‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 8 sur 125 · PREMIER ÉVÉQUE DE ROME · texte numérisé non relu

PREMIER ÉVÉQUE DE ROME

{Tibère. Claude, Caligula, Néron, Empereurs)

Naissance du Christ. — ."^aint-Pierre chef des apôtres et premier évêque de Rome. — Il devient disciple de Jésus-Christ. — Pêche miraculeuse. — H marche sur l'eau. — Caractère de saint Pierre. — Châliment d'Ananias et de Sjphira. — 11 fonde l'église d'Antioche. — Agrippa persécute les chrétiens. — Saint Pierre n'a jamais été à Rome. — Faussetés des légendaires. Le miracle du don des langues controuvé par saint Marc l'évangéliste. — Impiétés de Simon le Magicien. — Prétendu combat entre lui et saint Pierre. — Il est porté par le diable. — Concile de Jérusalem. — Erreur de saint Pierre. — 11 est réprimandé par saint Paul. — Ses voyages. — Martyre de saint Pierre établi par des traditions mensongères. — Secte des nicolaïtes, leurs habitudes de sodomie.

Dans une petite ville de Judée naquit le Christ ; pauvre et abandonné, une étable fut sa demeure, une crèche son berceau.

L'enfant grandit en science : la sagesse divine de ses paroles étendit son nom dans la Judée, et Jésus devint l'apôtre du peuple.

Une foule innombrable venait entendre les vérilés éternelles, l'enseignement de la philosophie, et se convertissait à la doctrine nouvelle.

Les princes de la Judée poursuivirent avec fureur ce glorieux apôtre, qui s'élevait contre les vices et la corruption du siècle, contre l'orgueil des grands, les débauches et l'avarice des prêtres. L'homme-Dieu fut saisi par des satellites féroces, condamné aux humiliations, et attaché sur une croix comme un criminel infâme

Mais ses préceptes, conservés par ses disciples, ont traversé les siècles et les révolutions; sa morale sublime s'est répandue dans tout l'univers, et le Christ est devenu le Dieu des nations.

Le premier des apôtres de Jésus fut Simon Pierre, et son histoire commence la succession des évêques de Rome

Simon était né à Bethsa'ide, petite ville de la Galilée, sur les bords du lac de Génésareth. Pêcheur de profession, les produits de son travail nourrissaient sa famille. 11 avait un frère nommé André, qui, s'étant fait disciple de saint Jean Baptiste, entendit faire par son maître l'éloge de Jésus de Nazareth : il apprit de lui que cet homme extraordinaire était le Messie, prédit par les prophètes, et attendu depuis si longtemps par la nation judaïaue.

André communiqua cette grande nouvelle à Simon son frère, et se rendit avec lui auprès de Jésus. Ils furent reçus avec tendresse; et le Glirist, regardant Simon, lui donna le surnom de Keplia, qui en langue syriaque signifie pierre ou rocher.

Les deu.x frères passèrent le reste de la journée auprès de Sauveur et devinrent ses disciples. On croit même qu'ils se trouvèrent avec lui aux noces de Cana.

Quelques mois après, Jésus, revenant de Jérusalem, les rencontra sur le iiord du lac de (iénésareth, où ils lavaient leurs filets. Il monta dans leur harque et dit à Simon de jeter ses filets dans la mer.

Celui-ci objecta qu'ils avaient inutilement travaillé toute la nuit, mais il fit pourtant ce qui lui était ordonné, et ses filets se remplirent d'une quantité si prodigieuse de poissons, que deux barques en furent chargées. Simon, que nous appellerons Pierre, surpris de ce miracle, se jeta aux pieds du Messie, le priant de s'éloigner de lui parce qu'il était pécheur: son humilité le rendit encore plus agréable à Jésus, qui lui donna le premier rang parmi ses disciples.

Un jour que les apôtres traversaient le lac de Tibériade, ils virent Jésus, qu'ils avaient laissé sur le rivage, venir à eux et marchant sur les flots. Surpris de ce prodige, ils le prirent pour un fantôme, et Pierre lui cria : « Seigneur, si c'est vous, « commandez que j'aille à vous en marchant sur « les eaux. » Le Christ répondit: « Venez. » A ce mot, Pierre se jeta hors de la barque, et marchait sur les eaux comme il aurait fait sur la terre. Mais sa foi n'étant pas assez forte, il commença bientôt à enfoncer, et se serait noyé s'il n'eût appelé son maître.

Le Sauveur, le prenant par la main, lui dit: u homme de peu de foi , pourquoi avez-vous douté? »

Saint Pierre témoigna dans la suite le zèle le plus ardent pour son maître. Jésus, voyant que plusieurs de ses disciples, rebutés de la sévérité de sa morale, l'avaient abandonné, s'adressa aux douze apôtres :

« Et vous, ne voulez-vous p^int aussi me quit- « ter"? » Pierre répondit sans i^ésiter et au nom de tous: « A qui irions-nous, Seigneur? vous avez les «r paroles de la vie éternelle ; nous croyons et nous » savons que vous êtes le Messie, Fils de Dieu. » Dans une autre occasion, Jésus demandant à ses apôtres ce qu'ils pensaient de lui, Pierre fut encore le premier à répondre : « Vous êtes le Verbe, Fils du Dieu vivant. » Le Sauveur lui dit : « \'ous êtes ■ bienheureux, Simon, fils de Jean, parce que ce << n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé o ceci, mais mon père qui est dans les cieux. Et " moi, je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur <■ cette pierre je bâtirai mon Eglise : et les portes <■ de l'enfer ne prévaudront point contre elle; et je « vous donnerai les clés du royaume des cieux, et <■ tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans « les cieux ; et tout ce que vous délierez sur la terre K sera délié dans les cieux. »

Cette réponse de Jésus-Christ à saint Pierre a

fait naître trois difficultés sur lesquelles les théologiens disputent depuis longtemps.

La première est fondée sur ces paroles: « Vous « êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon « Eglise. »

La seconde est venue de cette promesse du Sauveur, qui dit en parlant de son Église : « Les portes | « de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Les ultramontains prétendent ([ue ces paroles assurent au pape le privilège de l'infaillibilité.

Les protestants soutiennent, au contraire, que l'Église, qui choisit toujours son chef parmi les hommes sujets à Terreur et au mensonge, ne peut revendiquer pour son pontife la sagesse divine qui ne se trompe jamais.

Enfin, la troisième s'élève sur le pouvoir que s'attribuent les prêtres d'absoudre les pécheurs.

Les protestants ne reconnaissent qu'à Dieu seul la puissance d'absoudre les hommes de leurs fautes, et regardent comme un abus intolérable les indulgences accordées par les évoques de Rome.

Tel est l'état des trois questions agitées entre les catholiques et les protestants.

Après la glorieuse profession de foi de saint Pierre et les promesses sublimes faites à cet apôtre, Jésus prévint ses disciples qu'il devait soutïrir la mort à Jérusalem. Pierre lui représenta que le Fils de Dieu ne pouvait pas mourir, et le Seigneur, qui venait de le déclarer bienheureux, l'appela Satan, lui imposa silence et le fit marcher derrière les apôtres. Cette mortification est la seule punition qui lui fut infligée, et elle ne lui fit rien perdre de la faveur du i maître, qui le choisit pour être témoin de sa transfiguration.

La veille du jour où Jésus devait souffrir la mort, Pierre et Jean préparèrent la pâque. Le Sauveur se mettant en devoir de laver les pieds à ses disciples, le chef des apôtres se refusa à l'acte d'humilité de son maître ; mais sa résistance cessa dès que le Messie lui eut déclaré qu'il ne pourrait avoir part au royaume des cieux s'il ne consentait point à recevoir cette ablution. Alors Pierre préseta à Jésus non-seulement ses pieds, mais encore ses mains et sa tête.

Dans ce dernier repas, le Sauveur dit à Pierre que le démon avait demandé à le tenter, mais qu'il avait prié son Père afin que sa foi ne défaillit point. La pâque étant faite, Jésus sortit; et Pierre lui demandant où il voulait aller : « Je vais, lui dit le Sei- « gneur, où vous ne pouvez me suivre. » Mais Pierre répondit: « Seigneur, je suis prêt à aller avec vous, 0 en prison et à la mort même.

Résolution généreuse dans laquelle il ne persévéra pas longtemps; car s'il eut assez de courage pour couper l'oreille à Malchus, domestique du grand prêtre Caïphe, il eut aussi la lâcheté de renier son maître jusqu'à trois fois devant une servante qui lui demandait s'il n'était pas aussi un des disciples de Jésus Bientôt il effaça cette marque de faiblesse par la sincérité de son repentir et par l'abondance de ses larmes, et il devini ensuite le plus zélé pré dicateur de la foi chrétienne.

Les membres de la nouvelle Église n'avaient alors qu'un cœur et qu'une âme : tous leurs biens étaient

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