‹ Histoire des parens pauvresChapitre 29 sur 111 · JOHANN FISCHER · texte numérisé non relu

JOHANN FISCHER

— Je vous demande pardon, dit avec une touchante fierté le maréchal Hulot au prince de Wisscmbourg

— Allons, tutoie-moi toujours. Hulot. répliqua le, ministre en serrant la main de son vieil ami. — Le pauvre lancier n'a tué que lui, dit-il en foudroyant Mulot d Ervy d'un regard.

— Combien avez-vous pris? dit sévèrement le comte de Forzheim à son frère.

— Deux cent mille francs

— Mon cher ami, dit le comte en l'adressant au ministre vous aurez les deux cent mille francs sous quarante-huit heures. On ne pourra jamais dire qu'un homme portant le nom de Hulot a fait tort d'un denier à la chose publique. . .

— Quel enfantillage! dit le maréchal. Je sais où sont les deux cent mille francs et je vais les faire restituer. Donnez vos démissions et demandez votre retraite ! rei

en faisant voler une double feuille de papier tellière jusqu'à l'endroit où s'était assis le Conseiller-d Etat dont les jamto .flageolaient. Ce serait une honte pour nous tous que votre procès, et j'ai obtenu tlu conseil des ministres la liberté d'agir, comme je le fais. Puisque vous acceptez la \ ie sans Ihonneur, sans mon estime, une vie dégradée , vous aurez la retraite qui vous est due. Seulement , failes-vou bien oublier. Le maréchal sonna.

— L'employé Marncffe, est-il là ?

— Oui, monseigneur, dit l'huissier.

— Qu'il entre!

— Vous, s'écria le ministre, en voyant Marneffe, et votre femme, vous avez sciemment ruiné le baron d Ervy que

— Monsieur le ministre . je vous demande pardon , nous sommes très pauvres, je n'ai que maçlaccpour vivre, et j'ai deux enfans, dont Un aura été mis dans ma famille par monsieur le baron.

— Quelle ligure de coquin ! dit le prince eu montrant Mamelle au maréchal Hulot. Trêve d) dis©

relie, reprit-il, vous rendrez deux cent mille francs, ou irez en Algérie".

— Mais, monsieur le ministre, vous ne connaisse; pas ma femme, elle a tout mangé Monsieur le baron invitait tous les jours six personnes^ dîner... On dép< moi cin-

quante mille lianes par an...

— Retirez-vous, dit le ministre de la voix lorn

qui sonnait la charge au fort des batailles - cevra avis de votre changement \ ■

— Je préfère donner ma démission, dit insolemmen

DE BALZAC

neffe, car c'est trop d'être ce que je suis, et battu ! je ne serais pas content, moi !

Et il sortit.

— Quel impudent drôle !

Le maréchal Hulot, qui pendant cette scène était resté, debout, immobile, pâle comme un cadavre, examinant son frère a la dérobée, alla prendre la main au prince et lui répéta : — Dans quarante-huit heures , le tort matériel sera réparé; mais l'honneur!... Adieu, maréchal! C'est le dernier coup qui lue .. oui, j'en mourrai, lui dit-il à l'oreille.

— : Pourquoi diantre es-tu venu ce matin'?... répondit le prince ému.

— Je venais pour sa femme, répliqua le comte en montrant Hector, elle est sans pain!... surtout maintenant.

— Il a sa retraite!

, — Elle est engagée!

— 11 faui avoir le diable au corps! ... dit le prince en haussant les épaules. Quel philtre vous font donc avaler ces femmes-là, demanda-t-il à Hulot d'Ervy, pour vous ôter l'esprit? Comment pouviez-vous, vous qui connaissez la minutieuse exactitude avec laquelle 1 administration française écrit tout, verbalise sur tout, consomme des rames de papier pour constater l'entrée et la sortie de quelques centimes, vous qui déploriez qu'il fallût des centaines de signatu-, rcs pour des riens, pour libérer un soldat, pour acheter des étrilles! comment pouviez-vous donc espérer cacher un vol pendant long-temps? Et les journaux ! ei les envieux! et les gens qui voudraient voler l.'.. Ces femmes-là vous otent donc le bon sens, elles vous mettent donc des coquilles de noix sur les yeux? ou vous êtes donc fait autrement que nous autres?... Il fallait quitter l'Administration du moment où vous n'étiez plus un homme, mais un tempérament! Si vous avez joint tant de sottise à votre crime, vous finirez... je ne veux pas vous dire où!...

— Promets-moi de t'oecuper d'elle , Cottin . demanda le comte de Forzheim qui n'entendait rien et qui ne pensait qu'à sa belle-sœur.

— Sois tranquille! dit le ministre.

— Eh bien! merci, et adieu ! — Venez, monsieur, dit- il à, son frère.

Leprinceregardad'unœil, en apparence calme, lcsdeuxfrèrcs. si différais d'attitude, de conformation et de caractère, le brave et le lâche, le voluptueux et le rigide, l'honnête et le concussionnaire, et il se dit : — Ce lâche ne saura pas mourir! et mon pauvre Hulot, si probe, a la mort dans son sac. lui!

Il s'assit dans son fauteuil, et reprit la lecture des dépêches d'Afrique par un mouvement qui peignait à la fois le sang-froid du capitaine et la pitié profonde que donne le Spectacle des champs de bataille, car il n'y a rien de plus in m réalité <pie les militaires si rudes en apparence et à qui l'habitude de la guerre communique cet absolu glatit 1. si nécessaire sur les champs de bataille.

Le lendemain, quelques journaux contenaient sous, des rubriques différentes ces différons articles:

Monsieur le baron Hulot d'Ervy vient de demander sa retraite. Les désordres de la comptabilité dans l'administration algérienne qui ont été signalés par la mort et par la fuite de deux employés ont influé sur la détermination prise par ce haut fonctionnaire. En apprenant les fautes commises par des employés, en qui malheureureusement il avait placé sa confiance, monsieur le baron Hulot a éprouvé dans le cabinet même du ministre une attaque de paralysie.

Monsieur Hulot d'Ervy, frère du maréchal, compte quarantoemq ans de services. Cette résolution, vainement combattue, a été vue avec regret par tous ceux qui connaissent monsieur Hulot dont les qualités privées égalent les talens administratifs Personne n'a oublié le dévoûment de l'ordonnateur en chef de la garde impériale à Varsovie, ni l'activité merveilleuse avec laquelle il sut organiser les différons services de l'armée improvisée en 1815 par Napoléon. C'est encore une, des gloires de l'époque impériale qui va quitter la scène. Depuis 1830, monsieur le baron Hulot n'a cessé d être une des lumières nécessaires au Conseil-d'Etai et au Ministère de la Guerre.

— ^swfSacs»^

Alger. — L'affaire, dites des fourrages, à laquelle quelques journaux ont donné des proportions ridicules, est terminée par la mort du principal coupable. Le sieur Johann Wisch s'est tué dans sa prison et son complice est en fuite ; mais il sera jugé par contumace. Wisch, ancien fournisseur des armées, était un honnête homme, très estimé, qui n'a pas supporté l'idée d'avoir été la dupe du sieur Chardin, le

garde-magasin en fuite.

— -saasoar-»

Et aux faits-Paris, on lisait ceci :

" M. le maréchal ministre de la guerre, pour éviter à l'avenir tout désordre, a résolu de créer un bureau des subsistances en Afrique. On désigne un chef de bureau, M Marneffe comme devant être chargé de cette organisation. »

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La succession du baron Hulot excite toutes les ambitions. Cette Direction est, dit-on, promise à monsieur le comte Martial de la Roche-Hugon, député, beau-frère de monsieur le comte de Rastignac. Monsieur Massol, maître des requêtes, serait nommé Conseiller d'Etat, et monsieur Claude Vignon maître des requête

De toutes les espèces de cnnnrJs , la plus dangereuse pour les journaux de l'opposition, c est le canard officiel. Quelque rusés que soient les journalistes, ils sont parfois les dupes volontaires ou involontaires de l'habileté de ceux d'entr eux qui, de la Presse, ont passé, comme Claude Vignon, dans les hautes régions du Pouvoir. Le journal ne peut être, vaincu (pie par le journaliste Au ;si doit-on se dire, en travestissant Voltaire:

Lo fait Pans n'est pas ce qu'un vain peuple pense!

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