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LE PARADIS ÉCONOMIQUE DU PARIS DE

Une heure après. Montés, Cydalise et Carabne, revenus du Rocher de Cancale, entraient rue Saint-Georges, dans le petit salon de Carabine.

La lorette vit madame Nourrisson assise dans une bergère, au coin du feu.

— Tiens! voilà ma respectable tante! dit-elle.

— Oui, ma fille, c'est moi qui viens chercher moi-même ma petite rente. Tu m'oublierais, quoique tu aies bon cœur, et j ai demain des billets à payer. Une marchande à la toilette, c'est toujours gêné. Qu'est-ce que tu traînes donc après toi?... Ce monsieur a l'air d'avoir bien du désagrément...

L'affreuse madame Nourrisson, dont en ce moment la métamorphose était complète et qui semblait être une bonne vieille femme, se leva pour embrasser Carabine, une des cent et quelques lorcttes qu'elle avait lancées dans lhorrible carrière du vice.

— C'est un Othello qui ne se trompe pas, et que j'ai l'honneur de te présenter : monsieur le baron Montés de Montéjanos. .

— Oh! je connais monsieur pour en avoir beaucoup entendu parler, on vous appelle Combabus parce que vous n'aimez qu'une femme; c'est, à Paris, comme si Ion n'en

avait pas du tout. Eh bien! s'agirait-il par hasard de votre objet V de madame Marneiïe, ia femme à Crevé!... Tenez, mon cher monsieur, bénissez votre sort au licur de l'accuser... C'est une rien du tout, cette petite femme-là. Je connais ses allures !...

— Ah bah ! dit Carabine à <jni madame Nourrisson avait glissé dans la main une lettre en l'embrassant, tu ne connais pas les Brésiliens. C'est des crânes qui tiennent à s'empaler par le cœur 1... Tant plus ils sont jaloux, tant plus ils veulent l'être. Môsieur parle de tout massacrer, et il ne massacrera rien, parce qu'il aime ! Enfin je ramène ici monsieur le baron pour lui donner les preuves de son malheur que j'ai obtenues de ce petit Sicinbock.

Montés était ivre, il écoutait comme s'il ne s'agissait pas de lui-même. Carabine alla se débarrasser de son crispin en velours, et lut le fac-similé du billet suivant :

« Mon chat , il va ce soir dîner chez Popinot, et viendra » me chercher à l'Opéra sur les onze heures. Je partirai sur » les cinq heures et demie, et compte te trouver à noire pa- » radis, où tu feras venir à dîner de la Maison d'Or. Habille- » toi de manière à pouvoir me ramener à l'Opéra. Nous » aurons quatre heures à nous. Tu me rendras ce petit mot, » non pas que ta Valérie se défie de toi, je te donnerais ma » vie, ma fortune et mon honneur; mais je crains les farces » du hasard.»

— Tiens, baron, voilà le poulet envoyé ce matin au comte deSteinbock, lis l'adresse! L'original vient d'être brûlé.

Montés tourna, retourna le papier, reconnut l'écriture, et fut frappé d'une idée juste, ce qui prouve combien sa tète était dérangée.

— Ah ça! dans quel intérêt me déchirez-vous le cœur, car vous avez acheté bien cher le droit d'avoir ce billet pendant quelque temps entre lesmains'dit-il en regardant Carabine.

— Grand imbécile! dit Carabine à un signe de madame Nourrisson , ne vois-tu pas cette pauvre Cydalise?... un enfant de seb.e ans, qui t'aime depuis trois mois à en perdre le boire et le manger, et qui se désole de n'avoir pas encore obtenu le plus distrait de les regards.

Cydalise se mit un mouchoir sur les yeux et eut l'air de pleurer.

— Elle est furieuse, malgré son air de sainte nitouche, de voir que l'homme dont elle est folle est la dupe d'une scélérate, dit Carabine en poursuivant, et elle tuerait Valérie.

— Oh! ça! dit le Brésilien, ça me regarde!

— Tuer?... toi ! mon petit, dit la Nourrisson, ça ne se f.iit plus ici.

— Oh! reprit Montes, je ne suis pas de ce pays-ci, moi ! Je vis. dans une capitainerie où je me moque de vos lois, ci si vous me donnez des preuves ...

— Ah çà! ce billet ce n'est donc rien?...

— Non, dit le Brésilien. Je ne crois pas à l'écriture, je veux voir...

— Oh! voir! dit Carabine qui comprit à merveille un

nouveau geste de sa fuisse tante. On te fera tout voir, mon cher tigre, mais à une condition...

— Laquelle?

— Regardez Cydalise f

Sur un signe de madame NourissoQ , Cydalise regarda tendrement le Brésilien

— L'aimeras-tu ? lui feras-tu son sort?... demanda Carabine. Une femme de cette beauté-là, ça vaut un hôtel et un équipage! Ce serait une monstruosité que de la :

à pied. Et elle a?... des dettes. Que dois-tu? fil Cai en pinçant le bras de Cydalise.

— Elle vaut ce qu'elle vaut, dit la Nourrisson. Suffit qu'il y a marchand!

— Ecoutez! s'écria Montés en apercevant enfin cet admirable chef-d'œuvre féminin, vous me ferez voir Valérie

— Et le comte Steinbock, parbleu! dit madame Nourrisson.

Depuis dix minutes, la vieille observait le Brésilien, elle vit en lui l'instrument monté au diapazon du meurtre dont elle avait besoin, elle le vit surtout assez a\euglé pour ne plus prendre garde à ceux qui le menaient, et elle intervint

—Cydalise, mon chéri du Brésil, est ma nièce, et l'affaire me regarde un peu. Toulccette débâcle, c'est l'affaire de dix minutes ; car c'est une de mes amies qui loue au comte Steinbock la chambre garnie où ta Valérie prend en ce moment sou cale! Mais entendons-nous, Brésil! J'aime le Brésil, c'est un pays chaud Quel sera le sort de ma nièce ?

— Vieille autruche! dit Montés frappé des plumes que la Nourrisson avait sur son chapeau, tu m'as interrompu. Si tu me fais voir... voir Valérie et cet artiste enseï!

— Comme tu voudrais être avec elle, dit Carabine entendu.

— Eh bien! je prends cette Normande, et l'emmène...

— Où°... demanda Carabine.

— Au Brésil! répondit le baron, j'en ferai ma A m me Mon oncle m'a laissé dix lieues carrées de pays inven ! voilà pourquoi je possède encore cette habitation, j'y ai cent nègres, rien que des nègres, des négresses, et des i

Ions achetés tous par mon oncle .

— Le neveu d'un négrier?... dit Carabine en faisant la moue, c'est à considérer. Cydalise, mon enfant, es-to négrephde

— Ah! ça, ne blaguon» pins, Carabine, dit la Nourriss que diable! nous sommes en affaires, monsieur et moi.

— Si je me redonne "une Française, je la veux looj à moi, reprit le Brésilien. Je vous en préviens, mademoisi

un rot, mais pas un roi constitutionnel, je suis un rzar. j ai acheté tous mes sujets, et personne ne sort de-mon rojaume qui se trouve à cent lieues de toute habita borde de Sauvages du côté de l'intérieur, et séparé de la côte par un désert grand comme votre France

— l'aime mieux une mansarde ici ' dit Carab

— C'est ce que je pensais, repli pia le Bréî j'ai vendu toutes mes terres, et tout ce que je p

DE BALZAC

Rio de Janeiro pour venir retrouver madame Marneiïe.

— On ne l'ait pas ces voyages-là pour rien, dit madame Nourrisson. Vous avez le droit d'être aimé pour vous-même, étant surtout très beau.... Oh! il est beau, dit-elle à Carabine

— Très beau! plus beau qjelepostiilon deLonjumeau, répondit la Lorette.

Cydalise prit par la main le Brésilien , qui se débarrassa d'elle le plus honnêtement possible.

— Jetais revenu pour enlever madame Marneffe ! reprit le Brésilien en reprenant son argumentation, et vous ne savez pas pourquoi j'ai mis trois ans à revenir?

— Non, Sauvage, dit Carabine.

— Eh bien! elle m'avait tant dit qu'elle voulait vivre avec moi, seule, dans un désert...

— Ce n'est plus un Sauvage , dit Carabine en partant d'un éclat de rire, il est de la tribu des Jobards!

— Elle me l'avait tant dit, reprit le baron insensible aux railleries de la lorette, que j ai fait arranger une habitation délicieuse au centre de cette immense propriété. Je re\ins en France chercher Valérie, et la nuit où je l'ai revue...

— Revue est décent, dit Carabine, je retiens le mot !

— Elle m'a dit d'attendre la mort de ce misérable Marneffe, et j'ai consenti tout en lui pardonnant d'avoir accepté les hommages de Hulot. Je ne sais pas si le diable a pris des jupes, mais cette femme, depuis ce moment , a satisfait à tous mes caprices, à toutes mes exigences; enûn e\lc ne m'a pas donné lieu de la suspecter une minute!...

— Ça! c'est très fort, dit Carabine à madame Nourrisson. Madame Nourrisson hocha la tète en signe d'assentiment.

— Ma foi en celte femme, dit Montés en laissant couler ses larmes, égale mon amour. J'ai failli souffleter tout ce monde a table, tout à l'heure...

— Je l'ai bien vu! dit Carabine.

— Si je suis trompé, si elle se marie, et si elle est en ce moment dans les bras de Sleiubock, celte femme a mérité mille morts, et je la tuerai comme on écrase une mouche . ...

— Et les gendarmes, mou pelil?.. dit madame Nourrisson avec un sourire de vieille qui donnait chair de poule.

— El le commissaire de police et les juges, et la cour d'assises, et tout le tremblement!... dit Carabine.

— Vous êtes un fat ! mon cher, reprit madame Nourrisson qui voulait connaître les projets de' vengeance du Brésilien.

— Je la tueiai! répéta froidement le Brésilien. Ah cal vous m'avez appelé Sauvage?... Est-ce que vous croyez que je vais imiter la sottise de vos compatriotes qui s'en vont acheter du poison chez les pharmaciens ?.. J'ai pensé, pendant le temps que nous avons mis à venir chez vous, a ma vengeance, dans le cas où vous auriez raison contre Valérie. L'un de mes nègres porte avec lui le plus sur des poisons animaux, ce qui vaut mieux qu'un poison végétal. Quand la mort sera dans les veiucs de Crcvel et de sa femme, je serai par-delà les Açores avec votre cousine...

Nous autres Sauvages, nous avons nos procédés!.. J'ai besoin de Cydalise, dil-il en regardant la Normande. . .Que doit-elle?. .

— Cent mille francs ! dit Cydalise'.

— Elle parle peu, mais bien, dit à voix basse Carabine à madame Nourrisson.

— Je deviens fou ! s'écria d'une voix creuse le Brésilien en retombant sur une causpuse. J'en mourrai ! Mais je veux voir, car c'est impossible ! Un billet copié ! . . qui me dit que ce n'est pas l'œuvre d'un faussaire?.. Le baron Hulot aimer Valérie?., dit-il en se rappelant le discours deJosépha; mais la preuve qu'il ne 1 aimait pas, c'est qu'elle existe!.. Moi je ne la laisserai vivante à personne, si elle n'est pas toute à moi !..

Montés était effrayant à voir, et plus effrayant à entendre ! 11 rugissait, il se tordait, tout ce qu'il touchait était brisé, le palissandre semblait être du verre.

— Comme il casse ! dit Carabine, en regardant la Nourisson. — Mon petit, reprit-elle en donnant une tape au Brésilien, Roland furieux fait très bien dans un poème; mais dans un appartement, c'est prosaïque et cher.

— Mon fils! dit la Nourrisson en se levant et allant se poser en face du Brésilien abattu, je suis de ta religion. Quand on aime d'une certaine façon, qu'on s'est agrafé à mort, la vie répond de l'amour. Celui qui s'en va arrache tout, quoi! c'est une démolition générale. Tu as mou estime, mon admiration, mon consentement, stirloct pour ton procédé qui va me rendre négrophile. Mais tu aimes! tu reculeras!...

— Moi!... si c'est une infâme, je...

— Voyons, lu causes trop à la fin des fins? reprit la Nourrisson redevenant elle-même. Un homme qui veut se venger et qui se dit Sauvage à procédés se conduit autrement. Pour qu'on te fasse voir ton objet dans son paradis, il faut prendre Cydalise et avoir l'air d'entrer là, par suite d'une erreur de bonne, avec ta particulière, mais pas d'esclandre! Si tu veux te venger, il faut caponer. avoir l'air d'être au désespoir et le faire rouler par ta maîtresse?... Ça \ estil? dit madame Nourrisson envoyant le Brésilien surpris d'une machination si subtile.

— Allons! l'Autruche, répondit-il, allons ... je comprends.

— Adieu, mon bichon, dit madame Nourrisson à Carabine.

Elle fit signe à Cydalise de descendre avec Montés et resta seule avec Carabine.

— Maintenant, ma mignonne, je n'ai peur que d'une chose, c'est qu'il l'étrangle! Je serais dans de mauvais draps, il ne nous faut que des affaires en douceur. Oh I je crois que tu as gagné tou tableau de Raphaël, mais on dit que c'est un Mignard. Sois tranquille. C'est beaucoup plus beau, l'on m'a dit que les Raphaël étaient tout noirs, tandis que celui-là, c'est gentil comme un Girodct.

— Je ne tiens qu'à remporter sur Joséphal s'écria Carabine, et ça m'est égal que ça soit avec un Mignard ou avec, un Raphaël Non, la voleuse avait des. perles, ce soir... on se, damnerait pour !

Cydalise, Montés et madame Nourrisson montèrent dans un fiacre qui sta'.ionnait à la porte de Carabine. Madame Nourrisson indiqua tout bas au cocher une maison du pâté des Italiens, où l'on serait arrivé dans quelques instans, car de la rue Saint-Georges, la distance est de sept à huit minutes ; mais madame Nourrisson ordonna de prendre par la rue Lepelleticr, et d'aller très lentement, de manière à passer en revue les équipages stationnés.

— Brésilien? dit la Nourrisson, vois à reconnaître les gens et la voiture de ton ange.

Le baron montra du doigt l'équipage de Valérie au moment où le nacre passa devant.

— Elle a dit à ses gens de venir à dix heures, et elle-s'esl fait conduire en fiacre à la maison où elle est avec le comte Steinbock, elle y a dîné, et elle viendra dans une demnieure à l'Opéra. C'est bien travaillé! dit madame Nourrisson. Cela t'explique comment elle peut l'avoir attrapé si longtempe.

Le Brésilien ne répondit pas. Métamorphosé en tigre, il avait repris le sang-froid imperturbable tant admiré pendant le dîner. Enfin , il était calme comme un failli , le lendemain du bilan déposé.

A la porte delà fatale maison, stationnait une citadine à deux chevaux, de celles qui s'appellent Compagnie générale, du nom de l'entreprise.

— Reste dans ta boîte, dit madame Nourrisson à Montés, on n'entre pas ici comme dans un estaminet, on viendra vous chercher.

Le paradis de madame Marneffe et de Wence'slas ne ressemblait guères à la petite maison Crcvel que Crevel avait vendue au comte Maxime de Trailles, car elle lui était devenue inutile.

Ce paradis, le paradis de bien du monde , consistait en une chambre située à un quatrième étage, et donnant sur l'escalier, dans une maison sise an pâté des Italiens. A chaque étage, il se trouvait dans cette maison, sur chaque palier une chambre, autrefois disposée pour servir de cuisine à chaque appartement. Mais la maison étant devenue une espère d'auberge -louée aux amours clandestins ii des prix exorbitans, la principale locataire, la vraie madame Nourrisson, marchande à la toilette, rue Neuve-Saint-Marc, avait jugé sainement de la valeur immense.de ces cuisines, en en faisant des espèces de salles à manger

Chacune de ces pièces, flanquée de deux gros murs mitoyens, éclairée sur la rue, se trouvait totalement isolée ad moyen déportes battantes très épaisses qui faisaient une double fermeture sur le palier. On pouvait donc causer de secrets importans en dînant, sans courir le risque d'être entendu. Pour plus de sûreté, les fenêtres étaient pourvues de persiennes au-dehorg et de volets en dedans. Ces chambres , à cause de cette particularité, coûtaient trois cents francs pair mois.

Cette maison, grosse de paradis et de mystères, était louée vingt-quatre mille francs a madame Nourrisson I"-. qui en

gagnait vingt mille, bon an, mal an, sa gérante payée, car elle n'administrait point par elle-même.

Le paradis loué au comte Steinbock av;it été tapissé de perse. La froideur et la dureté d'un ignoble carreau rougi d'encaustique ne se sentaient plus au pied sous un moelleux tapis. Le mobilier consistait en deux chaises d'occasion et un lit dans une alcove, alors a demi-caché par une table chargée des restes d'un dîner fin, et où deux bouteilles à longs bouchons et une bouteille devin de Champagne éteinte dans sa glace, jalonnaient les champs de Bacchus cultivés par Vénus. On voyait, envoyés sans doute par Valérie, un bon fauteuil-ganache à côté d'uue chauffeuse, etuneplic commode en bois de rose avec sa glace bien encadrée en style Pompadour. Une lampe au plafond donnait un demijour accru par les bougies de la table et parcelles qui decoraient la cheminée.

Ce croquis peindra, urbi et orbi. l'amour clandestin dans les mesquines proportions que lui donne le Paris de i^io. l'amour adultère symbolisé par les filets de Vulcain. il y a trois mille ans.

Au moment où Cydalise et le baron montaient, Valérie, debout devant la cheminée, où brûlait une falourde, se faisait lacer par Wenccslas.

C'est le moment où la femme qui n'est ni trop grasse ni trop maigre, comme était la lin?, l'élégante Valérie, offre des beautés surnaturelles. La chair rosée, à teintes moites, sollicite un regard des yeux 1 • s plus endormis. Les lignes du corps, alors si peu voilé, sont si nettement accusées par les plis éclatans du jupon et par le basin du corset . que la femme est irrésistible, comme tout ce qu'on est ohligé de quitter. Le visage heureux et souriant dans le miroir, le pied qui s'impatiente, la main qui va réparant le désordre des boucles de la coiffure mal reconstruite, les y eux où déborde la reconnaissance; puis le feu du contentement qui, semblable à un coucher de soleil, embrase les plus menus détails de la physionomie, tout de cette heure en fait une mine à souvenirs!... Certes, quiconque jetant un regard sur les premières erreurs de sa vie y reprendra quelques-uns d délicieux détails, comprendra peul-èirc. khis les excuser, les folies des Ilulot et des Crevel '

— Allons donc! après deux ans, tu ne sais pas encore lacer une femme, tu es aussi par trop Polonais! Voila dix heures, mon \Vonccs ..las' dit Valérie eu riant.

En ce moment, une méchante bonne lit adroitement avec la lame d'un couteau le crochet de la porte ballante qui faisait toute la sécurité d Ada netd Eve Kilo ouvrit brusquement la porte, car les locataires de ces IMen ont tous peu de temps à eux. et découvrit un de ces charmaas tableau de genre, si souvent exposes au Salon d'après Gavanù.

— Ici, madame! dit la fille.

El Cydalise entra suivie du baron .Vor.les

— Maisil y a du monde!.. Btcuscx madame ? dit la Normande.

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— Comment! mais c'est Valérie, s'écria Montés qui ferma la porte violemment.

Madame Marneffe en proie à une émotion trop vive pour être dissimulée, se lai^a tomber sur une chauffeuse au coin de la cheminée. Deux larmes roulèrent dans ses yeux et se séchèrent aussitôt. Elle regarda Montés, aperçut la Normande et partit d'un éclat de rire forcé. La dignité de la femme offensée effaça l'incorrection de sa toilette inachevée, elle vint au Brésilien, et le regarda si fièrement que ses yeux étincelèrent comme des armes.

— Voilà donc, dit-elle en venant se poser devant le Brésilien et lui montrant Cydalise, de quoi est doublée votre fidélité? Vous! qui m'avez fait des promesses à convaincre un athée en amour! vous pour qui je faisais tant de choses! et même des crimes. . . Vous avez raison, monsieur, je ne suis rien auprès d'une tille de cet âge et de cette beauté!... Je sais ce que vous allez me dire , reprit-elle en montrant Wcnceslas dont le désordre était une preuve trop évidente pour être niée. Ceci me regarde. Si je pouvais vous aimer, après cette trahison infâme, car vous m'avez espionnée, vous avez acheté chaque marche de cet escalier, et la maîtresse de la maison et la servante, et Reine', peut-être... Oh! que tout cela est beau 1 .. Si j'avais un reste d'affection pour un homme si lâche, je lui donnerais des raisons de nature à redoubler l'amour!... Mais je vous laisse, monsieur, avec tous vos doutes qui deviendront des remords. .. Wenceslas , ina robe !

Elle prit sa robe, la passa, s'examina daûs le miroir, et acheva tranquillement de s'habiller sans regarder le Brésilien, absolument comme si elle était seule.

— Wenceslas! êtes-vous prêt? allez devant.

Elle avait du coin de l'oeil et dans la glace espionné la ph\sinnomie de Montés, elle crut retrouver dans sa pâleur les indices de celte faiblesse qui livre ces hommes si forts à •la fascination de la femme, elle le prit par la main en s'approchant assez près de lui pour qu'il pût respirer ses parfums aimes dont se grisent les amoureux ; et, le sentant palpiter, elle le regarda d'un air de reproche.

— Je vous permets d'aller raconter votre expédition à monsieur Crevel, il ne vous croira jamais; aussi ai-je le droit de l'épouser, il sera mon mari , après-demain !.. et je le rendrai bien heureux !... Adieu ! tâchez de m'oublier...

— Ah ! Valérie ! s'écria lïenri Montés en la serrant dans ses bras, c'est impossible! Viens au Brésil?

Valérie regarda le baron et retrouva son esclave.

— Ah ! si lu m'aimais toujours, Henri! dans deux ans, je serais ta femme; mais ta figure en ce moment ce paraît bien sournoise.

— Je le jure qu'on m'a grisé, que des amis m'ont jelé celle femme sur lesbras, cl que lout ceci est l'œuvre du hasard ! dit Montés.

— Je pourrais donc encore le pardonner?, dit-elle en souriant.

— Et le marierais-tu toujours? demanda le baron en proie à une navrante anxiété.

— Quatre-vingt mille francs de rentes ! dit-elle avec un enthousiasme à demi -comique. Et Crevel m'aime tari, qu'il en mourra !

— Ah! je te comprends, dit le Biésilien.

— Eh bien!... dans quelques jours nous nous entendrons, dit-elle.

Et elle descendit triomphante.

— Je n'ai plus de scrupules! pensa le baron qui resta planté sur ses jambes pendant un moment. Comment cett2 femme pense à se servir de son amour pour se débarrasser de cet imbécile, comme elle comptait sur la destruction de Marneffe? .. Je serai l'instrument de la colère divine!

Deux jours après, ceux des convives de du Tillet, qui déchiraient madame Marneffe à belles dents, se trouvaient attablés chez elle, une heure après qu'elle venait de faire peau neuve en changeant son nom pour le glorieux nom d'un maire de Paris. C'est une des légèretés, les plus ordinaires de la vie parisienne.

Valérie avait eu le plaisir de voir à l'église le baron brésilien, que Crevel , devenu mari complet , invita par forfanterie. La présence de Montés au déjeuner n'étonna personne. Tous ces gens d'esprit étaient depuis long-temps familiarisés avec les lâchetés de la passion, avec les transactions du plaisir.

La profonde mélancolie de Steinbock, qui commençait à mépriser celle dont il avait fait un ange, parut être d'excellent goût. Le Polonais semblait dire ainsi que tout était fini entre Valérie et lui. Lisbeth vint embrasser sa chère madame Crevel, en s'excusant de ne pas assister au déjoùocr, sur le douloureux état de santé d'Àdeline.

— Sois tranquille, dit-elle a Valérie en la quittant, ils te recevront chez eux, et tu les recevras chez toi. Pour avoir seulement entendu ces quatre mots deux unt mille panes, la baronne est à la mort. Oh! tu les tiens tous par cette histoire; mais tu mêla diras?...

Un mois après son mariage, Valérie en était à sa dixième querelle avec Steinbock, qui voulait des explications sur Henri Montés , qui lui rappelait ses phrases pendant la scène du paradis, el qui non content de flétrir Yalérie par des termes de mépris, la surveillait tellement qu'elle ne trouvait plus un instant de liberté, tant elle était pressée entre la jalousie de Wenceslas et l'empressement de Crevel. N'ayant plus auprès d'elle Lisbeth , qui la couseillait admirablement bien, elle s'emporta jusqu'à reprocher durement à Wenceslas l'argent qu'elle lui donnail. La fierlé de Steinbock se réveilla si bien qu'il ne revint plus à l'hôtel Crevel. Valérie avait atteint son but, elle voulait éloigner Wenceslas pendant quelque temps piur recouvrer sa liberté.

Valérie attendit un voyage à la campagne que Crevé) devait faire chez le comlc Popinot afin d'y négocier la présentation de madame Crevel , et put ainsi donner un rendez-vous au baron, qu'elle désirait avoir toute une jour

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née à elle pour lui donner les raisons qui devaient en redoubler l'amour. Le matin de ce jour là , Rei^e , jugeant de son crime par la grosseur de la somme reçue , essaya de donner des avis à sa maîtresse, à qui naturellement elle s'intéressait plus qu'à des inconnus; mais comme on l'avait menacée de lu rendre folle et de l'enfermer à la Salpêtrièrc , en cas d indiscrétion, elle fut timide.

— Madame est si heureuse maintenant, dit-elle, pourquoi s'embarrasserait-elle encore de ce Brésilien?., je m'en délie, moi !

— C'est vrai, Reine, répondit-elle; aussi vais-je le congédier.

— Ah! madame, j'en suis bien aise, il m'effraye, ce moricaud ! Je le crois capable de tout. . .

— Es-tu sotte! c'est pour lui qu'il faut craindre quand il est avec moi.

En ce moment Lisbeth entra.

— Ma chère gentille chevrette! Il y a long-temps que nous nous sommes vues? dit Valérie. Je suis bii n Malheureuse, Crevel m'assomme , et je n'ai plus de Wenceslas, cous sommes brouilles...

— Je le sais , reprit Lisbeth, et c'est à cause de lui que je viens, Victorin l'a rencontré sur les cinq heures di

au moment où il entrait dans un restaurant à vingt-cinq sous, rue de Valois; il l'a pris à jeun par les sentin, l'a ranimé rue Louis-le-Grand... Hortense, en revoyant Wenceslas maigre, souffrant, mal vêtu, lui a tendu la main. Voilà comment tu me trahis?...

— Monsieur Henri, madame! vint dire le valet de chambre à l'oreille de Va'éi ie

— Laisse-moi , Lisbeth , je t'expliqu ;rai tout cela demain !..

Mais, comme on va le voir. Valérie ne devait bientôt plus pouvoir rieu expliquer à personne

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