BONIFACE I
Jt liOMFACE r
Scliisme clans l'fglise. — Eulal.us et Boiiiracc. — Les doux papss excilenl Jes rùvolies dans la ville sainte. — Symmaqii", préfet de Rome, favorise Eulalius. — L'empereur se déclare contie Boniface. — L'officier chargé désordres d'Honorius est maltraité par les factieux. — Lespartisans deBo .iface écrivent à l'empereur contre Eulalius. — Concile de Ravenne. — L'empereur nomme un troisième pape par intérim. — Témérité d'Eulalius. — Il rentre à Rome malgré la défense d'Honorius. — Il est chassé de la ville. — Boniface est rétabli pape. — Rescrit de l'empereur. — Élection des papes au cinquième siècle.— Sixième concile de Carthago. — Ambition des pontifes réprimée par Théodose. — Boniface mendie la protection d'Honorius. — Mort du pontife.
Après la mort du pape Zozime, Symmaquc, prcifct de Rome, harangua le peuple pour l'avertir qu'il devait laisser au clergé la liberté de l'élection; il menaça même les corps des métiers et les chefs des quartiers de châtiments terribles s'ils troublaient le repos de la ville.
Plusieurs prêtres se réunirent alors, selon la coutume, pour procéder à l'élection; mais avant que les funérailles de Zozime fussent achevées, l'archidiacre Eulalius résolut d'usurper la chaire pontificale, et à la tête de sa faction, il s'empara de l'église de Latran, dont il fit fermer toutes les entrées : son parti était composé des diacres, de plusieurs prêtres et d'une assez grande multitude de citoyens qui demeurèrent deux jours entiers dans la basilique pour attendie le moment solennel de l'ordination, c'est-à-dire le dimanche suivant. L'autre faction du clergé et du ])euple, assemblée dans l'église de Théodore, résolut d'élire Boniface, et envoya auprès d'Eulalius trois prêtres, pour lui ordonner de ne rien entreprendre sans la participation de la plus grande partie du clergé; mais les ambassadeurs furent maltraités et retenus prisonniers.
Eulalius, appuyé du crédit de Symmaque, se fit ordonner par l'évêque d'Ostie ; et Boniface reçut l'imposition des mains dans l'égHse de Saint-Marcel.
Le préfet Symmaquc écriTit à l'empereur Honorius,
qui se trouvait à Ravenne, pour l'instruire de ce qui se passait à Rome : il blâmait l'ékction de Boniface, et demandait ses ordres, afin qu'il pût faire exécuter son jugement ; il lui adressait en même temps des actes favorables à la cause d'Eulalius.
L'empereur, prévenu par la relation de Symmaque, se déclara pour Eulalius : par son rescrit, il engageait Boniface à sortir de Rome, ordonnant au préfet de le chasser s'il résistait, de faire arrêter les chefs de la sédition, et de punir les rebelles comme ils le méritaient.
Syramaqne envoya son secrétaire prévenir Boniface qu'il vînt le trouver, pour connaître la volonté de l'empereur : mais celui-ci, qui tenait son assemblée dans l'église de Saint-Paul, méprisa ces ordres, fit même frapper par le peuple l'officier que Symmaque avait envoyé, et entra dans la ville malgré le préfet et ses gens. Les troupes cependant parvinrent à dissiper le peuple qui accompagnait le pape, et à dégager leur chef, qui avait failli être tué dans la sédition : on rendit compte à l'empereur de tous ces désordres, et on accusa le pontife Boniface de les avoir excités.
Eulalius exerçait toujours les fonctions de l'épiscopat dans la partie de la ville qui favait reconnu pontife ; mais les prêtres partisans de Boniface écrilirent au prince pour l'indisposer contre Eulalius, lui affirmant qu'il avait été mal informé. Ils le
priaient de révoquer ses premiers ordres, de mander à sa cour l'antipape et ceux qui le soutenaient, promettant que Boniface s'y rendrait avec son clergé : ils le suppliaient en outre de faire chasser de Rome les fidèles et tous les prêtres qui refuseraient de se conformer à sa décision.
Honorius consentit à suspendre l'exécution de son premier rescrit, et fit signifier à Boniface et à Eulalius qu'ils eussent à se trouver à Ravenne,.sous peine de la déposition, accompagnés des prélats auteurs de l'une et de l'autre ordination.
Les évèques, convoqués à Ravenne, s'assemblèrent en concile, et remirent la décision de cette affaire au premier jour de mai, après la célébration des fêtes de Pâques. L'empereur défendit à Boniface et à Eulalius de rentrer à Rome sous aucun prétexte avant le jugement, et ordonna que les saints mystères seraient célébrés par Achilleus, évêque de Spolette, qui ne s'était déclaré pour aucun parti.
Eulalius, cédant à de mauvais conseils, rentra dans la ville à l'insu de Symmaque, et perdit par son imprudence ■ la place qu'il aurait pu disputer avec avantage. Honorius, qui lui était favorable, irrité de cette désobéissance, donna un rescrit en ces termes : « Puisque Eulalius est rentré dans Rome, au mépris des ordres qui défendaient aux deux prétendants d'approcher de la ville, il doit sortir à l'instant même de son église, pour ôler tout sujet de sédition; autrement nous le déclarons déchu de sa dignité : on ne recevra point pour excuse que le peuple le retient par force, car si quelqu'un des clercs communique avec lui, il sera puni de même, et les laïques seront bannis de nos Etats. Nous chargeons lévêque de Spolette de faire célébrer l'office pendant les saints jours de Pâques ; et pour cet effet, l'église de Latran sera ouverte à lui seul. »
Symmaque ayant reçu ce rescrit, le fit signifier le même jour à Eulalius ; celui-ci répondit qu'il en délibérerait, et ne voulut point sortir de Rome, malgré les instances de ses amis : le lendemain il assembla le peuple, s'empara de la basilique de Latran, où il baptisa et célébra la Pâque. Le préfet fut alors obligé de le faire chasser par les troupes, et mit des officiers pour garder l'église, afin qu'Achilleus de Spolette pût célébrer tranquillement la solennité. Eulalius fut arrêté, conduit en exil, et avec lui plusieurs clercs de son parti, qui excitaient de nouvelles séditions.
"L'empereur Honorius, instruit de tous ces désordres, déclara Eulalius exclu du saint-siége, et Boniface libre de retourner à Rome pour prendre le gouvernement de l'Église. Le sénat et le peuple témoignèrent une joie extrême de voir la fin de ces sanglantes querelles, et deux jours après, Boniface entra dans la ville comme en triomphe, au milieu des acclamations générales. La paix fut alors rendue à l'Église : et Eulalius ayant promis de renoncer à toutes ses prétentions, revint de son exil, et reçut en dédommagement l'évêché de Népi.
Boniface écrivit ensuite une lettre à l'empereur, pour le prier de faire rendre un édit qui pût empêcher à l'avenir les brigues et les cabales qui avaient lieu lors de la mort des papes, afin de s'emparer de l'évêché de Rome.
Honorius répondit aux vœux du saint-père par le rescrit suivant : « Si, contre nos vœux, votre sainteté venait à quitter la terre, que tout le monde sache qu'il faut s'abstenir des brigues pour être élevé à la papauté ; ainsi, lorsque deux ecclésiastiques seront ordonnés contre les règles, aucun des deux ne sera considéré comme évêque ; mais seulement celui dont l'élection aura été de nouveau confirmée par le consentement de tous. )) Ce qui nous démontre que l'évêquc de Rome devait être élu par le clergé, par le peuple réuni dans les églises, et consacré par un prélat, avec l'agrément de l'empereur. ,
Les légats que Zozime avait envoyés en Afrique pour l'afl'aire d'Apiarius avaient encore assisté au concile général tenu à Carthage, dans la salle de la basilique de Fauste, et dans lequel de nouveaux débats s'étaient engagés au sujet des canons falsifiés par le pape. Après la conclusion du synode , les légats revinrent à Rome et rendirent compte de l'outrage qui avait été fait au saint-siége. Boniface, furieux, résolut d'exterminer les pélagiens, et sollicita de l'empereur une constitution, dont il est fait mention dans une lettre qn'Honorius écrivit de Ravenne à l'évêque de Carthage. Elle porte « que pour réprimer l'opiniâtreté des évèques qui soutiennent encore la doctrine de Pelage, il est enjoint à. Aurélius de les avertir que ceux qui ne souscriraient pas à la condamnation seraient déposés de l'épiscopat, chassés des villes et excommuniés. » Aurélius, esclave soumis à la cour de Rome, s'empressa d'exécuter ces ordres, en menaçant les évèques de toute la colère du prince.
Mais Théodose, peu de temps après son mariage, fit une constitution contre l'autorité du pape, déclarant que les sièges dellllyrie n'étaient pas soumis aux jugements des évèques de Rome, et que les prélats de Constantinople jouissaient des mêmes privilèges que les pontifes romains. Le prince ordonnait également la tenue d'un concile à Corinthe pour examiner plusieurs contestations survenues entre les Églises. Boniface se plaignit de cette entreprise au patriarche de Constantinople, et lui écrivit : <> Si vous lisez les canons, vous verrez quel est le second et le troisième siège après l'Église romaine. Les grandes Églises d'Alexandrie et d'Antioche gardent leur autorité par les canons, et cependant elles ont recours à notre siège dans les affaires importantes, comme celles d'Athanase et de Flavien d'Antioche ; je vous défends donc devons assembler pour remettre en question l'ordination de Périgène ; si depuis son ordination il a commis des crimes, notre frère Rufus en prendra connaissance et nous en fera le rapport ; car nous seul avons le droit de juger... » Il recommande ensuite d'obéir à Rufus, et menace de l'excommunication ceux qui se rendraient au concile.
Boniface envoya aussi une députation à l'empereur pour le prier de soutenir les anciens privilèges de l'Église romaine. Honorius écrivit alors à Théodose, C[ui lui répondit : « que les anciens privilèges de l'Église romaine seraient observés selon les canons, et qu'il avait chargé les préfets du prétoire de les faire exécuter. »
Dans le cours de cette même année, le saint-père réprima dans les Gaules les prétentions de Patrocle
ISONIFAGE r
d'Arles, qui avait ordonné à Lodève, hors de sa province, un évêque qui n'était demandé ni par le clergé ni par le peuple de la ville.
Enfin le pape Boniface mourut dans le mois d'octobre de l'année 423, et fut enterré dans le cimetière de Sainte-Félicité, sur le chemin du Sel.
Saint Siméon le StyKte, qui vivait sous le pontificat de Boniface I", avait établi sa demeure sur le sommet d'une colonne haute de quarante coudées, sur laquelle il vécut pendant trente années. Ce fanatique était né à Sisan, ville située sur les confins de la Cilicie et de la Syrie : il était d'abord entré dans un monastère grec par les conseils d'un prêtre, et il s'en fit bientôt chasser par l'abbé, qui le crut insensé, à cause des macérations cruelles et des abstinences inouïes auxquelles il se condamnait. A sa sortie du monastère, il se retira dans une grotte au pied du mont Télenisse, où il résolut d'imiter Jésus-Christ, en passant le Carême sans prendre de nourriture. Un pieu.\ cénobite du voisinage, auquel il avait fait part de ses intentions, voulut l'eu dissuader; Siméon se fâcha, et lui défendit de venir le visiter pendant cet intervalle. Le pauvre moine ne doutant plus qu'il eût perdu l'esprit, lui laissa dix pains et une cruche pleine d'eau, et ne vint à la grotte qu'après les quarante jours écoulés. Son étonnement fut grand de trouver les provisions intactes, et le fanatique Siméon étendu sur le sol et ne donnant aucun signe de vie : il lui fît prendre aussitôt quelques gouttes d'eau et lui donna l'Eucharistie. A l'instant même, dit la légende, Siméon se leva plein de force, et parut rassasié comme s'il eût passé le Carême au milieu des festins. Depuis cette époque il continua
les mêmes abstinences, et du haut de sa colonne il prêcha pendant trente années, exhortant les fidèles à suivre son exemple. Ses prédications et la singularité de son sacrifice eurent malheureusement assez d'influence pour exalter l'imagination des dévots cl pour lui susciter des imitateurs. Le plus illustre d'entre eux fut Siméon II, qui monta sur sa colonne à l'âge de cinq ans et y demeura soixante-huit années, sans jamais en descendre. Il était disciple du premier Siméon, qui l'avait pris en affection, parce qu'étant encore au couvent, il l'avait aperçu revenant de la forêt et menant en laisse un jeune léopard que l'enfant avait pris pour un chat.
Le successeur de Siméon accomplit un nombre prodigieux de miracles, au rapport des Bollandistes : une mère ayant perdu sa petite fille dans les bois, le saint envoya à sa recherche un lièvre qui ramena l'enfant égaré; un paysan l'ayant supplié de guérir sa femme qui avait un cancer à la poitrine, le solitaire lui ordonna de lui couper le sein en prononçant son nom; et la femme guérit miraculeusement, comme Siméon l'avait annoncé.
L'exaltation des fidèles était alors poussée si loin pour les macérations, que l'on vit des fanatiques se faire enterrer dans des fosses, ne conservant que la tête en dehors, et attendant la mort dans cette posi- ] tion ; d'autres faisaient vœu de ne plus porter de vêtements ; ils restaient entièrement nus exposés aux feux du soleil et aux rigueurs de l'hiver : hommes et femmes broutaient l'herbe comme des bêtes, et se couchaient le soir pêle-mêle dans des grottes en forme d'étables, pour s'exercer à combattre tous les genres de tentations!
Eulalius refuse le siège [ ontificnl. — Election de Télestin. — Accusations contre Antoine, évêque de Fussale. — Les évêques d'Afrique le déposent à cause de ses crimes. — Le pape le rétablit. — Célestin condamne les costumes des évèques. — .Nestorius. — Il est calomnié par saint Cyrille et par Évagre. — Concile àRome. — Miracle de saint Germain d Auxerre. — Concile d'Ephèse. — Nestorius est injustement condamné. — Éloge de Nestorius. — Nouvelle condamnation des pélagiens. — Célestin maintient la doctrine de saint Augustin. — .Mort du pape. — Son caractùre. — !1 persécute les novaliens. — E.vtorsions des prêtres.
Après la mort de Boniface I", plusieurs membres du clergé voulurent rappeler Eulalius, qui lui avait disputé autrefois le siège pontifical ; mais ce prêtre, devenu philosophe, refusa la tiare et demeura dans sa retraite, en Campanie, où il vécut encore une année. La chaire de saint Pierre resta vacante neuf jours, et on élut sans contestation Célestin, Romain de naissance, fils de Priscus.
A peine élevé sur le siège pontifical, la fâcheuse aflaire des appellations d"outre-iner, fécueil de l'humihté des papes, fut renouvelée par les appels du prêtre Apiarius et de l'évèque Antoine de Fussale. Ce dernier était un jeune homme que saint Augustin avait élevé dans son monastère ; il n'avait encore que le degré de lecteur lorsque son protecteur lui fit imposer les mains et l'établit évêque de Fussale, petite ville à l'e.xtrémité du diocèse d'Hippone. Antoine fut reçu par les fidèles avec une entière soumission; mais bientôt ses désordres et les scandales de sa conduite furent si grands, que le peuple se révolta contre son autorité.
Un concile d'évêques s'assembla pour le juger : les Fussaliens l'accusèrent de pillages, d'exactions, de débauches, et fournirent les preuves de leurs accusations. Les Pères ne pouvant refuser une condamnation, et désirant se montrer indulgents pour le
protégé de saint Augustin, lui laissèrent le titre d'évêque en lui ôtant la conduite de son évêché.
Antoine, enhardi par la faiblesse du synode, présenta une requête au pape, par laquelle il demandait à être rétabli dans son Eglise, soutenant qu'il n'avait pas dû en être privé, ou qu'il fallait aussi le déposer de l'épiscopat. Célestin écrivit aux prélats d'Afrique en faveur du jeune évêque, mais en exprimant qu'il demandait son rétablissement dans le cas oti il lui aurait exposé le récit des faits avec fidélité. Antoine, fort du jugement de l'évèque de Rome, menaçait de le faire exécuter par la puissance sécuhère ou à main armée; alors saint Augustin, pour éviter les effets de l'indignation générale, se détermina à envoyer à Célestin tous les actes du procès, en le priant d'interposer son autorité pour empêcher des manifestations violentes.
La lettre de saint Augustin est écrite dans le temps où les évêques d'Afrique montraient de la déférence encore pour les appellations de Rome : mais quand ils eurent pris une entière connaissance des canons de Nicée, ils déclarèrent qu'ils ne voulaient plus souffiir les appellations d'oulre-mer, et l'affaire d'Antoine de Fussale l'ut terminée à la honte du pape.
Célestin voulut également rétablir Apiarius, et le renvoya en Afrique avec l'évèque Faustin. A son ar-
rivée les prélats africains assemblèrent un nouveau concile oiî présidait Aurélius de Carthage : on examina l'affaire d'Apiarius, et il fut convaincu de si grands crimes, que Faustin lui-même n'osant pas le défendre, se renferma dans l'office d'avocat du saintsiége, et s'opposa au concile, sous prétexte qu'on empiétait sur les privilèges de l'Église de Rome. Enfin il déclara aux Pères qu'ils devaient recevoir à leur communion le prêtre Apiarius, sans examen et seulement parce que le pape l'avait rétabli.
Après trois jours de contestations, le coupable, pressé par les remords de sa conscience, confessa tous les crimes dont il était accusé ; crimes infâmes qui soulevèrent l'indignation générale et aggravèrent l'excommunication. Alors les Pères du concile demandèrent ironiquement à Faustin, où se trouvait l'Esprit saint qui inspire les papes, lorsque Célestin avait donné sa communion à un si grand coupable ; et ils lui ordonnèrent d'écrire au pontife qu'ils lui défendaient de recevoir ceux qu'ils auraient excommuniés.
Célestin voyant son autorité repoussée en Afrique, se retourna vers l'Occident ; il envoya ])lusieurs lettres décrétales aux prélats des provinces de Vienne et de Narbonne, pour corriger les abus. Dans une lettre assez remarquable, il comdamne les évèques qui portaient des habits particuliers et se distinguaient des autres fidèles par un manteau et une ceinture : « Vous devez vous distinguer du peuple, écrivait-il, non par l'habit, mais par la doctrine et par la pureté des mœurs ; les prêtres ne doivent pas chercher à imposer aux yeux des simples, mais ils doivent éclairer les esprits. »
Quelle eût été son indignation s'il eût prévu qu'un jour la terre serait couverte de moines bigarrés de blanc et de noir; de carmes ridiculement vêtus, chaussés ou déchaussés ; de dominicains, la tête rasée ou portant les cheveux longs, et tous distingués selon la marque particulière de leur ordre !
Le second abus condamné par le pape est la couume de refuser la pénitence aux mourants ; le troisième est l'usage d'ordonner évèques de simples laïques qui n'avaient pas rempli les divers degrés de la cléricature. « Vous ne vous contentez pas d'ordonner des laïques, ajoute-t-il, mais il arrive même que vous choisissez pour évèques des personnes accusées de crimes : ainsi, le moine Daniel, après avoir été supérieur d'un couvent de filles en Orient, est venu se retirer dans les Gaules; nous vous avons prévenus que les religieuses l'avaient accusé de crimes infâmes, de débauches odieuses ; nous avons envoyé toutes ces informations à l'évêque d'Arles, pour citer Daniel à son concile, et dans le même temps vous l'ordonniez évêque! »
Vers la fin de cette année, le célèbre Nestorius commençait à répandre ses doctrines. Évagre parle de lui avec l'aigreur et la maiivaise foi que le fanatisrne ne manque jamais d'inspirer aux esclaves de la cour romaine. « Cette langue ennemie de Dieu, écrit-il, forge des blasphèmes, vend une seconde fois Jésus-Christ, divise le corps du Sauveur et le déchire. Nestorius refuse à la sainte Vierge le nom de mère de Dieu, cjuoique le Saint-Esprit lui ait consacré ce titre par les conciles et par les saints Pères ! Il l'ap-
pelle seulement mère du Christ, et cet outrage
remplit de consternation tous les cœurs des fidèles
Anastase, son disciple, ce prêtre hérétique, devenu le défenseur opiniâtre des erreurs de son maître, veut nous faire revenir au judaïsme. Il ne crahit point de profaner le temple du Seigneur; et dans la basilique de Gonstantinople, en présence de tout le peuple, il ose enseigner cette doctrine impie : « Que « personne n'appelle Marie mère de Dieu; car Marie « était une femme, et il est impossible qu'un Dieu « naisse d'une femme. »
« En entendant ces paroles abominables, les fidèles scandalisés murmurèrent contre le prêtre sacrilège ; mais le patriarche Nestorius, premier auteur du blasphème, se leva pour l'autoriser au lieu de le condamner; et enchérissant sur l'impiété de son disciple, il fut assez malheureux pour oser dire : « Je me « garderais bien d'appeler Dieu un enfant de deux « ou trois mois ! »
Le pape, instruit par saint Cyrille des progrès rapides que faisait la nouvelle hérésie, assembla un concile à Rome pour examiner les écrits de Nestorius. Le patriarche deConstantinople fut condamné, et Cyrille chargé de l'exécution du jugement.
Célestin envoya ensuite dans la Grande-Bretagne saint Germain, évêque d'Auxerre, pour résister à Agricola, fils d'un évêque pélagien qui répandait de fausses doctrines sur la grâce; saint Loup, évêque de Troyes, fut également nommé ambassadeur par un concile nombreux qui s'assembla dans la Gaule.
Pendant leur voyage les deux prélats opérèrent, par la vertu de l'esprit de Dieu, un nombre prodigieux de miracles : nous nous bornerons à raconter le plus remarquable.
Quand ils entrèrent en coni"érence avec les hérétiques, un philosophe du temps s'avisa d'un expédient singulier pour terminer les disputes; il leur présenta une fille aveugle à guérir. La proposition parut captieuse, et les deux partis refusèrent l'épreuve : mais saint Germain, se souvenant qu'il était muni de précieuses reliques, accepta le défi, appliqua son talisman sur les yeux de la malade et lui rendit la vue; à l'instant même les pélagieus, éclairés par une inspiration céleste, abjurèrent l'erreur qu'ils défendaient!!!
Pendant que les pélagiens se convertissaient dans la Grande-Bretagne, saint Cyrille, pour exécuter les ordres du pontife en Orient, assemblait un concile général. Dès qu'on eut célébré la fête de Pâques, les évèques des diverses provinces de l'empire se rendirent à Êphèse ; les partis s'animèrent dans les discussions, les Pères s'injurièrent entre eux, et au milieu du désordre et de la confusion, Nestorius fut déposé par les évèques qui adhéraient à saint Cyrille. Celui ci, à son tour, fut excommunié par les prélats qui adhéraient è Jean d'An ioche. Jamais un jugement n'avait été aussi précipité ni plus suspect que celui qui fut rendu dans le concile d'Éphèse contre Nestorius ; on employa une seule séance pour examiner ses écrits et ceux de ses adversaires; et celui qui présidait l'assemblée, saint Cyrille, l'ennemi déclaré du patriarche, avait ouvert le concile sans attendre même les légats du pape.
Mais la po-térité a justifié Nestorius des accu-