PAPE, LOUIS XII
empereur d'AllemagDe. roi de France.
Exaltation de Jules II. — Caractère de ce pontife. — Ambassades des souverains au nouveau pape. — Sa Sainteté permet au prince de Galles d'épouser la veuve de son frère. — Bulles sur les élections des papes. — Ligue formée par le saint-père contre les Vénitiens. — Jules II fait de grands préparatifs de guerre. — H reprend Pérouse et Bologne. — Fourberies du saint-père. — 11 excommunie les Vénitiens. — Il force la sérénissime république à ^e soumettre au saint-siége. — Louis XII se laisse indignement tromper par le pape. — Accord entre Jules II et les Vénitiens. — Le pontife déclare la guerre au duc de Ferrare. — Il assiège la Mirandole et monte lui-même à l'assaut, le casque en tête et Tépée au poing. — Sa Sainteté accorde l'investiture du royaume de JVaples à Ferdinand le Catholique. — Maximilien songe à réunir en sa personne l'autorité spirituelle des papes et la puissance tem- {X>relle des empereurs. — Les Bolonais brisent les statues du 5aint-père. — Assassinat du cardinal de Pavie. — Les cardinaux <:onvoquent à Pise un concile pour déposer Jules II. — Le pape appelle à son secours le roi d'Espagne. — Lettre des cardinaux de Pise à ceux de Rome. — Origine de la ligue sainte. — Journée de Ravenne. — Le pape est suspendu par le concile de Pise. — Jules met le royaume de France en interdit. — Intrigues du pape. — Concile de Latran. — Sa Sainteté veut publier une croisade contre les Espagnols. — Mort de Jules 11.
Dès que les funérailles du vertueux Pie III furent termi-
nées, les cardinaux s'occupèrent de nommer un nouveau pape; et les mêmes partis qui aA^aient intrigué lors de l'élection du cardinal Piccolomini se remuèrent pour faire triompher leur candidat; seulement, au lieu de trois factions il y en eut cinq; César Borgia^ qui avait recouvré ses forces, prenait pari aux élections; et de leur côté , les Orsini s'agitaient pour faire nommer un pontife de leur choix. Mais le cardinal de Saint-Pierre aux Liens , Julien de la Rovère, intrigua si habilement et sut répandre si à propos Tor, les menaces et les promesses , qu'il se déclara pape lui-même avant que les cardinaux se fussent assemblés au Vatican, attendu, disait-il effrontément, qu'il avait acheté toutes les voix du sacré collège; en effet , il fut proclamé chef de l'Église sous le nom de Jules II, quelques heures après la formalion du conclave. Le lendemain, il subit les épreuves de la chaise percée , et immédiatement après il s'assit sur la chaire de saint Pierre comme vicaire de Dieu , pontife infaillible et souverain Père des fidèles.
Varillas rapporte que Julien de la Rovère, pour mettre César Borgia dans ses intérêts, lui avait déclaré qu'il était son véritable père, et qu'il lui avait montré de fausses lettres de Rosa Vanozza confirmant cette singulière confidence; qu'il s'était engagé à le traiter comme son (ils, s'il parvenait à la papauté; qu'enfin il lui avait promis la charge de gonfalonnier de TËglise et de généralissime des troupes du saint-siége. Or, soit que le duc de Valentinois eût élé convaincu de la vérité des assertions du cardinal de la Rovère, et qu'il eût voulu protéger son père, soit qu'il se fût laissé séduire par l'espérance de posséder les deux plus hautes di-
gnités de la cour de Rome , toujours est-il qu'il ordonna aux prélats de sa faction de reporter leurs voix sur le cardinal de Saint-Pierre. En outre, Julien de la Rovère gagna à son parti le cardinal d' Ascagne en s'engageant par un traité à rétablir les Sforza dans Milan ; et le cardinal Carvajal en lui promettant de maintenir le royaume de Naples sous la domination de Ferdi* nand le Catholique ; quant aux autres électeurs, sa Sainteté, ajoute l'historien, les avait achetés à beaux deniers comptant.
Si Ton en croit Érasme et Hadrien, le nouveau pape avait été batelier, comme son oncle Sixte lY; et Bandel affirme qu'il se vantait même d'avoir couru la mer sur une barque de pêcheur, non, comme saint Pierre, pour prendre du poisson, maisen forban, pour enlever de jeunes filles qu'il vendait aux Turcs, ou pour piller les navires marchands.
D'un caractère turbulent, audacieux et vindicatif, Julien de la Rovère ne s'était fait connaître à Rome que par ses haines implacables, par son incroyable duplicité el par sa soif de domination ; aussi regarda-t-on son élection comme une calamité publique.
Qu'importait à ce prêtre l'amour ou la haine des hommes? il était pape, et pouvait faire servir à la réussite de ses projets toutes les armes spirituelles et temporelles de l'Église, c'està-dire le fanatisme, la fourberie, la trahison, le fer et le feu.
Aussitôt que la nouvelle de l'élévation de Jules II sur la chaire pontificale fut connue en Europe, les souverains des différents royaumes s'empressèrent de lui envoyer leurs ambassadeurs pour le féliciter. Les rois d'Angleterre et d'Espagne lui firent demander en même temps des dispenses pour le mariage du prince de Galles , qui fut depuis Henri VIII,
avec Catherine d'Aragon, veuve du prince Arthur. Sa Sainteté , qui désirait vivement obtenir l'appui de ces deux monarques, déclara, au mépris des canons, qu'une femme pouvait épouser successivement les deux frères ; et sans avoir égard à la décision des cardinaux, qui lui était contraire, Jules II publia la bulle de dispense le 36 décembre 1505. Ensuite il s'occupa de mettre à exécution ses projets d'envahissements, et commença par sommer son prétendu Gis César Borgia de lui livrer les châteaux et les places qu'il possédait dans la Romagne. Comme le duc de Yalentinois hésitait à obéir, il le lit arrêter dans son palais , et ne lui rendit la liberté qu'après la remise de toutes ses forteresses au saint-siége.
César, comprenant que son règne était passé, quitta Rome et vint demander aide et secours à Gonzalve de Cordoue; mais ce général, aussi perGde que Ferdinand le Catholique , son maître, trahit le duc de Yalentinois, et au lieu de le faire passer en France, comme il s'y était engagé, au moment même où César s'embarquait pour Marseille, il le fit arrêter et l'envoya en Espagne, où il fut enfermé, par ordre du pape, dans le château de Médina del Campo. Après deux ans de captivité, César réussit à s'échapper, et vint a la cour de Jean d'Albret, roi de Navarre, son beau-frère, qui combattait ^alors contre les Castillans ; il voulut prendre part à cette guerre, et périt misérablement d'un coup d'arquebuse devant la petite ville de Yiane.
Telle fut la triste fin de celui qui avait été sur le point de cou\Tir son front du diadème des empereurs, et qui avait tenu dans ses mains le sort du monde entier ! A quoi avaient abouti tant de ruses, tant d'assassinats, tant de crimes ? à vemr