‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 27 sur 125 · PAPE · texte numérisé non relu

PAPE

Élection d'Eusèbe.

CoQte ridicule sur la croix de ,Iésus-Clirist trouvée par la mère de Constantin.

Malgré les divisions qui régnaient alors dans l'Église de Rome, le clergé et le peuple avaient encore voix délibérative aux élections. On choisit d'un consentement unanime Eusèbe, (jrec de nation et iils d'un médecin. Le tyran Maxence bannit le nouveau poutil'e en Sicile, où cet évèque mourut quelques mois après, dans l'année même de son élection, c'està-dire en 310.

Les prêtres affirment que sous le pontificat d'Eusèbe, Hélène, mère de Constantin, fit faire des fouilles à Jérusalem, et que cette princesse trouva la croix sur laquelle le Sauveur du monde avait souffert la passion; mais tous les historiens graves ont réfuté ce conte ridicule.

Les Actes des martyrs des premières années du quatrième siècle sont remplis des légendes miraculeuses de confesseurs et de saints souffrant le martyre, mais ce qui mérite d'être remarqué, c'est Funiformité des narrations : toujours il est question d'un chrétien résistant aux plus effroyables supplices, et finissant par être décapité ou livré aux bêtes : ensuite les païens veulent constamment anéantir le corps, et toujours les fidèles, par une protection particulière de Dieu, le retirent intact du feu ou de l'eau pour en faire des reliques.

On place à cette époque la persécution de Numérien Maxime, gouverneur de Tarse en Cilicie, et les légendaires s'étendent fort au long sur les supplices de Probus, de Théraque et d'Andronic. Les saints

confesseurs, disent-ils, après avoir été torturés par le fer et par le feu, furent amenés dans l'amphithéâtre, et on lâcha contre eux des tigres de Numidie ; ces animaux, qui étaient entrés dans l'arène les poils hérissés et la gueule béante, s'adoucirent à l'aspect des martyrs, et vinrent se coucher à leurs pieds. Maxime accusa l'ol'ficier chargé de la garde des bêtes d'avoir lâché des animaux repus, et lui fit administrer cent coups de lanières. Ensuite on démusela un ours qui avait déjà tué trois gladiateurs dans la matinée; lorsque l'animal fut près d'Andronic, il se coucha à ses pieds, comme avaient fait les tigres. Maxime le fit tuer, et il commanda qu'on lâchât une lionne que le pontife d'Antioche lui avait envoyée; quand elle parut dans l'amphithéâtre, ses rugissements firent trembler les spectateurs; d'un bond elle s'élança sur Théraque; mais une main invisible l'arrêta subitement; la lionne se baissa, parut se prosterner devant le saint et lui lécha les pieds; le chrétien prit la bête féroce par les oreilles et l'attira à lui comme un mouton. Maxime, rendu furieux, mit fin au triomphe des martyrs en les faisant décapiter. Les corps furent livrés aux flammes, et l'on plaça des gardes autour du bûcher pour empêcher que les chrétiens n'enlevassent les cendres. Pendant la nuit, les soldats sentirent la terre trembler, entendirent dans l'air des éclats de tonnerre, et s'enfuirent épouvantés. Les fidèles purent alors s'approcher du biicher et enlever les corps des saints, sur lesquels scintillaient des étoiles miraculeuses, dit la légende !

Élection de Melchiades - Schisme des donalistts.

sacrifié aux idoles.

DéLiaiiclies de Maxence. — Hypocrisie de Constantin. — Liberté des cultes. — Mort ce Maxence. — - Condamnation de Douât. — Le pape est accuté d'avoir livré aux païens les livres .saints, et d'avoir

Nous entrons maintenant dans une vaste carrière moins oJjscurcie que celle des siècles précédents ; et l'histoire éclairera de son sublime flambeau les crimes énormes et les débauches scandaleuses ([ue nous trouverons sur le trône des empereurs ou sur la chaire des papes.

Melchiades, le nouveau pontife, était Africain : sous son règne l'Église commença à jouir d'un peu de tranquillité. ' Maxence ne persécutait la religion que par intervalles, et seulement pour satisfaire ses passions déréglées ; alors il enlevait les fiUes et les femmes chrétiennes, qu'il faisait servir à ses infâmes jilaisirs. La conduite jdu tyran souleva l'indignation des fidèles; et Melchiades, pour délivrer Rome de ce monstre d'impuretés, écrivit à Constantin, qui s'était avancé à Trêves, de venir combattre Maxence.

Constantin s'était préparé depuis longtemps les moyens de monter sur le trône ; et sa politique l'avait rendu favorable au christianisme : il accéda aux prières de Melchiades, et son armée marcha vers Milan.

Le premier acte de sa puissance fut de rendre un édit en faveur de la religion ; mais en même temps il laissait aux païens le hbre exercice de leurs cérémonies, « parce que, disait-il, j'ai reconnu que les rehgions doivent être Hhres, et qu'il faut laisser à chacun le droit de servi'- Dieu de la manière qu'il juge à propos. » A cette époque, ceux qui faisaient jirofession de cathohcisme ignoraient encore qu'il lût permis de forcer les hommes à rendre à la Divi-

nité un culte contraire à leurs convictions : les papes sont les premiers qui aient rais en usage ces exécrables moyens et qui les employèrent dans les siècles suivants avec une odieuse tyrannie.

Constantin et Licinius, son collègue, s'approchèrent de Rome: Maxence, désespérant de les vaincre par la force, malgré les nombreuses troupes qu'il avait sous ses ordres, usa de stratagème; mais il tomba lui-même dans le piège qu'il leur avait tendu, et se noya dans le Tibre. Après la mort du tyran, Gonstamtin entra triomphant dans la ville, et les chrétiens célébrèrent par des réjouissances publiques la victoire éclatante qu'il venait de remporter.

Pour augmenter son pouvoir, le prince feignit de s'occuper avec zèle des besoins, des intérêts de l'ÊgHse, et se mêla à toutes les querelles religieuses. Les donatistes commençaient alors leur fameuse dispute, dont l'origine est très-curieuse : un prêtre, nommé Cécihen, avait été élu évêque de Garthage par les fidèles, mais un parti composé de diacres, qui avaient reçu en dépôt les vases de cette église pondant la persécution, s'opposèrent à son ordination ; ces prêtres indignes espi'r;iiit se iiaituger ces dépouilles opimes, avaient ék'V(' :mtrl i loilro autel.

Botrus et Calensius, irrités ili> n:iMiir pas été choisis pour occuper le siège, se joignirent à eux, et entraînèrent dans leur parti une dame d'une naissance illustre, nommée Lucilla. Les femmes donnent toujours une grande impulsion à tous les complots qui se forment dans l'Église ou dans l'État". Lucilla

AIELCHIADI'S.

Triomplie de Constanti:

était riche, belle, entourée de nombreux amis ; depuis longtemps sa conduite avait jeté le scandale dans l'Église ; cette femme voulait surtout se venger de Gécilien, qui lui avait reproché en pleine assemblée sa légèreté et ses vices.

Les trois partis réunis formèrent une faction puissante, qui se déclara contre Gécilien, et refusa de communiquer avec lui.

Soixante-et-dix évêques secondèrent leur coupable dessein : s'élant assemblés en concile à Garthage, ils condamnèrent Gécilien; parce qu'il avait refusé de comparaître devant eux pour se justifier ; parce

qu'il avait été ordonné par des traîtres; enfin pour avoir empêché les fidèles de porler de la nourriture aux martyrs qui étaient en prison, pendant la dernière persécution.

Après cette décision, les Pères regardant le siège de Garthage comme vacant, procédèrent à une nouvelle élection, et ordonnèrent un nommé Majorin, domestique de Lucilla, qui avait été lecteur dans la diaconie de Gécilien.

Telle fut l'origine du schisme des donatistes en Afrique : on leur donna ce nom à cause de Donat des Gases-Noires, et d'un autre Donat schismatiquo

plus fameux, qui succéda à Majorin dans le titre d'évêque de Garthage.

Les donatistes portèrent leurs plaintes à l'empereur, et le prièrent de faire chasser Cécilien de Garthage : mais le prince voulant rendre une décision équitable, ordonna à l'évèque et à ses adversaires de comparaître devant un concile pour être jugés.

Cécilien se rendit à Rome avec dix évêques de son parti ; Donat des Gases-Noires avec un nombre égal de prélats. Le synode s'assembla dans le palais de l'impératrice Fausta, nommé la maison de Latéran : les Pères déclarèrent Gécilien innocent, et approuvèrent son ordination. Donat des Cases-Noires fut seul condamné, comme auteur de tout le scandale de cette accusation, et convaincu de grands crimes par sa proj>re confession. On permit aux autres évêques de retourner dans leurs sièges, et ils furent

confirmés dans leurs dignités, quoiqu'ils eussent été ordonnés par le schismatique Majorin.

Le pape et les autres évêques rendirent compte à Constantin du jugement que le concile de Rome avait porté sur l'afl'aire des donatistes, en lui envoyant les actes de leurs assemblées.

Melchiades mourut, trois mois après, dans le cours de l'année 314.

Malgré la condamnation qu'ils avaient encourue, les donatistes persévérèrent dans leur schisme : ils eurent la hardiesse de se plaindre du concile de Rome, prétendant que les juges s'étaient laissé corrompre par Gécilien; et même du temps de saint Augustin, sous l'empereur Honorius, ils accusèrent le pape Melchiades d'avoir livré les saintes Écritures aux païens et d'avoir offert de l'encens aux idoles;

Hérésie d'Arius

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