‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 9 sur 125 · SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE

communs. Ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, et en remettaient l'argent aux apôtres pour le distribuer aux pauvres. Il arriva qu'un nommé Ananias, de concert avec Saphira, sa femme,, ayant vendu un héritage , retint une' partie du prLx et apporta le reste aux apôtres. Mais Pierre, éclairé par l'esprit divin , leur reprocha leur faute , et ils tombèrent frappés de mort.

Il serait difficile de déterminer l'année de la foudation de l'église d'Antioche : cependant, il est incontestable que saint Pierre établit une espèce de résidence en cette ville , dont il a toujours été regardé comme le premier évêque.

Après avoir prêché quelque temps à Autioche , il revint à Jérusalem à l'époque où la famine prédite par le prophète Agab commençait à affliger le pays. Alors Hérode Agrippa, voulant se concilier l'afl'ection des Juifs en affectant un grand zèle pour leur loi , suscita contre l'Eglise une seconde persécution, plus terrible que celle qui avait suivi le martyre d'Etienne.

Saint Jacques, frère de Jean l'évaugéliste, fut une des premières victimes. Pierre lui-même fut jeté en prison et condamné à subir le dernier supplice : mais un ange du Seigneur ouvrit les portes de son cachot, brisa ses chaînes et le mit en hberté. Depuis cet événement jus([u'au concile de Jérusalem, qui se tint sept ans après, l'Écriture garde un profond silence sur toutes les actions de saint Pierre. Peutêtre s'occupa-t-il à revoir les églises qu'il avait fondées en Asie et à confirmer les fidèles dans la foi nouvelle.

On suppose qu'il vint ensuite à Rome pour coip- Lattre l'idolâtrie, et les orthodoxes placent son premier voyage vers l'an 48 de Jésus-Christ. D'autres prétendent fixer ce temps célèbre à la première année de l'empereur Claude , ou au commencement du règne de Néron. Avant de vouloir disputer sur l'époque, il serait nécessaire de prouver la réalité de ce voyage : il n'en est pas question dans le Nouveau Testament; et si l'on allègue les Écritures contre les protestants , ils répondront que ce ne serait pas la première erreur qu'elles auraient autorisée.

Enfin, les variations que l'on trouve dans la chronologie des divers auteurs qui ont parlé de ce voyage font naître de grands doutes.

Nous sommes forcés d'admettre les raisons des protestants qui combattent avec opiniâtreté l'existence du voyage de saint Pierre à Rome. Ils contestent aussi au pape une primauté de juridiction sur ses collègues, et s'appuient sur les paroles de Jésus- Christ à ses apôtres : « Que celui qui veut être le « premier d'entre vous soit le dernier. Les nations « ont des princes qui dominent; mais il n'en sera « pas ainsi de vous. «

Et quand même on parviendrait à prouver que saint Pierre était prince des apôtres et qu'il avait autorité sur toute l'Église, les protestants seraient en droit d'e.xiger qu'on leur démontrât qu'il établit l'exercice de sa juridiction à Rome, et que les papes ont succédé à tous ses privilèges, quoiqu'ils se soient éloignés des préceptes sublimes de l'Evangile.

D'ailleurs, autant qu'on peut en juger par le dernier chapitre des Actes des apôtres et par toutes les

Epiires de saint Paul, nous devons croire qu'il vint dans la capitale de l'empire avant saint Pierie ; mais les pontifes ont un grand intérêt à soutenir le contraire et à persuader qu'ils sont les héritiers universels de saint Pierre et ses successeurs immédiats : ils ont même osé affirmer que le siège papal de cet apôtre était de bois, et ils l'exposaient dans une église à la vénération des peuples ; fourberie qui ne mérite pas d'être réfutée.

Saint Marc l'évangéliste, fort attaché à saint Pierre, dit dans ses Actes qu'il lui servait d'interprète. Cette assertion détruit la croyance du miracle du don des langues , car l'apôtre n'aurait pas alors compris et parié le langage de tous les pays. Sans nous arrêter aux difficultés qui peuvent naître de cette remarque, nous rapporterons les sentiments des auteurs sacrés sur le prétendu voyage de saint Pierre à Rome.

Suivant leurs légendes, il existait dans la capitale de l'empire un célèbre imposteur, appelé Simon le Magicien, qui osait s'annoncer comme le Père éternel. A Tyr, il avait fait sortir d'un lieu infâme une prostituée nommée Hélène, qu'il disait être sa pensée ou sa parole, que les anges rebelles avaient retenue sur la terre en la faisant passer de corps en corps dans diverses femmes. Il assurait qu'elle était la fameuse Hélène de la guerre de Troie, et que les hommes qui croiraient en elle obtiendraient la miséricorde et le salut.

Il soutenait, avec une égale impudence, qu'il était venu à Jérusalem, comme le Fils de Dieu, à Samarie, comme le Père, et chez les autres nations, comme le Saint-Esprit.

Telle était la doctrine aussi ridicule qu'impie de Simon le Magicien. La tradition assure que cet imposteur vint à Rome , sous le règne de l'empereur Claude; et Justin, martyr, dans sa seconde Apologie, reproche aux Romains de l'avoir adoré comme un dieu, en lui élevant une statue, dont l'inscription portait: Simoni Deo sancto. Baronius prétend que, sous Grégoire VIII, on trouva d^ms l'île du Tibre une pierre sur laquelle était gi'âvée une autre inscription : Semoni SancoDeo. Or, comme il y a beaucoup d'apparence que les anciens Romains avaient dressé une statue au dieu qu'ils nommaient mdifléremment quelquefois Sancus ou Sangus, Fidius et Semo, Justin, trompé par les premiers chrétiens, pourrait s'être imaginé que cette statue avait été érigée en l'honneur de Simon le Magicien.

Cette conjecture doit avoir pour nous la torce d'une preuve, et détruit entièrement la fable du combat de saint Pierre et de Simon.

Les légendes des saints affirment que l'apôtre se rendit à Rome pour combattre le magicien ; que, l'ayant convaincu de mensonge en présence du peuple et de l'empereur Néron, il commanda à un ange de le frapper, et que l'imposteur périt misérablement. D'autres disent que Simon se vanta de faire plus de miracles que saint Pierre, et qu'il s'éleva dans les airs, porté par le diable; mais les deux apôtres Pierre et Paul, s'étant mis en prières, invoquèrent le nom de Jésus- Christ, et les démons, épouvantés, laissèrent tomber le magicien, qui eut les jambes brisées de cette chute Si cette fable avait quelque fondement, et si les Romains avaient vu périr Simon

Ld famiMe du Cli ist

à la prière de l'apôtre, n'auraieut-ils pas plutôt érigé une statue à Simon Pierre qu'à Simon le Alagicien? Ainsi, la preuve qu'on tire de ce fait supposé se trouve entièrement détruite. D'ailleurs, toutes les contradictions que l'on remarque dans les divers auteurs sur lesquels on s'appuie, démontrent évidemment que ce voyage est une fraude pieuse.

La première lettre de saint Pierre est datée de Labylone; ce qui a porté quelque visionnaire à dire qa'il donnait te nom à la capitale de l'em ire.

Peu de temps après que l'apôtre eut écrit -sa première Épître. l'erapereur Claude chassa les .Juifs de Rome, parce qu ils y excitaient de violentes séditions à l'occasion de la doctrine du Christ.

On suppose que l'édit de l'empereur obligea Pierre à retourner en Judée; car il était à Jérusalem lorsque saint Paul, député de l'église d'Antioche, ave: Barnabe et Tite, y vint consulter les apôtres et les anciens. . .-

Quelques Juifs convertis soutenaient la nécessité

SAINfT PIERRE

de la circoncision pour être sauvés. Ils avaient été séduits par Cérinthe , faux frère et faux apôtre, qui, par un zèle aveugle, excitait des querelles religieuses , et prétendait absujettii les fidèles à toutes les obseivances de la loi mosaïque. Les apôtres resoluient de s'assemblei poui en délibérer, et iK Idi-

mèrent k

assemblée chielienne, qui fit des statuts pour lever les sciupulesdes conscientes timorées

Non-seulement les apôtres et les prêties entrèrent au concile, mais les simples fidèles } d iniii 1 lit leurs voi\, tt h i|nt ^ tion fut dtcidcL, .lu consentement unanime de 1 église dt Jérusalem Cet usaye est maintenant aboli et les pontifes de Rome 01 donnent au\ peuples de suivie aveuglement les lois qu'ils ont piescntes

Saint Paul et

saint Barnabe retoui-

, sainl

nerent a Antioclie,

où Pierre vint les

rejoindre peu de temps après. Pierre se conforma au décret du concile de Jérusalem, vivant comme les gentils, sans s'arrêter à la distinction des viandes prescrites par la loi. Cet apôtre était si peu infaillible, que des chrétiens juifs étant venus de Jérusalem, il se sépara des gentils, et ne mangea plus avec eux, par une espèce de feinte et de dissimulation, qui doit nous faire supposer que l'observation de la loi était nécessaire au moins pour les Juifs. « Il détruisait en quelque sorte ce qu'il avait édifié luimême dans le concile de Jérusalem, et renver.sait la discipline qu'on venait d'établir. » Mais saint Paul lui fit comprendre sa faute, et il résista, comme il l'écrivit aux Galates : « Géphas étant venu à Antioclie, je lui résistai en face, parce qu'il était réprébensible. Je lui dis : « Si vous, qui êtes né juif, vice vez comme les gentils convertis, pourquoi voulez- <■ vous contraindre les gentils à judaïser? »

Saint Pierre reçut cette remontrance avec une douceur et une humilité admirables. Il ne se prévalut point de sa primauté; il ne considéra point que Paul avait persécuté l'Église, qu'il était son inférieur, plus nouveau que lui dans l'apostolat. 11

céda aux observations ({ui lui étaient adressées, et changea de sentiment ou plutôt de conduite. Ce premier pontife ne s'arrogeait pas le droii d'imposer ses volontés aux fidèles, et ne contraignait pas l'Eglise à se soumettre à ses décisions.

Après avoir donné le récit des actions de saint Pierre suivant les Écritures , nous devons rappor- Icr les différentes tiaditions que nous avons sur cet apOlie :Lactance prétend qu'il a fait un second voyage à Rome , vingtcinq ans après la passion du Sauveur; ce qui a donné lieu à l'erreur des vingtcinq années de son pontificat. Il ajoute qu'il fit un dernier voyage à Jérusalem vers l'an 62 , pour nommer un successeur à saint Jacques, dit le Mineur, qui avait été le premier évêque de cette ville, et qu'il retourna de- , ^.^^ puis à Rome, où il

continua de prêcher avec succès. On ne sait rien de positif sur ce premier chef de l'Eglise, depuis l'an 51 jusqu'au temps de sa mort, c'est-à-dire pendant un espace de quinze ans. Les orthodoxes prétendent qu'il reçut la couronne du martyre, comme le Christ le lui avait prédit : « Tu seras lié par un autre et mené où tu ne voudras pas aller. » Mais on n'a aucune preuve que son sang ait été répandu à Rome, malgré les assertions de Baronius, de Fleury, etc. Baillet affirme f[ue les deux apôtres Pierre et Paul furent martyrisés le même jour, et conduits à la prison de Mamertin, qui était au pied du Gapitole. Mais d'après la relation d'un religieux bénédictin qui a fait un long séjour dans la capitale du monde chrétien, il paraîtrait cpie l'endroit désigné encore aujourd'hui sous ce nom ressemble très-peu à une prison, et serait au contraire un de ces anciens cloaques où se déchargeaient les ordures de la ville.

L'opinion générale sur le martyre de saint Pierre est qu'il fut crucifié la tête en bas. On fixe sa mort à l'an t.6. Saint Augustin dit que cet apôtre alla au supplice pleurant, se lamentant, et en montrant de grandes marques de faiblesse.

Hl!

La seconde Êpître qu'il écrivit avant sa mort présente les mêmes incertitudes que sa première lettre de Babylone ; on ignore même dans queUe année ce précieux trésor fut confié à l'Église. Elle est adressée aux fidèles dispersés dans l'Asie, le Pont, la Cappadoce et les provinces voisines. Il leur recommande de suivre la morale des prophètes et des autres apôtres, et de sr préserver des faux prêtres qui niaient Jésus -Christ, blasphémaient contre la Divinité , et s'abandonnaient aux débauches lesplus infâmes.

L'apôtre désignait ainsi les nicolaïtes, qui prenaient leur nom de Nicolas, l'un des sept premiers diacres de Jérusalem, chef d'une secte où les hommes méprisaient le mariage et se livraient à des. actes monsti-ueux de sodomie.

Ces hérétiques mangeaient sans scrupule les viandes offertes aux idoles; ils soutenaient que le Christ n'était pas la fil; Père, et que le Créateur était soumis à suprême de la déesse Barbelo , qui hal huit fois plus élevé que le ciel chrétien

; de Dieu le la puissance litait un ciel ; ils préten-

daient qu'elle avait enfanté le dieu Jaldabaoth ou Sabaoth, i[ui s'était emparé du septième ciel et qui criait aux dieux inférieurs : « Je suis le premier et le dernier, il n'existe point d'aulie dominateur que moi. " Ils pub iaient des livres et de prétendues révélations sous le nom de Jaldabaoth , et assignaient des dénominations ])arbares à la multitude de princes et de puissances qu'ils plaçaient dans chaque ciel.

Ces fanatiques considéraient les actes et les personnes divines , la Trinité , la A'ierge, le péché originel, l'incarnation du (jhrist et les dogmes mêmes de la religion, comme des mj'tbes dont ils donnaient des explications souvent bizarres et parfois sublimes.

Pour le penseur et pour le philosophe, l'existence du schisme des nicolaïtes dès ,,j jj les premières années

du christianisme est une preuve irréfragable que la religion cathohque n'avait pas été étabhe d'une manière immuable par son auteur, et qu'elle subissait un travail d'organisation qui demanda plusieurs siècles pour s'accomplir.

SAOT LIN

lEcertitude dans la chronologie des premiers papes- — Saint Lin est chargé du soin de l'Ëglise de Rome. — Opinions diverses sur la durée de son pontificat. — On lui attribue la règle qui ordonne aux femmes d'être voili'es. — Des légendaires prétendent qu'il délivra la fille du con'Jul Saturnin, possédée du diable. — Son martyre est un mensonge inventé par Isuard. — On lui attribue deu.x ouvrages remplis d'erreurs grossières et infectés d'hérésie.

Il n'y a rien de positif dans les premiers siècles sur le siège pontifical. La clironoloL,ne des auteurs est chargée de variations étonnantes, et ne met point d'uniformité dans l'ordre de la succession des premiers évêques de Rome ; le parti le plus sage est de suivre l'opinion qui fait succéder saint Lin à l'apôtre Pierre dans la conduite de l'Eglise.

Si l'on peut s'en rapporter aux livres pontificaux, saint Lin était Toscan d'origine, et son père se nommait Herculan. Il fut chargé du ministère apostolique en même temps que saint Pierre, ce qui serait une preuve irrécusable que cet apôtre n'était pas le seul éVèque de Rome, et qu'il ne pouvait prétendre au titre d'évêque universel. D'autres historiens affirment que saint Lin, Anaclet et Clément, étaient tous les trois chargés du gouvernement de.s fidèles , et que saint Pierre s'élait déterminé à prendre Clément pour son succeseeur, préférablement à Lin et à Anaclet; mais Clément, qui était sans ambition, craignant que les fidèles qui avaient été sous la conduite de ses collègues ne voulussent pas se soumettre à son autorité, se retira par modestie. Anaclet suivit ce bel exemple, et Lin se trouva seul chargé de l'administration de l'Église de Rome après la mort des apôtres Pierre et Paul.

On n'est pas d'accord sur la durée du pontificat de saint Lin , et toutes ses actions sont demeurées dans l'obscurité. Il mourut vers l'an 67 , et fut le premier évêque de l'Église de Rome, selon le sentiment des anciens, qui lui accordent onze ans huit

mois et cinq jours de règne; mais tout est incertain dans ces premiers temps do l'Église.

Tandis que saint Lin travaillait à l'accroissement de la foi, la religion jouissait d'une grande tranquilhté. Sous son pontificat parut une loi qui interdisait aux femmes de se trouver aux assemblées sans avoir la tête voilée. On lui fait honneur de ce règlement, que la modestie aurait dû perpétuer.

A cette époque les chrétiens n'avaient pas encore la liberté de se réunir dans des temples pour l'exercice de leur religion.

L'opinion la plus répandue est que saint Lin reçut la couronne du martyre vers la fin de l'année 78, la durée de son épiscopat ne pouvant compter que depuis la mort de saint Pierre. Baillet avoue que cette opinion a ses difficultés, et que saint Lin ne survécut à Pierre que d'un an ou deux, ou même qu'il mourut avant cet apôtre. Le père Pagi croit qu'il pérk dans l'affreuse persécution de Néron et qu'il fut condamné à mort par le consul Saturnin , après avoir délivré sa lille , qui était possédée du démon. Mais cette assertion est évidemment mensongère.

Nous devons seulement faire observer, au milieu de ces contradictions, que Lin ne fut honoré dans l'Eghse comme martyr que depuis le neuvième siècle, et qu'avant cette époque saint Télesphore était regardé"^, comme le premier pape qui périt par le glaive. - ^^^

Enfin on est partagé sur l'ordre de la succession 'A^ de saint Lin. Les uns veulent que saint Clet lui ait

édé, d'autres prétendent

iut Clé-

niSTOÎRK DKS PAPEïi

ment qui devint le successeur immédiat de saint Pierre. Toutes ces variations jettent une grande obscurité dans l'histoire des premiers pontifes et emjuH-.hent de reconnaître la vérité.

On lui attribue deux ouvrages écrits en grec sur les martyres de saint Pierre et de saint Paul, pour l'édification des Églises d'Orient. Mais les savants conviennent que ces livres , remplis d'erreurs grossières ou de fables ridicules , ne sont point de cet évèque. Platine affirme avec une bonne foi singulière, que Lin a écrit une Vie de saint Pierre, oti il ]iai le du combat de cet apôtre avec Simon le Magicien. Mais il faut re| oisser ces allégations.

Quelques années avant la mort de saint Lin eut lieu la prise de Jérusalem par Tite. Cette malheureuse ville, livrée au.>; fureurs des guerres religieuses, labourée en tous sens par des bandes de fanatiques ([ui égorgeaient les vieillards, attentaient à la pudeur des femmes, et se livraient aux crimes les plus épouvantables, vint mettre le comble à tous ses désastres en se déclarant en révolte contre l'empire romain. Tite marcha à la tète des troupes pour soumettre les rebelles; il envaiiit la Palestine, attatjua Jérusalem, et se rendit maître successivement de la première et de la seconde enceinte qui entouraient la ville; mais à la dernière, il éprouva une résistance tellement opiniâtre qu'il se vit obligé , après avoir livré sept assauts, d'entreprendre un siège régulier. Toutes lus Cùmmuuicatious fuient interceijtées euLiu

la ville et les campagnes : bientôt les provisions s'épuisèrent et la faim se fit sentir ; mais la haine fjuc les Juifs portaient aux Romains était si grande, qu'ils résistèrent aux horreurs de la famine et se nourrirent de la chair des chevaux et des chiens; lorsque ces ahments vinrent à manquer, ils se jetèrent sur les choses les plus immondes; ils mangèrent de la paille, du foin, jusqu'au cuir de leurs sandales; ils dévorèrent même des cadavres ! On raconte que pendant ce siège, une femme noble appelée Marie, fille d'Eléazar, ne pouvant résisteraux tortures delà faim, prit son enfant au berceau et le lit rôtir; déjà elle en avait mangé la moitié, lorsqu'une bande de soldats attirés par l'odeur pénétrèrent chez elle , et la menacèrent de l'égorger si elle ne leur livrait la viande qu'elle avait cachée. Cette malheureuse mère ouvrant alors la porte d'une chambre où gisaient les restes de cet liorrible repas : « Prenez donc , leur dit-elle, voici la meilleure part que je vous ai conservée ! ;> et aussitôt elle tomba morte. Enfin les Romains livrèrent un nouvel assant et franchirent la troisième enceinte : tous les habitants furent passés au fil de l'épée, le temple fut détruit, la ville entièrement rasée, et, suivant l'usage , les Romains y passèrent le soc de la charrue. Tite ne laissa debout qu'un pan de la muraille d'occident et les tours Hippique, Phazaél et Mariamne. afin qu'elles servissent à transmettre aux géuéralious futures le souveuir de sii victoire.

llllliiiiU

h SAINT GLET ^M

Naissance de saint CU;

Actions qu'on lui alti Unis. — Fourberie des piûlres dans la lalsication du texte des P.vangiles. Saint Luc clait marié. — Mort de saint Clet. — Fausses décrétales.

La succession de saint Clet ou Anaulet est trèsincertaine. Des auteurs fort en crédit chez les catholiques placent ce pontife après saint Clément, mais cette opinion n'est pas la mieux établie.

Il était Italien, et son père se nommait Emihanus; il vint à Rome sous le règne de Xéron. Les apôtres le convertirent à la foi chrétienne, et le tirèrent bientôt du rang des disciples pour l'associer au saint ministère. On lui donne douze ans et quelques mois d'épiscopat: le père Pagi, d'après le Pontifical de Damase, affirme que saint Clet ne gouverna l'Eglise de Rome que six ans.

Les actions de cet évèqiie sont demeurées dans une profonde obscurité; il y a donc lieu de douter de sa sainteté et de son zèle pour l'accroissement du christianisme. On lui attribue l'ordination de vingtcinq prêtres, et la division en paroisses des titres de Rome fc'est-à-dire des rqaisons où les fidèles s'assemblaient pour le service divin). Les chronicrues ajoutent qu'il étabUt sept diacres. Le Pontifical de Damase nous fournit ces particularités, et insinue que l'Éirlise de Rome avait été conduite jusqu'alors par les évoques et les prêtres, sans diacres. Saint Luc, auteur d'un Évangile et des Actes des Apôtres, vivait à la même époque, et ses écrits nous ap-

prennent que cet évangéliste était marié. Mais 1 s évêques de Rome ont falsifié le texte des Écrituies, pour détruire une autorité aussi imposante en faveur du mariage des prêtres.

L'Église honore saint Clet comme martyr; il est cependant probable qu'il mourut en paix, vers l'an 91 de Jésus-Christ.

Sept cents ans après la mort de cet évêque, un fourbe s'avisa de lui attribuer des décrétales que nous possédons encore.

Ce fut vers le même temps, suivant les chronologistes sacrés, cpie l'apôtre saint Jean fut jeté dans une cuve d'huile bouillante, par ordre du cruel Domitien; ils racontent gravement que Dieu n'ayant pas destiné Jean aux honneurs du martyre, il sortit de la cuve sans avoir souffert une seule brûlure. Néanmoins ce miracle ne fit pas cesser les persécutions de Domitien, et l'apôtre fut exilé dans l'île de Patmos, l'une des Sporades de l'Archipel, oii 'I composa son .apocalypse ou Enseignement prophétique, qu'il adressa aux sept principales ÉgHses.

Après la mort de Domitien, Jean obtint la permission de rentrer à Éphèse, oîi il écrivit ses Epîtres ri son Évangile, qui forment la dernière partie dis saintes Écritures reconnues par les conciles.

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