‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 25 sur 125 · DU TROISIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU TROISIÈME SIÈCLE

Il fait assassiner les sénateurs. — Ses vices. — Ses vertus. — Débauclies de sa femme. Impudicité de Julie. — II ôpouse sa mère. — Les lois ne sont pas faites pour les emles rois. — Caraealla fait assassiner son frère. — H fait enterrer vivantes quatre ves- Idil mourir vingt nulle hommes. — Macrin, prince débauché. — Héliogabale, Les sacrifices liumains. — Incestes il'Hélio;,'aba)e avec sa mère Julie. — Marc Aurèle. — II est a sissiné à cause de ses vertus. — Maximin s'empare de l'empire. — Sa gloulonnerie. — Sa ciudulé — Sa force prodigieuse. — Les trois Gordiens. — Philippe usurpe l'empire. — Décius. — Gallus. — Émilien est salué empereur par les soldais qui le tuent après trois mois de règne. — Valcrien tombe au nouvoir du roi de Perse. — J) est écorcbé vif et salé. — Gallien. — Ses défauts. — Claude 11 fait renare a Gailien lesnonneurs divins. — Aurélien, trahi par son secrétaire, meurt a.«sas- Tacilc, ses vertus, sa générosité. — Il est assassiné par les soldats. — Florien. son frère, s'empare de l'empire; il est tué par les soldais. — Probus est élu empereur; il est encore assassiné par les soldats. — Carinus. — Numérien. — Arrius Aper massacre Numérien. — Dioclétien fait égorger Aper. — Sa cruauté. — Son avarice. — Sa passion pour les bâtiments. — Maximien Hercule associé à l'empire.. — Il viole les jeunes filles. — Ses vices. — Jugement sur les monarchies.

Sévère apfès avoir

L'iarù empereur

par l'année de Paniionie, comliattit ceux qui élevaient des prétentions à l'empire, et fit massacrer quarante sénate-ars qui avaient favorisé Albin son concurrent. Ensuite il s'occupa de la guerre contre les Partîtes; il parcourut les diverses provinces de l'empire, et fit construire en Angleterre un retranchement de cent trente-deux mille pas de longueur. Il mourut à York l'an 212 de Jésus-Christ : au moment de sa mort, il fit venir auprès de lui ses deux fils Bastien et Geta, et il leur dit comme deiiiier conseil paternel : « Mes enfants, restez unis, vivez bien ensemble, et ne vous mettez point en peine du reste. » Ce prince avait de grandes vertus : il aimait la philosophie et les belles -lettres; il ne pardonnait pas les moindres

fautes, et sa sévérité retenait les officiers dans leur devoir; il était humain et généreux, mais il montra trop de faiblesse pour sa femme, dont il n'ignorait point les débauches , et qui avait même osé conspirer contre sa vie.

Septime Sévère laissa l'empire à son fils Antonin Bastien, surnommé Caraealla parce qu'il portait une longue robe à la gauloise. Ce prince, dès les premiers jours de son règne, ayant surpris l'impératrice sa mère dans un costume négligé et la gorge entièrement découverte, s'écria dans un transport amoureux : « Je le voudrais bien! s'il m'était permis. » Cette impudique pi'incesse répondit en ouvrant ses bras : « Vous le pouvez, mon fils, si vous le vouiez ; car il n'existe point de lois pour les em-

pereurs ni pour lus rois, m Aussitôt ses derniers voiles tombèrent, et ils confondirent leurs embrassements dans un inceste monstrueux.

D'un caractère bas et féroce, Caracalla avait déjà tiré l'épée pour tuer son père : depuis, il assassina son frère Greta, qui régnait avec lui, et fit enterrer vivantes quatre vestales pour se divertir par cet affreux suiiplico. La mémoire d'Alexandre lui était tellement chère, qu'il menaça des plus affreux supplices les philosophes qui suivraient les sentiments d'Aristote, et il voidul faire brûler tous les livres de cet historien, parce qu'il était soupçonné d'avoir avancé la mort de ce conquérant par le poison. Un jour il informa le sénat que l'âme d'Alexandre était entrée dans son corps pour achever ce cpii pouvait lui rester de vie, et il ordonna à ses courtisans de l'appeler vainqueur de Darius. Pendant son règne, il fit mourir vingt mille hommes dans les supplices, et chargea d'impôts effroyables toutes les provinces de l'empire; enfin il fut tué après avoir régné six ans et deux mois.

Caracalla étant mort, Opilius Macrin, homme de naissance très-obscure, s'empara de l'empire ; mais ses débauches l'ayant rendu odieux à l'armée, il fut tué après un règne d'un an et deux mois.

Marcus Antonius Varius Héliogabale, fils de Caracalla et de Julie , succéda à Macrin. Ce prince était un autre Sardanapale; comme lui prêtre du soleil, il sacrifiait à son idole les plus beaux enfants d'Italie. Il fut massacré par les soldats l'an 222 ; et l'on égorgea en même temps sa mère, qui était devenue la femme de ce monstre.

Marc-Aurèle Sévère Alexandre prit sa place et devint favorable aux chrétiens : il chassa de la cour les Uatteurs et les bouffons; il ne voulut point que les charges de la magistrature fussent vénales, et il défendit aux juges de recevoir des présents. Maximin, l'un de ses lieutenants généraux, excita quelques légions à la révolte et fit assassiner par les soldats ce prince vertueux.

Caïus Juhus Verus Maximin après ce meurtre s'empara de l'empire : le nouvel empereur avait plus de huit pieds de hauteur ; il était si gros que le bracelet de sa femme lui servait de bague au pouce ; sa force était extraordinaire, et aucun cheval ne pouvait courir aussi vite que lui. Dans ses appétits gloutons, il mangeait soixante livres de chair et buvait vingt-quatre pots de vin en un seul jour. Les sénateurs craignant de devenir les victimes de sa cruauté, le déclarèrent ennemi de la république, et il lut égorgé par les soldats avec son fils qu'il avait associé à l'empire.

Des trois Gordiens, le plus vieux fut déclaré empereur par l'armée qu'il commandait au nom du sénat ; son fils Gordien II ayant été vaincu et tué dans une bataille contre les ennemis de l'empire, il s'étrangla lui-même de désespoir. On élut à sa place Gordien le jeune, petit-fils de Gordien II, prince qui avait les quahtés d'esprit et de corps nécessaires pour bien gouverner : il remporta de grandes victoires, qui semblaient présager un règne heureux pour les peuples ; mais il se rencontra dans son armée un traître qui le fit assassiner pour s'emparer de l'autorité suprême.

Le sénat ne voulut pas reconnaître Philippe pour empereur, cependant il confirma son élection pour éviter les révoltes des légions.

Décius parvint à son tour à séduire les soldats, qui massacrèrent PhiHppe dans son camp de Vérone.

Messius Quintus Trajan Decius, après s'être défait de Philippe, obtint l'empire par les suffrages de l'armée. Son règne fut signalé par une persécution \-ioIente qu'il excita contre les chrétiens.

Trébonien Gallus marcha contre lui à la tète de ses légions, et l'ayant surpris dans une embuscade, il le poursuivit dans des marais, où Décius périt, sans que jamais on ait pu retrouver son corps.

Vibius Trébonien Gallus fit ensuite une alliance honteuse avec les Goths, et malgré sa lâcheté il fut salué empereur par une légion ; mais, bientôt après, les soldats l'égorgèrent avec son fils.

Les Scythes et les Perses continuaient toujours leurs irruptions dans les provinces romaines: le seul Juhus Émilien osa s'opposer aux armées de ces barbares, et remporta contre eux d'éclatantes victoires. Il fut proclamé empereur parles soldats, qui le massacrèrent trois mois après.

Licinius Valérien, homme d'un mérite supérieur et d'une extrême bonté, fut élevé à la dignité impériale : ses quahtés promelkJent un règne dejustice, de douceur et d'équité ; mailieureusement le prince se laissa corrompre par Macrien, célèbre magicien venu de l'Egypte, qui lui fit commettre de grandes fautes et l'anima contre les chrétiens. Ce même Macrien paya ses bienfaits par la plus infâme trahison, le fit tomber dans une embuscade et le livra entre les mains de Sapor, roi des Perses. L'empereur fut condamné au plus cruel esclavage : les historiens affirment que le monarque persan se servait du dos de Valérien comme d'une escabelle, quand il voulait monter à cheval. Après plusieurs années de souffrances, le malheureux prince fut condamné à être écorché, et enterré vivant dans une cuve de sel.

Licinius (jallicn. après la mort de son père, fut élu empereur : prince d'un caractère cruel, lâche et luxurieux; il avait la prétention d'être savant, et faisait des harangues et des vers. Sous son règne, l'empire romain était au pillage, et sa ipauvaise conduite livra le gouvernement à un conseil de trente tyrans, qui conduisaient les affaires de l'État suivant leurs caprices et leurs intérêts ; enfin il fut surpris et massacré par Aureolus.

Flavius Claudius II ayant été déclaré empereur en 268, fit rendre les honneurs divins au célèbre Gallien. Les historiens donnent de grandes louanges à ce prince, et prétendent que s'il eût vécu plus longtemps il aurait surpassé les Camille et les Scipion : il dompta les Goths, extermina trente-deux mille Allemands dans une bataille qui eut lieu en 269, battit Aureolus près de Milan, et vainquit Zénobie, qui avait subjugué l'Egypte.

Valère Aurélien, homme d'une naissance obscure, fut choisit pour empereur après la mort de Claude IL Dans ses guerres, il fut aussi heureux que lui et se distingua également par ses vertus : les victoires qu'il remporta sur les ennemis de l'empire lui valurent uu triomphe magnifique à Rome : il repassa

ROIS, REINES, EMPEREURS

sacnhtes humains

rnsuite en Esclavonie, dans la résolution d'aller soumettre les Perses, qu'il avait déjà vaincus. Gomme il était en marche, Mnesthée, son secrétaire, qu'il avait menacé de sa colère sur quelques indices de trahison, contrefit son écriture, alla trouver plusieurs officiers deses amis, auxquels il présenta dans un faux mémoire les noms de ceux qu Aurélien se proposait de faire mourir, et leur montra le sien même, qu'il avait inscrit pour rendre sa démarche plus vraisemblable : sur cet avis, ils résolurent de prévenir l'empereur, et ils l'assassinèrent dans son camp entre Byzance et Héraclée. Les historiens Aurelius Victor et Eutrope disent qu' Aurélien était cruel et

sanguinaire, et ils l'accusent de n'avoir gardé aucune mesure dans les châtiments qu'il infligeait.

Marc Aurèle ou Claude Tacite, fut choisi par le sénat, après une contestation de six mois, pour succéder à Aurélien. Ce prince, homme de lettres, se glorifiait d'avoir eu pour parent l'admirable Cor-

neille Tacite l'historien ;

par

ordres on faisait

tous les ans dix copies des Annales de son ancêtre, qu'il plaçait dans les archives. A de grandes quahtés, il joignait encore la sobriété et la modestie. Avant son élévation au trône il possédait sept millions d'écus d'or, qu'il donna généreusement au peuple, et il paya tous les gens de guerre avec ses épargnes : cepen-

HISTOIRE DES l'AI'ES

(laiil il fut assassine par les soldats qui avaient tué son cousin au milieu d'une sédition, el qui craignaient d'être punis pour ce crime.

Marcus Annius Florien, frère de Tacite, s'empara de l'empire; mais il ne le garda qu'un mois ou deux : il fut vaincu par Probus, près la ville de Tarse, et massacré par l'armée.

Aurelius Probus, fils d'un jardinier ou d'un la boureur, fut élu empereur malgré lui ; avant de se couvrir du manteau impérial, il rassembla les légions et leur dit : « Soldats, vous ne savez tous ce que vous faites ; comme il m'est impossible de vous flatter, nous ne vivrons jamais bien ensemble. » Mais l'armée l'ayant proclamé par trois fois le plus digne de la couronne, il couvrit ses épaules de la pourpre et reçut le serment des légions comme souverain de l'Etat. Dans le cours de son règne, il défit quatre cent mille Germains, s'empara de soixante-dix villes, et il eiàt poussé plus avant ses conquêtes, si neuf de leurs rois ne se fussent jetés à ses pieds pour lui demander la paix. Il subjugua ensuite l'Esclavonie, la Russie et la Pologne ; passa en Thrace, où il remporta d'éclatantes victoires qui lui valurent l'honneur du triomphe. Ce prince, d'une extrême sévérité, ne laissait jamais ses soldats dans l'oisiveté, il les occupait continuellement à des ouvrages utiles pour la sûreté, pour l'ornement au pour la commo dite des provinces où il se trouvait; aussi les légions fatiguées de la discipline, le massacrèrent apn"'" six ans et quatre mois de règne. On mit sur son tombeau cette glorieuse inscription : « Ici est placé l'empereur Probus, vainqueur des nations barbares, vainqueur des tyrans des nations. »

Marc-Aurèle Carus mérita l'empire par ses qualités et ses grandes actions : il avait deux iils, Numérien, estimé pour ses vertus, et Carinus, méprisé pour ses vices. Mais, pour le malheur des peuples, ce bon prince ne régna que deux ans : sa mort fit éprouver à Numérien un chagrin si violent, qu'on craignit qu'il ne perdît la vue par l'abondance des larmes qu'il répandait. Carinus, le plus jeune de ses fils, fut tué en Dalmatie, dans une bataille contre Dioclétien, et Arrius Aper massacra Numérien, dans l'espérance de lui succéder ; mais Dioclétien, disputa le pouvoir au nouveau prétendant, et demeura seul maître de l'empire.

Aurèle Valère Dioclétien, fils d'un affranchi ou d'un secrétaire de sénateur, s'associa dans le gouvernement Marc-Aurèle Valère Maximien, son ami intime. Pendant le cours de son règne, il montra les qualités d'un homme de guerre et d'un grand politique, en défendant avec succès l'empire contre les invasions des barbares ; mais il était d'une avarice excessive ; il surchargeait les peuples d'impôts pour grossir ses trésors, et faisait accuser les sénateurs de conspirations contre l'État, afin de s'emparer de leurs biens. Sa passion pour les bâtiments l'avait l'ait nommer le m>^çon de l'empire, il obligeait même

les provinces à fournir des ouvriers vX des voitures pour construire ses palais. Enfin, abusant de la puissance souveraine, ce prince cruel, impudent, sans foi et sans honneur, faisait enlever des jeunes filles et des jeunes garçons pour ses débauches, et se livrait publiquement à toutes ses passions désordonnées.

Non-saulement les peuples avaient à souffrirlatylannie de l'exécrable Dioclétien, mais ils eurent encore à déplorer de plus grands malheurs lorsqu'il se fut associé le cruel Maxiraien et les deux césars Galère et Constance Chlore ; au lieu d'un maître, ils en reconnurent quatre qui avaient chacun leur cour, leur armée, ce qui quadruplait les dignités et les emplois, et par conséquent les charges publiques. Pour subvenir à ce surcroît effrayant de dépenses, les empereurs opprimaient, massacraient les citoyens, rançonnaient les provinces jusqu'à ce que les champs et les cultures fussent changés en solitudes : alors ils abandonnaient les territoires dévastés pour recommencer ailleurs ics mêmes ravages.

Quant à Dioclétien, ce superbe parvenu, il siégeait orgueilleusement sur un trône d'or massif, étincelant de pierreries, et se faisait adorer comme un dieu, ainsi que ses associés à l'empire. Dans le langage officiel du temps, les orateurs publics honoraient même leurs lettres et leurs décrets : tout ce qui se rapportait à eux prenait le caractère divin comme leurs personnes. Le fisc, par une dérision sacrilège, s'appelait les sacrées largesses; l'appartement où ils dormaient, la chambre sacrée.

Cette communauté de dignité amena un nouveau signe de révérence assez bizarre : aucun d'eux n'agissant et n'ordonnant qu'au nom de tous, les demandes, les discours qu'on leur adressait et toutes les relations publiques et privées avec ciiacun d'eux durent se conformer nécessairement à cette rè£le d'unité: on parlait à un seul comme représentant les trois autres ; on ne distinguait plus les actions personnelles, et l'on observait rigoureusement la solidarité d'honneur qui les unissait par une louange indivise. L'adulation s'empara de cette précaution politique, et l'on s'habitua bientôt à revêtir chaque prince individuellement de cette importance collective ; la grammaire fut même changée, et l'on enseigna dans les écoles à dire vous à un seul. Comme les inférieurs cherchent toujours à se rehausser par l'imitation des grands, cette absurdité devint une formule générale de distinction et de bienséance, qui du latin est passée dans les langues modernes.

Dioclétien en corrompant jusqu'aux mœurs et aux habitudes qui sont les bases de tout gouvernement, prépara la décadence de l'empire romain, et apprit aux nations cette grande vérité, que les monarchies succombent sous leur propre poids, lorsque les lumières de la raison et de la philosophie viennent éclairer les peuples, et leur faire comprendre qu'ils ne sont pas destinés à être les esclaves des rois I

Page 1