‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 24 sur 33 · PAPE · texte numérisé non relu

PAPE

HEITRI II,

empenor d'AUemagne.

roi de France.

Élection de Paul lY. — Son histoire avant son pontificat. — Il augmente le pouvoir des inquisiteurs. — Mort et épitaphe d'Ignace de Loyola. — Sa Sainteté demande à la reine Marie la restitution des biens enlevés à l'Église. — Ligue entre le pape et la France.

— Orgueil et insolence du pontife. — Son hypocrisie et sa dis- * simulation. ^^ Il s'oppose à l'abdication de Charles-Quint. —

Légation du cardinal Carafla, neveu du pape, auprès de la cour de France. — Persécutions contre les Golonna. — Paul IV rallume la guerre en Italie. — Disgrâce du cardinal Polus. — Violentes accusations contre les réformés de France. — Procédure du pape contre ses neveux. — Insolence de Paul IV envers la reine Elisabeth d'Angleterre. — Querelle entre l'empereur et le pape. —

— Sa Sainteté fait brûler les livres protestants. — Mort du souverain pontife.

Dès qu'on eut connaissance en Angleterre de la mort du saint pape Marcel , des ambassadeurs partirent immédiatement de Londres pour faire élire souverain pontife le cardinal Polus, qui était sans contredit l'ecclésiastique le plus capable d'occuper le saint-siége ; mais quelque diligence qu'ils firent, ils ne purent arriver à temps , et quand ils entrèrent à Rome, le cardinal Chieti avait déjà réuni la majorité des suffrages

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dans le conclave, et venait d'être proclamé pape sous le nom de Paul IV.

Le nouveau pontife^ Jean-Pierre GarafTa , était né à Naples d'une famille originaire de Hongrie. Dès sa plus tendre jeunesse on l'avait fait entrer dans un couvent de dominicains , où il avait puisé le caractère cruel et inexorable qui était le signe distinctif de cet ordre de religieux. Quand il eut terminé ses études, il se rendit à Rome, auprès du cardinal Olivier Caraffa , son cousin , qui Tinitia aux intrigues de la cour apostolique et le recommanda à Jules H. Ce pape lui accorda Tévéché de Chieti, et le chargea d'aller complimenter Ferdinand le Catholique , dans la ville de Naples, lors de son arrivée dans le royaume. Léon X lui donna ensuite la nonciature de l'Angleterre , avec la charge de collecteur des deniers de saint Pierre ; pendant trois années il pilla le royaume de la Grande-Bretagne ; après quoi , il fut envoyé en Espagne^ auprès de Ferdinand, dont il obtint les bonnes grâces à cause des moyens ingénieux qu'il lui enseignait pour arrivera grossir le nombre des victimes de Tinquisition, et par conséquent à accroître ses revenus. Adrien VI le rappela à Rome et lui confia des charges importantes. Sous le pontiûcat de Clément Vil, il créa l'ordre des thcatins pour combattre les hérétiques ; mais cet institut de religieux s'éclipsa devant celui des jésuites ; et lui-même abandonna les théatins pour devenir le protecteur de la compagnie de Jésus. Enfin Paul III lui donna le chapeau de cardinal en témoignage de sa reconnaissance, et comme récompense du concours qu'il lui avait prêté pour l'établissement des tribunaux de l'inquisition dans l'Italie. En dernier lieu, il devint grand inquisiteur de Rome, et présida

Todieux tribunal qu'il appelait le nerf de la puissance du saint-siége.

Aussitôt qu'il fut couronné, Paul IV s'occupa de donner une énergie nouvelle aux persécutions religieuses ; il agrandit les prisons , doubla le nombre des juges , et prit ses mesures pour ne pas laisser reposer les bourreaux. D'abord il publia une bulle d'excommunication contre ceux qui s'éloignaient dans les moindres paroles de la doctrine professée par l'Église catholique romaine; ensuite il prononça contre les fidèles suspectés d'hérésie des peines spirituelles et temporelles plus terribles qu'aucune de celles qui avaient été promulguées jusqu'à cette époque; il déclara que les princes, les rois, les empereurs, les évêques, les archevêques et les cardinaux mêmes subiraient la torture et monteraient sur le bûcher, s'ils étaient reconnus coupables par le saint-office.

Un semblable début répandit la consternation dans toute la chrétienté et souleva l'indignation des peuples et du clergé; les jésuites seuls entonnèrent les louanges du pontife et annoncèrent partout que le trône de l'Apôtre était enfin occupé par un grand pape qui comprenait cette sublime vérité : a 11 » vaut mieux anéantir l'humanité que de permettre qu elle » se perpétue dans l'erreur ! » Sa Sainteté se montra reconnaissante envers ses séides ; elle les combla d'honneurs et de richesses, fit élever pour eux, dans l'enceinte de la ville, deux superbes collèges, appelés le Romain et le Germanique, et leur donna de magnifiques villas dans les environs. Ce fut au milieu de tous ces triomphes que mourut Ignace de Loyola, épuisé par les fatigues et par les maladies. Plus tard, fun des successeurs de Paul lY le déclara bienheureux, et

un autre pontife, Grégoire XV, le mit au rang des saints à miracles. Voici Finscription orgueilleuse que ses disciples placèrent sur son tombeau : « O toi qui regardes le grand » Pompée, César et Alexandre, comme des êtres extraordi- » naires, ouvre les yeux à la vérité, et tu verras qulgnace a » été plus grand que tous ces conquérants! »

Après la mort de Loyola , on élut pour lui succéder au généralat de la société le savant jésuite Laynez, Tun de ses disciples chéris.

Paul IV s'occupa ensuite de donner audience aux ambassadeurs de la reine Marie , qui avaient pour mission de prêter serment de fidélité entre les mains de sa Sainteté. Les députés anglais furent reçus en consistoire public et astreints à un cérémonial humiliant; on les obligea à baiser les pieds du pape , à se mettre devant lui à genoux , et à lui confesser dans cette position, un à un, tous les prétendus crimes de la nation anglaise envers la papauté ; ils avouèrent humblement que leurs concitoyens avaient payé d'ingratitude les bienfaits du souverain pontife, et ils demandèrent l'absolution de leurs forfaits. Paul, satisfait de leur condescendance , leur permit alors de se relever, et reçut de leurs mains les lettres de Marie; mais il n'eut pas plus tôt aperçu en ouvrant la dépêche que la princesse s'intitulait reine d'Angleterre et dlrlande , qu'il entra dans un accès décolère furieuse, s'écriantque leur maîtresse était bien hardie d'oser prendre le titre de reine d'Irlande sans en avoir reçu l'autorisation du pape ; et sur l'heure il les fit chasser du Vatican.

Dans cette même séance , sa Sainteté créa trois cardinaux de sa lamille; entre autres un de ses arrière-neveux, à peine

âgé de seize aiis, et qu'il avait déjà nommé archevêque de Naples. Comme le cardinal de Saint-Jacques voulait adresser des observations à ce sujet et représenter au pape qu'il ne tenait pas les engagements qu'il avait contractés lors de son élection^ Paul IV, qui était vigoureux et agile , s'élança de son siège, prit le prélat par son camail, l'arracha de son banc» l'entraîna jusqu'au milieu de la salle, et lui assena un coup de poing si vigoureux que le sang jaillit et inonda son visage et ses vêtements.

Après cette scène scandaleuse , les cardinaux se retirèrent m tumulte, et publièrent qu'ils ne reparaîtraient plus en consistoire ; néanmoins la crainte des supplices les fit manquer à l^ir résolution, et ils reprirent le cours de leurs séances habituelles.

Depuis leur expulsion du Vatican, les ambassadeurs anglais avaient évité de se présenter devant le pape ; mais bientôt un ordre de leur lâche souveraine les contraignit à faire de noavdles démarches auprès de sa Sainteté pour obtenir un hre£ d'investiture de l'Irlande ; cet acte de condescendance codta au peuple de la Grande-Bretagne deux cent mille écus. La bulle fot remise aux envoyés de la reine Marie en audience SûleimeUe par le saint-père, qui leur donna en outre sa bénédiction ; Paul ajouta toutefois , avant de les congédier : (( C'est en témoignage de l'afiection paternelle que nous por- (ODS à Marie et à Philippe, que nous érigeons l'Irlande en » royaume, et cela par la puissance suprême que nous tenons » de Dieu, qui nous a placé au-dessus des trônes et des na- )) lions; néanmoins nous nous réservons de révoquer le décret ^ é*uueatiÊÊre si votre reine ne se hâte de restituer au clen;é

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» ti)DS les biens qui lui ont été enlevés, et si elle ne nous fait n point payer le denier de saint Pierre ; car nous nous troii- » verions forcé de mettre la Grande-Bretagne en interdit, )i pour montrer aux Anglais que lÂpôtre ne leur ouvrira pas » les portes du ciel , s'ils ont la sacrilège audace de retenir n son patrimoine sur la terre. »

Malgré cette menace dinterdiction , les seigneurs anglais refusèrent de consentir à la restitution des biens ecclésiastiques^ et la fanatique Marie n'osa employer la violence pour les y contraindre ; elle se contenta de rendre aux Églises les domaines dont Henri VIII et son frère le jeune Edouard IV s'étaient emparés et qu'ils avaient réunis aux biens de la couronne. Peut-être doit-on attribuer la tiédeur que la reine Marie montra dans cette circonstance à l'influence qu'exerçait sur elle Philippe son mari, qui était déjà instruit des menées de la corn* de Rome et des projets ambitieux du nouveau pape sur le royaume de Naples.

En effet sa Sainteté, sous prétexte de vouloir enlever aux protestants les privilèges qui leur avaient été accordés dans la dernière diète d'Augsbourg, lit scission avec Charles- Quint, et rechercha ouvertement l'alliance de Henri IL En même temps le cardinal Charles Carafi'a et son frère Jean, ses neveux^ qu'il avait créés l'un duc de Palliano, l'autre capitame général de l'Église, ainsi que son troisième neveu Antoine, qui était en possession du marquisat de Montebello, enlevé aux comtes Guidi , réunirent secrètement des troupes et se préparèrent à envahir les états de Naples , que gouvernait alors Mendoza. Fort heureusement les espions de l'empereur l'informèrent de ce qui se tramait contre lui ; et

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il eut le temps d'écrire à Philippe son fils, d'envoyer sans 3élai le duc d'Âlbe en Italie, avec le titre de vice-roi de Naples, pour remplacer Mendoza.

Le duc prit immédiatement la route de l'Italie , et se rendit I Rome, sous prétexte de féliciter le pape sur son exaltation lu nom de Charles-Quint , mais en réalité pour sonder les intentions de sa Sainteté. Du reste , il ne lui fut pas difliicile ie découvrir les véritables sentiments de Paul IV, car à la première parole qu'il voulut prononcer, le pontife l'interrompit, s'emporta contre l'empereur, le déclara traître et félon, et ordonna au vice-roi de sortir de Rome immédiatement. Le vice-roi n'eut garde de désobéir à sa Sainteté ; et comme il craignait de se voir arrêté, il sauta à cheval en [{uittant le Vatican et gagna la campagne. Il eut soin d'en- «royer au roi Philippe la relation de ce qui s'était passé, afin ]u'il comprit qu'une rupture entre les cours de Rome et de Madrid était imminente.

Cette haine que Paul IV portait à l'empereur se trouva en- X)re accrue par la confidence que lui fit le cardinal CaraiTa Tune prétendue conspiration ourdie par les Espagnols, et piî avait pour but un attentat contre sa personne. Dès lors 1 ne garda plus de mesures dans ses attaques contre Charles- Juint et contre son fils; ne pouvant les atteindre eux-mêmes, 1 s'en prit à leurs partisans, il fit jeter dans les cachots Canille Colonna, qui était accusé de favoriser la faction espapiole; il proscrivit sa famille et confisqua les biens de cette llustre maison; il fit arrêter les courriers de l'empereur et lu roi Philippe qui avaient à traverser ses états, et ouvrit les dépêches adressées au duc d'Âlbe; ensuite il rassembla

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des troupes et s'empara des places de Palliano et de Neptune / qui appartenaient aux Golonna.

Ces premières hostilités furent suivies d'une déclaration de guerre contre Charles-Quint; et le saint-père, qui voulait fouler aux pieds les empereurs, comme Tavaient fait ses prédécesseurs, lui écrivit : « Qu'il mettrait le feu aux quatre coins » du monde, plutôt que de lui céder en rien! » Néanmoins, le duc d'Albe, qui commandait une armée aguerrie, eut bientôt envahi le patrimoine de saint Pierre, et les Espagnols se trouvèrent sous les murs de Rome avant que Paul eût songé à leur opposer quelque résistance.

Sa Sainteté tourna ses regards du côté de la France, et promit à Henri II le royaume de Naples et le duché de Milan pour deux de ses fils, s'il consentait à entrer en Italie pour repousser ses ennemis; en outre, comme le pape savait que sa majesté était fort superstitieuse, et pourrait objecter que le dernier traité conclu avec l'empereur l'empêchait de prendre les armes, sous peine d'être regardé par les peuples comme traître et parjure, il lui envoya une bulle portant dispense de tenir ses serments.

Octave Farnèse, duc de Milan, qui était engagé dans le même traité, ne voulut point le rompre, soit qu'il ne crût pas sa conscience en sûreté, malgré l'autorisation du pontife, soit qu'il n'y trouvât pas le même intérêt que le roi de France; il encourut alors la peine de l'excommunication, et il fut anathématisé par Paul IV à cause de son refus de se réunir aux Français pour combattre les Espagnols, comme il l'avait été précédemment par Paul III pour avoir refusé de se rallier aux Espagnols pour guerroyer contre les Français.

Le souverain pontife menaça également des foudres ecclésiastiques le roi Philippe, s'il n'abandonnait ses prétentions sur Naples en faveur de ses neveux. Le prince, qui n'avait nulle envie de détacher de sa couronne ce magnifique royaume, se décida à une mesure vigoureuse^ et résolut d ass^nbler à Pise quatorze cardinaux qui s'étaient vendus à ses agents, et qui avaient promis de déclarer l'élection du pape contraire aux saints canons et de le déposer comme intrus au saint-siége.

Un événement extraordinaire vint arrêter Philippe dans Texécution de ce projet ; il reçut la nouvelle que Charles- Quint, son père, avait abdiqué solennellement, et lui abandonnait le gouvernement de ses immenses états. Henri 11^ redoutant les conséquences d'une guerre avec ce prince, qui se trouvait , par suite de l'abdication de l'empereur, le plus puissant monarque de l'Europe, se hâta de conclure une trêve avec l'Espagne. Mais l'obstiné pontife ne voulut accéder à aucune proposition d'arrangement, et fit jouer tous les ressorts de la politique pour empêcher la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne. D'abord, le saint-père envoya son neveu pour présenter une épée et un chapeau bénits à Henri U , et en même temps pour lui renouveler la promesse de l'investiture du royaume de Naples; ensuite il prit l'engagement solennel de nommer autant de cardinaux que sa majesté le désirerait , afin de lui assurer la majorité dans le conclave, et pour rendre certaine l'élection d'un cardinal français s'il venait à mourir avant d'avoir accompli sa vengeance contre leur ennemi commun.

A pdne arrivé à Fontainebleau ^ où se tenait la cour de

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France, le cardinal Caraffa prit ses informations auprès des jésuites^ les espions naturels du pape , et il apprit d'eux que s'il voulait réussir à la cour de France, il devait s'appuyer sur les Guises, et flatter leur ambition à cause de la belle Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, la maîtresse du roi, qui leur était vendue corps et âme; qu'en outre, il devait ne pas négliger dese mettre dans les bonnes grâces du maréchal Strozzi , l'amant de la reine.

CaraiTa se conforma aux reconmnandations des jésuites , et grâce à leurs conseils, un mois après son arrivée en France, il avait denouveauentrainé Henrilldansle parti dupape etavait fait déclarer la guerre à l'Espagne. U accompagna ensuite la cour à Paris, et se fit si bien venir de la duchesse de Valentinois et de Catherine de Médicis, dans les conférences qu'il eut avec elles, que le galant cardinal devint l'amant de l'une et de l'autre. Aussi, lorsque la reine vint à accoucher de deux filles jumelles, disait-on ouvertement que le roi était un mari et un amant ridicule, et le blâma-t-on beaucoup de permettre que le cardinal fût le parrain et le père de ses filles.

Pendant que le neveu de sa Sainteté avançait ses affaires à la cour de France, Paul IV repoussait les Espagnols de ses étals ; et grâces à l'intervention des troupes de Henri II, il se trouva encore en état de dicter ses volontés.

Comme son intention était de jeter la division dans le camp de ses ennemis, il profita de ce que l'abdication de Charles- Quint laissait vacante la dignité impériale, et se déclara tour à tour pour Ferdinand et pour Philippe, les deux prétendants h la couronne d'Allemagne, afin d'accroître les troubles. U parut d'abord disposé favorablement pour Ferdinand, le

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frère de Charles-Quint, et appuya sa nomination auprès des électeurs au préjudice de Philippe; puis, lorsque les princes allemands eurent proclamé Ferdinand chef de l'empire, le pape revint sur sa première décision^ et refusa de donner audience aux ambassadeurs qui venaient lui annoncer cette nomination, déclarant qu'il ne reconnaissait point le nouvel empereur, attendu que l'abdication de Charles-Qmnt ne pouvait être légitimée sans l'autorisation du saint-siége.

Ferdinand rappela aussitôt les députés qu'il avait envoyés à Rome ; etpour punir le pape de son outrecuidance, il confirma la diète d'Augsbourg, qui assurait la liberté religieuse de l'Allemagne. Par représailles, Paul réunit les plus habiles théologiens de la société de Jésus, les consulta sur les mesures à prendre relativement à Charles-Quint , et en obtint cette décision entièrement conforme à ses sentiments, savoir : « que » Dieu ayant donné à saint Pierre, et à ses successeurs une » autorité absolue sur le royaume du ciel et sur les trônes de » la terre , aucun empereur ne pouvait déposer le diadème » sans la permission du pontife; que Charles avait prêté ser- » ment d'obédience au saint-siége, et qu'il ne pouvait abdi- » quer sans être parjure; qu'en conséquence il devait être » anathématisé , interdit, déposé et brûlé comme hérétique , » s'il ne continuait à porter sur ses épaules le faix du gou- » vemement, aussi longtemps que le saint-père le jugerait )) convenable aux intérêts du siège apostolique. »

Paul publia alors une bulle contre Charles-Quint, expli- ({uant fort au long les motifs par lesquels Dieu défendait aux rois de choisir leurs successeurs , et concluait par cette singulière doctrine, que la libre disposition des couronnes ap-

partenait aux papes seuls comme chefs suprêmes de la république chrétiemie. Une semblable déclaration équivalait à un manifeste de guerre; et sans plus tarder, sa Sainteté commença les hostilités contre la maison d'Autriche, fit arrêter non-seulement les ambassadeurs d'Espagne, mais encore ceux d'Angleterre, sous prétexte que Philippe étant marié à leur reine, ils devaient nécessairement être d'intelligence avec les ennemis du saint-siége. Il leva des troupes de tous les côtés , les réunit à celles que le duc de Guise lui avait amenées de France ; il soudoya même des protestants du pays des Grisons; et lorsqu'on lui représenta le scandale qu'il donnait aux fidèles en admettant des soldats hérétiques dans ses armées, il répondit : « Eh bien ! où est le mal? ils )) n'en combattront qu'avec plus d'acharnement pour tuer nos » ennemis catholiques! ))

Les poursuites contre les Colonna furent reprises avec une rigueur extraordinaire ; les partisans de cette maison furent impitoyablement arrachés de leurs demeures, jetés dans les cachots de l'inquisition et livrés aux bourreaux; et il ne se passa pas de jours que la grande place de Rome ne vît s'allumer de nouveaux bûchers pour consumer les victimes de la tyrannie pontificale. Dans l'impuissance de sauver leurs amis, Ascagne Colonna et Marc-Antoine, son lils, voulurent au moins les venger ; ils organisèrent des bandes de soldats calabrois, et vinrent faire des excursions jusque sous les murs de Home. Ces attaques audacieuses exaltaient clautant plus la colère du pape, qu il lui était impossible de s'en garantir, ses ennemis arrivant toujours à Timproviste et se retirant sur les terres de Naples dès qu'il avait repris l'oifensive. Ne pouvant

dOnc atteindre les Gdlonna, il résolut d'épouvanter leurs protecteurs; et le 25 juillet 1556 , ayant rassemblé les cardinaux en consistoire, il fit décréter « que sa Sainteté, après avoir » exeommunié et interdit Âscagne Golonna et Marc-Antoine, » avait paiement défendu à tous les chrétiens de leur don- » ner assistance ou asile , sous peine des mêmes censures ; » qu'au mépris de cette bulle, l'empereur Charles-Quint et » le roi Philippe, son fils, ayant osé fournir des hommes et » de l'argent à ces enfants de perdition y se trouvaient pour » cette raison excommuniés , interdits et déposés , à moins » qu'ils ne cessassent immédiatement leurs relations avec les » ennemis du saint-siége. »

Cette manifestation ne changea rien à la marche des affaires ; Philippe ne parut pas s'en émouvoir^ non plus que Gharles-Quint, qui était alors retiré dans un couvent. Le duc d*Âlbe n'en réclama pas avec moins d'énergie les ambassadeurs que Paul avait fait jeter dans les cachots de l'inquisition, menaçant de marcher sur Rome s'ils ne lui étaient rendus sur l'heure. Au lieu d'obéir, le pape se prépara à combattre ; il fit dire au duc que la crainte d'aucun danger ne l'empêcherait de maintenir la dignité de la tiare; que le Christ lui ayant donné la garde de son troupeau, il saurait le défendre; et que d'ailleurs il remettait le soin de son triomphe aux mains de Dieu. Néanmoins sa confiance dans les secours célestes n'était pas telle qu'il se crût dispensé de prendre certaines dispositions utiles en cas de siège. Il distribua des armes aux citoyens de Rome , les divisa par compagnies , chacune sous les ordres d'un chef de quartier ; il fit relever les anciennes murailles, garnit de canons plusieurs forte-

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resses voisines et en augmenta les garnisons. Montluc lui amena en outre trois mille hommes d'armes français , et le maréchal Strozzi vint en personne prendre le commandement des troupes attachées à la défense de Rome, en attendant que l'armée qui se formait au delà des Alpes pût faire son entrée en Italie.

Le duc d'Albe, instruit de toutes ces choses, envoya au pape comme plénipotentiaire Pirro-Loffredi, marquis de Trevico, pour faire une dernière tentative de conciliation; mais à peine l'ambassadeur eut-il franchi l'enceinte de Rome, qu'on l'arrêta et qu'on le fit conduire dans les cachots de l'inquisition. Cette violation du droit des gens exaspéra le duc; il se mit immédiatement en route à travers la province de Labour, et marcha sur la ville sainte pour punir le poutife. Celui-ci, qui était informé des mouvements de l'armée ennemie par les jésuites espagnols, accéléra les travaux de fortifications , fit abattre les églises, raser les couvents^ détruire les cimetières^ et se trouva prêt à repousser les attaques des assaillants. D'autre part, le duc de Guise se rapprocha de Rome avec son corps d'armée , et vint se concerter avec Paul IV pour un plan de campagne. Comme l'argent manquait par suite des profusions des neveux du pape, et qu'il était urgent d'en avoir pour envoyer des approvisionnements à l'armée , sa Sainteté mit en vente dix chapeaux de cardinaux , un grand nombre de bénéfices, et fit des emprunts forcés aux plus riches citoyens. Toutes ces mesures occasionnèrent un retard de deux mois; et lorsque le duc de Guise eut enfin obtenu les moyens de pénétrer dans l'Abruzze, afin d'attaquer les Espagnols^ il se trouva que le duc d'Albe avait

tourné Tarmée française, s'était jeté sur la ville de Sîgnia, qu'il avait emportée d'assaut, et sur Palliano, cpi'il pressait vigoureusement, afin de pousser une pointe sur Rome. Pendant que le duc de Guise guerroyait dans l'Âbruzze, le roi Henri II se faisait battre à Saint-Quentin par les Anglais, qui avaient pris parti pour le mari de leur souveraine.

Sa majesté iîit alors obligée de rappeler son armée d'Italie et de laisser le saint-siége à la merci des Espagnols. Paul, irrité contre la dévote Marie d'Angleterre, la cause du départ de ses alliés, lui écrivit pour lui reprocher sa lâche condescendance envers son mari ; et ne pouvant se venger d'elle, sa Sainteté fit retomber tout le poids de sa colère sur le cardinal Polus, favori de la reine. Il lança un décret contre tous les nonces de la Grande-Bretagne , et notamment contre le cardinal Polus, cpi'il déclarait traître à TËglise, parce qu'il n'avait point su empêcher la princesse de se déclarer contre la France. Vainement le sacré collège représenta au souverain pontife qu'une semblable mesure allait compromettre l'autorité du siège apostolique en Angleterre; il ne voulut rien changer à sa résolution; il rappela le confesseur de Marie, le jésuite Payton, à la cour de Rome, le créa cardinal et lui donna la légation de la Grande-Bretagne. Mais la reine d'Angleterre, qui jusque-là avait montré une soumission stupide aux volontés du pape , refusa cette fois d'obéir, et fit signifier à Payton , qui était déjà en route pour se rendre à son poste , qu'elle lui faisait défense de mettre les pieds dans son royaume sous peine de la vie. Cet ordre causa une telle frayeur au cardinal jésuite, qu'il en prit

une fièvre chaude dont il mourut quelques mois après, vu. 17

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Néanmoins le pontife ne ralentit en rien ses poursuites contre PoIu8, et il ne consentît à écouter des propositions de paix que lorsqu'il se trouva pressé par rimminence du danger et par les victoires du duc d'Albe; enoH^ ne voulut-il faire aucune concession d'amour-propre. Sa Sainteté exigea que le général espagnol vint lui demander pardon d'avoir pillé le patrimoine de l'Église, et la supplier, à genoux, de lui accorder l'absolution de ses fautes et de celles de Philippe son maître. Le vainqueur, qui voyait le pontife sur le bord de la tombe, consehtit à cette humiliante céré« monie, et la paix fut signée entre l'Espagne et le saint-si^e. A partir du même jour, Paul devint l'ennemi de la France, dont il n'avait plus besoin, et chercha à susciter des troubles dans le royaume, en accusant Henri II de lavoriser les réformés de sa capitale, et de leur permettre de se réunir en assemblées.

Voici le fait cpsf avait donné lieu à cette extravagante accusation : « Pendant une nuit d'automne, dit Mézerai» les y) jésuites eurent connaissance qu'environ deux cents per- » sonnes de la religion réformée de Calvin faisai^it leurs » prières en commun dans un hôtel particulier du faubourg » Saint-Germain; aussitôt ils se rendent sur les lieux, )) ameutent la foule devant la maison oii se trouvaient réunis » les hérétiques, criant au scandale et à l'abomination. » Ceux-ci, épouvantés des hurlements de leurs ennemis^ » veulent iuir ; mais avant qu'ils aient pu réaliser leur projet, » les portes sont enfoncées, les catholiques pénètrent dans I) leur retraite, arrêtent plus d'une centaine de ces malhen- )) reux, qu'ils traînent dans les cachots de l'ofiicialité. »

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