IBB?.] HISTOIRE DE PAUL IV. SI
Les disciples de Loyola se portèrent leurs accusatears, et reproduisirent contre eux des allégations aussi bizarres que mensongères ; ils prétendirent que les calvinistes faisaient rôtir de jeunes enfants et qu'ils en mangeaient la chair dans leurs affreux repas ; qu'ensuite hommes et femmes se confondaient dans robscurité en d'horribles embrassements ; enfin ils renouvelèrent au sujet des réformés les accusations que nous avons déjà rapportées à roccasion des anciennes sectes qui taisaient schisme lors de la primitive Église. Ces calomnies firent monter sur le bûcher un grand nombre de protestants ; quelques-uns cependant obtinrent de comparaître devant des juges qui ne fussent pas sous Finfluence desjésuites; et comme dans Imtervalle, les Suisses, le prince palatin et plusieurs électeurs avaient adressé à Henri II des réclamations véhémentes, le menaçant de lui retirer l'appui de leurs armes s'il continuait à poursuivre leurs coreligionnaires , force avait été au roi , qui avait besoin de ces intercesseurs, de mettre un terme aux persécutions.
Cet acte de modération avait été blâmé hautement par la cour de Rome; et le pape, dans une audience publique qu'il donna aux ambassadeurs français , ne craignit pas de leur dire : a qu'il étiit naturel que les affaires allassent mal dans » un royaume où on n'usait de rigueur qu'envers les saints » prêtres pour les contraindre à résider dans leurs églises , n ainsi qu'on l'avait vu dans l'affaire des jésuites , et où le » prince portait l'irréligion jusqu'à publier des ordonnances » sur les sacrements , et se permettait de proscrire les ma- )) riages clandestins. Enfin, ajouta le saint-père, votre maître )) inspire une si profonde terreur au clei^é de l'Ëglise galli-
» cane, que les ecclésiastiques de ses états n'osent même )) pas élever de plaintes contre sa tyrannie; mais nous^ qui ne » redoutons aucune puissance sur cette terre , nous saurons » prendre leur défense , nous les convoquerons en concile » général en Italie, et nous instruirons le procès du despote » qu'on nomme Henri IL »
Sa Sainteté s'exprima avec aussi peu de retenue sur le compte de la reine Elisabeth , fille de Henri YH! et d'Anne de Boleyn » qui lui envoyait des ambassadeurs pour lui apprendre la nouvelle de la mort de sa sœur Marie, et pour lui notifier son avènement au trône.
Paul IV reçut les députés avec une hauteur inconcevable; il leur déclara qu'il ne reconnaissait pas Elisabeth comme reine, attendu que la Grande-Bretagne était un fief du saintsiége; que l'usurpation consommée par cette femme était d'autant plus impie qu'elle-même était bâtarde et n'avait pas le plus léger droit à la couronne. Cette jactance du saintpère détermina la reine à se retirer de l'obédience du saintsiège et à rappeler ses ambassadeurs de Rome; mais Paul s'opposa à leur départ et leur défendit de quitter sa cour.
Tandis que le souverain pontife abusait si immodérément de l'autorité spirituelle, ses neveux faisaient également servir aux intérêts de leur ambition le pouvoir temporel qu'il leur avait confié. Leurs spoliations devinrent telles^ que de tous les côtés des plaintes s'élevèrent contre eux ; alors ils voulurent empêcher que les réclamations des victimes arrivassent jusqu'au pape, et ils l'entourèrent de créatures qui le tenaient en quelque sorte en chartre privée. Sa Sainteté, dont le caractère impérieux ne pouvait s'accommoder à au-
cune contrainte , se révolta contre cet excès d'audace, prit des mesures violentes contre les membres de sa famille, les dépouilla de toutes leurs dignités , et les exila loin de Rome.
De nouveaux ministres furent installés au Vatican et placés sous la présidence de Camille des Ursins et des cardinaux de Trani et de Spolette ; Paul IV leur abandonna le gouvernement de rËglise, et ne voulut se réserver que l'administration de l'inquisition, « cette forteresse imprenable de la papauté, » comme il appelait cette exécrable institution.
Pendant que ce vieillard orgueilleux, violent et cruel, s achamait sur les malheureux réformés et les faisait torturer dans les cachots de l'inquisition, les deux rois de France et d'Espagne traitaient de la paix, et cimentaient leur union par le double mariage dÉlisabeth, fille de Henri II, avec Philippe II, et de sa sœur Marguerite avec le duc de Savoie. Cette paix fut signée au Cateau-Cambresis.
En apprenant la cessation des hostilités , Paul entra dans
un violent accès de colère, et s'écria : « C'en est fait de la
D puissance du saint-siége ! l'Allemagne et l'Angleterre sont
D à jamais perdues pour nous; et cela par la faute des cardi-
» naux, ces vampires qui ne songent qu'à leur intérêt per-
9 sonnel et nullement à celui de la papauté ! Que les démons
D de l'enfer, s'il en existe, les emportent tous dans la géhenne
D avec les rois d'Espagne et de France , et avec eux tous mes
D parents ! qu'ils ne laissent sur la terre que des peuples à
» opprimer, des jésuites pour me défendre, et des domini-
D cains pour me servir. )) Sa Sainteté était dans une grave
erreur, car les deux rois n'avaient conclu un traité que pour
s» HISTOIRE DES PAPES. [1550)
agir avec phis d'efficacité contre l'hérésie et pour se conformer aux vœux d'extermination du pontife ; ce qu'ils ne firent que trop connaître en continuant à persécuter avec rigueur les protestants de leurs états. Henri II fit élever des chambres ardentes dans toutes les villes de son royaume, et Philippe introduisit des légions d'inquisiteurs dans les Pays- Bas. Ce dernier prince envoya même à Rome un théologien de l'université de Louvain, pour demander à Paul IV des règlements précis sur la nature des fonctions des tribunaux du saint-office, et sur celle des crimes dont ils devaient prendre connaissance. Le souverain pontife reprit alors quelque confiance dans le succès de ses projets, et s'empressa d'ex* pédier les bulles qui autorisaient l'établissement des tribunaux de Tinquisition, ainsi que les règles qui devaient être suivies par les officiers. Sa Sainteté se préparait à donner une nouvelle énergie aux persécutions^ lorsqu'une fièvre d'irritation en délivra Rome le 18 août 1559.
A peine Paul IV eut-il fermé les yeux, que le peuple , n tétant plus retenu par la crainte, courut aux armes, incendia le palais des inquisiteurs, délivra les prisonniers du saintoflice, démolit les prisons nouvelles, et essaya même de brûler le couvent de la Minerve, qui renfermait les dominicains. Dans toute la ville on abattit les statues du pape défunt, on brisa ses armoiries, et peu s'en fallut qu'on n'exécutât le décret rendu par une assemblée des citoyens et qui ordonnait que son cadavre serait traîné sur une claie dans les rues de Rome^ et ensuite jeté à la voirie.
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