‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 8 sur 78 · OTHON · texte numérisé non relu

OTHON

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Incertitude dans la chronologie des premiers papes. — Saint Lin est chargé du soin de TËglise de Rome. — Opinions diverses sur la durée de son pontificat. — On lui attribue la règle qui ordonne aux femmes d'être voilées. — Des légendaires prétendent qu'il délivra la fille du consul Saturnin^ possédée du diable. — Son martyre est un mensonge inventé par Usnard. — On lui attribue deux ouvrages remplis d'erreurs grossières et infectés d'hérésie.

D n y a rien de positif dans les premiers siècles sur le ûége pontifical, jua chronologie des auteurs est chargée de variatiom» étonnantes^ et ne met point d'uniformité dans Tordre de la succession des premiers évéques de Rome ; le parti le plus sage est de suivre lopinion qui fait succéder saint Lin à l'apôtre Pierre dans la conduite de l'Ëglise.

Si Ion peut s'en rapporter aux livres pontificaux^ saint Lin était Toscan d'origine^ et son père se nonmiait Herculan. D fut chargé du ministère apostolique en même temps que saint Pierre^ ce qui serait une preuve irrécusable que cet apôtre n était pas le seul évéque de Rome, et qu'il ne pouvait prétendre au titre d'évéque universel. D'autres historiens affirment que saint Lin^ Anaclet et Clément^ étaient tous les trois chargés du gouvernement des fidèles^ et que saint Pierre

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s'était déterminé à prendre Clément pour son successeur^ préférablement à Lin et à Anadei; mais Clément , qui était sans ambition^ craignant que les fidèles qui avaient été too» la conduite de ses collègued M totOussent pas se soumettre à son autorité^ se retira par modestie. Anadet suivit ce bd exemple^ et Lin se trouva seul chargé de l'administration de rÉglise de Rome après la mort des apôtres Pierre et

Paul.

On n'est pas d'accord sur la durée du pontificat de saint Lin, et toutes ses actions sont demeurées dans lobscurité. n mourut vers Tan 67, et fut le premier évêque de TËglise de Rome, selon le sentiment des anciens, qui lui accordent onze ans huit mois et cinq jours de règne ; mais tout est incertain dans ces premiers temps de l'Église.

Tandis que saint Lin travaillait à l'accroissement de la foi , la religion jcmîsaaît d'une grande tranquillité. Sous son pontificat parut une loi qui interdisait aux femmes de se trouveij aux assemblées sans avoir la tête voilée« On lui fait honneur de ce règlement, que la modestie aurait dû perpétuer.

A cette époque les chrétiens n'avaient pas encore la liberté de se réunir dans des temples pour l'exercice de leur religioA«

L'opinion la plus répandue est que saint Lin reçut la oon* ronne du martyre vers la fin de Tannée 7S, 1& durée de son épiscopat ne pouvant compter que depuis la mort de saint Pierre. BaiUet avoue que cette opinion a ses difficultés, et que saint Lin ne survécut à Pierre que d'un an ou deux, ou même qu'il mourut avant cet apôtre. Le père Pagi croit qu'il périt dans l'aifireuse persécution de Néron et qu'ii fût ooiw

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damné à mort par le consul Saturnin, après atofr délivré sa fille, qui était possédée du démon.

Nous devons seulement observer , au milieu de ees contradictions, que Lin ne fut honoré dans Tfllglise comme martyr que depuis le neuvième siècle , et qu'avant cette époque saint Télesphore était regardé comme le premier pape qui périt par le glaive.

Enfin on est partagé sur Tordre de la succession de saint Lin. Les uns veulent que saint Glet lui ait succédé ; d'autres prétendait que ce fut saint Clément qui devint le successeur immédiat de saint Pierre. Toutes ces variations jettent une grande obscurité dans l'histoire et empêchent de reconnaître la vérité.

On lui attribue deux ouvrages écrits en grec sur les martyres de saint Pierre et de saint Paul , pour l'édificadon des Églises d'Orient. Mais les savants conviennent que ces livres, remplis d'erreurs grossières et de fables ridicules , ne sont , point de cet évéque. Platine affirme avec une bonne foi singulière^ que Lin a écrit une Vie de saint Pierre, où il parle du combat de cet apôtre avec Simon le Magicien.

Quelques années avant la mort de saint Lin eut lieu la prise de Jérusalem par Tite. Cette malheureuse ville, livrée aux fureurs des guerres religieuses, labourée en tous sens par des bandes de fanatiques qui forgeaient les vieillards^ attentaient à la pudeur des femmes, et se liATaient aux crimes les plus épouvantables^ vint mettre le comble à tous ses désastres en se déclarant en révolte contre l'empire romain. Tite marcha à la tète des troupes pour soumettre les rebelles; il envahit . la Palestine» attaqua Jérusalem, et se rendit maître succesat^

vement de la première et de la seconde enceinte qui entou* raient la ville; mais à la dernière , il éprouva une résistance tellement opiniâtre qu'il se vit obligé , après avoir livré sept assauts^ d'entreprendre un si^e régulier. Toutes les communications forent interceptées entre la ville et les campagnes : bientôt les provisions s'épuisèrent et la faim se fit sentir; mais la haine que les Juifs portaient aux Romains était si grande y qu'ils résistèrent aux horreurs de la famine et se nourrirent avec la chair des chevaux et des chiens ; lorsque ces aliments vinrent à manquer , ils se jetèrent sur les choses les plus immondes; ils mangèrent de la paille, du foin, jusqu'au cuir de leurs sandales; ils dévorèrent même des cadavres! On raconte que pendant ce si^e, une fenmie noble appelée Marie, fille d'Eléazar , ne pouvant résister aux tortures de la faim t prit son en&nt au berceau et le fit rôtir; déjà elle en avait mangé la moitié , lorsqu'une bande de soldats attirés par l'odeur pénétrèrent chez elle , et la menacèrent de l'^orger -si elle ne leur livrait la viande qu'elle avait cachée. Cette malheureuse mère ouvrant alors la porte d'une chambre où gisaient les restes de cet horrible repas : (( Prenez donc , leur dit-elle , voici la meilleure part que je vous ai conservée ! » et aussitôt elle tomba morte. Enfin les Romains livrèrent un nouvel assaut et franchirent la troisième enceinte : tous les habitants furent passés au fil de l'épée, le temple fot détruit, la ville entièrement rasée , et, suivant l'usage , les Romains y passèrent le soc de la charrue. Tite ne laissa debout qu* un pan de la muraille d'occident et les tours Hippique, Phazaêl et Mariamne , afin qu'elles servissent à transmettre aux générations futures le souvenir de sa victoire*

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