‹ Histoire des papes (volume 3)Chapitre 7 sur 78 · HISTOIRE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SAINT PIERRE

Les proteBtants soutiennent an contraire que l*ËgIise qui choisit toujours son chef parmi des hommes sujets à l'erreur et au mensonge ne peut revendiquer pour son pontife la sagesse divine qui ne se trompe jamais.

Enfin , la troisième s'élève sur le pouvoir que s attribuent les prêtres d'absoudre les pécheurs.

Les protestants ne reconnaissent qu'à Dieu seul la puissance d'absoudre les hommes de leurs fautes, et regardent comme un abus intolérable les indulgences accordées par les évèques de Rome.

Tel est l'état des trois questions agitées entre les catho-^ liques et les protestants.

Après la glorieuse profession de foi de saint Pierre et les promesses sublimes faites à cet apôtre^ Jésus prévint ses disciples qu'il devait souffrir la mort à Jérusalem. Pierre lui représenta que le Fils de Dieu ne pouvait pas mourir^ et le Seigneur, qui venait de le déclarer bienheureux, l'appela Satan, lui imposa silence et le fit marcher derrière les apôtres. Cette mortification est la seule punition qui lui fut infligée, et elle ne lui fit rien perdre de la faveur du maître , qui le choisit pour être témoin de sa transfiguration.

La veille du jour où Jésus devait souf&ir la mort , Pierre et Jean préparèrent la pâq[ue. Le Sauveur se mettant en devoir de laver les pieds à ses disciples, le chef des apôtres se refîisa à l'acte d'humilité de son maître; mais sa résistance cessa dès que le Messie lui eut déclaré qu'il ne pourrait avoir part au royaume des cieux s'il ne consentait point à recevoir cette ablution. Alors Pierre présenta à Jésus non-seulement ses pieds, mais encore ses mains et sa tète.

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Dans ce dernier repas^ le Sauveur dit à Pierre que le démon avait demandé à le tenter^ mais qu'il avait prié son Père afin que sa foi ne défaillît point. La pâque étant faite^ Jésus sortit; et Pierre lui demandant où il voulait aller : « Je vais, lui dit » le Seigneur^ où vous ne pouvez me suivre. » Mais Pierre répondit : « Seigneur , je suis prêt à aller avec vous^ en pri- » son et à la mort même. »

Résolution généreuse dans laquelle il ne persévéra pas longtemps; car s'il eut assez de courage pour couper loreille' à Malchus^ domestique du grand prêtre Caiphe, il eut aussi la lâcheté de renier son maître jusqu'à trois fois devant une servante qui lui demandait s'il n'était pas aussi un des disciples de Jésus. Bientôt il effaça cette marque de faiblesse par la sincérité de son repentir et par l'abondance de ses larmes^ et il devint ensuite le plus zélé prédicateur de la foi chrétienne.

Les membres de la nouvelle Église n'avaient alors qu'un cœur et qu'une âme : tous leurs biens étaient communs. Ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient^ et en remettaient l'aident aux apôtres pour le distribuer aux pauvres. Il arriva qu'un nommé Ânanias^ de concert avec Saphira sa femme ^ a}'ant vendu un héritage^ retint une partie du prix et apporta le reste aux apôtres. Mais Pierre^ éclairé par l'esprit divin^ leur reprocha leur faute, et ils tombèrent frappés de mort.

U serait difGcile de déterminer Tannée de la fpndation de l'église d'Antioche : cependant il est incontestable que saint Pierre établit une espèce de résidence en cette ville, dont il a toujours été regardé comme le premier évèque*

Après avoir prêché quelque temps à Àntioche^ il revint à Jérusalem à l'époque où la famine prédite par le prophète Âgab commençait à affliger le pays. Alors Hérode Agrippa^ voulant se concilier FaiTection des Juifs en affectant un grand zèle pour leur loi^ suscita contre TËglise une seconde persécution j plus terrible que celle qui avait suivi le mai*tyre d'Etienne.

Saint Jacques, frère de Jean TËvangéliste, fut une des premières victimes. Pierre lui-même fiit jeté en prison et condamné à subir le dernier supplice : mais un ange du Seigneur ^ ouvrit les portes de son cachot, brisa ses chaînes et le mit en liberté. Depuis cet événement jusqu'au concile de Jérusalem, qui se tint sept ans après, l'Ëcriture gainle un profond silence sm* toutes les actions de saint Pierre. Peutrètre s'occupa-t-il à revoir les églises qu'il avait fondées en Asie et à confirmer les fidèles dans la foi.

On suppose qu'il vint ensuite à Rome pour combattre l'idolâtrie , et les orthodoxes placent son premier voyage vers l'an 48 de Jésus^hrist. D'autres prétendent fixer ce temps célèbre à la première année de l'empereur Claude, ou au commencement du règne de Néron. Avant de Vouloir disputer sur l'époque, il serait nécessaire de prouver la réalité de ce voyage : il n'en est pas question dans le Nouveau Testament; et si on allègue les Ecritures contre les prote»* tants, ils répondront que ce ne serait pas la première erreur qu'elles auraient autorisée.

Enfin, les variations que l'on trouve dans la chronologie des divers auteurs qui ont parlé de ce voyage font naître de grands doutes.

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Nous sommes forcés d'admettre les raisons des prolestants qui combattent avec opiniâtreté Texistence du voyage de saint Pierre à Rome. Ils contestent aussi au pape une primauté de juridiction sur ses collègues^ et s appuient sur les paroles de Jésus-Christ à ses apôtres : <( Que celui qui veut être le pare- » mier d'entre vous soit le. dernier. Les nabMXis ont des » princes qui les dominent ; mais il n'en sera pas ainsi de )) vous. »

Et quand même on parviendrait à prouver que saint Pierre était prince des apôtres^ et qu'il avait autorité sur toute l'Ëglise^ les protestants seraient en droit d'exiger qu'on leur démontrât qu'il établit l'exercice de sa juridiction à Rome^ et que les papes ont succédé à tous ses privilèges , quoiqu'ils ae soient éloignés des préceptes sublimes de l'Ëvangile.

D'ailleurs, autant qu'on peut en juger par le dernier chapitre des Actes des Apôtres, et par toutes les Ëpitres de saiàt Paul, nous devons croire qu'il vint dans la capitale de l'empire avant saint Pierre ; mais les pontifes ont un grand intérêt à soutenir le contraire et à persuader qu'ils sont les héritiers universels de saint Pierre et ses successeurs immédiats : ils ont même osé affirmer que le siège papal de cet apôtre était de bois, et ils l'exposaient dans une église à la vénération des peuples ; fourberie qui ne mérite pas d'être réfotée.

Saint Marc l'évangéliste, fort attaché à saint Pierre , dit dans ses Actes qu'il lui servait d'interprète. Cette assertion détruit la croyance du miracle du don des langues, car l'apôtre n'aurait pas alors compris et parlé le langage de tous les pays. Sans nous arrêter aux difficultés qui peuvent naître

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de cette remarque ^ nous rapporterons les saitiments de auteurs sacrés sur le prétendu voyage de ^ saint Pierre Rome.

Suivant leurs légaides, il existait dans la capitale de l'empire un célèl»*e imposteur, appelé Simon le Magicien/ qui osait s anncMicer comme le Père étemd. A Tyr^ il avait fait sortir d'an lieu iniame une prostituée noounée Hélène , qu'il disait être sa prisée ou sa parole, que les anges rebelles avaient retenue sur la terre en la faisant passer de corps en corps dans diverses femmes» U assurait qu'elle était la fapm^ise Jlélène de la guerre de Troie ^ et que les hommes qui croiraiimt en elle obtiendrai^t la mîsérioorde et le salut«

n soutenait, avec une égale impudence/quil était venn a Jérusalem^ comme le Fils de Dieu^ à Samarie^ comme Je Père, et chez les autres nations , comme le Saint-Esprit.

Telle était la doctrine aussi ridicule qu'impie de Simon le Magici^i. La tradition assure que cet imposteur vint à Rome, sous le règne de Femperair Claude ; et Justin martyr, dans sa seconde Apologie, reproche aux Romains dé l'avoir adoré comme un dieu , en lui élevant une statue , dont l'inscription portait : Simoni Deo sancto. Baronius observe que , sous Grégoire XIII , on trouva dans l'ile du Tibre une pierre sur laquelle était gravée une autre inscription : Semoni Sanco Deo. Or, comme il y a beaucoup d'apparence que les anciens Romains avaient dressé une statue au dieu qu'ils nommaient indifféremment quelquefois Sancus ou Sangus, Fidius et Semo, Justin, trompé par les premiers chrétiens, pourrait s'être imaginé que cette statue avait été érigée en Thonneur de Simon le Magicien*

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Cette conjecture doit avoir pour nous la fwce d'une preuve, et détruit entièrement la fable du combat de saint Pierre et de Simon.

Les légendes des saints affirment que lapfttre se rendit à Rome pour combattre le magicien; que l'ayant convaincu de mensonge en présence du peuple et de l'empereur Néron, il commanda à un ange d$ le frapper, et que l'imposteur périt misérablement. D'autres disent que Simon se vanta de faire plus de miracles que saint Pierre, et qu'il s'éleva dans les airs, porté par le diable ; mais les deux apôtres Pierre et Paul, s'étant mis en prières, invoquèrent le nom de Jésus* Christ, et les démons, épouvantés, laissèrent tomber le magicien, qui eut les jambes brisées de cette chute. Si cette fable a\ait quelque fondement, et si les Romains avaient vu périr Simon à la prière de l'apôtre, n auraient-ils pas plutôt érigé une statue à Simon Pierre qu'à Simon le Magicien? Ainsi, la preuve qu'on tire de ce fait supposé se trouve entièrement détruite. D'ailleurs , toutes les contradictions que l'on remarque \dans les divers auteurs sur lesquels on s'appuie, démontrent évidemment que ce voyage est une fraude pieuse.

La première letti*e de saint Pierre est datée de Babylone; ce qui a porté quelque visionnaire à dire qu'il donnait ce nom à la capitale de l'empire.

Peu de temps après que l'apôtre eut écrit sa première Ëpitre, l'empereur Claude chassa les Juifs de Rome, parce qu'ils excitaient de violentes séditions à l'occasion de la doctrine du Christ.

On suppose que l'édit de l'empereur obligea Pierre à

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retoumer en Judée ; car il était à Jérusalem lorisque saint Paul, député de l'église d'Ântioche, avec Barnabe et Tite, y vint consulter les apôtres et les anciens.

Quelques Juifs convertis soutenaient la nécessité de la circoncision pour être sauvés. Ds avaient été séduits par Gérinthe, faux frère et faux apôtre, qui, par un zèle aveugle, excitait des querelles religieuses, et prétendait assujettir les fidèles à toutes les observances de la loi mosaïque. Les apôtres résolurent de s'assembler pour en délibérer , et ils formèrent la première assemblée chrétienne , qui fit des statuts pour lever les scrupules des consciences timorées.

Non-seulement les apôtres et les prêtres entrèrent au concile, mais les simples fidèles y donnèrent leurs voix, et la question fut décidée du consentement unanime de l'église de Jérusalem. Cet usage est maintenant aboli , et les pontifes de Rome ordonnent aux peuples de suivre aveuglément les lois qu'ils ont prescrites.

Saint Paul et saint Barnabe retournèrent à Ântioche, où Pierre vint les rejoindre peu de temps après : il se conforma au décret du concile de Jérusalem, vivant comme les gentils, sans s'arrêter à la distinction des viandes prescrites par la loi. Cet apôtre était si peu infaillible, que des chrétiens juifs étant venus de Jérusalem, il se sépara des gentils, et ne mangea plus avec eux, par une espèce de feinte et de dissimulation, qui doit nous faire supposer que l'observation de la loi était nécessaire au moins pour les Juifs. « H détruisait en quelque » sorte ce qu'il avait édifié lui-même dans le concile de Jéru- » salem, et renversait la discipline qu'on venait d'établir. » Mais saint Paul lui fit comprendre sa faute, et lui résista^

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comme il Técnvit aux Galates : « GéphM étant vmm à A»- )) tioche^ je lui résistai en &oe, parce qu'il était répréhen- )) sible. Je lui dis : Si tous^ qui ^es né juif ^ vivez comme les )> gentils convertis, pourquoi voulez-vous contraindre les » gentils à judaïser? »

Saint Pierre reçut cette remontrance avec une douceur et une humilité admirables. II ne se prévalut point de sa primauté ; il ne considéra point que Paul avait pwsécuté l'Eu glise, qu'il était son inférieur^ plus nouveau que lui dans ra*postolat. Il céda aux obser\'ations qui lui étaient adressées, et changea de sentiment ou plutôt de conduite. Ce praniw pour tife ne s'arrogeait pas le droit d'imposer ses volontés aux fidèles, et ne contraignait pas l'Église à se soumettre à ses décisions.

Après avoir donné le récit des actions de saint Pierre suivant les Ecritures, nous devons rapporter les diffîrentes tra^ ditions que nous avons sur cet apôtre : Lactance prétend qu'il a fait un second voyage à Rome, vingt-cinq ans après la passion du Sauveur; ce qui a donné lieu à l'erreur des vingtcinq années de son pontificat. Il ajoute qu'il fit un dm'nier voys^e à Jérusalem vers l'an 63, pour nommer un success^ir à saint Jacques, dit le Mineur, qui avait été le premier évèque de cette ville, et qu'il retourna depuis à Rome, où il continua de prêcher avec succès. On ne sait rien de positif sur ce premier chef de l'Ëglise, depuis l'an 51 jusqu'au temps de sa mort, c'est-à-dire pendant un ei^mce de quinze ans» Les orthodoxes prétendent qu'il reçut la couronne du martyre^ comme le Christ le lui avait prédit : a Tu seras lié par un )) autre et mené où tu ne voudras pas aller. » Nais on n'a

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aucune prenve que son sang ait été répandu à Rome, malgré les assertions de Baronius, de Fleury^ etc. BaiUet affirme que les deux apôtres Pierre et Paul furent martyrisés le même jour, et conduits à la prison de Mamertin, qui était au pied du Gapitole. Mais d après la relation d'un religieux bénédictin qui a fait un long séjour dans la capitale du monde chrétien, il paraîtrait que l'endroit désigné encore aujourd'hui sous ce nom resseinble très-peu à une prison, et serait au contraire un de ces anciens cloaques où se déchai^eaient les ordures de la ville.

L'opinion générale sur le martyre de saint Pierre est qu'il fut crucifié la tète en bas. On fixe sa mort à l'an 66. Saint Augustin dit que cet apôtre alla au supplice en montrant de grandes marques de faiblesse.

La seconde Épître qu'il écrivit avant sa mort présente les mêmes incertitudes que sa première lettre de Babylone ; on ignore même dans quelle année ce précieux trésor fut confié à l'Eglise. Elle est adressée aux fidèles dispersés dans l'Asie^ le Pont, la Cappadoce et les provinces voisines. Il leur recommande de suivre la morale des prophètes et des autres apôtres, et de se préserver des faux prêtres qui niaient Jésus-Christ, blasphémaient contre la Divinité, et s'abandonnaient aux débauches les plus inâmes. L'apôtre désignait ainsi les nicolaîtes , qui prenaient leur nom de Nicolas, l'un des sept premiers diacres de Jérusalem, chef d'une secte où les hommes méprisaient le mariage et se livraient à des actes monstrueux de sodomie.

Ces hérétiques mangeaimt sans scrupule les viandes offertes aux idoles; ils soutenaient que le Christ n'était pas le

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fils de Dieu le Père , et que le Créateur était soumis à la puissance suprême de la déesse Barbelo , qui habitait un ciel huit fois plus éleyé que le ciel chrétien ; ils prétendaient qu'elle avait enfanté le dieu Jaldabaoth ou Sabaoth » qui s'était emparé du septième ciel et qui criait aux dieux inférieurs : « Je » suis le premier et le dernier , il n'existe point d'autre do- » minateur que moi. » Us publiaiei^ des livres et de prétendues révélations sous le nom de Jaldabaoth , et assignaient des dénominations barbares à la multitude de princes et de puis* sances qu'ils plaçaient dans chaque ciel.

Ces fanatiques considéraient les actes et les personnes divines y la Trinité » la Y iei^e , le péché originel , l'incarnation du Christ et les dogmes mêmes de la religion , comme des mythes dont ils donnaient des exphcations souvent bizarres et parfois sublimes.

Pour le penseur et pour le philosophe, l'existence du schisme des nicolaîtes dès les premières années du christianisme est une preuve irréfragable que la religion catholique n'avait pas été établie d'une manière immuable par son auteur , et qu'elle subissait un travail d'organisation qui demanda plusieurs siècles pour s'accomplir.

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