DISTOIRE DE JULES II
recevoir le coup de la mort sur une terre étrangère » comme un soldat mercenaire !
Jules II ne voulut pas suivre Fexemple d'Alexandre VI et proscrire les grandes familles de Rome; au contraire, il chercha à les attacher à son parti , et dans ce but il maria sa fille Félicie à Jourdain des Ursins^ et il donna à Antoine Golonna une autre de ses filles , nommée Lucrèce , qu'il avait eue de ses amours incestueux avec Lucine, sa sœur. Quant aux petits princes de la Romagne, il ne crut pas devoir user des mêmes ménagements; d'abord il somma les Bentivc^li de lui restituer Bologne; et sur leur refus, il les déclara anathématis^, autorisa les fidèles à piller leurs biens, à ra« vager leurs terres , et même à les massacrer, promettant des indulgences plénières et la rémission des plus grands crimes à ceux qui pourraient tuer un des membres de cette famille. Ensuite il revendiqua la possession des différentes provinces qu'Alexandre VI avait enlevées , et il commanda aux seigneurs de Pesaro , de Gamerino, de Piombino, de Gittà di GastellOf et aux autres princes qui s'étaient réinstallés dans leurs domaines depuis la mort de Roderic Borgia, de lui remettre immédiatement les villes et les forteresses de leur dépendance. Tous refusèrent d'obéir à sa Sainteté; ils firent valoir que leurs terres avaient été séparées canoniquement des états ecclésiastiques par les cardinaux mêmes d'Alexandrea et qu'ils n'étaient tenus qu'à payer un tribut annuel à l'Ëglise* Venise surtout se montra récalcitrante; la sérénissime république signifia au pape qu'elle ne rendrait pas une seule des villes quelle avait conquises, et qu'elle ne payerait pas un
seul Jules d'or à titre d'impôt ou de tribut.