‹ Histoire des parens pauvresChapitre 23 sur 111 · JE* — J · texte numérisé non relu

JE* — J

DE BALZAC

Hulot prit monsieur Marneffe à part, en se sentant menacé dans son plaisir; et, pour la première fois, il quitta le ton hautain qu'il avait gardé jusqu'alors, tant il était épouvanté par la perspective de cet agonisant dans la chambre de cette jolie femme.

— Marneffe, mon cher ami, dit-il, il a été question de vous, aujourd'hui! Mais vous ne serez pas chef de bureau d'emblée ... Il nous faut du temps...

— Je le serai, monsieur le baron, répliqua nettement Marneffe.

— Mais, mon cher...

— Je le serai, monsieur le baron, répéta froidement Marneffe en regardant alternativement le baron et Valérie. Vous avez mis ma femme dans la nécessité de se raccommoder avec moi, je la garde, car, mon cher ami, elle est charmante, ajouta-l-il avec une épouvantable ironie. Je suis le maître ici plus que vous ne l'êtes au Ministère.

Le baron sentit en lui-même une de ces douleurs qui produisent dans le cœur l'effet d'une rage de dents, et il faillit laisser voir des larmes dans ses yeux.

Pendant cette courte scène, Valérie notiliait à l'oreille de Henri Montés la prétendue volonté de Marneffe, et se débarrassait ainsi de lui pour quelque temps.

Des quatre fidèles, Crevel seul, possesseur de sa petite maison économique, était excepté de cette mesure; aussi montrait-il sur sa physionomie un air de béatitude vraiment insolent, malgré les espèces de réprimandes que lui adressait Valérie par des froncemeus de sourcils et des mines significatives ; mais sa radieuse paternité se jouait dans tous ses traits. A un mot de reproche que Valérie alla lui jeter à l'oreille, il la saisit par la main et lui répondit : — Demain, ma duchesse, tu auras ton petit hôtel! c'est demain l'adjudication délinitive.

— Et le mobilier? répondit-elle en souriant.

— J'ai mille actions de Versailles, rive gauche , achetées à cent vingt cinq francs, et elles iront à trois cents, à cause d'une fusion des deux chemins, dans le secret de laquelle j'ai été mis. Tu seras meublée en reine 1 Mais tu ne seras plus qu'à moi?

— Oui, gros maire, dit en souriaut cette Ninon bourgeoise; mais de la tenue? respecte la future madame Crevel.

— Mon cher cousin, disait Lisbeth au baron, je serai demain chez Adeline de bonne heure, car, vous comprenez, je ne peux décemment rester ici. J'irai tenir le ménage de votre frère le maréchal...

— Je retourne ce soir chez moi, dit le baron

Lisbrth sourit et répondit : — Eh bien! j'y viendrai déjeuner demain:

Elle ( jmpril combien sa présence était nécessaire à la scène de famille qui devait avoir lieu, le lendemain. Aussi,

dès le matin, alla-t-elle chez Victorin à qui elle apprit la séparation d'Hortense et de Wenceslas.

Lorsque le baron entra chez lui, vers dix heures et demie du soir, Mariette et Louise, dont la journée avait été laborieuse, fermaient la porte de l'appartement, Hulot n'eut donc pas besoin de sonner. Le mari, très contrarié d'être vertueux, alla droit à la chambre de sa femme; et, par la porte entrouverte, il la vit prosternée devant son crucifix, abîmée dans la prière , et dans une de ces poses expressives qui font la gloire des peintres ou des sculpteurs assez heureux pour les rendre.

Adeline emportée par l'exaltation, disait à haute voix : « Mon Dieu ! faites-nous la grâce de l'éclairer !.. »

Ainsi la baronne priait pour son Hector. A ce spectacle, si différent de celui qu'il quittait, en entendant celte phrase dictée par l'événement de cette journée, le baron attendri laissa partir un soupir, Adeline se retourna, le visage couvert de larmes. Elle crut si bien sa prière exaucée qu'elle fit un bond, et saisit son Hector avec la force que donne la passion heureuse. Adeline avait dépouillé tout intérêt de femme, la douleur éteignait jusqu'au souvenir , il n'y avait plus en elle que maternité, honneur de famille, et l'attachement le plus pur d'une épouse chrétienne pour un mari fourvoyé, celte sainte tendresse qui survit à tout dans le cœur de la femme. Tout cela se devinait.

— Hector! dit-elle enfin, nous reviendrais-tu? Dieu prendrait-il en pitié notre famille?...

— Chère Adeline! reprit le baron en entrant et asseyant sa femme sur un fauteuil à côté de lui, tu es la ph:s sainte créature que je connaisse, et il y a long-temps que je ne me trouve plus digne de toi.

— Tu aurais peu de chose à faire, mon ami, dit-elle en tenant h main de. Hulot et tremblant si fort qu'elle semblait avoir un tic nerveux, bien peu de chose pour rétablir Tordre...

Elle n'osa poursuivre, elle sentit que chaque mot serait un blâme, et elle ne voulait pas troubler le bonheur que cette entrevue lui versait à torrens dans lame.

— Hortense m'amène ici, reprit Hulot Cette petite fiile peut nous faire plus de mal par sa démarche piecipilée que nous en a fait mon absurde passion pour Valérie. Mais nous causerons de tout cela demain matin Hortense dort, m'a dit Mariette , laissons-la tranquille.

— Oui, dit madame Hulot envahie soudain par une profonde tristesse.

Elle devina que le baron revenait chez lui, ramené moins par le désir de voir sa famille, que par une cause étrangère.

— Laissons-la tranquille encore demain , car la pauvre enfant est dans un état déplorable, elle a pleuré pendant loule la journée, dit la baronne.

Le lendemain, à neuf heures du matin, le baron, en attendant sa fille à laquelle il avait fait dire de venir , se promenait dans l'immense salon inhabité , cherchant des raisons à donner pour vaincre l'entêtement le plus difficile a dompter, celui d'une jeune femme offensée et implacable , comme l'est la jeunesse irréprochable , à qui les honteux ménagemens du monde sont inconnus , parce qu'elle en ignore les passions et les intérêts.

— Me voici , papa 1 dit d'une voix tremblante Hortense que ses souffrances avaient pâlie.

Ilulot, assis sur une chaise, prit sa fille par la taille et la força de se mettre sur ses genoux.

— Eh bien ! mon enfant, dit-il en l'embrassant au front, il y a donc de la brouillodans le méuage, et nous avons fait un coup de têtel Ce n'est pas d'une fille bien élevée. Mon Hortense ne devait pas prendre à elle seule un parti décisif, comme celui de quitter sa maison, d'abandonner son mari, sans consulter ses parens. Si ma chère Hortense était venue voir sa bonne et excellente mère, elle ne m'aurait pas causé le violent chagrin que je ressens ! . . . Tu ne connais pas le monde, il est bien méchant. On peut dire que c'est ton mari qui t'a renvoyée a tes parens. Les enfans élevés, comme vous, dans le giron maternel, restent plus long-temps enfans que les autres, ils ne savent pas la vie ! La passion naïve et fraîche, comme celle que tuas pour Wenceslas, ne calcule malheureusement rien , elle est toute à ses premiers mouvemens. Notre petit cœur part, la tête suit. On brûlerait Paris pour se venger, sans penser a la courd'assises! Quand loa vieux père vient te dire que tu n'as pas gardé les convenances, tu peux le croire, et je ne te parle pas encore de la profonde douleur que j'ai ressentie, elle est bien amère, car tu jettes le blâme sur une femme dont le cœur ne t'est pas connu, dont l'inimitié peut devenir terrible.... Hélas! toi, si pleine de candeur, d'innocence, de pureté, lu ne te doutes de rien , lu peux être salie , calomniée. D'ailleurs, mon cher petit ange, tu as pris au sérieux une plaisanterie, et je puis, moi, te garantir l'innocence de ton mari. Madame Marneffe.,.

Jusque-là, le baron, comme un artiste en diplomatie, modelait admirablement bien ses remontrances. 11 avait, comme on le voit, supérieurement ménagé l'introduction de ce nom: mais, en l'entendant, Hortense lit le geste d'une personne blessée au vif.

— Ecoute-moi, j'ai de l'expérience cl j'ai lo.it observé, reprit le père en empêchant sa lille de parler. Cette dame traite ton mari très froidement, tu as été l'objet d'une mystification, je t'en donnerai les preuves. Tiens, hier Wenceslas était à dîner...

— Il y dînait?... demanda la jeune femme en se dressant sur ses pieds et regardant' son père avec l'horreur peinte sur le visage. Hier! après avoir lu ma lettre ?.. Obi mon Dieu ! mon Dieu I... Pourquoi ne suis-je pas entrée dans un couvent, au lieu de me marier ! Ma vie n'est plus u moi, j'ai un enfant! ajouta-t-ellc en sanglotant.

£es larmes atteignirent madame Uulot au cœur, elle sortit

de sa chambre, elle courut à sa fille, la prit dan s ses bras et lui fit de ces questions stupides de douleur, les premières qui viennent sur les lèvres.

— Voilà les larmes, se disait le baron, tout allait si bien! Maintenant que faire avec des femmes qui pleurent?...

— Mon enfaflt, dit la baronne à Hortense, écoute ton père : il nous aime, va...

— Voyons, Hortense, ma chère petite filie, ne pleure pas, tu deviens trop laide, dit le baron. Voyons? un peu déraison. Reviens sagement dans ton ménage, et je te promets que jamais Wenceslas ne mettra les pieds dans cette maison. Je te demande ce sacrifice, si c'est ua sacrifice q'je de pardonner la plus légère des fautes à un mari qu'on aime ! je te le demande par mes cheveux blancs, par lamour que tu portes à ta mère. ... Tu ne veux pas remplir mes vieux jours d'amertume et de chagrins?...

Hortense se jeta, comme une folle, aux pieds de son père par un mouvement si désespéré que ses cheveux mal attachés se dénouèrent, et ede lui tendit les mains avec un geste où se peignait son désespoir.

— Mon père, vous me demandez ma vie! dit-elle, prenezla si vous là voulez; mais au moins prenez-la pure et sans tache, je vous l'abandonnerai certes avec plaisir. Ne me demandez pas de mourir déshonorée, criminelle! Je ne ressemble pas à ma mère! je ne dévorerai pas d'outrages! Si je rentre sons le toit conjugal, je puis étouffer Wenceslas dans un .accès de jalousie, ou faire pis encore. N'exigez pas de moi des choses au dessus dénies forces Ne me pleurez p vante! car, le moins pour moi, 'c'est de devenir folle... Je sens la folie à deux pas de moi! Hier! hier! il dînait chez cetlc f'uinie après avoir lu ma lettre!. . Les autres hommes sont-ils ainsi faits?... Je vous donne ma vie, mais qui' la mort ne soit pas ignominieuse! Sa faute?., légère?. . Avoir un enfant de cette femme?..

— Un enfant? dit Hulot en faisant deux pas en arrière Allons! c'est bien certainement une plaisanterie.

pn ce moment, Victorin et la cousine Bette entrèren'. et restèrent hébétés de ce spectacle. L» (ille était prosternée aux [lieds de son père. La baronne, muette et prise entre le sentiment maternel et le sentiment conjugal , offrait un visage bouleversé, couvert de larmes.

— Lisbcth, dit le baron en saisissant la vieille lille par la main et lui montrant Hortense, lu peux me \enir en aide. Ma pauvre Hortense a la tète tournée, elle croit son Wenceslas aimé de madame Marneffe, tandis qu'elle a venin ! ut bonnement avoir un group? de lui.

— Dalfla! cria la jeune femme. la sc.de chose qu'il ait (aite en un moment, depuis notre mariage. Ce monsieur ne pouvait pas travailler pour moi. pour son tils. et il a travail!cette vaurienne avec une ardeur... Ohl moi. mai père! cxr chacune de vos paroles est un coup .ml

F.n s'a Ircssanl à la baronne et à Victorin, l.i>l>-tii 1 lea épaules par un geste d< p lié en leur montrant le baron qui ne pouvait pas la voir.

DE BALZAC

— Ecoutez, mon cousin, dit Lisbeth, je ne savais pas ce qu'était madame Marneffe quand vous m'avez priée d'aller me loger au dessus de chez elle et de tenir sa maison; mais, en trois ans, on apprend bien des choses. Cette créature est une filial et une fille d'une dépravation qui ne peut se comparer qu'à celle de son infâme et hideux mari. Vous êtes la dupe, le Milord-Pot-au-Feu de ces gens-là, vous serez mené par eux beaucoup plus loin que vous ne le pensez ! Il faut vous parler clairement, car vous êtes au fond d un abîme...

En entendant parler ainsi Lisbeth, la baronne et sa fille lui jetèrent desregards semblables à ceux des dévots remerciant une madone de leur avoir sauvé la vie.

— Elle a voulu, cette horrible femme, brouiller le ménage de votre gendre , dans quel intérêt ? je n'en sais rien ; car mou intelligence est trop faible pour que je puisse voir clair dans ces ténébreuses intrigues, si perverses, ignobles, infâmes. Votre madame Marncffe n'aime pas voire gendre, mais elle le veut à ses genoux par vengeance. Je viens de traiter cette misérable comme elle le méritait. C'est une courtisane sans pudeur, je lui ai déclaré que je quittais sa maison, que je voulais dégager mon honnêteté de ce bourbier... Je suis de ma famille avant tout. J'ai su que ma petite cousine avait quitté Wences'as, et je viens! Votre Valérie, que vous preniez pour une sainte est la cause de cette cruelle séparation; puis-je rester chez une pareille femme? Notre petite chère Hortense, dit-elle , en touchant le bras au baron d'une façon significative, est peut-être la dupe d'un désir de ces sortes de femmes qui, pour avoir un bijou, sacrifieraient toute une famille. Je ne crois pas Wenceslas coupable; mais je le crois faible, et je ne dis pas qu'il ne succomberait point à des coquetteries si raffinées. Ma résolution est prise. Celte femme vous est funeste, elle vous mettra sur la paille, ]e ne veux pas avoir l'air de tremper dans la ruine de ma famille, moi qui ne suis là, depuis trois ans, que pour l'empêcher... Vous êtes trompé, mon cousin. Dites bien fermement que vous ne vous mêlerez pas de la nomination de cet ignoble monsieur Marneffe, et vous verrez ce qui vous arrivera!. . . L'on vous taille de fameuses étrivières pour ce cas-là!

Lbbcth releva sa petite cousine, et l'embrassa passionnément.

— Ma chère Hortense, tiens bon ! lui dit-elle à l'oreille. La baronne embrassa sa cousine Bette avec l'enthousiasme

d'une femme qui se Voit vengée.

La famille tout entière gardait un silence profond autour de ce père, assez spirituel pour savoir ce que dénotait ce silence. Une formidable colère passa sur son front et sur son visage en signes évidens ; toutes les veines grossirent, les yeux s'injectèrent de sang, le teint se marbra.

Adeline se jeta vivement à genoux devant lui, lui prit les mains : — Mon ami ! mon ami ! grâce !

— Je vous suis odieux, dit le baron en laissant échapper le cri de sa conscience.

Nous somme* tous dans le secret de nos torts. Nous sup-

posons presque toujours à nos victimes les sentimens haineux que la vengeance doit leur inspirer ; et, malgré les efforts de l'hypocrisie, notre langage ou notre figure avoue, au milieu d'une torture imprévue, comme avouait jadis 1» criminel entre les mains du bourreau.

— Nos enfans, dit-il pour revenir sur son aveu, finissent par devenir nos ennemis...

— Mon père! dit Victorin.

— Vous interrompez votre père!... reprit d'un voix foudroyante le baron en regardant son fils.

— Mon père, écoutez,... dit Victorin d'une voix ferme et nette, la voix d'un député puritain. Je connais trop le respect que je vous dois pour en manquer jamais, et vous aurez certainement toujours en moi le fils le plus soumis et le plus obéissant. .

Tous ceux qui assistent anx séances des Chambres reconnaîtront les habitudes de la lutte parlementaire dans ces phrases filandreuses avec lesquelles on' calme les irritations en gagnant du temps.

— Nous sommes loin d'être vos ennemis, dit Victorin. Je me suis brouillé avec mon beau-père, monsieur Crevel, pour avoir retiré les soixante mille francs de lettres de change de Vauvinel; et, certes, cet argent est dans les mains d« madame Marneffe. Oh! je ne vous blâme point, mon père, ajouta-t-il à un geste du baron ; mais je veux seulement joindre ma voix â celle de la cousine Lisbeth , et vous faire observer que si mon dévoùment pour vous est aveugle, mon père! et sans bornes , mon bon père! malheureusement nos ressources pécuniaires sont bornées...

— De l'argent ! . . . dit en tombant sur une chaise , le passionné vieillard écrasé par ce raisonnement. El c'est mon fils!.. On vous le rendra, monsieur, votre argent, reprit-il en se levant.

11 marcha vers la porte.

— Hector!

Ce cri fit retourner le baron, cl il montra soudain un visage inondé de larmes à sa femme, qui l'entoura de ses bras avec la force du désespoir.

— Ne t'en vas pas ainsi. Je ne t'ai rien dit, .moi?.. Ne n:us quitte pas en colère...

A ce cri sublime, les enfans se jetèrent aux genoux de leur père.

— Nous vous aimons tous ! dit nortense.

Lisbâth, immobile comme une statue, observait ce groupe avec un sourire superbe sur les lèvres.

En ce moment, le waréchal Hulot entra dans lanti^hambre et sa voix se fit entendre. La famille comprit l'importance du secret, et la scène changea subitement d'aspect. Les deux enfans se relevèrent , et chacun essaya de cacher Sua émotioD.

Une querelle s'élevait à la porte entre Mariette et un soldat qui devint si pressant , que la cuisinière entra au salon.

— Monsieur , un fourrier de régiment . qui revient de l'Âlgère, veut absolument vous parler

— Qu'il attende,

— Monsieur, dit Mariette à l'oreilie de son maître , il m'a dit de vous dire tout bas qu'il s'agissait de monsieur votre oncle I . .

Le baron tressaillit, il crut à l'envoi de fonds qu'il avait secrètement demandés depuis deux mois, pour payer ses lettres de change, il laissa sa famille , et courut dans l'antichambre. Il aperçut une figure alsacienne.

— Est-ce à monsieur laparon Hilotte...

— Oui...

— Lui-même?..

— Lui-même.

Le fourrier, qui fouillait dans la doublure de son képi pendant ce colloque , en tira une lettre que le baron décacheta vivement, et il lut ce qui suit :

« Mon neveu, loin de pouvoir vous envoyer les cent mille » francs que vous me demandez, ma position n'est pas tena- » ble, si vous ne prenez pas des mesures énergiques pour » me sauver. Nous avinssurle dos un procureur du Roi , » qui parle moraleetbaragouine des bêtises sur 1 administra- » lion. Impossible de faire taire ce pékiu là. Si le ministère » de la guerre se laisse manger dans la main par les habits » noirs , je suis mort. Te suis sûr du porteur, tâchez de l'a- » vancer, car il nous a rendu service. Ne me laissez pas aux » corbeaux I »

Cette lettre fut un coup de foudre , le baron y voyait éclore les déchiremens intestins qui tiraillent encore aujourd hui le gouvernement de 1 Algérie entre le civil et le militaire , et il devait inventer sur-le-champ des palliatifs à la plaie qui se déclarait. Il dit au soldat de revenir le lendemain ; et, après l'avoir congédié, non sans de belles promesses d'avancement, il rentra dans le salon.

— Bonjour et adieu , mon frère I dit-il au maréchal.

Adieu mes enfans, adieu ma bonne Adeline . Et que vas-tu devenir , Lisbeth ? dit-il.

— Moi , je vais tenir le ménage du maréchal , car il faut que j'achève ma carrière en vous rendant toujours service, aux uns et aux autres.

—Ne quitte pas Valérie sans que je t'aie vue, dit Hulot àl'oreillede sa cousine. Adieu, Hortense, mapetite insubordonnée, tâche d'être bien raisonnable, il me survient des affaires graves, nous reprendrons la question de ton raccommodement. Penses-y!.. ma bonne petite chatte, dit-il en l'embrassant.

Il quitta sa femme et ses enfans, si manifestement troublé, qu'ils demeurèrent en proie aux plus vives appréhensions. . — L.sbelh, dit la baronne, il faut savoir ceque per.t avoir Hector, jamais je ne l'ai vu daDS un pareil état, reste encore deux ou trois jours chez celle femme, il lui dit tout, à elle, et nous apprendrons ainsi ce qui l'a si subitement changé ! Sois tranquille, nous allons arranger ton mariage avec le maréchal, car ce mariage est bien nécessaire. . .

— Je n'oublierai jamais le courage que tu as eu dans celte matinée, dit Hortense en embrassant Lisbeth.

— Tu as vengé notre pauvre mère, dit Viclorin.

Le maréchal observait d'un air curieux les témoignages d'affection prodigués à Lisbeth, qui revint raconter cette scène à Valérie.

Cette esquisse permet aux âmes innocentes de deviner les differens ravages que les madame Marncffe exercent dans les familles, et par quels moyens elles atteignent de pauvres femmes , en apparence loin d'elles Mais si l'on veut transporter par la pensée ces troubles à l'étage supérieur delà société, près du trône; en voyant ceque doivent avoir coûtéles maîtresses des rois, on mesurera l'étendue des obligations du peuple envers ses souverains quand ils donnent l'exemple des bonnes mœurs et de la vie de famille.

Page 1