‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 58 sur 78 · HISTOIRE DE SIXTE III · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SIXTE III

l'empereur et l'impératrice Placidie sa mère proscrivirent Basfius et ponûsquèrent tous ses biens au profit de l'Ëgiise.

Trois mois après la sentence» le prêtre mourut empoisonné !... Les historiens ajoutent que le pontife, se couvrant du voile hypocrite de la religion» l'assista lui-même pendant sa makdiev lui fit administrer le saint viatique, et voulut l'ensevelir de ses mains après sa mort^ pour cacher l'horrible cadavre défiguré par le poison. Les prêtres affirment au contraire que Sixte sortit de cette accusation pur conmie lor de la fournaise, et qu'êllq servit à augmenter l'opinion favorable que les peuples avaient de la sainteté du pontife.

L'histoire de l'Église laisse un vide de quelques années dans le récit des actions de Sixte, et nous ne pouvons entreprendre de les tirer du profond aubli où elles sont ensevelies : nous savons seulement qu'il soutint la juridiction de son siège sur l'Ill) rie^ et qu'il confirma ensuite le jugement dldduus, condamné par Proclus. A cette époque, les évèques d'Asie relusaient de reconnaître la juridiction du patriarche de Constantinople, ou plutôt les prêtres prévaricateurs, connaissant l'ambition des papes, déclinaient le jugement de leurs supérieurs légitimes, pour évoquer leurs causes à Rome, où Ton recevait favorablemebt les plaintes même les plus injustes » pourvu qu'elles favorisassent la politique d'usurpation suivie par le saint-siége.

Julien d'Eclane, ce fameux défenseur de Pelage, fatigué des persécutions que lui suscitait constamment la haine des prêtres d'Orient, vint faire sa soumission au pontife, et demanda à remonter sur. son siège. Mais Sixte, d après les avis de l'archidiacre Léon, le personnage le plus important

Sît) illsi6l1\E DES PAPES. [VM.]

Jhns l'Eglise , él que nous verrous bientôt kii sùcéêdeh poussa da renient les 'prôpôsftions àe Jnlieh, tel .ctomtn^iîça tiite nouvelle persécution contré les malheureux pélagîens.

Le pape Sixte iiîourùt peu de temps après» le 28 mars 440» npnt tehn le saint-siége envîï'on huit ans : il fat fen&evdi mr te chemin xîe Tibùr, près tlii tonrbeau de saint tàtirènl'.

Pendant son 'pôttti^cSit il i^tiàbfit 4a basiîkjue de SaîAle- MsAre, Ôt pîacei'dans l'intérietir un 'àùtel d'argent du poids de trois cents li vies, dohna plusi^eors vases d'ûi^feht pesant ettsémbie onze ^îent soixante-cinq fivres, un vase d'or de cinquante livres, vingt-qtrAtre ichandeliei*s de ciliivte, et il affecta à l'etotretien de cette église, èh terres ou en ïnaisons, le rev.ehu de •sept cent vingt- neuf soiis tl'w : il offrit au baptistère de ^inte- Mïirie , p'onr le^ an-^oniçfs , des vases d'argent , et un cSetf pour v^'ser de !'eau; dû pbîds de trente livres; il ënloûrâ la Confession de Saint-Pfcn^ d'ornements (i^argent dp poids de quafrc c^ts livres, let celle de Saint-Laurçfnt de balus-

trad^es de porphyre ; il plaç j sur Tàutel des colonnes d^^gent massif posant quatre écnY cinquante livres, et soutettant une voûte d'argent, surmontéte ^ la statue de saint I^ttrent d'Or massif, pesant deux cents liviies,: la bàsifiqtie tlti laSiil était 'entombi'ée de %Ttses d'argent et d'or, ornés de perlés et dé pierreries. Saint fiixte avait également ftit ortker le baptistère de Latran de colonnes d^è porphyre, et sw l'airchitrave de marbre il fit graver des vers qui marquaient la vertu du baptême et la foi du péché tyriginel. ËnGn t;ë poâlife donna aux églises, pendant sa vie, plus de deux mille six cent onze livres romaines pesant , en or et en argent, qu'il avait airacfaées aux fidèles par des aumônes on par dés testameùls.

BiaiOIBS DE UÉON t»

«il

VALBNthnËJlt d , THÉODOSC H,

•mpereuTS.

LÉON r,

GLOblON , HÉROVÊE , CblLDÉRIG.

Naissance de Léon. — Ses règlemeiHs sur la discipline. — fl excommuDÎe les évèques bigames et les déclare déposés de leur siège. — .Religieuses viol'ées par les barbares. — Le saint-père défend tîe poiïlrsuivfe juridiquement les prêtres coupables des plus grands 'crinres. •— ii veut 'obtigeî lés prêtres à garder le célibat. •^— l\è- •gîeiiaentô '§ut fel5 tottcûbirièS. '^^ Ravages de Genseric en Sicile, i^ Per^cTitfôns iwmtrtî fôS ïï^ânictieens. — Le pape les accuse fefTîsseffifcèit d^8ibofnid8itlÈfS/iih]pUdîcîlés. •*— L'empereur irend'un Wft cnid wnire tfeS malheureux. . — Lëoh attaque les pélagterrê. -^ H Veut 'étendre îh domination sur Ttllyrie. — Il bonlatene itTJtrstetrrettt saittt Hilairfc d'Arles.-^— Saint Ililàire se rend i R^nié'. *-^liQ]rtipe veut te garder pYisonhier. — Mort de saint Cyrifle. *-^ Hérésie de^ pri^rttiâtriste^. — Supplice cruel de Prîscillien en Espagne. — Saint ^attiû , \5véqùô de Tours , condamne ITnto-

- • (^atiecf ^ ipafpè\ — ^ Léoh tffttMiràgô le Tanatisme.de Tempereur «o^trtleà ïîéré*iqne». — Il etcite sa cruauté. — Eutychès. — Apologie de^ ddctrijie. — Ctjndamwation d'Eutyehès.^-Lepàpésàu- Hieall'hérésie.-TConcjIe gén4rald*Ephèsô.— Eutychès est absous.

^ -li. Le pape est excoramuitté. — tiéon demande 'à Vémpereur un

« "(;oncile iHMfvei'sëL — L'ympératrîce favorisa Tambilion dû pape. —

Exploite d'Attila. — Sairrt Léon arrête ce redoutable conquérahl;.

. —. Miracle dùeaint-pèfe.. — -Démêlés enti^e le patriartîhè -de Côh-

. sltrntiViopté.etljèon. — L^iropéràtrice Eudoxiâ appelle Genseric èh

Itafie penir ie vôngér/de Maxime, meurtrier de sôtl Mrî. - —

Sia HISTOIRE DES PAPES. [WOJ

Rome est mise au pillage. — Lois contre les pareols qui forçaient leurs filles à entrer dans les couvent». — Le pape défend de prendre le voile avant l'âge de quarante ans, — Jeûnes établis par saint Léon. — Les Rogations. — Histoire de la main sanglante. — Mort du pape.

Le on naquit à Rome vers la fin du règne de Théodose le Grand ; son père se nommait Quintien. Les auteurs ne parlent pas de sa jeunesse, et Léon apparaît dans l'histoire à l'occasion d'une violente querelle qui s'était élevée entre Âétius et Albin, chel's des armées romaines envoyées dans les Gaules pour repousser les barbares qui couvraient les frontières. La mésintelligence de ces généraux pouvait amener les plus grands désastres , et peutrêtre la ruîne de Fempire. Léon, chargé par le pontife de négocier un rapprochement entre les deux armées^ termina heureusement cette négociation difficile, et réconcilia Aétius et Albin^ qui réunirent leurs forces contre les barbares.

L'ambassadeur était encore dans les camps lorsque Sixte mourut; quoique absent, il fut élu Jun consentement unanime chef de TEglise, et une députation vint lui annoncer cette heureuse nouvelle.

Parvenu 'au souverain pontificat, il s'appliqua d'abord à l'instruction de son troupeau avec une grande assiduité : ensuite il envoya 1 evêque Potentius en Afrique, pour qu'il lui fil un rapport exact sur la situation des ËgliseSi que l'on disait gouvernées par des personnes indignes de l'épiscopat, et élevées à cette dignité par de sanglantes séditions. Le légat rc-

connut en effet que la discipline était entièrement abandonnée, et qu'on avait donné les ordres sacrés à des laïques, a des bigames et à des hérétiques.

Aussitôt le pape écrivit aux évèques de la Mauritanie césarienne, pour leur recommander de suivre la discipline ecclésiastique, d'après Fesprit des conciles. Dans cette lettre, il appelait bigames les prélats qui avaient épousé des veuves^ et les condanmait à la déposition comme ceux qui avaient deux femmes à la fois, ou qui en épousaient iine seconde apr^s avoir répudié la première.

Quant à ceux qui de simples laïques s'étaient élevés jusqu'à Tépiscopat , Léon leur permit de conserver leurs sièges : il confirma également dans leurs dignités Donat de Salicine, qui avait abjuré avec son peuple l'hérésie des novatiens, et Maxime, donatiste converti^ qui avait été ordonné évéque sans même avoir reçu les ordres; mais il abandonna au jugement des prélats de la province Aggar et Tibérien, qui avaient été consacrés à la suite de révoltes, se réservant néanmoins la révision du procès et le droit de décision.

Quant aux couvents qui avaient été pillés parles Arabes^ et dont les religieuses avaient été violées, saint Léon jugeait les saintes filles innocentes; leur conseillant néanmoins de ne pas se comparer à celles qui avaient encore leur virginité, et les engageant à pleurer toute leur vie sur la perte irréparable qu'elles avaient faite.

Il écrivit ensuite à Rusticus, évêque de Narbonne, pour lui défendre de mettre en pénitence publique un prêtre qui s'était rendu coupable de crim es énormes, ajoutant qu'il était

314 HISïOIRli DES PAPES. • 1U2.

de son devoir de cacher les fautes da clergé, afin d'éviter un scandale qui pouvait déshonorer TËglise.

Dans un décret qu'il rendit au commencement de l'année 442^» le saînt-père ordonnait aux simples prêtres de suivre la même loi que les évêques sur la continence, c èst-à-dire qu'il leur enjoignait tie conserver leurs femmes, sans avoir avçc elles de relations intimes. Les diacres refusèrent de se soumettre à l'observation de ce décret étrange ; et ce ne fiit que plus tard, et en employant de très-grands ménagements, qij^e les pontifes parvinrent à faire accepter en Occident la loi du célibat : ils échouèrent également auprès des Orientaux.

Dans une autre bulle, le pape établit cette proposition cap-

tieuse, qu'un clerc peut donner sa fille à un. homme vivant ea concubinage, sans encourir la censure ecclésiastique, coomie s'il la donnait à un homme marié; parce que, ajoute \e saintpère, les concubines ne sont pas des femmes légitimés, et

les filles ne commettent point de péché en s'abandonnant à

leurs maris. Le dernier article de cette bulle concerne les fidèles qui avaient été prisonniers chez les païens H qui avaient vécu comme, eux : Léon permet aux évêques de les purifier par le jeûne et par l'imposition des mains, daas le cas seulement où ils auraient mangé des viandes immolées ; mais il ordonne qu'ils soient soumis aux pénitences publiques, s'ils ont adoré les idoles , commis des homicides ou des adultères. :

Pendant l'année 443, Genseric, après avoir ravagé les provinces de l'empire et étabU sa domination en Afrique^ fitime descente en Sicile, où, à l'instigation de Maximien, chef tles ariensi il persécuta cruellement les orthodoxes* Ihai Je fiéril

[Uâ] HISTOIRE DE LÉON !•' 315

fm se trouvait l'Ëglise, saint Augustin pensa qu'H était de son deVoir d'abandonner son diocèse pour se rendre à Rome et combattre les ariens. Il établit par hasard sa demeure chez un manichéen, dont la secte faisait déjà de grands progrès^

• et s'augmentait considérablement de tous lies Africains qui s'étaient réfugiés en Italie apçès'la ruine de Carthagepar le roi des Vandales.

Saint Augustin, trahissant les devoirs de Thospitalilé , découvrit à Léon les lieux de réunion de la nouvelle secte , et prétendit que les manichéens étaient les auteurs de la corruption qui se glissait dans son troupeau : alors le sainlt-père avertit les fidèles dans ses sermons qu'ils devaient non-seulemei^t se détier de ces dangereux hérétiques , mais encore les dénoûcer', et il leur donna les moyens de reconnaître ces

• sectaires. Il les accusait de jeûner le dimanche en l'hoiitiéar du soleil , et le lundi en l'honneur de la lune; il prétendait

■ aussi qu'ils recevaient la communion sous les seules espèces

■ du pain , regardait lé vih comme une production dû mauvais principe.*

Aprè's les avoir rendus exécrâbleà aux yeux du ^feupte, le pape Léon ordonna de faire contre eux les plus sévères rte-

■ cherches dans la ville ; il défendit leurs asseiublées secrètes, fit saisir les livres qui contenaient leur doctrine , et les brûla sur le pùrvis de la basilique de Saint-Pierre. Ensuite , pour

• augmenter l'horrenr qu'il voulait inspirer contré ceè malheureux, il tint un synode composé des évéques voisins^ auxquels il adjoignit les principaux membres du dergé', du sénats de k noblesse et du peuple : et en présence de toute cette assemblée, plusieurs ma niô h cens et un de leurs évêqu^ séduits

316 HiSTOIUE DES PAPES. [kk3.]

par l'argent du pontife, firent une confession publique d'abominables impudicités dont ils se reconnaissaient coupables. Mais le témoignage de ces làcbes apostats paraîtra toujours suspect aux esprits consciencieux qui veulent juger avec impartialité; et nous savons , par des exemples récents eo religion comme en politique^ que le zèle ou la crainte des tourments portent les nouveaux convertis à calomnier leurs frères , souvent même à les persécuter.

Le pape n étant pas encore satisfait, excita les magistrats à

l'extermination des manichéens, et se fit soutenir dans ses

cruelles poursuites par les lois impériales. Valentinien III fit publier un édit par lequel il confirma et renouvela toutes les ordonnances de ses prédécesseurs contre ces sectaires, les déclarant infâmes, incapables d'exercer aucune cbarge, de porter les armes , de tester, de contracter et de faire auçan acte valable dans la société civile ; défendant à tous les sujets de l'empire de leur donner asile, et ordonnant qu'on les dénonçât pour être punis suivant la rigueur des lois! Treize siècles plus tard, on produira cet exemple exécrable

auprès de Louis XIV, pour autoriser les persécutions contre les protestants !

Plusieurs évéques d'Orient et d'Occident, à Tinstigatiou du pape, s'acharnèrent également contre les manichéens de leurs diocèses. Grâces à ces remèdes violents, Rome fut bientôt purgée de cette hérésie , et Léon put tourner ses armes contre le pélagianisme, que Julien d'Eclane, son ennemi implacable , favorisait dans la Campanie et dans l'Italie ; mais ne voulant pas s'engager dans des discussions tbéologiques où il craignait d'échouer, il lui parut plus certain d exciter

les érèques contre les pélagiens et de faire valoir les cruelles ordonnances des empereurs.

Pendant le cours de la .même année , Léon donna une nouvelle preuve de son excessive ambition. Les empereurs, dans le partage de riUyrîe, avaient enlevé aux papes la juridiction de primatie (jù'ils revendiquaient sur celte province : malgré la défense du souverain, le saint- père établit en Ulyrîe pour vicaire de son siège , Ânastase , évêque de Théssalonique. II est vrai que dans cette circonstance il eut à déployer toutes les ruses de sa politique , et qu'il fut même obligé d'écrire aux préfets d'Orient des lettres de condescendance pour excuser sa conduite. L'expérience avait appris aux pontifes qu'ils pourraieriit soumettre plus facilement les évêques d'Occident que les Orientaux , qui savaient se maintenir dans la possession de leurs privilèges; et la prudence leur conseillait de garder envers eux de grands menagements.

Quant aux prélats des Gaules , Léon ne montrait aucun égard pour leurs décisions, et il leur ordonnait impérieusement de se soumettre aux volontés de la cour de Rome.

^int Hilaire et saint Germain d'Âuxerre ayant été chargés par le prince de réformer les abus qui s'étaient introduits dans quelques provinces de la Gaule , se rendirent à Vienne pour recevoir les plaintes du peuple et des nobles , qui accusaient Célidonius, leur évêque, de viols, de meurtres, et enfin d'avoir épousé une femme dont il avait fait assassiner le mari.

Les deux prélats ordonnèrent qu'on réunit les témoins, et assemblèrent plusieurs ecclésiastiques d'un grand mérite

Sia HISTOIRI DBS PAPES. [^S.)

peur examiner oette afEaire : l'accusation ayant été prouvée, on jugea suivant les règles de rËcritura , qui ordonoaiout i Gélidonius de renoncer lui-même à l'épiscopat. Le eondavmé sqp^peia à Rome çle ce jugement , et fut accueilli' faTovahlrâieiil par- le pontife. Saint IHlaire, afln d'éviter le ^candale^ se rendit lui-m^a en It^He pour conjurer Léon de maintenir U discipline des Eglises; il lui représenta avec une grande sagesae qu'il était nécessaire que le ^aint-siége renonçât à ses prétentions d*élever aux iqnctions ecclésiastiques des évéque^ condamnés dans les Gaules par les sentences des ipagistrats. a ie suis venu, sa^int-père , aJQuta-(-il, pour vous v^dre mes » devoirs et non ppur plaider ma cause ; je vqus instruis de Di ce qui s'est passé , non par forme d'accusation , mais par u simple récit : si vous êtes d'un autre sentiment que lé mien, tt je n'insi$terai pas.davantage»- et je poursuivrai auprès du u pri»ce la déposition du coupable. »

Par ambition pour les prérogatives de son siège , lé papQ IKm-^ulemwt reponssa^ la d^niande ^e s^int Ililaire, mais encoce il lui donita des gardes pour le retenir prisonnier, voulant le coi^traindre à ce justifier devant le concile, qu'ij ^vait goQVpqué. Ueureusewent le préli\t parvint à tromper les espioB$[ du s^iptrpèr^y sortit sc?crtlement de Rome et retourna a son Église, téon, furieux de voir son prisonn^'lni échapper, lit excownUnier par son concile révêque d'Arles, et rétablit Céiidqpius dans tous ses droits. Le synode çUut« il0â( vrai, composé de ses esclaves , c'est-à-dire des évêques du voisinage de Rome. Avec de pareilles gens , ajoutent le^ historiens, le pontife aurait pu faire condamner les apôtres et «l^us-Christ lui-même. L'empereur Yalontinien 111 , se

Page 1