SILVÈRE
JUSTINIEN, 60'' PAPE. CHIÎDBBERT)
empereur d'Orient. roi de France.
Brigues à Rome pour parvenir aux dignités. — Silvère achète h pontificat au roi Théodat. — Trahison du pape. *^ Il livre Rome à Bélisaire. — Silvère est déposé et renfenné dans un monastère.
Les brigues par lesquelles on parvenait au souverain pontificat rappelaient ce qui se passait dans Roine païenne , où ceux qui aspiraient aux charges de la république achetaient les suffrages du peuple, a AU lieu d'une sage retenue, d'une » équité désintéressée » et d'une véritable élévation dans les » sentiments^ la chaire de saint Pierre était devenue le prix de » l'audace^ de la corruption et de l'avarice.» Les prétendants marchaient ouvertement à leur but^ offrant de l'or aux uns > des dignités aux antres ; engageant les biens de l'Église en faveur de ceux qui n'avaient point confiance dans leurs promesses, et mettant en œuvre toutes les séductions qui pouvaient augmenter le nombre de leurs créatures.
Les prêtres vendaient leurs suffrages ; les cabales s'agitaient^ enchérissaient sur les compétiteurs, enlevaient les partisans de leurs adversaires; enfin la victoire demeurait au plus riche , au plus rusé , au plus corrompu !
Au milieu de ces intrigues scandaleuses et de ces pratiques criminelles, Silvère, fils de l'ancien pape Hormisdas, séduit par l'ambition d'occuper ia chaire de saint Piëi^re, en offrit une somme considérable an roi Théodat^ et fut éltt pontife de Rome.
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Ânastase le bibliothécaire fournit les documents les plus authentiques sur ce honteux marché , que Baillet et Dupin ont voulu révoquer en doute; mais le Père Doucin lui-même est convenu de l'infamie de Silvère, et il déplore la conduite du saint-père.
L'élection de ce pape était un coup d'état et d'une habile politique; le roi^ craignant d*èlre chassé d'Italie par les armes victorieuses de Bélisaire, voulut s'assurer de la fidélité des Romains en leur donnant un évèque dévoué à ses intérêts et qui eût besoin de son assistance pour se maintenir sur le 8aint*siége. Le clergé ni le peuple n'eurent la liberté de délibérer sur cette élection; Théodat fit seulement annoncer aux Romains que ceux qui oseraient nommer un autre évéque devaient se préparer à mourir. Alors Silvère prit le gouvernement de l'Église^ et la crainte des supplices contraignit le peuple à le reconnaître. Quelques ecclésiastiques seuls refusèrent de signer le décret de l'élection , et .protestèrent contre le saore ; on passa outre , et bientôt ils vinrent d'euxmêmes se ranger sous les ordres du nouveau pape.
Mais Théodat fut trompé dans ses espérances ; le traître Silvère pratiquant cette odieuse maxime des prêtres, « il est )) permis de manquer de foi aux hérétiques, » trahit s<m bienfaiteur et ouvrit les portes de Rome à Bélisaire.
Justinien, devenu maître de Tancienne capitale du monde, recommaaça les quereUes religieuses qui avaient été agitées sous le pontificat d'Agapet. L'impératrice Théodora, qui &vorisait les acéphales en Orient^ écrivit ao pape pour Veùfftger à rétablir le patriarche Anthime, et à £iire chassar Heunas du siège de Gonstantinoide. En même tanps Bâisure
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recevait l'ordre d'engager Silvère à souscrire à ses projets ; et^ dans le cas d'un refus, il lui était enjoint d'accuser le pontife d'avoir conservé des intelligences secrètes avec les Goths, et d'avoir voulu leur livrer la ville par une nouvelle trahison. Le saint-père fut mandé au palais; Bélisaire et sa fenune Ântonine^ confidente de l'impératrice^ lui firent connaître les ordres qu'ils avaient reçus, et l'engagèrent à obéir, en renonçant au concile de Ghalcédoine, et en approuvant par écrit la croyance des acéphales.
Silvère, placé entre deux périls et ayant à redouter la colère du prince et la vengeance du clergé, demanda à rassembler son conseil : les prêtres se prononcèrent unanimement contre la proposition^ et le menacèrent de la déposition comme traître et prévaricateur, s'il cédait aux menaces de leurs ennemis. Alors, dominé par la frayeur, il refusa d'obtempérer à la demande de Bélisaire, et pour éviter la vengeance des Grecs il se retira dans l'église de Sainte-Marie Sabine.
Bélisaire laccusa publiquement de perfidie envers l'empereur, et produisit comme témoin un avocat nommé Marc^ et un garde prétorien , qui affirmèrent qu'il leur avait remis des lettres adressées à Vitigès, roi des Goths. On sonuna le pontife de comparaître une seconde fois au palais impérial^ en lui promettant sous serment de ne point attenter à sa liberté. Silvère se rendit à l'invitation du général grec^ et après la conférence il fut reconduit à l'église où il avait établi sa retraite.
Mais ayant été mandé une troisième fois devant Bélisaire, il comprit que ses ennemis voulaient le surprendre, et qu'il lui serait impossible de résister plus longtemps.
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Ses prévisions étaient justes , car l'impératrice lui avait écrit pour lui tendre un piège ; elle le priait instamment de rétablir Anthime ou de venir sur les lieux examiner la cause de ce patriarche, injustement condamné. Siivère, après la lecture de cette lettre, poussa un profond soupir : « Voici, » dit-il, qui m'apprend que je n'ai pas longtemps à vivre, h Il se rendit ensuite auprès du général grec : ceux qui l'accompagnaient furent arrêtés, les uns à l'entrée de la salle, les autres à la porte de l'antichambre, et l'on introduisit Silvère dans l'appartement d'Antonine, qui était encore couchée. « Vraiment, seigneur évêque , lui dit-elle , je ne sais ce que )) nous avons fait à vous et à tous vos Romains, pour vouloir )) nous livrer , comme vous avez essayé de le faire, entre les » mains des barbares. De grâce, faites-nous-en connaître les » motifs. )) Le pontife n'eut pas le temps de répondre. Un sousdiacre entra brusquement, lui arracha son manteau, et l'ayant fait passer dans la pièce voisine, on le dépouilla des marques de sa dignité, et on le revêtit d'un habit de moine.
Après cette cérémonie, un autre sous-diacre se rendit dans la salle d attente, où le clergé était resté, et dit aux prêtres : « Mes frères, nous n'avons plus de pape ; il vient d'être dé- )) posé et condamné à faire pénitence dans un monastère. » Étourdis de celte nouvelle, ils s'enfuirent tous avec précipitation, laissant le saint-père entre les mains de ses ennemis.
Bélisaire s'occupa ensuite de faire élire le prêtre Vigile, qui ambitionnait depuis longtemps les honneurs de l'épiscopat. Nous remettons ati règne suivant pour parler de la mort de l'infortuné Silvère.