‹ Histoire des parens pauvresChapitre 36 sur 111 · ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES FAITES E\ RIAAT PA*. Y AU · texte numérisé non relu

ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES FAITES E\ RIAAT PA*. Y AU

Vers {a lin du mois de mai, la pension du baron Hulot fut entièrement dégagée par les paiemens que Yicjjorin avait successivement faits au baron de Nueingcn. Chacun sait que les semestres des pensions ne sont acquittés que sur la présentation d'un certificat de vie, et comme on ignorait la demeure du baron Hulot, les semestres frappés d'opposition au profit de Vauvinet restaient accumulés au Trésor. Vauvinet ayant signé sa main-levée, désormais il était indispensable de trouver le titulaire pour toucher tout l'arriéré.

La baronne avait, grâce aux soins du docteur Bianchon, recouvré la santé. La bonne Josépha contribua par une lettre, dont l'orthographe trahissait la collaboration du duc d'Hérouville, à l'entier rétablissement d'Adcline.

Voici ce que la cantatrice écrivit à la baronne, après quarante jours de recherches actives.

« Madame la baronne ,

» Monsieur Hulot vivait, il y a deux mois, rue des Ber- » nardins, avec Elodic, la repriseuse de dentelle, qui l'avait » enlevée à mademoiselle Bijou; mais il est parti, laissant » là tout ce qu'il possédait, sans dire un mot, .sans qu'on » puisse savoir où il est allé. Je ne me suis pas' découragée, » et j'ai misa sa poursuite un homme qui, déjà, croit l'avoir » rencontré sur le boulevard Bourdon.

» La pauvre^juive tiendra la promesse faite à la rhré'.ien- » ne. Que, l'ange prie pour le démon! c'est ce qui doit ar- » river quelquefois dans le ciel.

i Je suis, avec un profond respect et pour toujours,

» votre humble servante Josépha Miraii. »

Maître Hulot d'Ervy n'entendant plus parler de la terrible madame Nourrisson, voyant son beau-père marié, avant reconquis son beau-frère revenu sous le toit de la famill prouvant aucune contrariété de sa nouvelle belle-mère . el trouvant sa mère mieux de jour en j)ur, se laissait aile travaux politiques et judiciaires, emporté par le courant rapide de la vie parisienne, où les heures comptent pour des journées.

Chargé d'un rapport à la Chambre des D<-t.iit--r. il fui obligé, vers la lin de la session, de passes toute une nuit à travailler. Rentré dans son cabinet vers neuf heures il dait que son valet-de-chambrc d'abats-jour, et il pensait à sou père. Il se reproef laisser la cantatrice occupée de cette recherche . et il se proposait de voir à ce sujet le lendemain monsieur Chapoot . lorsqu'il aperçut à sa fenêtre, dans la lueur du crépuscule; une sublime tète de \ieillard . à crâne j mne , borde de cheveux blancs.

— Dites , mon cher monsieur, qu'on laisse arriver jusqu'à vous un pau\ re ermite venu du désert et charge d

ter pour la reconstruction d'un saint asile...

Celte vision, qui prenait une v>i\ el qui rappela so. à l'avocat une prophétie de l'horrible Nourrisson, le li1 sai'lir.

— Introduisez ce vieillard, dit-il à son ^aV; de rharabrci

— Il empestera le cabinel tic monsiei r, rép • dit le d mestique, il porte une robe brune qu'il n'a pas renov depuis son dépari de Syrie, et il n'a pas d ■ cnemis

DE BALZAC

— Introduisez ce vieillard, répéta l'avocat Le vieillard entra, Victorin examina d'un œil défiant ce

soi-disant ermite en pèlerinage, et vit un superbe modèle de ces moines napolitains dont les robes sont sœurs des guenilles du lazzarone, dont les sandales sont les baillons du cuir, comme le moine est lui-même un haillon humain. C'était d'une vérité si complète que, tout en gardant sa défiance, l'avocat se gourmanda d'avoir cru aux sortilèges de madame Nourrisson.

— Que me demandez-vous?

— Ce que vous croyez devoir me donner?...

Victorin prit cent sous à une pile déçus et tendit la pièce à l'étranger.

— A compte de cinquante mille francs, c'est peu!... dit le mendiant du désert.

Celle phrase dissipa toutes les incertitudes de Victorin.

— Et le ciel a-t-il tenu ses promesses? dit l'avocat en fronçant le sourcil.

— Le doute est une offense, mon fils ! répliqua le solitaire. Si vous voulez ne payer qu'après les pompes funèbres accomplies, vous êtes dans voire droit, je reviendrai dans huit jours.

— Les pompes funèbres ! s'écria l'avocat en se levant.

— Ou a marché , dit le vieillard en se retirant , les morts vont vile à Paris!

Quand Hulot , qui baissa la tète , voulut répondre , l'agile vieillard avait disparu

— Je n'y comprends pas un mot, se dit Halot fils à lui— même... Mais dans huit jours, je lui redemanderai mon père, si nous ne l'avons pas trouvé. Où madame Nourrisson (Oui, elle se nomme ainsi) prend-t-elle de pareils acteurs?...

Le lendemain, le docteur Bianchon permit à la baronne de descendre au jardin, après avoir examiné Lisbeth qui, depuis lin mois, était obligée par une légère maladie des bronches de garder la chambre. Le savant docteur, qui n'osa dire toute sa pensée sur Lisbeth avant d'avoir recueilli de symptômes décisifs, accompagna la baronne au jardin pour étudier, après deux mois de réclusion, l'effet dupleinairsur le tressaillement nerveux dont il s'occupait La guérison de celle névrose affriolait le génie de Bianchon. En voyant ce grand et célèbre médecin assis et leur accordant quelques instans, la baronne et ses enfans eurent une conversation de politesse avec lui.

— Vous avez une vie bien occupée, et bien tristement! dit la baronne. Je sais ce que c'est que d'employer ses journées à voir des misères ou des douleurs physiques.

— Madame, répondit le médecin, je n'ignore pas les spectacles que la charité vous oblige a contempler ; mais, vous vous y ferez a la longue, comme nous nous y faisons tous. C'est la loi sociale. Le confesseur, le magistrat, 1 avoué»seraient impossibles si l'esprit de l'état ne domptait pas kcœur del'lwmme. Vivrait-on sans l'accomplissement de ce phéno-

mène? Le militaire, en temps de guerre, n'est-il pas également réservé à des spectacles encore plus cruels que ne le sont les nôtres? et tous les militaires qui ont vu le feu sont bons. Nous, nous avons le plaisir d'une cure qui réussit, comme vous avez, vous, la jouissance de sauver une famille des horreurs de la faim, delà dépravation, delà misère, en la rendant au travail, à la vie sociale ; mais comment se consolent le magistrat, le commissaire de police et l'avoué qui passent leur vie a fouiller les plus scélérates combinaisons de l'intérêt "humain , ce monstre social qui connaît le regret de ne pas avoir réussi, mais que le repentir ne visitera jamais? La mritié de la société passe sa vie à ohserrer l'autre. J'ai pour ami depuis bien long-temps un avoué, maintenant retiré, qui me disait que, depuis quinze ans, les notaires, les avoués se défient autant de leurs cliens que des adversaires de leurs cliens. Monsieur votre fils est avocat, n'a-t-il jamais été compromis par celui dont il entreprenait la défense?...

— Oh! souvent! dit en souriant Victorin.

— D'où vient ce mal profond? demanda la baronne.

— Du manque de religion! répondit le médecin, et de 1 envahissement de la finance qui n'est autre chose que l'égoïsme solidifié. L'argent autrefois n'était pas tout, on admettait des supériorités qui le primaient. 11 y avait la noblesse, le talent, les services rendus à l'Etat; mais aujourd'hui, la loi fait de l'argent un étalon général, elle l'a pris pour base de la capacité politique! Certains magistrats ne sont pas éligibles, J.-J. Rousseau ne serait pas éligible! Les héritages perpétuellement divisés obligent chacun à penser à soi dès l'âge de vingt ans. Eh bien! entre la nécessité de faire fortune, et la dépravation des combinaisons, >1 n'y a pas d'obstacle, car le sentiment religieux manque en France, malgré les louables efforts de- ceux qui tentent une restauration catholique Voilà ce que se disent tous ceux qui contemplent, comme moi, la société dans ses entrailles.

— Vous avez peu de plaisirs, dit Hortense.

— Le vrai médecin, répondit Bianchon, se passionne pour la science. Il se soutient par ce sentiment autant que par la certitude de son utilité sociale. Tenez, en ce moment, vous me voyez dans une espèce de joie scientifique, et bien des gens superficiels me ptendraient pour un homme sans cœur. Je vais annoncer demain à l'Académie de médecine une trouvaille ! J'observe en ce moment une maladie perdue ' Une maladie mortelle, d'ailleurs, et contre laquelle nous sommes sans armes, une maladie qui régnait au Moyen-Age. C'est une belle lutte que celle du médecin contre un pareil sujet. Depuis dix jours, je pense à toute heure âmes malades, car ils sont deux, la femme et le mari! Ne vous sont-ils pas alliés, car, madame, vous êtes la fille de mons-eur CreTcI, dit-il eu s'adressant à Célestine.

— Quoi! votre malade serait mon père'^.. dit Célestine. Demeure t-il rue Barbet-de-Jouy.

— C'est bien cela, répondit Bianchon.

— Et la maladie est mortelle? répéta Victorin épouvanté.

— Je vais chez mon père ! s'écria Célestine en se levant.

— Je vous le défends bien positivement, madame, répondit tranquillement Rianchon. Cette maladie est contagieuse...

— Vous y allez bien, monsieur, répliqua la jeune femme. Croyez-vous que les devoirs de la tille ne soient pas supérieurs a ceux du médecin?

— Madame, un médecin sait comment se préserver de la contagion, et l'irréflexion de votre dévoûment me prouve que vous ne pourriez pas avoir ma prudence.

Célestine se leva, retourna chez elle, où elle s'habilla pour sortir.

— Monsieur, dit Viclorin à Rianchon, espérez-vous sauver monsieur et madame Crevel ?. . .

— Je l'espère sans le croire , répondit Rianchon. Le fait est inexplicable pour moi. Celte maladie est une maladie propre aux nègres et aux peuplades américaines dont le système cutané diffère de celui des races blanches. Or je ne peux établir aucune communication enlre les noirs, les cuivrés, les métis et monsieur ou madame Crevel. C'est d'ailleurs une maladie fort belle pour nous, mais affreuse pour tout le monde. La pauvre créature, qui, dit-on, était jolie, est bien punie par où elle a péché, car elle est aujourd'hui d'une ignoble laideur, si toutefois elle est quelque chose!., ses dents et ses cheveux tombent.'elle a l'aspect des lépreux, elle se fait horreur à elle-même; ses mains, épouvantables avoir, sont enflées et couvertes de pustules verdàtres ; les ongles déchaussés restent dans les plaies qu'elle gratte ; enfin toutes les extrémités se détruisent dans la sanie qni les ronge.

— Mais la cause de ces désordres ? demanda l'avocat

— Oh ! dit Rianchon, la cause est dans une altération rapide du sang., il se décompose avec une effrayante rapidité. J'espère attaquer le sang, je l'ai fait analyser, je rentre prendre chez moi le résultat du travail de mon ami le professeur Duval, le fameux chimiste, pour entreprendre un de ces coups désespérés que nous jouons quelquefois contre la Mort.

— Le doigt de Dieu est là ! dit la baronne d'une voix profondément émue. Quoique celte femme m'ait causé des maux qui m'onl fait appeler, dans des moyens de folie, la justice divine sur sa tète, j£ souhaite , mon Dieu ! que vous réussissiez, monsieur le docteur I

Hulot fils avait le verlige, il regardait sa mère, sa sœur et le docteur alternativement, en tremblant qu'on ne devinât ses pensées. Il se considérait comme un assassin. Hortense, elle, trouvait Dieu très juste.

Célestine reparut pour prier son mari de l'accompagner.

— Si vous y allez, madame et vous, monsieur, restez à un pied de distance du lit des malades, voilà toute la précaution. Aussi devez-vous accompagner votre femme, monsieur H :lot, pour l'empêcher de transgresser cette ordonnance .

Adelinc et llorlcnsc, restées seules, allèrent tenir compagnie à Lisbclh. La haine d'Ilorlense contre Valérie était si violente, qu'elle uc put en contenir l'explosion.

— Cousine! ma mère et moi nous sommes vengées!..

s'écria-t-elle. Cette venimeuse créature se sera mordue, elle est en décomposition.

— Hortense, dit la baronne, tu n'es pas chrétienne en ce moment. Tu devrais prier Dieu de daigner inspirer le repentir à cette malheureuse...

— Que dites-vous? s'écria la Rette en se levant de sa chaise, parlez-vous de Valérie?

— Oui, répondit Adeline, elle est condamnée, elle va mourir d'une horrible maladie dont la description seule donne le frisson.

Les dents de la cousine Rette claquèrent, elle fut prise d'une sueur froide, elle eut une secousse terrible qui révéla la profondeur de son amitié pour Valérie.

— J'y vais, dit-elle.

— Mais le docteur t'a défendu de sortir!...

— N'importe! j'y vais. Ce pauvre Crevel, dans quel état il doit être, car il aime sa femme...

— Il meurt aussi, répliqua la comtesse Steinbeck, nos ennemis sont entre les mains du diable...

— De Dieu!... ma fille.

Lisbeth s'habilla, prit son fameux cachemire jaune, sa capote de velours noir, mit ses brodequins; et, rebelle aux remontrances d'Adeline et d'Hortense, elle partit.

Arrivée rue Rarbet, quelques inslans après monsieur et madame Hulot , elle trouva sept médecins que Rianchon avait mandés pour observer ce cas unique, et auxquels il venait de se joindre. Ces docteurs debout dans le salon, discutaient sur la maladie; tantôt l'un tantôt 1 autre allait soit dans la chambre de Valérie, soit dans celle de Crevel, pour observer, et revenait avec un argument base sur celte rapide observation.

Deux graves opinions partageaient ces princes de la science. L'un, seul de son opinion, tenait pour un empoisonnement et parlait de vengeance particulière en niant qu on eût retrouvé la malad'e décrite au Moyen-Age Trois autres voulaient voir une décomposition de la lymphe et des humeurs. Le second parti, celui de Rianchon. soutenaitque cette maladie était causée par une vicialion du sang allaqué par un principe morbilique inconnu. Rianchon apportait le resullat de 1 analyse du sang fait par le professeur Duval. Les moyens curalifs, quoique désespérés et toul à fait empiriques , dépendaient de la solution de ce problème médical.

Lisbeth resta pétrifiée à trois pas du lit où mourait Valérie, en voyant un vicaire de Saiul-Tliomas-d Aquin au chevet de sou amie

I.a religion trouvait une ame à sauver dans un amas de pourriture qui, des cinq sens de la créature, n'avait garde que la vue. La sœur de charité, qui seule avait accepte la tâche de garder Valérie, se tenait à distance Ain>i 1 Kjrlise catholique, ce corps divin, toujours animé par 1 inspiration du sacrifice en toute chose, assistait, sous sa double forme d\ >pnl cl de chair, celte iufàmeet infecte moribonde. KV60M mansuétude infinie et ses inépuisables trésors île miséricorde

Les domestiques épouvantes refusaient d entrer dans la

DE BALZAC

chambre de monsieur ou de madame , ils ne songeaient qu'à eux et trouvaient leurs maîtres justement frappés. L'infection était si grande que, malgré les fenêtres ouvertes et les plus puissans parfums, personne ne pouvait rester long-lemps dans la chambre de Valérie. La Religion seule y veillait. Comment une femme d'un esprit aussi supérieur que celui de Valérie , ne se serait-elle pas demandé quel intérêt faisait rester là ces deux représentais de l'Église? Aussi la mourante avait-elle écouté la voix du prêtre. Le repentir avait entamé cette ame perverse en proportion des ravages que la dévorante maladie faisait à la beauté. La délicate Valérie avait offert à la maladie beaucoup moins de résistance que Crevel , et elle devait mourir la première, ayant été d'ailleurs la première attaquée.

— Si je n'avais pas été malade, je serais venue te soigner, dit enfin Lisbeth après avoir échangé un regard avec les yeux de son amie. Voici quinze ou vingt jours «que je garde la chambre, mais en apprenant ta situation par le docteur, je suis accourue...

— Pauvre Lisbeth, tu m'aimes, toi ! je le vois, dit Valérie. Ecoute I je n'ai plus qu'un jour ou deux à penser, car je ne puis pas dire vivre ! Tu le vois ; je n'ai plus de corps, je suis un tas de boue... On ne me permet pas de me regarder dans un miroir... Je n'ai que ce que je mérite. Ali! je voudrais, pour être reçue k merci, réparer tout le mal que j'ai fait. ..

— Oh ! dit Lisbeth, si tu parles ainsi, tu es bien morte !

— N'empêchez pas cette femme de se repentir, laissez-la toute k ses pensées chrétiennes, dit le prêtre.

— Plus rien ! se dit Lisbeth épouvantée. Je ne reconnais ni ses yeux, ni sa bouche ! Il ne reste pas un seul trait d'elle I Et l'esprit a déménagé! Oh! c'est effrayant!...

— Tu ne sais pas, reprit Valérie, ce que c'est que la mort , ce que c'est que de penser au lendemain de son dernier jour, k ce que l'on doit trouver dans le cercueil : des vers pour le corps, mais quoi pour l'ame?.. Ah! Lisbeth, je sens qu'il y a une au' re vie ! . . . et je suis toute k une terreur qui m'empêche de sentir les douleurs de ma chair décomposée !... Moi qui disais en riant à Crevel, en me moquant d'une sainte , que la vengeance de Dieu prenait toutes les formes du malheur!... Eh! bien, j'étais prophète Ne joue pas avec les choses sacrées, Lisbeth !

— Et d'où te vient cette gangrène?... demanda la vieille fille qui resla dans son incrédulité villageoise.

— Oh! j'ai reçu de Henri un billet qui ne me laisse aucun doute sur mon sort. .. Mourir au moment où je voulais vivre honnêtement, dit-elle, et mourir un objet d'horreur... Lisbeth, abandonne toute idée de vengeance! Sois bonne pour cette famille, à qui j'ai- déjà, par un testament, donné tout ce dont la loi me permet de disposer! Va, ma fille, quoique tu sois le seul être aujourd'hui qui ne s'éloigne pas de moi avec horreur, je t'en supplie, va-t-en, laisse-moi... je n'ai plus que le temps de me livrer k Dieu I . . .

— Elle bat la campagne, se dit Lisbeth sur le seuil de la chambre.

Le sentiment le plus violent que l'on connaisse, l'amitié d'une femme pour une femme, n'eut pas l'héroïque constance de l'Eglise Lisbeth, suffoquée par les miasmes délétères, quitta la chambre.

Elle vit les médecins continuant à discuter. Mais l'opinion de Bianchon l'emportait et l'on ne débattait plus que la manière d'entreprendre l'expérience..

— Ce sera toujours une magnifique autopsie, disait un des opposans, et nous aurons deux sujets pour pouvoir établir des comparaisons.

Lisbeth accompagna Bianchon, qui vint au lit de la malade.

— Madame, dit-il, nous allons essayer sur vous une médication puissante et qui peut vous sauver...

— Si vous me sauvez, dit-elle, serais-jc belle comme auparavant?...

— Peut-être! dit le savant médecin.

— Votre peut-être est connu ! dit Valérie. Je ressemblerai sans doute à ces femmes tombées dans le feu ! Laissez-moi toute à l'église ! je ne puis plaire qu'k Dieu! ce sera ma dernière séduction.

— Voilà le dernier mot de ma pauvre Valérie , je la retrouve ! dit Lisbeth en pleurant.

La Lorraine crut devoir passer dans la chambre de Crevel; elle y trouva Victorin et sa femme assis k trois pieds de distance du lit pestiféré.

— Lisbeth, dit-il, on me cache l'état dans lequel est ma femme ;. . . tu viens de la voir, comment va-t-elle ?

— Elle est mieux, répondit Lisbeth, elle se dit sauvée!

— Ah! bon, reprit le maire, car j'avais peur d'être la cause de sa maladie. . . On n'a pas été commis-voyageur pour la parfumerie impunément. Je me fais des reproches... Si je la perdais, que devieudrais-je ! Ma parole d'honneur, mes enfans, j'adore cette femme-lkl

Crevel essaya de se mettre en position , en se relevant sur son séant.

— Oh! papa! dit Célestine, si vous pouviez être bien portant, je recevrais ma belle-mère I j'en fais le veeu!

— Pauvre petite Célestine! reprit Crevel, viens m'embrasser?... «

Victorin retint sa femme qui s'élançait.

— Vous ignorez, monsieur, dit avec douceur l'avocat, que votre maladie est contagieuse...

— C'est vrai, répondit Crevel, les médecins s'applaudissent d'avoir retrouvé sur moi je ne sais {(Belle peste du Moyen-Age qu'on croyait perdue, et qu'ils faisaient tambouriner dans leurs Facultés. .. C'est fort drôle! Oh! n'ayez pas peur, mes enfans, je suis un esprit fort , quoiqu' ancien parfumeur ! Que voulez-vous , j'ai sucé le lait de la révolution , je n'ai pas l'esprit du baron d'Holbach , mais j'en ai la force dame. Je suis plus que jamais Régence, Mousquetaire gris , abbé Dubois, et maréchal de Richelieu ! sacrebleu! Mapauvre femme, qui perd la tête, vient de m'envoyer un homme k soutane, k mei, l'admirateur de Beranger, l'ami de Lisette, le fils de Voltaire et de Rousseau... Le médecin ma dit. pour

me tâler, pour savoir si la maladie m'abattait : — « Vous avez vu monsieur l'abbé?.. »Savez-vous ce que j'ai fait, mes enfans'?.. . Eh bien! j'ai imite le grand Montesquieu. Oui , j'ai regardé le médecin ( tenez comme cela 1 ) et j'ai dit :

Cet esclave est venu,

Il a montré son Ordie, et n'a rien obtenu'

Son Ordre est un joli calembour, qui prouve qu'il l'pgonie monsieur le président de Montesquieu conservait toute la grâce de son génie, car on lui avait envoyé un Jésuite). ..

J'aime ce passage... on ne peut pas dire de sa vie, mais de sa mort. Ab! le passage! encore un calembour!

Hulot fils contemplait tristement son beau-père, en se demandant si la bêtise et la vanité ne possédaient pas une force égale à celle de la vraie grandeur dame. Les causes qui font mouvoir les ressortsde l'aine, semblent être tout à fait étrangères aux résultats. La force que déploie un grand criminel se-

rait-elle donc la même quecclle dont s'enorgueillit un Champs cenetz allant au supplice ?

A la tin de la semaine, madameCrevcl était enterrée après des souffrances inouïes, et Crevel suivit sa femme à deux jours de distance. Ainsi les effets du contrat de mariage furent annulés, et Crevel hérita de Valérie.

Le lendemain même de l'enterrement, l'avocat revit le vieux moine, il le reçut sa, :s dire nn m !. le moine tendit silencieusement la main, et silencieusement aussi, maître Victorn Hulot lui remit qualre-vingli billets de bam mille francs, ; ris sur la ira .:c que l'on Iro - le se-

crétaire de Crevel.

Madame Hu'ot jeune hi la terre de Prestes et de

treiiie mille Francs de renies. MadameCrevcl avait trois cent mille francs au ! von Bulol Le scrofulei nislas lils devait a\oir, à sa majorité, 1 hôtel Crevel, et vingt-quatre mille irancs de rentes

caâPiTï-îE àxxvm.

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