours et Marianus Scotus. Selon César Rapson, il fut enterré près de l'oratoire de Saint-Thomas; son épitaphe nous apprend qu'il faisait distribuer des vêtements et du pain aux pauvres, et qu'il était regardé comme une des lumières de l'Église.

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Cunegondc, Impératrice d'Ocsideni

L'évêque de Porto est éla pape par la faction des marquis de Toscanelle. — II est intronisé sous le nom de Benoit VIII.— Le pontife est en exécration aux Romains. — L'antipape Grégoire. — La faction de Benoit, d'abord victorieuse, est ensuite chassée de la vills sainte. — Le pontife se réfugie en Allemagne auprès de Henri II. — L'antipape Grégoire est renversé du saint-siége. — Retour de Benoît VIII à Rome, — Cérémonies du couronnement de l'empereur Henri JL — Privilèges accordés parce prince au saint-siége.— Il fait confirmer l'élection d'Araoul, son frère, à l'archevêché de Ravenne. — Benoit VIII repousse les Sarrasins de la Toscane. — Sa barbarie envers la femme du chef arabe. — Il livre son cadavre à la brutalité des soldats. — Bulle contre les Juifs, qui sont tous condamnés à mort pour apaiser la colèie de Dieu. — Origine de la domination des Normands en Italie. — Voyage du pontife en Allemagne. — Concile de Pavie. — Benoît VIII se plaint de la vie licencieuse du clergé. — Guerre de Henri II contre les Grecs. — Pèlerinage de Robert, roi de France, à Rome. — Mort du pape. — Fables ridicules sur les différentes apparitions du pontife.

Après la mort de Sergius, l'évêque de Porto, fils de Grégoire, comte de Tusculum, fut élu souverain pontife par la faction des marquis de Toscanelle d'Étrurie, ses pirents, qui depuis un siècle avaient déjà fait asseoir un si grand nombre de scélérats sur le trône de saint Pierre; il prit le nom de Benoît VIII. Les Romains, qui avaient ce pontife en exécration à cause de ses vices, conspirèrent contre son autorité; bientôt un parti puissant se forma dans le clergé, et on proclama un autre papesous le nom de Grégoire.

Cependant Benoît restait encore maître du palais de Latran ; alors Grégoire se mit courageusement à la tète du peuple, chassa le pontife de la ville sainte, et le força à chercher un refuge jusqu'en Allemagne auprès de Henri IL Le prince se déclara contre l'antipape, menaça de sa colère les citoyens qui refuseraient de reconnaître son protégé comme souverain pontife, et il lui donna même des troupes qui le ramenèrent en Lombardie. Les Romains etîrayés des préparatifs de guerre qui se faisaient contre eux, et redoutant une nouvelle invasion, se déterminèrent à envoyer des* députés à Benoît pour le suppher de revenir dans son palais de Latran.

Grégoire à son tour fut chassé de la ville et laissa la tiare à son compétiteur, qui s'assit de nouveau dans la chaire de saint Pierre.

Quelques jours après, on apprit la nouvelle d'une victoire remportée par Henri sur l'armée d'un prétendant à l'empire, nommé Ardouin; et bientôt le prince vint lui-même à Rome pour se faire sacrer par le pontife. Cette cérémonie eut lieu au commencement de l'année 1014 : Henri fit son entrée dans la basilique, accompagné de douze sénateurs, dont six avaient la barbe rasée à la mode romaine, et six autres portaient de longues moustaches à la mode grermaine ; il tenait par la main la belle Cunégonde sa femme. Le pape attendait le cortège sur le seuil du

iperev

s'il consentait à

temple :

être nommé le défenseur de l'iiglise, et à jurer fidélité à lui et à ses successeurs. Henri en fit le serment à haute vois; alors Benoît YIII le laissa pénétrer dans le sanctuaire, le couronna solennellement, et fit suspendre devant l'autel de saint Pierre le diadème qu'il avait porté pendant la cérémonie : Cunégonde fot également couronnée impératrice.

Ensuite le saint-père remit au prince une pomme

BExNOIT VIII

l'or entourée de deux cercles de pierreries qui s'en- 1 1 e-croisaient , et surmontée d"un crucifix d'or; la |ii)mme représentait le monde, la croix était le symiiule de la religion, et les pierreries figuraient les \t')tus du monarque. Henri en recevant ce présent s'écria : <• Je comprends, saint- père, que vous voulez ra'enseigner comment je dois gouverner mes actions et mes peuples. J'accepte ce gage, qui me lie à Dieu et au monde, et j'en confierai le dépôt sacré à ceux qui ont foulé aux pieds les pompes du siècle pour suivre l'étendard du Christ. » En effet, il envoya cette pomme précieuse au couvent de Gluny, qui, à cette époque, passait pour être le plus régulier de tous les monastères, et qu'il avait déjà honoré de sa munificence et de sa protection.

Après la cérémonie du sacre, un festin somptueux fut préparé dans le palais de Latran, et le pontife reçut à souper l'empereur Henri et l'impératrice d'Occident Gunégonde.

Les donations qui avaient été faites au saint-siége, depuis Gharlemagne jusqu'à Othon III, furent confirmées et augmentées par Henri, qui se réserva néanmoins, comme ses prédécesseurs, la souveraine puissance sur Rome et le droit d'envoyer des commissaires pour recevoir les plaintes des peuples et pour rendre la justice. Il rétablit l'indépendance des élections pontificales , et fit un décret qui permettait aux Romains de consacrer les papes canoniquement élus, avant même qu'ils eussent prêté le serment de fidélité entre les mains des mandataires de l'empire.

Pendant son séjour à Rome, l'empereur assistant à l'office divin, remarqua qu'on ne chantait pas le symbole de Nicée après l'Évangile ; il en fut scandalisé, et demanda au saint-père pour quel motif les prêtres romains célébraient la messe d'une manière différente de celle du clergé de la Gaule, de l'Allemagne et de l'Itahe. L'impudent Benoît répondit que l'Église suprême n'ayant jamais été infectée d'hérésie, n'avait pas besoin de déclarer sa foi ; que d'ailleurs la sagesse divine commandait de ne pas enfermer ses croyances dans des paroles, parce que les liommes les discutaient ou les interprétaient à leur volonté. Gette réponse était audacieuse et mensongère, ajoute le vénérable Bernon, aLbé de Richenou, ({ui était présent à l'entretien du pape et de sou souverain.

L'empereur fit confirmer l'élection de son frère Arnoul à l'évêché de Raven,ne, au préjudice d'Adalbert, qu'il voulait même dégrader comme usurpateur de ce diocèse ; néanmoins lL se rendit aux justes représentations du clergé, et donna au prélat comme indemnité le siège d'Aricie.

A peine Henri avait-il quitté l'Itahe, que les Sarrasins descendirent sur les côtes de Toscane, prirent d'assaut la ville de Lune, en chassèrent les habitants et se rendirent maîtres de tout le pays. Lorsque cette nouvelle fut parvenue à Rome, le pape ordonna à tous les évêques de rassembler des soldats, et luimême se mettant à leur tête, marcha à la rencontre des Arabes, se confiant, disent les auteurs, en l'aide de Dieu et au courage de ses troupes. Ses dispositions de bataille furent combinées en tacticien consommé ; Benoit prépara une grande quantité de barques qui devaient se placer entre les vaisseaux ennemis et le

rivage, quand le signal de l'attaque serait donné, pour empêcher les Arabes de recevoir des renforts.

On se battit pendant trois jours ; les chrétiens, quoique souvent repoussés par les Sarrasins, animés par l'exemple du pontife, qui cliargeait les ennemis à leur têle, finirent par remporter la victoire; les rangs des barbares plièrent sous leurs efforts ; près que tous les infidèles furent passés au fil de l'épée, et leur nombre était si considérable qu'il fut impossible de compter les morts. Le partage du butin eut lieu sur le champ de bataille ; le pape reçut pour sa part la femme du chef des Sarrasins, qu'on avait faite prisonnière, et qui était d'une merveilleuse beauté ; mais le cruel Benoît lui trancha la tête de sa main ; lui-même dépouilla le cadavre, arracha un croissant d'or et les pierreries qui ornaient son turban , et livra son corps aux soldats.

Le pontife quitta ensuite ses vêtements de guerre, se couvrit des ornements sacerdotaux, et célébra une messe solennelle pour remercier le Ghrist de cette mémorable victoire. Le lendemain, le chef des Arabes, exaspéré de la perte de son armée et de la mort cruelle de sa femme, envoya un de ses officiers au camp des chrétiens ; celui-ci déposa aux pieds du pontife un grand sac rempli de châtaignes, et lui annonça que le nombre des Sarrasins qui viendraient en Italie pour venger la mort de leurs frères dépasserait le nombre des châtaignes. Le belUqueux pontife fit alors apporter un petit sac de mil, et le remettant à l'ambassadeur, il lui parla ainsi : « Ya dire à ton maître que s'il revient une seconde fois sur les terres de saint Pierre, il trouvera pour les défendre autant dé soldats que je lui envoie de grains de mil.»

On rapporte à cette époque un Nouvel acte de la cruauté de Benoît : Rome avait éprouvé un tremblement de terre le vendredi saint après l'adoration de la croix; le pape ayant appris que dans le même instant les Juifs célébraient leurs cérémonies religieuses dans la synagogue, rendit un décret qui les condamnait tous à être décapités : ces malheureux furent livrés sur-le-champ au bourreau; et après leur supplice, ajoutent les historiens ecclésiastiques, la fureur des vents se calma, et la terre n'éprouva plus les horribles frémissements qui ébranlaient la ville sainte.

On suppose que ce fut vers la fin de l'année 1016 qu'un seigneur normand, appelé Raoul, vint se réfugier à Rome pour échapper à la vengeance du duc Richard, dont il avait séduit la fille. Le souverain pontife était alors menacé par le catapan, gouverneur des provinces pour les empereurs grecs, d'une guerre d'extermination, s'il se refusait à payer un tribut considérable ; et déjà, joignant l'efl'et à la menacé, celui-ci avait envahi une partie de la province de Bénévent, qui appartenait au trône apostolique. D'un côté, l'avarice du pape l'empêchait de consentir à payer le tribut exigé; de l'autre, la lâcheté des Romains ne lui laissait aucun espoir de s'opposer aux incursions des ennemis.

Dans cette extrémité, Benoît supplia Raoul de prendre la conduite des troupesdel'Église; et celui-ci, à la tête des Italiens, se mit en campagne, marcha sur Bénévent, et remporta sur l'armée de Basile plusieurs victoires éclatantes. Bientôt le bruit de ses exploits

s'étant répandu jusqu'en Normandie, une multitude de guerriers de cette province abandonnèrent leur pays, emmenant avec eux leurs femmes et leurs enfants, et se rendirent auprès de Raoul, qui les incorpora dans son armée.

Tel fut le commencement de la domination de ces peuples du Nord dans la péninsule romaine. Néanmoins Raoul, après une suite de batailles où il fut toujours vainqueur, s'aperçut que ses compatriotes, décimés par l'ennemi, se trouvaient réduits à quelques milliers de soldats ; il prit alors la résolution de franchir les monts, et de se rendre auprès de Henri II pour lui demander des renforts.

Benoît VIII l'accompagna en Allemagne dans le même but et pour activer les secours que l'empereur lui avait promis contre les Grecs. Le saint-père célébra la fête de Pâques à Bamberg, l'an 1020; et le dimanche suivant il consacra la basilique de Saint- Étienne, que le prince offrit ensuite à l'Église romaine. 11 lui donna encore la ville de Bamberg et ses dépendances, en y joignant une redevance annuelle d'un cheval blanc couvert de riches harnais, et d'une bourse de cent marcs d'argent.

Ensuite le pape retourna dans ses états pour assister au concile qu'il avait convoqué à Pavie, et dont les actes nous ont été conservés par les historiens. A l'ouverture du synode, Benoît lut un long discours dans lequel il censurait fortement la vie licencieuse du clergé; il accusait les prêtres de dissiper en orgies les biens qu'ils avaient reçus de la libéralité des rois, et d'employer les trésors des églises, soit pour entretenir des prostituées, soit pour enrichir leurs bâtards. Il invoquait contre eux les canons de Nicée, qui recommandaient aux ecclésiastiques d'observer la continence, et leur défendaient de vivre avec des concubines; enfin il leur rappelait les décrétales de saint Syrice et de saint Léon, qui condamnaient le mariage des prêtres et même des sous-diacres.

Le saint -père appelait bâtards tous les enfants des prêtres, et soutenait que les fils nés d'une femme libre et d'un clerc serf de l'Église devaient hériter de la condition de leurs pères. Quelques évêques voulurent lui opposer ce passage de saint Paul : « Que chacun se marie pour éviter la fornication. » Alors il s'emporta en paroles violentes contre les concubinaires qui osaient réclamer contre ses décisions; il répondit que l'Apôtre n'avait pas voulu appliquer ce commandement aux prêtres, mais aux laïques ; et que ceux qui soutiendraient cette hérésie seraient excommuniés, comme les sectateurs de Jovinien l'avaient été par leurs pères.

Benoît rendit un décret divisé en sept articles, pour défendre aux ecclésiastiques d'avoir ni épouse ni concubine ; il l'étendit à tout le clergé régulier et séculier sans exception ; il déclara que les enfants des ecclésiastiques seraient considérés comme serfs, et appartiendraient aux diocèses, quoique leurs mères fussent de condition libre; il anatliématisa les juges qui leur rendraient la liberté; il défendit, sous peine du fouet et de la prison, à aucun serf de l'tiglise, de faire des acquisitions sous le nom d'un

I homme libre, jusqu'à ce que l'évêipe en eût touché tous les droits.

Henri II, à la prière de Benoît YIII, confirma ces différents décrets par une ordonnance également divisée en sept articles, et il ajouta la menace des peines temporelles aux peines spirituelles, afin d'en assurer l'exécution.

L'empereur, qui était venu en Italie avec ses troupes pour s'opposer aux invasions des Grecs, réunit son armée aux bandes intrépides des Normands, qui déjcà commençaient à fonder un royaume sur les côtes de l'Adriatiijue. Les Grecs furent battus dans toutes les rencontres; Raoul leur reprit toutes les places qu'ils avaient occupées dans la Campanie; il leur enleva la P. mille, les refoula dans un coin de la Galabre; cnlln le courageux Normand finit par les chasser entièrement de l'Itahe.

Robert II, roi de France, accompagné d'Enguerrand, abbé de Saint-Niquier, et de plusieurs dignitaires ecclésiastiques, fit un pèlerinage à Rome, et fut admis à baiser les pieds du pape. On ignore l'époque précise où le prince accomplit ce pieux voyage.

Après un règne de douze ans, le pape mourut dans le palais de Latran, au commencement de l'année 1024, et fut enterré à Saint-Pierre.

Un grand nombre d'auteurs rapportent gravement les merveilleuses apparitions de Benoît VIII. Platine assure qu'un prélat vit le squelette du saint-père couvert des ornements pontificaux et monté sur un cheval noir. L'évêque ayant demandé au fantôme vers quel lieu il se dirigeait, le pontife le saisit avec force par le bras, et l'enlevant de terre, il le porta dans un endroit où étaient cachés des trésors, qu'il lui ordonna de distribuer aux pauvres pour alléger les souffrances qu'il éprouvait dans l'autre vie en punition de ses rapines.

Sigebert et Petrus Damianus affirment également que le pape apparut à son successeur, et lui réclama des prières pour adoucir les feux du purgatoire, où il était condamné à rester pendant mille ans à cause de ses crimes.

Vincent de Beauvais, lecteur du roi saint Louis, qui vivait deux cents ans plus tard, raconte naïvement que le décret qui condamnait Benoît n'était que conditionnel, et qu'un moine de Cluny eut une révélation dans laquelle la sainte Vierge lui annonça que le pape pouvait être délivré de ses peines par leurs prières et par les mérites de saint Odilon leur abbé; il dit que les moines redoublèrent alors d'austérités et obtinrent sa délivrance ; que le pontife défunt vint lui-même les remercier, un jour qu'ils étaient en prières dans l'Église, qu'il leur apprit son heureuse sortie des flammes de l'Etna et qu'il leur peignit les joies sublimes qu'il goûtait dans la Jérusalem céleste. Ce passage du pieux Vincent de Beauvais donnerait à supposer que le lieu choisi par la Trinité pour le purgatoire est la terre de Sicile.

Quelque ridicules que soient ces fables, elles montrent cependant que Benoît ^'III doit être placé au rang des pontifes qui ont scandaHsé 1 Eglise par leurs concussions, leurs débauches et leurs crimes.

L'empereur Henri 1

Élection scandaleuse de Jean XIX. — Réflexions sur la liberté des élections pontificales. — Le patriarche de Constantinople fait proposer au pontife Jean de lui vendre le titre de pape d'Orient. — Soulèvement dans l'Église à ce sujet. — Invention de la gamme par le moine Gui d'Arezzo. — Lettre du fameux musicien. — Couronnement de l'empereur Conrad II. — Canut, roi d'Angleterre, se plaint des exactions dont les pèlerins sont victimes à Rome. — Concile de Limoges sur la vente des absolutions par le pontife. — Jean XI.K est chassé de Rome. — L'empereur Conrad le rétablit sur le saint-siége. — Mort du pape.

Jean fut élevé sur le saint-siége par la faction de son frère Albéric, comte de Toscanelle et de Segni ; il succéda à Benoît VIII, son frère, sous le nom de Jean XIX. Quelques auteurs prétendent qu'avant d'être nommé pontife il occupait déjà le siège de Porto ; mais des historiens dont les témoignages ont une grande autorité, affirment au contraire qu'il était simple laïque; ainsi la liberté des élections que le pieux Henri avait rétablie ne servit qu'à favoriser les trigues des seigneurs de Rome et à consolider la tyrannie des patrices.

Aussitôt que cette nouvelle exaltation fut connue à Constantinople, le patriarche envoya des ambassadeurs à Rome pour proposer au saint-père de lui vendre le titre de pape de l'ÉgHse grecque. Les députés, chargés de riches présents, furent accueillis favorablement par Jean XIX; et le marché était sur le point de se conclure, lorsque le bruit s'en étant répandu, des clameurs s'élevèrent de toutes les parties de la chrétienté, et forcèrent le pontife à ne point accomplir un pareil scandale.

Gui, moine d'Arezzo, vivait à cette époque, et venait d'inventer la gamme : on raconte que frappé des difficultés que présentaient les méthodes musicales pour l'enseignement du chant religieux, il imagina la notation des sons, et composa une nouvelle

méthode de musique avec ]Michel, religieux de Pomposie, qui travaillait également à cette découverte.

Nous donnons une lettre du célèbre moine dans laquelle il rend compte d'une entrevue qu'il eut avec le pape. « J'espère, é"crivait-il à son ami, que ceux qui viendront après nous prieront pour la rémission de nos péchés; car ils nous devront d'apprendre dans une seule année ce qui ne s'acquiert qu'après dix ans d'études sérieuses. Le pape Jean, qui gouverne aujourd'hui l'Église romaine, ayant entendu parler de notre école, et de quelle manière notre anti23honier apprend aux enfants en quelques heures les chants qid leur sont inconnus, m'a envoyé des messagers chargés de me conduire auprès de lui. Je me suis rendu à Rome avec Grégoire, abbé de Milan, et Pierre, prévôt des chanoines d'Arezzo, homme très-savant pour notre temps. Sa Sainteté m'a reçu avec joie et m'a longtemps entretenu en feuilletant notre méthode, qu'elle regarde comme un prodige. Le pontife en a médité les règles, et n'a point voulu terminer la séance sans avoir appris sur l'antiphonier un verset qu'il n'avait jamais entendu chanter. Alalheureusement ma santé ne me permet pas de demeurer à Rome, parce cpie dans les endroits maritimes ou marécageux, la chaleur de l'été me devient mortelle; je suis donc revenu à mon couvent, d'où

JEAN IX

Gui d'Arrezzo, inventeur de la gamme

je repartirai à l'entrée de l'hiver, afind'expliquerplus lon^'uement notre ouvrage au saint-père. »

Après la mort de Henri II, son fils Conrad lui succéda, et vint dans la ville pontificale l'an 1027 : Jean XIX, pour se rendre le monarque favorable, alla à sa rencontre jusqu'au lac de Como, et le proclama empereur dans l'église de Saint-Pierre; la reine Giselle, sa femme, fut couronnée impératrice avec lui. Rodolphe, roi de Bourgogne, oncle de Giselle, assista à cette cérémonie, ainsi que Canut, roi d'Angleterre et de Danemark, ([ui était venu à Rome pour se plaindre des contributions énormes que le saint-siége prélevait sur les pèlerins de son royaume; le prince anglais réclamait également contre les tributs que l'on faisait payer à ses archevêques lorsqu'ils demandaient le pallium.

Quelque temps après eut lieu à Limoges un synode d'évêques français qui réformèrent les jugements du pape, et défendirent à la cour de Rome de vendre l'absolution à des excommuniés à l'insu de leurs évèques. Engelric, chanoine du Puy, p;ft-la ainsi dans l'assemblée : « Vous savez, mes frères, que le vénérable Etienne, prélat de Clermont, avait anathé-

matisé Ponce, comte d'Auvergne, pour le punir d'avoir quitté sa femme légitime et d'en avoir épousé une autre. Dans sa juste indignation, il avait refusé de jjardonner à ce seigneur avant qu'il se fût amendé ; mais le coupable a osé se présenter à Rome, et il a racheté son absolution du saint-père lui-même. Lorsque nous avons été instruits de cet acte de simonie, nous en avons adressé de violents reproches au pontife; celui-ci nous a déclaré que sa religion avait été surprise, les juges achetés à beaux deniers comptant, et qu'il aurait rejeté Ponce de l'Église, s'il avait connu tous les détails de cette affaire.

« Je déclare donc à vous tous, mes frères, chefs de diocèses, que les papes n'ont aucun droit pour s'opposer à nos décisions, et qu'ils ne peuvent que les approuver et leur prêter l'appui de leur autorité. »

L'assemblée s'occupa ensuite des moyens de faire cesser les troubles du royaume, car depuis le règne de l'hypocrite Louis le Débonnaire, l'autorité souveraine n'était plus respectée dans les pronnces qui avaient composé l'empire de Charlemagne. En France, en Allemagne, en Italie, chaque seigneur se lendait justice à main armée, et les ducs, les marquis et les

comtes se faisaient entre eux des guerres terribles ; les villes étaient livrés au pillage, les habitants impitoyablement égorgés, les cultivateurs, les artisans, les marchands et même les serfs, traqués comme des bêtes fauves par les nobles ou par les rois ; le clergé lui-même n'était plus respecté : ses richesses ayant excité l'avidité des seigneurs, les monastères étaient saccagés, les religieuses violées, ks moines égorgés et les églises incendiées.

■ Aux désastres de ces guerres d'extermination étaient venues se joindre les horreurs de la famine ; les hommes se dévoraient entre eux, et un grand nombre de malheureux furent condamnés au supplice du feu pour avoir mangé de la chair humaine. Pendant trois années que dura le fléau, les vivants ne pouvaient suffire à enterrer les morts, et l'on entassait les cadavres dans des charniers.

Malgré ces calamités publiques, les nobles, semblables à de hideux vautours, s'abattaient avec leurs hommes d'armes sur les villes, et venaient y enlever les cadavres pour les dépouiller.

Enfin, dans le concile de Limoges, les Pères résolurent de frapper un grand coup, et de se servir de l'autorité de Dieu même pour arrêter tous les désordres. Une séance solennelle fut annoncée dans toute la province, et les fidèles furent invités à se trouver au concile. A l'ouverture de la séance, après les prières d'usage, un évêque se leva, et s'adressant à la foule qui se pressait dans une salle immense : « Je vais, dit-il, vous annoncer une grande nouvelle, mes frères : Jésus-Christ lui-même m'a envoyé des lettres du ciel, pour m'ordonner de rétablir la paix sur la terre. Je vous propose donc de les soumettre à une commission qui puisse les examiner et vous faire connaître ensuite les volontés de Dieu. » Dix évèques furent désignés pour cette importante vérification-, ceux-ci, après avoir étudié la lettre qui leur était présentée, déclarèrent sur la sainte hostie qu'elle était bien réellement de Jésus-Christ. En conséquence,

le concile ordonna que cette lettre serait envoyée à toutes les Églises de la chrétienté, et que les hommes, quel que fut leur rang, seraient obligés de se conformer aux instructions qu'elle renfermait. Ces instructions étaient ridicules et obscènes : Jésus- Gbrist défendait aux fidèles les conjonctions impures avec leurs femmes, excepté à certains jours; Ù recommandait de jeûner les vendredis au pain et à l'eau, et de s'abstenir de chair les samedis ; il défendait de prendre les armes pour se venger d'un ennemi ou pour s'emparer des biens des monastères; il permettait de prier avec les religieuses et non de les violer.... Dans chaque diocèse, les fidèles s'engagèrent par serment sur l'Évangile à observer religieusement ces préceptes, sous peine d'excommunication, de confiscation des terres, et de privation de sépulture. Telle fut, selon Baudry, évêque de Noyon, l'origine de la trêve Dieu.

L'assemblée de Limoges s'occupa encore de plusieurs règlements pour arrêter les progrès de la politique ambitieuse de la cour de Rome, et pour soustraire les biens du clergé français à la cupidité du pontife et aux rapines de ses successeurs, en maintenant les libertés de l'Église gallicane.

Jean XIX, par ses exactions, ses débauches et sa tyrannie, se rendit tellement odieux aux Romains, qu'une conjuration se forma contre sa vie ; mais comme il ne sortait jamais qu'entouré de ses satellites, les conjurés résolurent d'agir à main armée; ils se rassemblèrent sur les places publiques, soulevèrent le peuple, et firent le siège du palais de Latran. Le saint-père parvint à s'échapper de Rome, et se réfugia en .Allemagne auprès de Conrad II, qui dans la suite le rétablit par la force des armes, et punit les séditieux.

Ce pontife, disent les anciens chroniqueurs, reconquit son trône à la pointe de l'épée ; il mourut en 1033, le 8 novembre, après un règne de neuf ans et quelques mois.

Élection simoniaque du neveu de Je:.n X'X. — Le nouveau pontife est ordonné à l'âge de douze ans. — Accusation do magie contre le saint-père, — Il emploie le secours du démon pour se faire aimer des dames romaines. — L'empereur Conrad tient un parlement à Pavie. — Insolence de l'évéque de Milan. — Artifice d'un moine pour faire évader le prolat. — Conjuration contre l'empereur. — L'archevêque de Milan est e.tcommunié par le pape. — P.ichenza, reine de PolOf-'ne, est chassée de ses états. — Son fils Casimir se fait moine dans l'abbaye de Cluny. — Les polonais détruisent les églises chrétieimes. — Bretislas, duc de Bohême, enlève le corps du martyr Adaljiert. — Les Polonais envoient des députés à Casimir. — Le prince refuse de quitter son monastère sans l'autorisation de la cour de Rome. — Le pape relève Casimir de ses vœux. — Casimir est couronné roi de Pol gne. — Les ciimes et les débordements de Benoît excitent une violente sédition. — Uest chassé de Rome.

Après la mort de Jean XIX, la faction des marquis et des comtes de Toscanelle s'agita pour placer sur le siège pontiiical un des membres de leur famille : les intrigues, l'argent et les menaces assurèrent l'élection de Théophylacte , neveu des deux papes précédents, et fils d'Albéric, comte de Tusculum ; il fut intronisé à l'âge de douze ans, sous le nom de Benoît IX.

Ce pontife a souillé la chaire de saint Pierre par tant de crimes et de débauches, que le cardinal Benno l'accuse d'avoir employé des sortiir'ur< it de-; maléfices et d'avoir fait boire à ses nmitri >~rs des philtres enchantés qui les rendaient t'iierJnnient amoureuses de sa personne; il affirme qu'il sacrifiait ■à.\x\ démons, et ([u il assistait la nuit dans les bois à des assemblées de magiciens.

Quelques années après l'exaltation de Benoit, l'empereur Conrad II fit une nouvelle descente en Lombardie pour soumettre des seigneurs qui avaient pris les armes contre son autorité. Il se rendit à Pavie, oîi il tint un parlement, afin d'interroger liii-n(ême Héribert, archevêque de Milan, sur les concus.sions qui lui étaient reprochées. Mais l'orgueilleux prélat osa faire celte réponse insolente au prince : « Ce que

j'ai trouvé dans les domaines de saint Ambroise, ou ce que j'ai acquis de quelque manière que ce soit, je le garderai sans crainte et sans remords pendant toute la durée de ma vie ; et je n'en abandonnerai pas la moindre partie. »

Dans son indignation , l'empereur donna l'ordre de l'arrêter, et le confia à la garde de Poppon, patriarche d'Aquilée, et de Conrad, duc de Carinthie, qui devaient le conduire à Plaisance. Lorsqu'il fut arrivé dans cette dernière ville, l'archevêque réclama l'assistance d'un moine pour faire ses dévotions : sa demande lui fut accordée; mais une nuit, pendant que le religieux était couché dans son lit, il prit se» vêtements, trompa les gardes à la faveur de ce guisement. et se sauva à Milan, où il résista pendant une année entière aux troupes envoyées contre lui,

lîéiibert, non content de lancer ses excommunications contre l'empereur, animait les évèques dei diocèses voisins, et enfin, par ses intrigues, il réussii à former une vaste conjuration qui avait pour but d( renverser Conrad du trône et d'élever à sa plac< Othon, comte de la haute Bourgogne.

Ces projets ayant été découverts, les évêques d( Verceil, de Crémone et de Plaisance furent arrétéf

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