‹ Histoire des parens pauvresChapitre 51 sur 111 · TRAITÉ DES SCIENCES OCCULTES · texte numérisé non relu

TRAITÉ DES SCIENCES OCCULTES

—Vous tondriez n'a. voire âge n'abuser d'une pauvre femme!... criait la Cibot en se débattant dans les bras de Schmucke.

— Ne griez bas !

— Vous, le mejlleur des deux ! répondit la Cibot. Ah j'ai n'eu tort de parler d'amour n'a des vieillards qui n'ont jamais connu de femmes! j'ai n'allumé vos feux, monstre, s'écria-t-elle en voyant les yeux de Schmucke brillant de colère- N'a la garde! n'a la garde! on m'enlève!

— Fus edes eine pedde] répondit l'Allemand. Foyons, qua tid le togdeurl...

— Vous me brutalisez ainsi, dit en pleurant laCibot rendue à la liberté, moi qei me jetterais daES le l'eu pour vous deux ! Ah bien! n'on dit que les hommes se connaissent à l'user... Comme c'est vrai ! C'est pas mon pauvre Cibot qui me malmènerait ainsi. . . Moi qui fais de vous mes enfans ; car je n'ai pas d'enfans, et je disais hier, oui, pas plus tard qu'hier , à Cibot : — « Mon ami , Dieu savait bien ce qu'il faisait en nous refusant des enfans, car j'ai deux eofans là hant! » Voila, par la sainte croix de Dieu, sur l'ame de ma mère, ce que je lui disais. . .

— Eh\ mais qu'a tid le togdeurl demanda rageusement Schmucke qui, pour la première fois de sa vie, frappa du pied.

— Eh bien! il n'a dit , répondit madame Cibot en attirant Schmucke dans ia salle à manger, il n'a dit que notre cher bien-aimé chéri de n'amour de malade n'était en danger de mourir, s'il n'était pas bien soigné; mais je suis là, malgré vos brutalités; car vous n'êtes brutal, vous que je croyais si doux. N'en n'avez-vous de ce tempérament !.. N'ah ! vous n'abusrriez donc n'encore n'a votre âge d une femme, gros polisson?... i

— Bolizonl moâ?... Fus ne gombrenes toncqucs bas que che riame que Bons !

— N'a la bonne heure, vous me laisserez tranquille , n'est-ce pas? dit-elle en souriant à Schmucke. Vous ferez bien, car Cibot casserait les os à quiconque n'attenterait à sonnoneur!

— Z oignez-le pien, mu bedide mondam Zibod, reprit Schmucke en essayant de prendre la main à madame Cibot.

— N'ah ! voyez-vous, n'encore?

— Egoudcz-moi tenc ? dud ce que c'haurai zera à fus, zi nus le xaufj'ons...

— Eh! bien, je vais chez l'apothicaire, chercher ce qu'il

faut... car, voyez-vous, monsieur, ça coûtera cette maladie; net comment ferez-vous?. . .

— Che dravaillerail Clu feux que Bons zoid zoigni gomme cin brince. . .

— Il le sera , mon bon monsieur Schmucke ; et, voyezvous, ne vous inquiétez de rien. Cibot et moi, nous n'avons deux mille francs d'économie , elles sont à vous, et e'iI y a long- temps que je mets du mien ici, n'allez!...

— Ponne ph'dmel s'écria Schmucke en s'essuyant les yeux, Quel cueirl...

— Séchez des larmes qui m honorent , car voilà ma récompense, à moi! dit mélodrarcaliquement la Cibot. Je suis la plus désintéressée de toutes les créatures ; mais n'entrez pas n'avec des larmes n'aux yeux , car monsieur Pons croirait qu il est plus malade qu'il n'est.

Schmucke, ému de cette délicatesse, prit enfin la main de Cibot et la lui serra.

— N'épargnr.z-moi ? dit 1 ancienne écaillera en jetant à Schmucke un regard tendre.

— Bons, dit' le bon Allemand en rentrant, cesd eine oncke quemontam Zibod, c'esde eine anche pa fard, mais ctsde eine 'anche.

— Tu crois?., je suis devenu défiant depuis un mois, répondit le malade en hochant la létc. Après tous mes malheurs, on ne croit plus à rien qu'à Dieu et à loi!...

— Cuéris, et nus ffrons dus drois gomme tes roisse'. s'ecria Schmucke.

—Cibot, s'écria la portière essoufflée, en entrant dans sa loge. Ah! mon ami, so.re fortune n'est faite ! Mes deux messieurs n'ont pas d'héritiers! ni n'enfans naturels, ni rien... quoi!... Oh! j'irai chez manie Fontaine me faire tirer les cartes, pour savoir ce que nous n'aurons de rentes !

— Ma femme, répondit le petit tailleur, ne comptons pas sur les souliers d'un mort pour être bien chauss

— Ahçà! vas-tu m'âsticûter, toi !.. dil-cllc en donnant une tape amicale à Cibot. Je sais ce que je sais! Monsieur Poulain n'a condamné monsieur- ions! Et nous serons riches) Jeseraisur le testament... Je me:- - re ton aiguille et veille n'a ta loge, lu ne feras plus long-lemps ce melier-là! Nous nous retirerons n'a la campagne, n à Batignolles. N'une belle maison, n un beau jardin, que tu l'amuseras à cultiver, et j'aurai n une servante!...

, — Eh 6wn! voichine. comnunt cli : ra la haute, demanda

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Rémonencq, chavez-vousse che que vautte chette collectchionl...

— Non, non, pas encore! N'on ne va pas comme çà! mon brave homme. Moi, j'ai commencé par me faire dire des choses plus importantes.. .

— Pluclie impour tantes ! s'écria Rémon^ncq ; maiche, che qui este pluche impourtant que rkette ckoge...

— Allons, gamin ! laisse-moi conduire la barque, dit la portière avec autorité.

— Maiche , tante pour chent chur chette client mille franques. . . vouche auriez de quoi reschter bourcheois pour le resckte de vostre vie...

— Soyez tranquille , papa Rémonencq, quand il faudra savoir ce que valent toutes les choses que le bonhomme a amassées, nous verrons...

Et la portière, après être allée chez l'apothicaire pour y prendre les médicamens ordonnés par le docteur Poulain . remit au lendemain sa consultation chez madame Foutaine en pensant qu'elle trouverait les facultés de l'oracle plus nettes, plus fraîches , en s'y trouvant de bon matin avant tout le monde ; car il y a souvent foule chez madame Fontaine.

Après avoir été pendant quarante ans l'antagoniste de la célèbre mademoiselle Lenormand, à qui d'ailleurs elle a survécu, madame Fontaine était alors l'oracle du Marais.

On ne se figure pas ce que sont les tireuses de caries pour les classes iuférieures parisiennes, ni l'influence immense qu'elles exercent sur les déterminations des personnes sans instruction: car les cuisinières, les portières, les femmes entretenues, les ouvriers, tous ceux qui, dans Paris, vivent d'espérances , consultent les cires privilégiés qui possèdent l'étrange et inexpliqué pouvoir de lire dans l'avenir.

La croyance aux sciences occultes est bien plus répandue que ne l'imaginent les savans , les avocats, les notaires , les médecins , les magistrats et les philosophes. Le peuple a des iustincts indélébiles. Parmi ces instincts, celui qu'on nomme si sottement la superstition, est aussi bien dans le sang du peuple , que dans l'esprit des gens supérieurs. Plus d'un homme d'Etat consulte, à Paris, les tireuses de carte s.

Pour les incrédules, l'astrologie judiciaire (alliance de mots excessivtmentbizarre) n'est que l'exploitation d'un sentiment inné, l'un des plus torts de notre nature, la Curiosité. Les incrédules nient donc complètement les rapports que la divination établit entre la destinée humaine et la configuration qu'on en obtient par les sept ou huit moyens principaux qui composent l'astrologie judiciaire. Mais il en est des sciences occultes comme de tant d'effets naturels repoussés par les esprits-forts ou par les philosophes matérialistes, c'est-àdire ceux qui s'en tiennent uniquement aux faits visibles, solides, aux résultats de la cornue ou des balances de la physique et de la chimie modernes ; elles subsistent, elles continuent leur marche, sans progrès d'ailleurs, car depuis en-

viron deux siècles la culture en est abandonnée par les esprits d'élite.

En ne regardant que le côté possible de la divination, croire que les événemens antérieurs de la vie d'un homme, que les secrets connus de lui seul peuvent être immédiatement représentés par des cartes qu il mêle, qu'il coupe et que le diseur d'horoscopes dispose en paquet, d'après des lois mystérieuses, c'est labsurde; mais c'est l'absurde qui condamnait la vapeur , qui condamne encore la navigation aérienne, qui condamnait les inventions de la poudre et de l'imprimerie, celles des lunettes, de la gravure, et, la dernière grande découverte , celle de la daguerréotypie.

Si quelqu'un fût venu dire à Napoléon qu'un édifice et qu'un homme sont incessamment et à toute heure représentés par une image dans l'atmosphère, que tous les objets existant y ont un spectre saisissable, perceptible , il aurait logé cet homme à Charenton, comme Richelieu logea Salomon de Caux à Bicêtre lorsque le martyr normand lui apporta l'immense conquête de la navigation à vapeur. El c'est là cependant ce que Daguerre a prouvé par sa découverte.

Eh bien ! si Dieu a imprimé, pour certains yeux clairvoyans, la destinée de chaque homme dans sa physionomie, en prenant ce mot comme l'expression totale du corps , pourquoi la main ne résumerait-elle pas la physionomie, puisque la main est l'action humaine tout entière et son seul moyen de manifestation? De là la chiromancie.

La société n imite-t-elle pas Dieu? Prédire à un homme les événemens de sa vie à l'aspect de sa main, n'est pas un fait plus extraordinaire chez celui qui a reçu les facultés du Voyant, que le fait de dire à un soldat qu'il se battra, à un avocat qu'il parlera, à un cordonnier qu'il fera des souliers ou des bottes, à un cultivateur qu'il fumera la terre et la labourera. Choisissons un exemp'e frappant :

Le génie est tellement visible en l'homme, qu'en se promenant à Paris, les gens les plus ignorans devinent un grand artiste quand il passe. C'est comme un soleil moral dont les rayons colorent tout à son passage. Un imbécile ne se reconnaît-il pas immédiatement par des impressions contraires à celles que produit l'homme de génie? Un homme ordinaire passe presque inaperçu. La plupart des observateurs de la nature sociale et parisienne peuvent dire la profession d'un passant en le voyant venir.

Aujourd'hui, les mystères du sabbat, si bien peints par les peintres du seizième siècle, ne sont plus des mystères. Les Egyptiennes ou les Egyptiens, pères des Bohémiens, faisaient tmit uniment prendre du hatschich à leurs chens. Les phénomènes produits par cette conserve expliquent parfaitement le chevauchage sur les balais^ la fuite par les cheminées, les visions réelles, pour ainsi dire, des vieilles changées en jeunes femmes, les danses furibondes et les délicieuses musiques qui composaient les fantaisies des prétendus adorateurs du diable.

Aujourd'hui tant de faits avérés, authentiques, sont issus

des sciences occultes, qu'un jour ces sciences seront professées comme on professe la chimie et l'astronomie II est même singulier qu'au moment où l'on crée à Paris des chaires de Slave, de Mantchou, de littératures aussi peu profcssables que les littératures du Nord, qui, au lieu de fournir des leçons, devraient en recevoir, et dont les titulaires répètent d'éternels articles sur Shakespeare, ou sur le seizième siècle, on n'ait pas restitue sous le nom d'Anthropologie, l'enseignement de la philosophie occulte, l'une des gloires de 1 ancienne Université. En ceci, l'Allemagne , ce pays à la fois si grand et si enfant, a devancé la France, car on y professe cette science , bien plus utile que les différentes puiLosoi'iiiEs qui sont toutes la même chose.

Que certains êtres aient le pouvoir d'apercevoir les faits à venir dans le germe des causes, comme le grand inventeur aperçoit une industrie, une science dans un effet naturel inaperçu du vulgaire, ce n'est plus une de ces violentes exceptions qui font rumeur, c'est l'effet d'une faculté reconnue, et qui serait en quelque sorte le somnambulisme de l'esprit. Si donc cette proposition, sur laquelle reposent les différentes manières de déchiffrer l'avenir, semble absurde, le fait est là.

Remarquez que prédire les gros événemens de l'avenir, n'est pas.pourleYoyant, untourdeforce plus extraordinaire que celui de deviner le passé. Le passé, l'avenir sont également impossibles à savoir, dans le système des incrédules. Si les événemens accomplis ont laissé des traces, il est vraisemblable d'imaginerque les événemens avenir ont des racines. Dès qu'un diseur de bonneaventure vousexplique minutieusement les faits connus de vous seul, dans votre vie antérieure, il peut vous dire les événemens que produiront les causes existantes.

Le monde moral est taillé pour ainsi dire sur le patron du monde naturel; les mêmes effets s'y doivent retrouver avec les différences propres a leurs divers milieux. Ainsi , de même que les corps se projettent réellement dans l'atmosphère en y laissant subsister ce spectre saisi par le daguerréotype qui l'arrête au passage ; de même, les idées, créations réelles et agissantes, s'imprimentdans ce qu'il faut nommer l'atmosphère du monde spirituel, y produisent des effets, y vivent spectralement { car il est nécessaire de forger des mots pour exprimer des phénomènes innommés], et dès-lors, certaines créatures douées de facultés rares peuvent parfaitement apercevoir ces formes ou ces traces d'idées.

Quant aux moyens employés pour arriver aux visions, c'est là le merveilleux le p'us explicable, dès que la main du consultant dispose les objets à l'aide desquels on lui fait représenter les hasards de sa vie. En effet, tout s'enchaîne dans le monde réel. Tout mouvement y correspond à une cause, toute cause se rattache à l'ensemble; et, conséquemment, 1 ensemble se représente dans le moindre mouvement. Rabelais, le plus grand esprit de l'humanité moderne, cet homme qui résuma Pythagore, Hippocrate, Aristophane et

Dante, a dit, il y a maintenant trois siècles : L homme est un mir rocosme; et, trois sièc'es après, Swedenborg, le grand prophète suédois, disait que la terre était un homme. Le prophète et le précurseur de l'incrédulité se rencontraient dans la plus grande des formules. Tout est fatal dans la vie humaine, comme dans la vie de notre planète. Les moindres accidens, les plus futiles, y sont subordonnés. Donc les grandes choses, les grands desseins, les grandes pensées s'v reflètent néc< s>airement dans les plus petites actions, et avec tant de fidélité, que si quelque conspirateur mêle et coupe un jeu de cartes , il y écrira le secret de sa conspiration pour le Voyant appelé bohème, diseur de bonne aventure, charlatan, etc. Dès qu'on admet la fatalité, c'est à-dire l'enchaînement des causes, l'astrologie judiciaire existe et devient ce qu'elle était jadis, une science immense, car elle comprend la faculté de déduction qui fit Cuvier si grand, mais spontanée, au lieu d'être, comme chez ce beau génie, exercée dans les nuits studieuses du cabinet.

L'astrologie judiciaire, ladivination, a régné pendant sept siècles, non pas comme aujourd'hui sur les gens du peuple, mais sur les plus grandes intelligences, sur les souverains, sur les reines et sur les gens riches. Une des plus grandes sciences de l'antiquité, le magnétisme animal, est sorti des sciences occultes, comme la chimie est sortie des fourneaux des alchimistes. La crànologie, laphysiognomonie, la né\TOlogieen sont également issues; et les illustres créateurs de ces sciences, en apparence nouvelles, n ont eu qu'un tort, celui de tous les inventeurs, et qui consiste à systématiser absolument des faits isolés, dont la cause génératrice échappe encore à l'analyse. Un jour l'Église catholique et la philosophie moderne se sont trouvées d'accord avec la justice, pour proscrire, persécuter, ridiculiser les mystères de la Cabale ainsi que ses adeptes, et il s'est fait une reercttable lacune de cent ans dans le régne et l'étude des sciences occultes.

Quoiqu'il eu «oit, le peuple et beaucojp de gens d'esprit, les femmes surtout, continuent à payer leurs contributions àJa myjtérieuse puissance de ceux qui peuvent soulever le voile de l'avenir; ils vont leur acheter de l'espérance, du courage, de la force, c'est-à-dire ce que la religion seule peut donner. Aussi cette science est-elle toujours pratitiquée, non sans quelques risques. Aujourd'hui, les sorciers, garantis de tout supplice par la tolérance ducaux encyclopédiste! du dix huitième siècle, ne sont plus justiciable* que de la police correctionnelle, et dans le cas seulement où ils se livrent à des manœuvres frauduleuses, quand ils effrayent leurs pratiques dans le dessein d'extorquer de largent. ce qui constitue une escroquerie. Malheureusement 1 escroquerie et souvent le crimeaccompagnent l'exercice de cette faculté sublime. Voici pourquoi

Les dons admirables qui font le Voyant, se rencontrent ordinairement chez le> gens à qui l'on décente l'epithète de brutes. Ces brutes sont les vases d'élection où Dieu met les éiixirsqui surprennent l'humanité Ces brutes

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donnent les prophètes, les saint Pierre, les l'Hermite. Toutes les fois que la pensée demeure dans sa totalité , reste bloc, ne se débile pas en conversation, en intrigues, en œuvres de littérature , en imaginations de savant , en efforts administratifs, en conceptions d'inventeur, elle est apte à jeter des feux d'une intensité prodigieuse , contenus comme le diamant brut garde l'éclat de ses facettes. Vienne une circonstance ! cette intelligence s'allume , elle a des ailes pour franchir les distances, des yeux divins pour tout voir ; hier, c'était un charbon; Je lendemain , sous le jet du fluide inconnu qui la traverse , c'est un diamant qui rayonne. Les gens supérieurs , usés sur toutes les faces de leur intelligence, ne peuvent jamais , à moins de ces miracles que Dieu se permet quelquefois, offrir cette puissance suprême. Aussi , les devins et les devineresses sont-ils presque toujours des mendians ou des mendiantes à esprits vierges, des êtres eu apparence grossiers , des cailloux roulés dans les torrens de la misère, dans les ornières de la vie, où ils n'ont dépensé que des souffrances physiques. Le prophète , le Voyant, c'est enfin Martin, le laboureur, qui a fait trembler Louis XVIil en disant un secret que le Roi pouvait seul savoir, c'est une mademoiselle Leuormand, une cuisinière comme madame Fontaine, une négresse presqu'idiotc, un pâtre vivant avec des bèUs à cornes , un faquir assis au bord d'une pagode , et qui , tuant la chair, fait arriver l'esprit à toute la puissance inconnue des facultés somnambulisques. C'est en Asie que de tout temps se sont rencontres les héros des sciences occultes. Souvent alors ces gens qui , dans l'état ordinaire , restent ce qu'ils sont , car ils remplissent en que'quc sorte les fonctions physiques et chimiques des liorp's conducteurs de l'électricité, tour à tour métaux inertes ou canaux pleins de fluides mystérieux; ces gens, redevenus eux-mêmes, s'adonnent a des pratiques, à des calculs qui les mènent en police correctionnelle, voire même , comme le fameux Balthszar, en cour d'assises et au Bagne.

Enfin ce qui prouve l'immense pouvoir que la Cartomancie exercé sur les gens du peuple , c'est que la vie ou la mort du pauvre musicien dépendait de l'horoscope que madame Fontaine allait tirer à madame Cibot.

Quoique certaines répétitions soient inévitables dans une histoire aussi considérable et aussi chargée de détails que l'est'unc histoire complète de la société française au dixneuvième siècle, il est inutile de peindre le taudis de madame Fontaine, déjà décrit dans les Comédien» sans leaavoir. Seulement il est nécessaire de faire observer que madame Cibot entra chez madame Fontaine qui demeure rue Vieilledu-Templc, comme les habitués du café Anglais entrent dans ce restaurant pour y déjeuner. Madame Cibot, pratique fort ancienne , amenait là souvent des jeunes personnes et des commères dévorées de curiosité.

La vieille domestique, qui servait de prévôt à la tireuse de cartes, ouvrit la porte du sanctuaire, sans prévenir sa maîtresss.

— C'est madame Cibot ! Entrez, ajouta-t-elle, il c'y a personne.

— Eh bien ! ma petite, qu'avez-vous donc pour venir si matin ? dit la sorcière.

Madame Fontaine, alors âgée de soixante-dix-huit ans, méritait cette qualification par son extérieur digne d'une Parque.

— J'ai les sangs tournés, donnez-moi le grand jeu! s'écria la Cibot, il s'agit de ma fortune...

Et elle expliqua la situation dans laquelle elle se trouvait en demandant «ne prédiction pour son sordide espoir.

— Vous ne savez pas ce que c'est que le grand jeu? dit solennellement madame Fontaine.

— Non, je ne suis pas n'assez riche pour n'en n'avoir jamais vu la farce! cent francs!... Excusez du peu? N'où que je les n'aurais pris? Mais n' aujourd'hui, n'il me le faut!

— Je ne le joue pas souvent, ma petite, répondit madame Fontaine, je ne le donne aux riches que dans les grandes occasions, et on mêle paye vingt-cinq louis; car, voyez-vous, ça me fatigue, ça m'use! V Esprit me tripote, là, dans l'estomac. C'est, comme on disait autrefois, aller au sabbat!

— Mais, quand je vous dis, ma bonne m'ame Fontaine, qu'il s'agit de mon n'avenir...

— Enfin pour vous à qui je dois tant de consultations, je vais me livrer à l'Esprit ! répondit madame Fontaine en laissant voir sur sa figure décrépite une expression de terreur qui n'était p3S jouée.

Elle quitta sa vieille bergère crasseuse, au coin de sa cheminée, alla vers sa table couverte d'un drap vert dont toutes les cordes usées pouvaient se compter, et où dormait à gauche un crapaud d'une dimension extraordinaire, à côté d'une cage ouverte et habitée ^ar une poule noire aux plumes ébouriffées.

— Astarolh ! ici mon fils ! dit-elle en donnant un léger coup d'une longue aiguille à tricoter sur le dos du crapaud qui la regarda d'un air intelligent. — Et vous, mademoiselle Cléopâtre?... attention I reprit-elle en donnant un petit coup sur le bec de la vieille poule.

Madame Fontaine se recueillit, elle demeura pendant quelques instans immobile; elleeut l'air d'une morte, ses yeux tournèrent et devinrent blancs. Puis elle se raidit, et dit : — Me voilai dune voix caverneuse.

Après avoir automatiquement éparpillé du millet pour Cléopâtre, elle prit son grand jeu, le mêla convulsivement, et le fit couper par madame Cibot, mais en soupirant profondément.

Quand cette image de la Mort en turban crasseux, en casaquin sinistre, regarda les grains de millet que la poule noire piquait, et appela son crapaud Astnroth, pour qu'il se promenât sur les cartes étalées, madame Cibot eut froid dans le dos, elle tressaillit. 11 n'y a que les grandes croyances qui donnent de grandes émotions.

Avoir ou n'avoir pas de rentes, telle était la question, a dit Shakespeare.

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