‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 41 sur 125 · CÈLE ST IN I · texte numérisé non relu

CÈLE ST IN I

salions dont il a été cliargé par saint Cyrille et par le calomniateur Évagre ; car il est démontré que le sens qu'il attribuait à l'épithète de mère de Dieu était raisonnable et orthodoxe. Ainsi le prétendu hérétique subit une injuste condamnation.

Cyrille, qui avait été le persécuteur, fut rétabli sur sou siège par l'empereur, et dans la suite des siècles on l'a honoré comme un grand saint ; Nestorius, au contraire, victime de la haine de ses ennemis, resta toute sa vie exposé à leurs persécutions, et sa mémoire est encore en exécration dans les écrits des prêtres ignorants. Néanmoins les doctrines de Nestorius ont traversé glorieusement quinze siècles, et malgré les persécutions dont ils ont été l'objet, ses sectateurs, sous le nom de Chaldéens, habitent encore la Syrie, la Chaldée, la Perse et la côte de Malabar, et ont conservé leur symbole, qui ne diffère de celui de la grande Eglise grec((ue que par la croyance au dogme des deux natures distinctes et séparées en Jésus-Christ. Les nestoriens de la côte de Malabar sont connus plus particulièrement sous le nom de chrétiens de Marc Thomé, qualification qu'ils tirent du nom de l'apôtre qui avait converti leurs ancêtres. Les catholiques ont %'oulu s'attribuer le mérite de ces conversions, et ont changé le nom de ce missionnaire en celui de saint Thomas, qui, suivant eux, a été dans les Indes pour y prêcher la foi; mais il est historiquement prouvé que Thomé s'enfuit de Constantinople avec plusieurs de ses coreligionnaires, pour échapper à la persécution de l'empereur Théodose, l'ennemi du nestorianisme, et qu'il s'enfonça dans ces contrées.

Dès le sixième siècle, la colonie chrétienne qu'il avait formée était devenue si importante, que les chroniques du Malabaren font mention. Ces Chaldéens rejettent la croyance de la nature divine du Christ; par conséquent ils n'appellent pas Marie mère de Dieu et font procéder le Saint-Esprit du Père seul; ils n'ont que trois sacrements, le Baptême, l'Eucharistie et l'Ordre, et ne placent dans leurs temples aucune image, excepté celle de la croix ; leurs prêtres peuvent se marier, et dans leurs cérémonies ils se servent encore de la langue chaldéenne ou syriaque.

Aux yeux des catholiques le tort principal de Nestorius fut de s'être exprimé dans le cincpiième siècle de la même manière que l'avaient fait plusieurs Pères l'Éghse au quatrième. En effet, Minutius Félix avait dit en parlant du Christ : « Les dieux ne naissent ni ne meurent; naître et mourir est le lot des hommes. » Et Lactance s'était écrié en parlant de Jésus-Christ : «Peut-on raisonnablement se figurer que celui qui a été chassé , qui a péri , qui s'est caché, soit véritablement un dieu? il faut être fou pour le croire ! » Fort de ces témo gnages, Nestorius niait conséquemment la divinité du Christ, sans s'inquiéter de ces paroles de Tertullien : « Il est en délire, nous dit-on, celui qui affirme que Jésus né et crucifié soit Diev..' Eh bien, voilà précisément pourquoi nous croyons au Christ. Nous savons qu'il est contraire à la raison humaine, qu'il est honteux même qu'un Dieu ait consenti à se revêtir de chair; qu'il se soit laissé circoncire et crucifier ! Cependant on ne peut être réellement sage qu'en acceptant avec résignation les divagations des hommes, c'est-à-dire en croyant aux folies d'un Dieu! »

Après la condamnation de Nestorius, les ambassadeurs de Célestin arrivèrent à Éphèse, et souscrivirent sans examen aux décrets du concile. Les pélagiens furent excommuniés dans la même assemblée : ces infortunés, dont l'hérésie sur la grâce n'était pas plus réelle que les sentiments impies qu'on attribuait à Neslorius sur l'incarnation, devinrent l'objet de la haine publique. Prosper fit l'éjîitaphe du pélagianisme et du nestorianisme, les comparant à deux femmes idolâtres, la mère et la fille, qui seraient enseveHes dans le même tombeau: ce triomphe n'était qu'une illusion de l'orgueil; car les deux sectes, que le concile d'Ephèse croyait terrassées du même coup, ont multiplié à l'infini, ont traversé les siècles, et sulisistent encore de nos jours.

Vers la fin de cette malheureuse année 431, le pape écrivit aux évêques de la Gaule pour la défense de saint Augustin, dont la doctrine était attaquée par des prêtres de leurs diocèses; et il leur adresse de sévères reproches sur leur négligence à réprimer ce scandale. En quels termes aurait-il donc exprimé son indignation, si, par un esprit prophétique, il eût pu prévoir qu'un de ses successeurs rejetterait un jour comme impie et sacrilège cette doctrine de sain Augustin !

La lettre du pontife sur la grâce renferme neuf articles oiî le jansénisme se montre dans toute sa pureté et sans équivoque; de manière que si la bulle Unigenitus avait un eft'et rétroactif, le pape Célestin se trouverait dans les cieux excommunié par Clément XI.

L'année 432 fut marquée par la mort de saint Pallade, que le pape avait envoyé en Ecosse et en Irlande pour la mission apostolique de saint Patrice, et pour prêcher la foi de Jésus-Christ Cet apôtre introduisit l'usage des lettres chez les Irlandais, qui n'avaient auparavant d'autre littérature que des vers rimes, composés par leurs bardes et contenant leur histoire.

Célestin mourut le 6 avril 432, après avoir gouverné l'Église de Rome pendant huit ans ; il fut enterré dans le cimetière de Priscille.

Ce pape écrivait dune manière pressante et serrée ; mais son style est sententieux et embarrassé. On lui reproche d'avoir été ambitieux et fanatique, défauts ordinaires à ceux qui ont occupé le prétendu siège de saint Pierre. 11 persécuta les novatiens, leur enleva plusieurs èghses, et obligea Rusticulus, leur évêque, à tenir ses assemblées dans une maison particulière. Cette secte, étabhe dans Rome depuis un grand nombre d'années, s'était attiré le respect du peuple par une morale sainte et des mœurs réguKères ; elle possédait de magnifiques églises oi!i se rassemblaient une multitude de fidèles : malheureusement pour les novatiens, leur prospérité excita enfin la haine jalouse des papes, qui commençaient à usurper une autorité trop absolue; ils ne leur permirent plus des assemblées publiques, et tout en louant la pureté de leur foi, ils les privèrent de leurs lichesses. Les patriarches de Constantinople n'imitèrent pas les évêques de Rome dans leurs persécutions contre les novatiens ; ils témoignèrent au contraire un grand respect pour leurs doctrines, et permirent leurs réunions dans la capitale de l'empire.

Fanatisme de Sixte avant son pontificat. — Il persécute les hérétiques. — L'empereur termine les querelles de Cyrille et de Jean li Antiùche. — Le pape est accusé d'avoir violé une vierge sacrée et d'avoir commis un inceste. — Sixte l'ait empoisonner son accusateur. — Il ensevelit lui-même le cadavre pour dérober ce crime horrible à la justice des hommes. — Ambition des papes. — Mort (le Sixte.— Il donne aux églises de grandes richesses, arrachées aux malheureux peuples.

Si.xte, troisième pape de ce nom, était Italiendenais sance et prêtre de l'Église de Rome. Sous le pontificat de Zozime, il avait poursuivi avec acharnement les malheureux pélagiens, et par son fanatisme il avait mérité le titre de soutien de la foi.

Api-ès son avènement au siège pontifical, Sixte III, qui unissait l'hypocrisie à l'intolérance, écrivit à saint Cyrille de ménager Jean d'Antioche, dont le parti puissant s'opposait avec vigueur aux décrets du concile d'Éphèse. Ce prélat venait en effiît d'assembler à Tarse un nouveau synode dans lequel les Pères avaient déposé saint Cyrille, Arcade, le légat du pape, et les autres prélats qui s'étaient rendus à Gonstantinople pour l'ordination de Maximien. L'évèque d'Alexandrie, se conformant aux volontés du pape, entreprit des démarches de conciliation ; mais elles ne purent calmer l'indignation de Jean d'Antioche, qui, aussitôt arrivé dans sa métropole, tint un deuxième synode où toutes les dépositions décrétées dans le premier furent confirmées. Les Oiientaux écrivirent ensuite à Théodose pour lui déclarer qu'ils détestaient les doctrines de saint Cyrille, et pour le prier de ne point souffrir qu'elles fussent enseignées dans les Églises de l'empire.

Le prince, fatigué des plaintes qu'il recevait des deux partis, et craignant que le schisme dont l'Église était menacée ne troublât la tranquilité publique, voulut réconciher Jean d'Antioche et saint Cyrille : il flatta l'ambition et l'orgueil de ces deux prélats,

et termina leurs disputes à la satisfaction de tous les ennemis du malheureux Nestorius. L'illustre vieillard conserva cependant quelques amis qui condamnèrent hautement la trahison de Jean d'.\ntioche.

Ce triomphe de Sixte III ne fut pas de longue durée ; bientôt il fut accusé lui-même par Bassus, prêtre recommandable et d'une naissance distinguée, d'avoir commis un inceste et de s'être introduit dans un couvent pour violer une religieuse nommée Chrysogonie; l'accusation devenue publique devint atroce; et elle causa un si grand scandale, que Valentinien, empereur d'Occident, fut obligé d'ordonner la convocation d'un concile où s'assemblèrent cinquante-six évêques afin d'examiner la conduite du pape. L'or du saint-père corrompit les juges, et l'assemblée déclara que les crimes n'ayant pu être établis par des preuves matérielles, le calomniateur devait être condamné ; en conséquence de ce jugement, l'empereur et l'impératrice Placidie sa mère proscrivirent Bassus et confisquèrent tous ses biens au profit de l'Église.

Trois mois après la sentence, le prêtre mourut empoisonné ! . . . Les historiens ajoutent que le pontife, se couvrant du voile hypocrite de la religion, l'assista lui-même pendant sa maladie, lui fit administrer le saint viatique, et voulut l'enses'elir de ses mains après sa mort, pour cacher l'horrible cadavre défiguré par le poison. Les prêtres affirment au contraire que fcixte sortit de cette' aceusatiou pur comme l'or de

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