‹ Histoire des papes (volume 5)Chapitre 26 sur 33 · PAPE · texte numérisé non relu

PAPE

FERDINAND l", 2M' rAfli. FRANÇOIS II,

MAXIMILIEN II, CHARLES l\,

empt reurf d'Allemigne. rois de France.

Ëleeiion de Pie IV. — Son origine et son caractère. — Commencements de son pontificat. — Élévation de sa famille. — Il persécute les Garafla. — Il reconnaît Ferdinand, frère de Charles- Quint, comme légitime empereur. — Bulle pour la continuation dn synode de Trente. — Lettre de Catherine de Médicis au pape.

— Ouverture des nouvelles sessions du concile de Trente. — Ligue proposée par le pape. — Cruautés commises dans la ville d'Orange par les catholiques à l'instigation de sa Sainteté. — Concile de Trente. -— Maximilien, roi des Romains, refuse le serment d'obédience au pape. — Le roi de France protège la fcine de Navarre contre le pape. — Conjuration des Espagnols contre cette reine. — La France refuse de recevoir les actes du concile de Trente. — Etablissement des jésuites dans le royaume.

— Conjuration contre le pape. — Pie lY travaille à enrichir sa famille. -— Concessions de la cour de Rome aui protestants d'Allemagne. — Entrevue des reines de France et d'Espagne pour préparer l'extermination des calvinistes. — Mort du saintpère.

Lorsque la Qolère du peuple ie Rome fut apaisée, les cardinaux entrèrent en conclave pour donner un successeur au farouche Paul IV. Toutefois, avant de recueillir les suffrêgft&t ils rédigèrent^ suivant la coutume, une capitulalion

856 HlSrOIRE DES PAPES. [1559.]

que devait jurer le nouveau pontife. Elle se résumait à ces

deux articles :

; (( Reconnaître Ferdinand comme empereur^ afin d'arrètar

» le progrès du schisme en Allemagne.

j » Continuer le concile de Trente, afln d'aviser à prendre

» des mesures nécessaires pour étouffer la réforme en France

)) et dans les Pays-Bas. ))

Chaque membre du conclave s'étant engagé à ratifier par serment tout ce que renfermait la capitulation , la carrière fut ouverte aux brigues , et les prétendants purent à leur aise nouer et dénouer des intrigues suivant les intérêts de leur candidature. Le cardinal de Médicis l'emporta sur ses compétiteurs, grâce à son immense fortune, et fut proclamé souverain pontife sous le nom de Pie IV.

On n*est pas d'accord sur l'origine des ancêtres de ce pape ; quelques historiens prétendent qu'il était de l'illustre maison des Médicis de Florence; d'autres affirment que sa famille occupait un rang très-infime dans la société; que son nom patronymique était Médequin, et que son père s'appelait Bernard. Quoi qu'il en soit, ce Bernard de Médequin ou de Médicis avait épousé une jeune fille nommée Cécile Serbel- Ion, et il avait eu de son mariage six fils et sept filles. Pie lY , qui était le deuxième de leurs enfants , avait embrassé l'état ecclésiastique, s'était élevé peu à peu aux plus hautes dignités de l'Ëglise, et enGn au trône de saint Pierre.

Dans l'intervalle qui sépara sa nomination de son couronnement, le pape se montra clément et miséricordieux. Il publia une amnistie générale en faveur de ceux qui avaient insulté à la mémoire de Paul IV ; et pour apaiser les murmures

des jésuites et des moines, il offrit de réparer à ses frais leurs collèges et leurs couvents, et s'engagea à leur tenir compte de ses deniers des pertes qu'ils avaient faites lors des troubles ; enûn il parut dans toutes ses actions, humble, débonnaire, patient et libéral à l'excès. Mais aussitôt qu'il fut consacré , ce fut un tout autre homme ; avide dor et de puissance , cruel et débauché , il surpassa même son prédécesseur en perfidies et en crimes.

Du reste , comme Jules III , lun des papes qui avaient déshonoré la chaire de T Apôtre avant lui, Pie IV aimait singulièrement la bonne chère et le vin. La table était, au rapport des historiens, la seule chose pour laquelle ce pontife se départit de ses habitudes de sordide avarice; car pour ses goûts de luxure , ajoute la chronique , il avait trouvé le moyen de posséder les plus belles femmes et les plus beaux adolescents de Rome sans qu'il lui en coûtât rien. 11 était bien obligé, pour les attirer au Vatican, de leur faire de grands présents; mais quand il en avait joui, il les faisait appliquer à la torture , et les forçait par d'affreux supplices à lui restituer tout ce qu'ils avaient reçu. Quant à sa table, c'était chose différente, aucune dépense n'était épargnée; les mets les plus rares, les vins les plus exquis étaient servis avec une profusion ridicule ; et le pape faisait si bien les honneurs ûe ses festins , que chaque soir on le rapportait ivre mort dans ses appartements.

Sa Sainteté avait en outre le malheur de posséder une trèsnombreuse famille, qu'elle voulut pourvoir de bénéfices, d'abbayes, d'évèchcs et de chapeaux de cardinal, ce qm fit beaucoup crier. Mais sans s'inquiéter des plaintes et des ré-

clamations, Pie IV éleva à la charge de général de la cavalerie son neveu le comte Frédéric Borromée, de la Saimille de Serbellon, et lui confia les fonctions les plus importantes de l'état; il donna à un autre de ses neveux^ nommé Charles Borromée, Farchevêché de Milan; il pourvut un troisième neveu du gouvernement du château Saint-Ange; il nomma Gabriel Serbellon, un de ses cousins, capitaine de ses gardes; il éleva à l'évêché de Spolette Tabbé Borromée, un autre de ses parents ; enfin il fit épouser au comte Frédéric la fille aînée du duc d'Urbin , nommée Virginie , et il maria lune des sœurs de celui-ci à don César de Gonzague. a 11 » faut, disait-il aux magistrats de Rome, qui le suppliaient ï) d'apporter un peu de réserve dans les distributions des » grâces à ceux de sa famille, il faut que je fasse aujourd'hui » même à mes parents tout le bien qui est en mon pouvoir, . n car demain la mort peut m atteindre, et il ne serait plus n temps. ))

D'après ce principe de ne point remettre au lendemain ce qu'il pouvait faire la veille , sa Sainteté ne voulut pas laisser les Caraffa prendre trop d'autorité dans Rome^ et résolut de se défaire d'eux, avant qu'ils se fussent rendus, trop redoutables. Un jour donc que les cardinaux de cette maison se rendaient avec leur suite au consistoire, sans soupçonner que le pape , qui leur devait son élection , pût tramer quelque chose contre eux , ils se virent tout à coup investis par une troupe d'archers^ liés, garrottés et emportés dans les prisons du Vatican. Au même instant les palais de Jean Carafe, du comte de Montorio, de Léonard de Cardine, son beau-frère , et du comte d'Alise , furent cernés par des sol-

M.) HISTOIRE DE PIE IV. aSO

», et ces seigneurs enlevés de force et amenés au ch&teau int-Ânge. Ensuite Pie lY instruisit contre tous les membres cette famille un procès tendant à leur faire restituer les ;ns et les richesses qu'ils avaient reçus de Paul IV; puis , nme son but était de distribuer leurs dépouilles à ses paits, il les condamna à mort^ donnant pour prétexte à te sentence terrible qu'il était bien de laisser aux papes \ successeurs un exemple qui pût les empêcher de faire népotisme !

Charles Caraffa , après avoir été dégradé de ses titres et ^ités 9 fut étranglé dans sa prison ; le comte de Montorio, comte d'Alise et Léonard de Cardine furent décapités à la ;ur des flambeaux dans la cour du château, et leurs cadavres rent jetés dans le Tibre ; le jeune cardinal Alphonse de iraflFa fut seul épargné et parvint à racheter sa liberté, >yennant l'abandon qu'il fit au pape d'une somme de cent ille écus qu il avait fort heureusement mise en dépôt hors s états de l'Ëglise^ et dont Pie IV ne pouvait s'emparer 08 son autorisation. Néanmoins ce sacrifice ne fit que tarder l'instant de la mort de Caraffa ; car trois mois après L apprit que cet infortuné venait d'être empoisonné à Naples r un jésuite. Ces sanglantes exécutions inspirèrent une rreur si grande au sacré collège, que les cardinaux ne cuvaient sans pâlir soutenir les regards de Pie IV, comme itrefois les sénateurs romains tremblaient devant Tibère. B son côté, le saint-père, qui redoutait les effets de cette dne concentrée, chercha à se mettre à l'abri de la vengeance » princes de l'Eglise en se plaçant sous la protection des

D abord il expédia à Ferdinand des bulles d'investiturte et le proclama légitime empereur d'Allemagne» sans qu aucune démarche eût été faite à ce sujet; ce qui surprit si fort le prince, qu'il craignit qu'on ne lui tendit un piège, et que dans cette appréhension il refusa de recevoir le décret du pape. Mais lorsqu'il eut acquis la certitude que la chose était sérieuse^ il envoya remercier sa Sainteté de ses bonnes intentions à son égard, tout en lui faisant représenter qu'on avait trouvé très-ridicule qu'un pape donnât à un empereur l'autorisation de gouverner des peuples hérétiques. Ensuite Pie IV s'occupa de la demande que lui avait adressée le roi de France, relativement à la convocation d'un concile national qu'il voulait tenir dans ses états, afin d'arrêter les progrès du calvinisme, et pour faire déclarer la guerre à la ville de Genève, ce foyer des rébellions religieuses, où depuis vingt-cinq ans s'élaboraient les grandes questions de réforme et d'émancipation.

Calvin, qui avait adopté cette ville comme sa seconde patrie^ en avait fait la métropole du culte réformé et le centre d'nn commerce très-actif de livres, qui presque tous étaient hostiles à la cour de Rome ; en outre il l'avait rendue Tune des villes d'Europe les plus remarquables sous le rapport de l'enseignement des lettres et des sciences. Malgré les occupations multipliées que nécessitaient pour Calvin Torga* nisation civile et politique de cette nouvelle république , il n'en continuait pas moins le cours de ses prédications reli* gieuses; de plus il donnait trois leçons publiques de théologie chaque semaine ; il assistait à toutes les assemblées de la compagnie des pasteurs, et entretenait une correspondance

avec tous les protestants de l'Europe , particulièrement avec ceux des provinces méridionales de la France.

Le pape était d'autant plus porté à encourager une guerre contre Genève, qu'indépendamment de la protection de François II, que lui avait valu sa condescendance , il anéan* tissait la puissance de son redoutable adversaire. Mais le roi d'Espagne qui craignait que les Français ne conservassent la souveraineté de cette ville, lorsqu'ils s'en seraient emparés, s'opposa à la guerre et sauva Genève.

D'autres événements d'une égale importance appelèrent bientôt l'attention du pontife et de ses cardinaux, et leur firent comprendre la nécessité de se prêter un mutuel secours s'ils ne voulaient être entraînés par le torrent. En Ecosse, les chefs de clans et les docteurs des universités après avoir tenu un couvent à Edimbourg, s'étaient retirés de l'obédience du saint-siége, et avaient proclamé le culte réformé religion de Tétat. En Bohême, le roi Maximilien s était déclaré pour le luthéranisme; en Allemagne, l'empereur Ferdinand protégeait ouvertement la religion nouvelle; en France, le roi et les seigneurs, dans une assemblée tenue à Fontainebleau , venaient d'accorder un édit de tolérance en faveur des réformés; dans le comtat Yenaissin, les huguenots triomphaient, et cette riche province , après deux siècles de servitude , venait de secouer le joug papal; en Flandre, une ligue puissante connue sous le nom de ligue des gueux, venait également de se prononcer pour les nouvelles opinions religieuses, et enlevait celte province au saint-siége; enfin il semblait qu une force invisible poussât dans l'abîme le char de la papauté, et qu'une ère nouvelle dût s'ouvrir pour les

peuples, malgré les efforts des nombreuses cohortes de jésuites. Cependant l'humanité ne devait pas encore être délivrée des papes ; il leur restait un allié Gdèle parmi les rois , le cruel Philippe 11^ cet exécrable rejeton de Charles- Quint, le bourreau des peuples, l'exterminateur des hérétiques; ce tigre à face humaine, qui eût mérité d'occuper la première place parmi les oppresseurs des nations, si le sanguinaire Charles IX n'eût point existé !

Philippe était alors le seul de tous les souverains d'Europe qui ne se fût pas rangé du côté des protestants; soit qu'il y eût en lui un besoin insatiable de sang humain, soit qu'il eût conservé une haine secrète contre les électeurs allemands de ce qu'ils avaient refusé de le reconnaître empereur, il déclara aux luthériens de ses états une guerre implacable; à Séville, à Valladolid , à Madrid et dans les provinces d'Espagne et d'Italie soumises à sa domination , il les fit brûler par milliers; ensuite il publia un édit qui les condamnait à l'exil. Les historiens du temps racontent que ce tyran se plaçait à la porte des villes pour voir sortir les réformés, et qu'à un signal ses soldats se ruaient sur ces infortunés et en faisaient un massacre effroyable : c'est ainsi qu'à Cosenza, ville du royaume de Naples, trois mille luthériens furent égorgés au moment où ils traversaient une vaste plaine pour se rendre dans les montagnes, en exécution de l'édit rendu par le souverain.

Sa Sainteté se voyant vigoureusement soutenue par le roi d'Espagne , se décida à continuer le concile de Trente , et elle rendit une bulle qui indiquait pour le jour de la fête de Pâques de l'année 1561 l'ouverture des séances de la dernière ses-

[lui.] HISTOIRE DE PK IV.

sion. Philippe approuva la conduite du pape, et commanda aux prélats de son royaume d'obéir aux ordres de la cour de Rome. Il n'en fut pas de même en Allemagne; l'empereur Ferdinand, qui suivait les inspirations de son fils Maximilien et des principaux électeurs, refusa de recevoir la bulle de convocation; il déclara, au nom des protestants, que jamais l'Allemagne ne recevrait les décisions d'une assemblée qui était la continuation d'un synode que les jésuites avaient constamment dirigé. En France, on ne montra guère plus d'empressement à satisfaire aux désirs de Pie IV, au moins dans les premiers temps , quoique Catherine de Médicis se trouvât maîtresse du gouvernement par suite de la mort de François II ; la raison en était fort naturelle : cette mégère, qui s'était emparée de l'autorité royale, comme tutrice de Charles IX, alors âgé de dix ans, sans avoir le titre de régente , se trouvait forcée par les circonstances de ménager les seigneurs protestants. Elle poussa Thypocrisie jusqu'à adresser au pape une lettre pour lui demander Fautarisation d'introduire en France l'usage de la communion sous les deux espèces, l'abolition des images dans les églises, la simplification des cérémonies du baptême et la célébration du service divin en langue vulgaire.

Ainsi que Catherine s'y attendait^ le saint^père répondit à l'ambassadeur qu'il ne donnerait jamais au peuple de France un calice rempli d'un poison aussi dangereux; et sur l'observation du député , que la reine n'avait consenti à faire une semblable démarche que contrainte et forcée par les huguenots, il répondit qu'il lui enverrait incessamment un plan de pacification qui calmerait la ftireur de

S6t HISTOIRE DES PAPES. [1561.]

prosélytisme des protestants. En effet, il expédia des jésuites dans toutes les cours de l'Europe » avec mission d'engager les princes catholiques à former une ligue contre les hérétiques pour les exterminer. Sa Sainteté désignait Charles IX comme le chef de cette ligue sacrilège , et le duc de Guise comme son lieutenant général; l'Espagne devait fournir les fonds nécessaires à la guerre» et le duc de Savoie devait contribuer à la réussite de l'entreprise en fournissant un corps de troupes. Quant au roi de Navarre, le pontife chercha à s'assurer de sa neutralité» en lui promettant la Sardaigne pour récompense; et Philippe le fit menacer d'une invasion des armées confédérées^ s'il osait joindre ses troupes à celles du prince de Gondé^ le chel des huguenots.

Sa Sainteté fit également prévenir ses alliés qu'elle était à la veille d'allumer une guerre civile entre les Suisses catholiques et les sacramentaires , afin que le duc de Savoie pût s'emparer de Genève sans coup férir^ anéantir le calvinisme, et ensuite retourner seslarmes contre les luthériens pour les exterminer. Mais l'exécution de semblables projets nécessitait un grand déploiement de forces; et comme les princes de la ligue se plaignaient de l'état de leui*s finances, et par suite de l'impossibilité de faire des levées de troupes. Pie IV rendit une bulle qui les autorisait à prélever dans les provinces catholiques la moitié des revenus des biens du clergé^ à emprunter sur les biens de la noblesse calviniste, confisqués au profit de l'inquisition; en outre, il permit aux prêtres et aux moines de prendre du service dans les armées delà ligue; il les dispensa de l'observance de leurs

vœux pendant toute la durée de la guerre, et leur accorda des indulgences plénières.

Immédiatement après la publication de ce décret, le pontife fit vider tous les couvents de ses états , et forma un corps d'armée composé en partie de bandits et de moines. Ces troupes furent envoyées dans le comtat Venaissin, sous la conduite de Fabrice Serbellon, afin de mettre à la raison les sujets de sa Sainteté.

Les soldats du pape, dit Varillas, marquèrent leur passage dans la Provence par toutes portes de brigandages et de cruautés; mais ce qu'il y eut de plus singulier, c'est qu'ils épargnèrent les chèvres, en formèrent d'immenses troupeaux qui les accomp«ignaient dans leurs marches, et dont ils se servirent pour leurs débauches. La chèvre du général avait les cornes dorées; elle était couverte de guirlandes de fleurs, et on la menait en laisse avec des cordons de soie. Cette bande de forcenés vint s'abattre sur la petite ville d'Orange, en fit le siège et la prit d'assaut. (( Alors il y eut des atrocités si )) effroyables, ajoute le chroniqueur, que les cheveux se » dressent sur la tête rien qu'en les lisant. Les soldats et les )) moines forçaient les citoyens à monter sur le faîte de leurs D maisons et à se précipiter sur des pieux, sur des halle- )) bardes ou sur desépées nues; ils pendaient les vieillards )) et les enfants aux crémaillères des cheminées , les rôtis- )) saient à petit feu, leur coupaient des lambeaux de chair » et les mangeaient avant que les victimes fussent mortes; » ils mutilaient les hommes et leur arrachaient les organes )) de la virilité; ils défloraient les femmes et les jeunes filles

))mème en bas âge, et leur enfonçaient dans les parties VII. 18

» sexuelles des pals de dimensions énormes qui lemr dé- » chiraient les entrailles; celles qui faisaient quelque résis- » lance étaient impitoyablement poignardées, leurs cadavres » souillés* et ensuite exposés entièrement nus sur les places )) publiques, avec des cornes de bœufs enfoncées .dans la » vulve; enfin, ces séides de la tyrannie pontificale, dans » leurs exécrables fureurs, assouvissaient leur lubricité sur ')) déjeunes garçons de moins de dix ans, et quand ces infor- )) tunés avaient été déchirés par cet horrible stupre , ils les )) attachaient sur des chevalets, et les lardaient vivants avec » des pages de Bibles de Genève en guise de chair de porc )) ou de volaille. »

Tant de cruautés exaspérèrent les huguenots ; partout on courut aux armes; la guerre c ivile s'étendit et gagna de proche en proche toutes les provinces méridionales de la France. C'était précisément ce que désirait sa Sainteté; elle jugea que le moment était venu de frapper un grand coup; et comme on approchait de l'époque fixée pour l'ouverture de la dernière session du concile de Trente , elle se hâta d'envoyer Laynez avec ses cohortes de jésuites pour assister aux délibérations des Pères; elle nomma en outre quatre légats pontificaux pour présider les séances chacun à leur tour. L'assemblée était composée de deux cardinaux, de trois patriarches, de vingt-cinq archevêques, de cent soixante-huit évoques ou coadjulcurs, de sept abbés crosses, de trente-neuf chanoines ou vicaires, chargés de représenter leurs prélats absents ou malades, et de sept généraux d'ordres religieux, tous dévoués ou vendus à la cour de Rome.

Suivant la pittoresque expression de l'abbé de Lanssac«

[1S6S.] HISTOIRE DE PIE IV 3flT

ambassadeur de France près du concile , les Pères de Trente furent constamment inspirés par le Saint-Esprit, que le pape envoyait régulièrement chaque jour avec ses dépêches dans la valise du courrier. Tout s'y décida , il est vrai , à la majorité des voix ; mais nous devons observer que la plupart des prélats étaient pensionnés par le saint-siége; et l'histoire nous a conservé une liste de quarante de ces prêtres infâmes qui recevaient soixante écus romains par mois pour voter conformément aux décisions du saint- père. Cette tourbe obéissait au moindre signe du légat Simonetta, s'iigitait, trépignait, couvrait la voix des orateurs et interrompait constamment les débats.

Comme on le voit, cette tactique constitutionnelle, qui consiste pour les gouvernants à donner un peu d'or en curée à une troupe de mandataires couards et félons pour asservir les peuples, était déjà mise en pratique au seizième siècle. Aussi le résultat des travaux du concile de Trente fut-il que les évêques perdirent le reste d'autorité qu'ils avaient conservée jusque-là ; et sur les conclusions du jésuite Laynez, il fut décrété que leur dignité était d'institution humaine, et celle du pape d'institution divine. Tous ces prêtres qui avaient vendu leurs votes et leurs consciences décidèrent que le souverain pontife avait une autorité absolue et illimitée sur les ecclésiastiques* comme sur les fidèles, et que tous lui devaient obéissance et soumission absolue.

Quant aux réformes à introduire dans TËglise il n'en fut pas même question. Les légats du saint-siége déclarèrent seulement, en ce qui concernait les hérétiques, que le pape serait autorisé à employer la force des armes ^ les tortures ou

les bûchers pour anéantir les calvinistes et les luthériens. Enfin, rassemblée entière prononça des anathèmes et des malédictions contre les protestants, et termina les séances par une triple salve d acclamations en l'honneur de Pie IV et des princes catholiques.

Une nojuvelle lâcheuse vint cependant troubler la joie du pontife et interrompre les fêtes que Ton célébrait à Rome pour l'heureuse issue du concile de Trente. Sa Sainteté apprit la mort de Ferdinand et l'élection de Maximilien son iils comme empereur d'Allemagne. Ce prince envoya des ambassadeurs à la cour apostolique^ seulement pour la forme et afin de notifier son élection, mais avec défense formelle de prêter serment d'obédience au pape ni de lui demander la confirmation de son titre de roi des Romains et d'empereur d'Allemagne.

Quelques cardinaux essayèrent, pour obtenir une marque de soumission, de proposer aux députés de prêter serment d'obéissance au nom de Maximilien, comme roi de Hongrie, ce qu'ils ne pouvaient refuser suivant eux, attendu qu'il était incontestable que Ladislas 1" eût reçu ce royaume en fief de Grégoire VII. Cette concession ayant encore été refusée , Pie IV passa outre, tant il avait à cœur de paraître le dispensateur de la couronne impériale, et il expédia en Allemagne des lettres de confirmation qu'on ne lui demandait point, et dans lesquelles sa Sainteté déclarait Maximilien légitime empereur en vertu de sa toute-puissance, qui suppléait aux irrégularités dont son élection pouvait être entachée.

La politique du pontife n'éprouvait pas un meilleur succès en France; Pie IV, instruit par les jésuites que Catherine

[IftMO HISTOIRE DB Pl£ IV.

de Médicis songeait à accorder la paix aux huguenots, afin de ne pas laisser aux Guises le commandement de l'armée catholique, et d'affaiblir cette famille, qui se montrait plus puissante encore depuis l'assassinat du duc de Guise, essaya de faire changer sa résolution, et lui écrivit à ce sujet une longue lettre de remontrances. I^a reine n'en tint aucun compte, et répondit seulement au cardinal de Sainte-Croix, qui lui avait apporté les dépêches de la cour de Rouîe : (( Dites » à votre maître que je n'ai fait la paix ayec les hérétiques )) que pour me préparer à leur faire une guerre terrible, et )) que le jour de la vengeance arrivera bientôt. »

Cet aveu donna à comprendre au saint-père que Catherine de Médicis méditait quelque grand projet d'extermination contre les huguenots^ et il en eut d'autant plus de joie qu*il supposa que rien ne s'opposait à ce qu'il excommuniât Jeanne d'Albret, reine de Navarre, l'ennemie déclarée de la cour de Rome. En conséquence il rendit une bulle contre cette princesse , l'assigna à comparaître à Rome pour y être jugée, proclamant sa déchéance du trône en cas de désobéissance , et donnant en outre ses états au premier occupant , c'est-àdire au roi PhUippe, qui n'attendait que le moment d'entrer dans la Navarre. Or, comme la cour de France n'avait rien tant â cœur que d'empêcher que la maison d'Espagne s'établit dans ces provinces, la reine Catherine se vit obligée de désapprouver la conduite du pape, et d'envoyer un plénipotentiaire à Rome pour représenter au sacré collège que Jeanne d'Albret devait être considérée comme souveraine du Béam et comme légitime possesseur des seigneuries d'Albret, de Foix, d'Armagnac, de Cominges et de Bigorre; qu'elle avait

970 HISTOIRE DES PAPES. [166i.]

été reconnue en qualité de reine par tous les princes de la chrétienté, par conséquent quelle ne relevait que de Dieu^ et qu'elle ne pouvait être en quoi que ce soit soumise à la juridiction du saint-siége ; qu'en outre son royaume étant un fief de la couronne de France, Charles IX était trop intéressé dans cette affaire pour qu'il souffrît qu'on donnât ses provinces au premier occupant; que d'ailleurs le roi ne pouvait se dispenser d'assister de ses armes son alliée , sa vassale^ sa proche parente, la veuve et la mère des deux premiers princes de son sang; qu'enfin si le saint-père ne voulait point révoquer les procédures commencées contre la reine de Navarre, il était prié de ne point trouver mauvais que la France intervînt dans la question, et se servît des moyens extrêmes qui lui avaient réussi autrefois, lorsque le saint-siége avait voulu usurper une trop grande autorité sur la monarchie.

Pie IV, qui redoutait une invasion des Français en Italie, promit de cesser toute poursuite contre la reine de Navarre; ce qu'il fit du moins ostensiblement, car il n'en poui'suivit que plus activement dans lombre ses audacieuses tentatives. A son instigation, les jésuites se répandirent secrètement dans les états de cette princesse , et entraînèrent ses sujets catholiques dans une conjuration dont le but était de saisir Jeanne avec ses enfants et de la livrer aux tribunaux de l'inquisition d'Espagne, pour la faire condamner comme hérétique. Cette machination infernale fut heureusement déjouée par les huguenots^ qui en eurent connaissance, et qui prirent des précautions pour la faire avorter.

Quoique démasqué encore une fois^ le pape n'abandonna

pas son projet d'exterminer les réformés; mais avant de faire d'autres démarches auprès de la cour de France pour Tentraîner dans une nouvelle ligue, il voulut clore les séances du concile de Trente , et fit rendre par ses créatures des bulles aussi ridicules qu'impies, que cette assemblée de prêtres simoniaques déclara obligatoires pour tous les royaumes. Sa Sainteté n'obtint pas cependant de cette mesure le succès qu'elle en attendait : en Allemagne, on refusa de se soumettre aux décrets des Pères du conciliabule de Trente, et Maximilien II se mit à la tête de l'opposition.

En France, malgré les efforts des jésuites , on repoussa les actes de cette assemblée ; le chancelier de l'Hospital démontra que la cour ne pouvait sacrifier les libertés de l'Église gallicane aux ambitions du pape, sans mériter le blâme des hommes et l'accusation d'ignorance et de lâcheté. Le parlement suivit en cette circonstance l'exemple qui lui était donné par le chancelier; malheureusement il ne montra pas la même indépendance dans le procès qui eut lieu un peu plus tard entre rUuiversité et les jésuites; voici à quelle occasion : ces Pères avaient acheté secrètement du recteur Julien de Saint-Germain des lettres de scholarité , c'est-à-dire l'autorisation de tenir école avec tous les privilèges de l'université. Pendant la magistrature temporaire de Julien, ils avaient enseigné publiquement sans être inquiétés; mais après la retraite de leur protecteur, les membres de l'Université se réunirent en conseil, et citèrent devant eux les jésuites, qui avaient ouvert un collège dans la capitale. Us se présentèrent résolument au jour que portait la citation, et répondirent ainsi aux questions du nouveau recteur : <( Ëtes-vous des moines réguliers 7 —

» Non, car notre société n'est pas religieuse, et nous ne )> sommes pas assez parfaits pour professer une vocation » aussi sainte. — Ètes-vous des prêtres séculiers? — Non, )) puisque nous vivons en congrégations, sous certaines lois » approuvées par les papes. — Qu'êtes-vous donc enfin? — )) Nous sommes jésuites. »

Gonmie on ne put jamais tirer d'autre réponse de ces révérends, l'Université refusa de les admettre dans son sein, cassa les lettres de scholarité qu'ils avaient achetées de Julien de Saint-Germain, et l'affaire se présenta alors devant le parlement. Pierre Versoris défendit les jésuites , et l'avocat Etienne Pasquier parla au nom de l'Université. Sur la plaidoirie de ce dernier, le procureur général conclut à l'expulsion des jésuites, se fondant principalement sur ce que les Pères ayant prêté serment à un général étranger, il était dangereux de leur confier l'éducation de la jeunesse française. liC pape intervint aussitôt; il écrivit à Tévêque de Paris, aux cardinaux français , au roi, à la reine; il les supplia tous de soutenir les jésuites, qui étaient, suivant lui, des soldats courageux destinés spécialement à combattre les hérétiques; enfin ses légats le secondèrent si bien , que la plupart des juges se laissèrent gagner, même le premier président Christophe de Thou , frère de l'historien ; toutefois le parlement n'osa pas leur donner gain de cause, et leur permit seulement d*employer à la fondation d'un collège l'héritage de l'évêque de Clermont, Guillaume Duprat.

Cette querelle entre l'Université et les jésuites avait donné naissance à une polémique extrêmement violente oii ces bons Pèpes eilialaient leur fiel contre leurs adversaires en termes

[156fcO HISTOIUE DE PIE IV. 2Î3

fort peu mesurés, à en juger par un libelle cpii est parvenu jusqu'à nous , et où ils s'exprimaient ainsi sur le compte du défenseur de l'Université : « Que l'avocat Pasquier rêve à son )) aise ; mais bientôt quelqu'un de notre compagnie fera un » recueil de ses ignorances, rêveries, âneries et hérésies, )) pour lui en former un linceul , où il sera cousu tout vif; » ensuite nous le jetterons dans un cloaque où les corbeaux » et les vautours viendront de cent lieues^ attirés par l'odeur » de son corps putréfié , et dont les hommes n'oseront pas )) approcher sans se boucher le nez. Alors les ronces et les » orties entoureront son cadavre , les vipères et les basilics » nicheront dans son crâne, les chats-huants et les butors » pulluleront dans sa poitrine.

» Pasquier, c'est un porte-balles, un maraud de Paris, un )) petit galant, un baladin, un plaisanteur, un vendeur de sor- » nettes, un simple regage qui ne mérite pas d'être le valeton » des laquais ; c'est un bélître, un coquin, un va-nu-pieds qui )) rend ses excréments par la gorge ; c'est un sale et vilain )) satyre, un archimaître sot par nature, par bécare, par )) bémol, sot à la plus haute gamme, sot à triple semelle, sot » à double ceinture en cramoisi , sot enfin en toutes sortes de » sottises et vilenies.

)) Pasquier c'est un pasquiii , un gros veau , un buffle qui * )) a la tête d'un âne; un bouffon qu il faut coiffer du bonnet )) jaune, surmonté de plumes de coq, et auquel il faudrait )) mettre la marotte à la main. Ce serpenteau, cecrapaudeau, » catholique de bouche, hérétique de bourse , athéiste de » cœur, cette pie bavarde, cet oison bridé, s'est débridé li- D cenciensement pour embouer, vilainer et souiller la iMlle

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» blancheur et rimmaculë plumage des cygnes, c'est-à-dire » des jésuites. »

Le triomphe que ces Pores avaient obtenu sur l'Université causa d'autant plus de joie au pape , que ce premier succès préparait dans l'avenir Texoculion du projot infernal dont lui seul et Catherine de Médicis avaient le secret, et auquel l'exécrable Charles IX s'associa plus tard.

A la même époque venait de s éteindre l'hérétique Calvin, consumé par les veilles et par ses travaux ; cet intrépide athlète, cet implacable adversaire du papisme était mort comme il avait vécu, en combattant pour l'émancipation intellectuelle du genre humain. Sans contredit, Calvin eût pris le premier rang parmi les apôtres de la réforme, si le supplice de Michel Servet ne fût venu montrer que la vanité de l'écrivain l'emportait chez lui sur la conviction du réformateur. Sous le rapport du désintéressement, peu d'hommes avaient fait preuve d'une abnégation semblable à la sienne; car, pendant toute sa vie , son traitement annuel ne dépassa pas cent cinquante Uvres en argent , quinze quintaux de blé et deux tonneaux de vin , et jamais il ne voulut recevoir rien au delà; si bien qu'à sa mort, lorsque les magistrats fiient l'inventaire de sa succession, en livres, meubles, vaisselle et argent, ils trouvèrent qu'elle ne s'élevait pas même à la faible somme de cent vingt-cinq écus.

Pendant que sa Sainteté se réjouissait de se voir délivrée d'un ennemi aussi terrible, et songeait déjà aux moyens de tirer parti de cet heureux événement, un complot s'organisait contre sa vie ; tant il est vrai qu'on n'est jamais si près d'un danger q[ue quand on se croit hors de toute atteinte. Pierre

[iS6k] HISTOIRE DE PIE IV. ;.75

Âccolti^ riche citoyen de Rome, avait formé une société secrète avec quelques uns de ses anûs^ indignés comme lui de voir leur patrie soumise au despotisme de Pie IV. Parmi les aflidés se trouvaient Antoine, comte de Canosse, le chevalier Pellicione, Prosper Hector, Thadée Manfred, tous animés des mêmes sentiments généreux, tous décidés, au risque de leur vie, à délivrer le monde d'un tyran qui faisait peser sur les nations un joug de fer. La conjuration organisée, Pierre Accolli essaya à plusieurs reprises et sous divers prétextes de s'introduire dans le palais pontifical , afin de poignarder l'exécrable pontife. Par malheur, un soir, on rapporta à sa Sainteté qu'il avait vivement insisté pour obtenir audience. Cette persistance éveilla les soupçons du pape ; aussitôt et par son ordre la demeure d'Accolti fut cernée, les portes enfoncées, les chambres fouillées ; et comme c'était l'heure de la réunion des conjurés , tous ses complices furent saisis, garrottés et plongés dans les cachots de l'inquisition. Pendant un mois entier, ces infortunés furent appliqués à la question, torturés, tenaillés; et quand leurs corps ne présentèrent plus une seule place qui n'eût été brûlée avec des pinces ardentes ou déchirée avec des griffes de fer, le saint pontife les fit brûler sur la grande place de Rome pour Tédification des fidèles !

Quoique le complot d'Accolti eût avorté , il n'en fut pas moins la cause de deux grands chagrins pour sa Sainteté : un de ses neveux , Frédéric Borromée , était tombé gravement malade à la suite des fatigues qu'il avait essuyées pour instruire le procès des accusés, et venait de mourir; un autre de ses neveux , le cardinal Charles Borromée, que l'Ëglise a dqmis canonisé 9 après avoir montré un acharnement in*

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croyable envers les malheureux conjurés, ayant pris tout à coup horreur de lui-même , abandonna la cour et se retira à Milan, dont il était archevêque.

Privé de ses neveux les plus chéris , Pie IV reporta toutes ses affections sur les fils de sa sœur, Hannibal et Marc Alteamps; il donna au premier le gouvernement de Rome, et lui destina en mariage la veuve de Frédéric Borromée, avec une dot considérable. 11 abandonna au second, qui était déjà cardinal du titre de Sitico, la direction des affaires religieuses; et comme celui-ci prévoyait qu'il n'aurait pas longtemps en mains le pouvoir, vu l'âge avancé de son oncle et ses habitudes de débauches, il résolut de mettre les moments à profit. D'abord il accabla le peuple d'impôts extraordinaires; il frappa de contributions forcées la noblesse et le clergé; il vendit publiquement les dispenses et les canons; ensuite il fit des emprunts considérables sous prétexte de lever des troupes, et s empara des sommes destinées à l'équipement des recrues.

Quant à Pie IV, libre de tout souci et de toute inquiétude, il se reposait des agitations de sa vie passée , le jour, en se délectant de la vue des suppliciés dans les salles des tortures du palais de l'inquisition; et la nuit, en se plongeant dans une ivresse crapuleuse avec ses favoris, ses mignons et ses maîtresses. Enfin il fut tiré de son apathie par les ambassadeurs d'Espagne, qui, pour le rappeler au sentiment de son existence politique, le sommèrent de renouveler ses tentatives sur l'Allemagne, et de faire adopter dans ces états les actes du synode de Trente. Alors il envoya des nonces à la cour de Bavière et à celle de Maximilien, pour engager les

iverains de ces contrées à prendre des mesures conformes c décisions des Pores. Le duc de Bavière Albert III, dît Magnanime, qui depuis longtemps était sous l'influence > jésuites, ne fit aucune difficulté de recevoir les décrets du îtendu concile œcuménique, et déclara même à Tanibasleur apostolique qu'il était décidé à massacrer les trois irts de ses sujets pour les contraindre à obéir au pape et entrer dans le sein du catholicisme. En effet, il commença • obliger les professeurs dlngolstadt a signer le symbole foi sous peine de bannissement , et après eux il força les ictionnaires publics à adhérer à la confession catholique^ is peine de destitution; quant aux simples citoyens, il prit 3ore moins de ménagements , il les abandonna à la juridicn des jésuites. 11 n'en fut pas de même dans les états qui pendaient immédiatement de Maximilien; non-seulement mpereur refusa d'écouter les remontrances du pape, mais 3ore il lui fit signifier, au nom des électeurs, qu'il eût à loriser en Allemagne la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres, s'il ne voulait perpétuer le schisme s'exposer à de grands dangers.

Pie IV, malgré son désir d'éviter une rupture avec Maxilien , n'osa pas accéder sans réserve à sa demande, et lui répondre que sa qualité de pontife infaillible lui permettait modifier le culte à son gré ; qu'en conséquence il autoriiiit la communion sous les deux espèces; mais qu'il lui lit impossible de trancher la question du mariage des prê- ». Le prince n'ayant pas paru satisfait de cette concession. Sainteté prit d'autres mesures pour conjurer le danger; e chercha à attirer dans sa cause les rois de France et

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d'Espagne, et parvint à persuader à ces deux souyerains que Maximilien avait l'intention bien arrêtée de s'unir aux huguenots de France pour anéantir le catholicisme et s'emparer des trônes de Charles IX et de Philippe II. La crainte du danger, toute-puissante sur l'esprit des tyrans» détermina les rois de France et d'Espagne à se rapprocher du pape : Philippe envoya sa femme à Bayonne , et Charles IX accompagna sa mère à la conférence pour s'entendre avec le duc d'Albe et les représentants de sa Sainteté, afin de poser les bases d'une nouvelle ligue contre les protestants. Il fut convenu dans ce conciliabule de bétes farouches et de hyènes, que Catherine de Médicis ferait main-basse sur tous les hu* guenots de France , pendant que les armées espagnoles envahiraient la Navarre et les Pays-Bas , pour en finir d'un seul coup avec les horétiques.

Comme il était nécessaire pour la réussite d'un semblable complot d'endormir la vigilance des calvinistes, le saint-père suspendit les poursuites des tribunaux inquisiteurs contre ceux qui étaient prévenus d'hérésie ; il fit mettre un grand noiiibre de ces infortunés en liberté; et pour augmenter encore la sécurité des protestants, il invita chaque soir à sa table les ambassadeurs d'Allemagne et les seigneurs huguenots, et s'enivra avec eux en buvant à leur conversion. Ce désir ardent de Pie IV de voir le triomphe de la religion su les hérétiques l'entraîna même si loin dans ses libations, qu' la suite d'un grand repas pendant lequel il engloulit dou brocs de vin, il tomba frappé d'une attaque d'apoplexie mourut quelques heures après, dans la nuit du 8 au 9 f cembre 1565

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