‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 24 sur 125 · DENIS · texte numérisé non relu

DENIS

princesse d'un mérite au-dessus de son sexe, voulant connaître la religion chrétienne, s'adressa à l'évêque Paul pour être instruite sur les mystères : mais ce prélat avait des opinions singulières pour le siècle ; il appelait le Christ un homme, et non pas un dieu ; il enseignait aux peuples la morale suLlime de l'Êvangile, et négligeait de les instruire des dogmes de la religion. Les évêques d'Orient, scandalisés de sa conduite, s'assemblèrent à Antioche, et le poursuivirent comme " un loup qui ravageait le troupeau du Seigneur. » Le concile, animé du zèle fanatique qui a toujours distingué les assemblées ecclésiastiques, procéda au jugement de Paul de Samosate. Par son éloquence, le prêtre philosophe parvint à surprendre la condamnation qu'on était sur le point de prononcer contre lui et contre sa doctrine. Dans la suite, on s'aperçut que Paul avait usé de dissimulation, et qu'il ne corrigeait ni ses sentiments ni ses mœurs : alors les pères s'assemblèrent de nouveau au nombre de soixante-dix, et le condamnèrent aux peines portées par les canons ecclésiastiques, pour s'être joué de leur crédulité et des intentions pacifiques de Firmilien, qui avait présidé au premier synode.

Paul convaincu d'erreur dans sa doctrine et de dérèglement dans ses mœurs, fut déposé, et ensuite excommunié par le concile.

Le pape Denis mourut le 26 décembre de lan 269, sous le règne de l'empereur Clau4s II et de Paterne, après dix ans et quelques mois d'épiscopat : il fut enterré dans le cimetière de Galliste.

Sous le pontificat de Denis, florissait à Rome le philosqDhe Plotin, célèbre par S3ii immense érudition. Non-seulement cet homme extraordinaire avait entraîné dans sa doctrine un grand nombre de disciples enlevés au paganisme, mais encore il enlevait des sectateurs à la religion nouveUe, et rendait désertes les églises des chrétiens lorsqu'il donnait ses enseignements publics.

Il prétendait avoir un démon familier comme Socrate, et il affirmait que par la seule lumière de la raison on pouvait s'élever jusqu'au souverain Dieu, qui n'avait selon lui ni forme ni essence, et qui étai' indéfinissable par les paroles humaines. Il combattait toutes les sectes chrétiennes et particulièrement les gnostiques, qui croyaient à des esprits ou démons secondaires parmi lesquels figurait le Christ. Ce philosophe peut être regardé comme l'un des précurseurs de la doctrine si répandue aujourd'hui, nommée le SPIRITISME.

Les historiens rapportent qu'avant de mourir, Plotin se tournant vers ses disciples, leur dit: « Je vais réunir ce qui existait de divin en moi à ce qui existe de divin dans l'univers. >•

Élévation de Félix. — Paul de Samosate résiste au décret du concile. — Il est chassé honteusement de son siège. Mort du pape.

Félix était Romain et fils de Constantiits : il succéda à Denis le dernier jour de Tannée 269. On ne connaît aucune des actions de sa vie jusqu'au temps de son pontificat. En montant sur la chaire de saint Pierre, il trouva l'Église tranquille au dehors, mais déchirée dans l'intérieur par l'hérésie de Paul de Samosate, dont nous avons parlé dans l'histoire du règne précédent. Cet évêque, appuyé de la faveur des magistrats idolâtres et du crédit qu'il avait à Antioche, refusait de se soumettre au décret du concile qui, l'ayant condamné et déposé, avait nommé pour remplir sa place Domne, fils de Démétrius. Paul refusant de sortir de la maison de l'église, on eut recours à l'autorité de l'empereur Aurélien, qui jjgea l'affaire avec une grande justice : le prince décida que la possession du palais épiscopal appartenait à ceu.\ qui entretenaient des relations avec l'évêque de Rome et les autres prélats d'Italie ; et qu'en consé([uence, le pape Féhx ayant refusé sa communion à Paul de Samosate, celui-ci devait être chassé de son siège.

FéUx mourut, selon l'opinion générale, le 22 décembre de l'an 204, après avoir gouverné l'Église pendant cinq ans : il fut enterré dans le cimetière de Gallixte.

Suivant la légende, ce fut à cette époque que saint Antoine d'Héraclée, ville de la haute Egypte, éprouva

ses terribles visions. « Le pieux anachorète s'était retiré dans une haute pyramide éloignée de toute l;abitation, afin de prier Dieu plus tranquillement: la première nuit, le démon vint lattaquer, et le battit si violemment qu'il le laissa étendu sans connaissance. Vers le matin, des fidèles qui traversaient la contrée ayant par hasard visité la pyramide, trouvèrent un homme gisant, et le croyant mort, l'emportèrent dans une église pour l'inhumer. Pendant la nuit, saint Antoine se leva de sa bière, sortit de l'église et retourna à sa pyramide : là, il se mit de nouveau en prière et défia le démon , à minuit un bruit teirible se fit entendre ; toutes les pierres parurent se mouvoir et furent transformées en bêtes farouches et immondes; des lions, des tigres, des loups, des serpents, des crapauds, des lézards, des aspics, des scorpions, et une multitude de serpents, de dragons et d'animaux fantastiques, s'éhncèrent sur lui, le déchirant avec leurs griffes, le perçant de leur triple aiguillon, et l'enlaçant dans leurs replis tortueux. Malgré ces horribles souffrances, le saint continuait à les railler et à les mépriser. Enfin au lever du soleil les démons disparurent. « Oii étiezvous. Seigneur? » s'écria alors Antoine. « J'étais ici, lui répondit la voix de Dieu ; je suis content de toi : à l'avenir je t'assisterai dans tes combats, et je te rendrai célèbre par toute la terre. » Telle fut î;' première tentation du grand saint Antoine I

ETTKIHIEN

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Election d'Eulychien. — Fables débitées sur le pape. — Hérésie do Mai. es. — Histoire curieuse et querelles extravaganli

Mort du pape.

Après la mort de' Félix I'"', le clergé et le peuple fidèle de Rome élurent Eutychien pour gouverner l'église. La ville de Lune en Toscane était la patrie du pontife, et son père se nommait Marin : l'histoire n'apprend rien de positif sur les actions de sa vie; cependant nous formerions des volumes, si nous traduisions les fables que l'on a racontées au sujet du saint-père, et dont tous les Pontificaux ne pourraient garantir l'authenticité.

Sous son règne s'éleva la fameuse hérésie de Mânes : mais sans entrer dans les détails de la vie de cet impie, nous nous contenterons d'expliquer sa doctrine extravagante. Il prétendait qu'il existait dans l'univers deux principes contraires et coéternels, Dieu et la matière, la lumière et les ténèbres; l'un auteur du bien, l'autre du mal; l'un auteur du Nouveau Testament, l'autre de la Bible : il rejetait les saints Évangiles, et se disait le Paraclet envoyé par Jésus -Christ; il affirmait que le Sauveur n'avait eu que les apparences de l'humanité et qu'il n'avait point souffert réellement. D'après lui, le bien et le mal étaient des substances : Manès regardait la terre, la chair, les magistrats, les rois, et le péché, comme des créations du mauvais principe ; il niait

que

les actions de l'homme fussent libres, défendait

le mariage et blâmait les peuples qui faisaient la guerre. Enfin il engageait ses disciples à ne point manger de chair ni d'œufs, et à ne point boire de lait, ni du vin, qu'il appelait le fiel du démon. Les manichéens administraient l'eucharistie sous

une espèce, et la profanaient d'une manière infâme en y mêlant de la semence humaine; ils prétendaient que Jésus-Christ était le soleil, et qu'il avait révélé sa divinité en plongeant la terre dans les ténèbres le jour de sa mort: ils regardaient la lune comme la demeure redoutable de la Trinité, et l'air comme un fleuve sur lequel les âmes des morts étaient transportées à la lumière éternelle. Les manichéens nu croyaient point à la résurrection générale, et prétendaient que les âmes de ceux qu'ils appelaient les auditeurs passaient dans les âmes des élus, et retournaient à Dieu après avoir été purifiées; que les âmes des méchants étaient renfermées dans les corps des bêtes, dans les arbres, dans les plantes, et ils regardaient les laboureurs comme des homicides parce qu'ils détruisaient les plantes parasites. Cette doctrine s'étendit dans toutes les provinces de l'empire et dura plusieurs années ; peut-être ne fit-elle de si grands progrès que par sa bizarrerie et son extravagance, car la nature des hommes est de s'attacher aux choses les plus singulières et les moins raisonnables. Les sectateurs de Manès annonçaient qu'ils ne voulaient point imiter les catholiques, qu'ils n'employaient pas la persécution, mais le simple raisonnement, pour délivrer les hommes de l'erreur et les amener à Dieu. Leurs docteurs étaient puissants dans la réfutation, et par leurs manières douces et insinuantes ils attiraient insensiblement à leurs idées. Nous traduisons un de leurs dialogues, dans le style c'a l'époque: un catholique

EUTYGHIEN

se plaignait des mouches, et disait à un manichéen qu'il ne pouvait soufl'rir ces insectes, et que Dieu devrait les détruire. Le manichéen lui demanda : « Qui les avait faites ? — Le catholique dans sa colère n'osa pas répondre que ce fût Dieu. — Le manichéen: Si ce n'est Dieu, qui donc les a faites? — Je crois que c'est le démon. — Si le démon a fait les mouches, comme le bon sens vous le fait avouer, qui a fait l'abeille? — L'autre n'osa dire que Dieu eût fait l'abeille plutôt que la mouche. — De l'abeille, le manichéen le conduisit à la sauterelle, à un lézard, à un oiseau, à un mouton, à un bœuf, à un éléphant, enfin à l'homme et lui persuada que Dieu n'avait pas fait l'homme. »

L'histoire ne nous apprend point cpielles mesures Eutychien prit pour combattre cette hérésie; le Martyrologe affirme seulement que le saint-père ordonna aux prêtres de consacrer sur l'autel, les fèves, les pommes et les raisins, afin de renverser la doctrine de Manès, qui défendait de manger des fruits. Il ordonna également que les corps des martyrs seraient enveloppés de pourpre, et il rendit lui-même ce dernier devoir à. trois cent quarante martyrs; mais les historiens sacrés laissent ignorer dans quelle persécution l'Église perdit un si grand nombre de fidèles.

Enfin le pontife Eutychien alla recueillir le fruit de ses travaux dans le séjour de la gloire, le 8 décembre de l'an 283.

Orose et Sozomène nous ont laissé un tableau dé

chirant des malheurs de l'empire sous ces derniers pontificats. « Les armées, disent-ils, disposaient à leur gré du pouvoir suprême, les chefs des troupes s'emparaient tour à tour de la puissance, et l'infâme Cyriade, Perse de nation, fut le premier de ces trente tyrans qui commandèrent au monde dans l'intervalle de quelques années.

« Pendant leur exécrable règne, tous les maux fondirent à la fois surTcmpire: la Bretagne fut subjugée par les Calédoniens et les Saxons ; la Gaule par les Franks, les Allemands et les Bourguignons; l'Italie par les Allemands, les Suèves, les Marcomans et les Quades ; la Médie, la Macédoine et la Thrace par les Goths, les Hérules et les Sarmates : les Perses vinrent faire des courses jusque sur les côtes de la Syrie; enfin la guerre civile, la famine, la peste, ruinaient les villes et anéantissaient l'es populations qui avaient échappé au fer des barbares; les cités furent ébranlées par des tremblements de terre qui durèrent plusieurs jours ; la mer sortit de son lit et inonda des provinces entières; dans la Nubie, dans l'Achaïe et à Rome, la terre s'ouvrit et engloutit des champs et des maisons. Des pestes éclataient et faisaient mourir des milliers d'hommes chaque jour. »

Ainsi, ajoutent les auteurs ecclésiastiques. Dieu commençait à faire éclater sa vengeance contre les persécuteurs de l'Eghse, qui grandissait fécondée parle sang de ses glorieux martyrs!

HISTOIRE DES l'APES

Election de Caïus. — Cruauté Je Maximien. — Martyre de la If'Kion Thélicennc. — Remontrances des soldats au césar Ils sont exterminés. — Le pape s'enfuit honteusement. — Hèglemcnis extrav.igants. — Mort de Caius.

Si l'on en croit les anciens Ponlincanx, Caïus était de Dalmatie et parent de l'empereur Dioclélien Pendant les premières années de son règne, rEijlise jouissait d'une tranquillité apparente, et les empereurs ne donnaient aucun ordre formel de persécuter les chrétiens; il y eut cependant des condamnations, et le pontificat de Caïus fut illustré par le mailyie de saint Maurice et de la célèbre légion TiiéLéenne.

Maximien, à ([m l'empereur avait donné le titre de césar, était passé dans les Gaules ])Our combattre les factions d'Amand, d'Elien et des Bagaudes. Après avoir vaincu ses ennemis, le césar fit venir d'Orient une légion nommée la Thébéenne, composée de chrétiens qu'il voulait employer, ainsi que SCS autres soldats pour persécuter les fidèles ; mais la légion refusa de marcher contre les chrétiens , et forma son camp près de la ville d'Agaune, au pied de la montagne que l'on nomme aujourd'hui le grand Saint-Bernard. Maximien irrité de cette désobéissance, fit demander des troupes à l'empereur pour soumettre les rebelles : Dioclélien envoya des renforts au césar, en lui ordonnant de faire décimer les soldats, et de réitérer ses ordres pour les contraindre à persécuter les chrétiens. Les Thébéens déclarèrent qu'ils persévéraient dans leur résolution : alors Maximien ordonna qu'on les décimal ime seconde fois et que l'on fit obéir les autres; cette deuxième exécution ne put ébranler leur courage.

Ces soldats du Christ étaient commandés par trois officiers généraux, Maurice, Exupère et Candide, qui les exhortaient à mourir pour la religion, et leur rap-

pelaient l'exemple de leurs compagnons que le martyre avait déjà conduits au ciel. Cependant ils voulurent essayer de fléchir la colère du tyran, et lui adressèrent des remontrances pleines de noblesse et de fermeté.

« Nous sommes vos soldats, seigneur, mais noua sommes également les serviteurs de Dieu, nous le confessons librement : nous devons au prince le service de guerre; à Dieu notre innocence; nous recevons de vous la paie; il nous a donné la vie; nous ne pouvons donc vous obéir en renonçant à Dieu, notre créateur, notre maître et le vôtre. Si vous ne demandez rien qui l'offense, nous suivrons vos ordres comme nous avons fait jusqu'à présent, autrement nous lui obéirons plutôt qu'à vous. Nous offrons le service de nos armes contre vos ennemis; mais nous ne croyons pas qu'il soit permis de les tremper dans le sang des innocents. Nous avons fait serment à Dieu avant de vous le faire, et vous ne devez point vous fier au second si nous violons le premier. Vous nous commandez de chercher dis chrétiens pour les punir; vous n'avez pas besoin d'en chercher d'autres, nous voici : nous confessons Dieu le Père, auteur de toutes choses et son fils Jési»" Christ. Nous avons vu égorger nos compagnons sans les plaindre, et nous nous sommes réjouis de l'honneur qu'ils ont eu de soufl'rir pour leur Dieu Le désespoir ne nous a ijoint portés à la révolte : nous avons les armtd à la main, nous ne résistons pas parce que nous aimons mieux mourir innocents que vivre coupables. »

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HISTOIRE DES l'APES

Maximien ne pouvant vaincre un courage aussi héroïque, ordonna à ses officiers de les faire tous mourir; on fit marcher des troupes pour les environner et les tailler en pièces, mais loin de faire la moindre résistance, ces malheureux soldats mettaient les armes bas et présentaient le cou aux persécuteurs. La terre fut inondée sous des flots de sang; six mille hommes, nombre ordinaire des légions, furent égorgés par les ordres du tyran.

Pendant la persécution que Dioclétien fit ensuite souffrir à l'Église, le pontife Caïus eut la prudence de veiller à sa conservation par la fuite.

Quelques auteurs lui attribuent des règlements extravagants ; selon eux, il ordonna qu'un païen ou un hérétique n'aurait pas le droit d'accuser un chrétien; mais un pareil décret eût été un signal de révolte contre l'autorité séculière, et nous ne pouvons pas admettre que Gaïus eût la témérité de vouloir s'élever contre l'autorité légitime des magistrats païens, ou qu'il ait établi un règlement qu'il n'était pas en son pouvoir de faire observer.

Le pape Caïus mourut le 21 avril de l'an 290, après avoir occupé le siège épiscopal l'espace de douze ans. Il fut enterré dans le cimetière de Calliste.

Les Actes des martyrs rapportent également la fin glorieuse de saint 'Victor dans Marseille. « Ce courageux soldat du Christ, dit la légende, ayant été placé sur le chevalet par ordre du préfet Astérius,

fut tourmenté cruellement pendant trois heures : les bourreaux lui avaient déjà rompu les jambes, et son corps ne présentait plus qu'une masse inlor-me de chairs pendantes ou calcinées, lorsqu'au milieu de ses terribles souffrances le Christ lui apparut, et l'ayant touché avec sa croix, ses blessures se fermèrent. Le préfet, surpris de ce prodige, fit cesser aussitôt le supplice, et ordonna aux gardes de reconduire Victor dans sa prison. Cette nouvelle extraordinaire fut transmise dès le lendemain à l'empereur, qui, n'ajoutant pas foi aux miracles du saint martyr, le fil amener en sa présence, et lui ordonna de brûler de l'encens en l'honneur des dieux. Mais Victor, au lieu d'obéir, s'approcha de l'autel et renversa l'idole avec le pied. Le prince, furieiLx de cette marque de mépris, donna l'ordre de lui couper la jambe. 0 prodige! il ne sortit pas de sang de la blessure; il fit porter le saint sous la meule d'un moulin, et au premier tour, les roues c[ui devaient lui broyer les os se rompirent en éclats ; alors l'empereur commanda de trancher la tête au martyr, ce qui fut exécuté; et l'on entendit d'en haut une voix céleste qui criait : " Tu as vaincu, bienheureux Victor, tu as vaincu. » Il n'est pas inutile de faire observer que dans les actes des martyrs, les suppHces se terminent presque tous par le glaive, lorsque les différents instruments de tortures ont été insuffisants pour faire mourir les patients au gré des légendaires.

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Élection de Marcellin. — Persécution de Dioclétien. — Tableau des désordres de l'Église. — Réflexions sur les prêtres du dixsiècle. — Horrible peinture des tourments et des supplices des martyrs. — Le pape abjure la religion chrétienne

Marcellin était Romain et fils de Projectus : il fut élu pour succéder à Caïus, sous le règne de Dioclétien. Quelques années après son exaltation, l'empereur excita contre les chrétiens la plus horrible et la plus cruelle persécution que l'Église ei^it éprouvée depuis les apôtres : elle l'ut déclarée vers l'an 303, et toutes les provinces de l'empire romain furent inondées du sang des martyrs.

Nous rapportons un passage d'Eusèbe pour faire connaître l'état de l'Église avant cette persécution : '< La doctrine du Christ était en grande estime et réputation parmi les Grecs et les Barbares, écrivait le saint évêque, l'Eglise jouissait du libre exercice de son culte, les empereurs portaient aux chrétiens une vive affection , et leur donnaient le gouvernement des provinces, sans les obliger à sacrifier aux idoles; beaucoup même étaient répandus dans les cours des princes, et il leur était permis de s'acquitter avec leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves, (les devoirs de la religion.

« Dorothée, l'un des plus célèbres d'entre les chré tiens , avait même été honoré de l'amitié du souverain ; magistrat éclairé et habile administrateur d'une province , il avait donné aux empereurs de grandes marques de sa fidélité et de son zèle: l'illustre Gorgone, et avec lui tous ceux qui avaient imité leur zèle pour la religion chrétienne, partageaient sa puissance et son crédit. Les évêques étaient honorés et chéris par les peuples et par les gouverneurs des provinces Une multitude de païens venaient chaque

jour faire profession de la foi; on élevait des églises dans toutes les villes; les peuples rendaient à Dieu des actions de grâces solennelles, et les temples n'étaient plus assez vastes pour contenir les fidèles.

« Mais la trop grande liberté entraîna le relâchement de la discipHne, et l'on commença la guerre avec des paroles outrageantes : les prêtres et les évêques, animés les uns contre les autres, excitèrent des querelles, des désordres; enfin, lorsque la méchanceté, la fourberie furent portées aux derniers excès, la justice divine leva le bras pour punir, et permit que les fidèles qui faisaient profession des armes fussent persécutés les premiers. Cependant on demeura dans une coupable insensibilité; au heu d'apaiser la colère de Dieu, l'on ajouta crimes sur crimes : les prêtres, méprisant les règles saintes de la piété, eurent entre eux des contestations, des querelles, fomentèrent des inimitiés et des haines, disputèrent pour le premier rang comme pour une dignité séculière.... »

Telle était la corruption des ecclésiastiques vers la fin du troisième siècle I Depuis cette époque, les dérèglements du clergé ont encore augmenté : les prêtres se montreront toujours les mêmes; toujours avares, ambitieux, débauchés, superbes, vindicatifs, brouihons; toujours ennemis du repos et de la véri- , table piété, toujours fourbes et dissimulés. C'est du moins la pensée de Platine; et ce que nous voyons dans notre siècle doit nous convaincre de la vérité de SCS accusations.

Cependant il se trouva encore de saintes âmes qui

imitèrent le courage héroïque des soldats thébéens ; plusieurs fidèles jrlorifièrent le nom de Jésus-Christ, et terminèrent leur vie par un douloureux martyre. Dioclétien le persécuteur déclarait dans ses édits, qu'il était permis aux bourreaux d inventer de nouvelles tortures contre les chrétiens : on se servait pour les frapper de gros bâtons, de baguettes pliantes, de fouets, de lanières et de cordes : ils étaient liés par les mains, attachés à des poteaux ou écartelés par des machines; ensuite on les déchirait avec des ongles de fer, et on leur enlevait les chairs des cuisses , du ventre et des joues. Les uns étaient pendus par une main, les autres étaient liés à des colonnes, sans que leurs pieds portassent à terre, afin que le poids du corps tirât leurs liens et augmentât leurs souffrances : en cet état ils subissaient les interrogatoires du gouverneur, et demeuraient à la question des journées entières. Quand le juge passait à d'autres patients, il laissait des officiers pour obser\"er les allures de ceux qui, cédant à la force des tourments, consentaient à renier Jésus- Christ; et lorsqu'ils étaient trompés dans leur at-

tente, les bourreaux serraient les liens sans miséricorde jusqu'à ce que les martyrs fussent prêts à rendre l'âme, alors on les détachait des poteaux et on les traînait par terre pour les iaire revenir à la vie par de nouveaux supplices.

Le pape Marcellin , pendant ces époques malheureuses, abjura solennellement la rehgion chrétienne : les auteurs affirment, d'après les témoignages les plus authentiques, que le sriut-père, effrayé des supplices que souffraient les chrétiens et dont il était menacé lui-même, offrit de l'encens aux idoles dans le temple d'Isis et de Vesta, eu présence de plusieurs fidèles, afin de les obhgcr à imiter l'exemple de lâcheté qu'il leur donnait : ils ajoutent que clans la suite un concile assemblé à Sinuesse pour juger le pape n'osa pas le condamner. Les évèques qui se trouvèrent au s node lui dirent : « Condamnez-vous par votre propre bouche; mais vous ne serez pas excommunié par notre jugement. » Marcellin mourut le 24 octobre 304, après avoir tenu le Faint-siége pendant huit ans et trois mois : il fut enterré dans le cimetière de Priscille.

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