‹ Histoire des parens pauvresChapitre 50 sur 111 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'on EST UNE CHIMÈRE, (PAROLES DE M. SCRIRE, MESIQIE DE MEÏERUEER, DÉCORS DE RÉMO\E\CQ.

Un jour, l'un des premiers coiffeurs du temps de l'Empire, époque à laquelle les hommes soignaient beaucoup leurs cheveux, sortait d'une maison où il venait de coiffer une jolie femme, et où il avait la pratique de tous les riches locataires. Parmi ceux-ci florissait un vieux garçon armé d'une gouvernante qui détestait les héritiers de son Monsieur.

Le ci-devant jeune homme, gravement malade, venait de subir une consultation des plus fameux médecins qui ne s'appelaient pas encore ht prince» de la science Sorlis par hasard en même temps que le coiCeur, les médecins , en se disar.t.adicu sur le pas delà porle-cochère, parlaient, la science et la vérité sur la main, comme ils se parlent entre eux quand la farce de la consultation est jouce.

— C'est un homme mort, dit le docteur Haudry.

— Il n'a pas un mois à vivre... répondit Desplein, à moins d'un miracle.

Le coiffeur entendit ces paroles. Comme tous les coiffeurs il entretenait des intelligences avec les domestiques. Poussé par une cupidité monstrueuse , il Temonte aussitôt chez le ci -devant jeune homme et il promet à la servante- maîtresse une assez belle ptime si elle peut décider son maître à placer une grande partie de 'sa fortune en viager. Dans la fortune du viwix garçon n oribond, âge d'ailleurs de cinquanic-six ans année.", qui devaient compter double à cause de ses campagues amoureuses, il se trouvait une magnifique maison sise rue Richelieu, valant alors deux cent cinquante mille francs. Celte maison, objet de la convoilise du coiffeur, lui fut vendue moyennant une rente \iagére de trente mille francs Ceci se passait en 1806. Ce coiffeur retiré, septuagénaire aujourd'hui, payeencorela renie en ISiG Comme le ci-devant jeune homme, à qualre-\icgt-seize ans, est en enfance et qu'il a épousé sa madame Euard, il peut aller cncoie fort loiu. Le coiffeur ayant donné quelque trente mille francs à la borne, l'immeuble lui coule plus d'un million ; mais la maison vaut aujourd'hui prés de huit à neuf cmt mille frar.es.

A 1'imilatiou de ce coiffeur, l'Auvergnat avait écoulé les derniers mo's dit par Brunner à Pons sur le pas de sa porte, le jmr de l'entrevue du fiancé-phénix avec Cécile; il avaù donc désiré pénétrer dans le musée de Pons. Rémoncncqi qui vivait en bonue intelligence avec les Cibot, fut bientôt introduit dans l'appartement des deux amis en leur absence.

Rcmonencq, ébloui de tant de. richesses, vil un coup à monter, ce qui \eut dire dans l'argot ces marchands, un

fortune à faire, et il y songeait depuis cinq à six jours.

— Che badine chi peu, répondit-il à madame Cibot et au docteur Poulain, que nous caugerons de la choge, et qw. *hi ce Iraveu mocheu veutte une renteu viuchcre deu chinquan te mille francs, che vous paille un pogni-.r de un du pnyssc chi rot s me. . .

— Y pensez-vous ? dit le médecin à Rémonencq, cinquante mille francs de rente viagère!... Mais si le bonhomme esLsi riche , soigné par moi , gardé par madame Cibot , il peut guérir alors... et les maladies de foie sont les inconvéniens des tempéramens très-forts ..

— Âi-che dite chinquante ? Maichi un moncheu . là, déchus le pmse de vomlre porte, lui a proupouchî chet chent mille francs. . chiulement des tobelautst... fouchlral

En entendant celte déclaration de Rémonencq, madame Cibot regarda le docteur Poulain d'un air élrangc. Le diable allumait dans ses yeux couleur orange un fni sinistre

— Allons! n'écoulons pas di pareilles fariboles, reprit le médecin assez heureux de savoir que t on client pouvait payer toutes les visites qu'il ail ut faire.

— Moncheu Je doxclurre, chi ma chère mid me Chibot, puiche quele mowheux e-t nu li'te, veutte me hiclicr amener mon ecc le pet t, (hf ckuis chûre de trouver tardant. en deuche heures quand il t'achîrait de chet chent mile franqu s...

— Bien, mon ami, répondit le docteur. Al'ons, ma lame Cibot, ayez soin de ce jamais' contrarier le malade; il l.iut vous armer de patience, car tout l'irritera, le fatiguera, même vos attentions pour lui. AUcndrz-vousàce qu il Le Irouve rien de bien. .

— Il sérail joliment duTici'e, d,t la portière

— Voyons, écoutez-moi bien, reprit le médecin a\a autorité. La vie de monsieur Pons es. entre les mains de ivl\ qui le soigneront ; aussi \itndrai-je le voir peu'-èire d-ux fois, tous les jours, je commencerai ma tournée par lui...

Le médeciu avait soudain passé de l'insouciance profonde où il était sur le sort de ses malades pauvres, a la tude la plus tendre, en reconnaissant la p:-îibi!ile de fortune, d'après le sérieux du spéculateur.

I! seraioigoé comme un roi, répondit r. tdaaM I avec un factice enthousiasme.

La portière attendit que |c médeciu eût tourné U r.i lot avant de reprendre là c

Le ferrailleur achevait sa pipe, le dos au iluru-

DE BALZAC

branle delà porte de saboulique. Il n'avait pas pris celte position sans dessein, il reniait voir venir à lui la portière.

Celte boutique, jadis occupée par un café, était restée telle que l'Auvergnat l'avait trouvée en la prêtant à bail. Oa lisait encore : café de Normandie, sur le tableau long qui couronne les vilrages de toutes les boutiques modernes. L'Auvergnat avait fait peindre gratis sans doute an pinceau et avec une couleur noire par quelqu'apprenti peintre en bâtiment, dans l'espace qui restait sous café de nouma.nlie , ces mets : Itémontncq , ferrailleur , achète Us marchandises d'eccasion. Naturellement, les glaces, les tables, les tabourets, les étagères, tout le mobilier du Café de Normandie avait été vendu. Rémonencq avait loué, moyennant six cen's francs, la boutique toute nue, l'arrièreboulique, la cuisine et une seule chambre en entresol, où couchait autrefois le premier garçon , car l'appartement dépendant du Café de Normandie fut compris dans une autrG location. Da luxe primitif déployé parle limonadier, il ne restait qu'un papier vert-clair uni dans la toutique, et les fortes barres de fer de la devanture avec leurs boulons.

Venu là, en 1831, après la révolution de juillet , Rémonencq commença par étaler des sonnettes cassées , des plats fêles, dos ferrailles, des vieilles balances , des poids anciens repousses par la loi sur les nouvelles mesures que l'Etat seul n'exécute pas, car if laisse dans la monnaie publique les pièces d'un et de deux sous qui datent du règne de Louis XVI. Puis cet Auvergnat, de la force de cinq Auvergnats , acheta des batteries de cuisine , des vieux cadres, des vieux cuivres, des porcelaines écornées. InsensibleniCLt, à force d; s'emplir et de se vider, la boutique ressemblait aux farces de Nicelct. la nature des marchandises s'améliora. Le ferrailleur suivit celte prodigieuse et s»ûre martingale, dont les flâneurs peuvent vo'r ks effets en étudiant la progression croissante des valeurs qui garnissent ces intelligentes boutiques.

Au ferbianc, aux quinqueîs, aux tessons, succèdent des cadres et des enivres. Puis viennent les porcelaines. Bientôt la boutique changée eu Crouteum, passe au muséum. Enfin, un jour, le liirage poudreux s'est éclairci, l'intérieur est restauré, l'Auvergnat quitte le velours tt les vestes, il porte des redingotes! on l'aperçoit comme un dragon gardant Son trésor, car il est entouré de chefs-d'œuvre, il est devenu fin connaisseur, il a décuplé ses capitaux et ne se laisse plus prendre à aucune ruse, il sait les leurs du métier. Le monstre est là , comme une vieille au milieu de vingt jeunes frtles qu'elle offre au public. La beauté, Us miracles de l'art sont indifférons à cet homme à la fois fin et grossie?! il calcule ses bénéfices, il rudoyé les igoorans. Deve nu comédien, il joue rattachement à ses toiles, à ses marqueteries, ou il feint la gène, ou il suppose des pris d acquisition, il cITic de monlicr des bordereanx de vente. C est un Prolée, il cl dans la même heure Jocrisse , Janot , queue rouge , ou Monder, ou lLrpagon, ou Nicodèmc.

Dès la troisième année, on vil chrz Rémonencq d'assez belles pendules, des armures, des vieux tableaux, et il faisait pendant ses absences , garder sa boutique par une grosse femme fort laide, sa sœ;ir venue du pays à pied, *ur sa demande. La Rémonencq , espèce d'idiote au regard vague et vêtue comme une idole japonaise, ne cédait pas un centime sur les prix que soa frère indiquait, elle vaquait aux soins du ménage, et résolvait le problème en apparence insoluble, de vivre des brouillards de la Seine.

Rémonencq et sa sœur se nourrissaient de pain et de harengs, d'épluchures, de restes de légumes ramassés dans les tas d'ordures que les restaurateurs laissent au coin de leurs bornes. A eux deux, ils ne dépensaient pas, le pain compris, douze sous par jour, et la Rémonencq cousait ou filait de manière à les gagner.

Ce commencement du négoce de Rémonencq, venu pour être commissionnaire à Paris, (t qui, de 1825 à 1831, lit les commissions des marchands de curiosités d j boulevard Beaumarchais et des chaudronniers de la rue de Lappe, est l'histoire normale de beaucoup de marchands de curiosités.

Les Juifs, les Normands, les Auvergnats et les Savoyards, ces quatre races d'hommes ont les mêmes instincts, ils font fortune par les mêmes moyens. Ne rien dépenser, gagner de légers bénéfices, et cumuler intérêts et bénéfices, telle est leur Charte ; et celte Charte est une vérité.

Eu ce moment, Rémonencq. reconcilié avec son ancien bourgeois Monislrol, en affaires avec de gros marchands, allait c.it'nr (le mot technique1) dans la banlieue de Paiis qui, vous le savez, comporte un rayon de quarante lieues Après quatorze ans de pratiqua, il était à la lèle d'une fortune de soixante mille francs, et d'une boutique bien garnie. Sans casucl, rue de Normandie où la modicité du loyer le retenait, il vendait ses marchandises aux marchands, en.se contentant d'un bénéfice modéré. Toutes ses affaires se traitaient en patois d'Auvergne, dit Charabia.

Cet homme caressait un rêve! 11 souhaitait d'aller s'établir sur les boulevards. II voulait devenir un riche marchand de curiosités, et traiter un jour directement avec les amateurs. Il contenait d'ailleurs un négociant redoutable. Il gardait sur sa figure un enduit poussiéreux proluit p.r la li irai le de fer et collé par la sueur, car il faisait tout lui-même; cequi rendait sa physionomie d'autant plus impénétrable, que l'habitude de la peine physique lavait doué de l'impassibilité sloïque des vieux soldats de n99.

Au physique, Rémonencq apparaissait comme un homme court et maigre, dont les petits yeux, disposés comme ceux des cochons, offraient, dans leur champ d'un bleu froid, l'avidité concentrée, la ruse narquoise des Juifs, moins leur humilité doublée du profond mépris qu'ils ont pour les chrétiens.

■ Les rapports entre les Cil) t cl les Rémonencq étaient ceux du bienfaiteur et de l'obligé.

Madame Cibot, convaincue de "excessive pauvreté des Auvergnats, leur vendait à des prix fabuleux les restes d

Schmucke et de Cibot. Les Rëmoneiicq payaient une livre de croûtes sèches et de mie de pain deux centimes et demi, un centime et demi une écuclléc de pommes de terre, et ainsi du reste. Le rusé Rcmonencq n'était jamais censé faire d'affaires pour sou compte. Il représentait loujour»Momstrol, et se disait dévoré par les riches marchands; aussi les Cibot plaignaient-ils sincèrement les Réinonencq.

Depuis onze 3cs l'Auvergnat n'avait pas encore usé la veste en velours, le panla'on de velours et le gilel de velours qu'il poitait; mais ces trois parties du \ élément, particulier aux Auvergnats, étaient criblées de pièces, mises gratis par Cibol. Comme on le voit, tous les juifs ne sont pas en Israël.

— Ne vous moquez -vous pas de moi, Rémoncncq ? dit la portière. Est-ce que monsieur Pons peut a\oir une pareille fortune et mener la vie qu'il nièce ? il n'a pas cent francs chez lui!...

— Leje amateurs chont touches comme chai... répondit sentenlieusement Piémoncncq.

— Ainsi, vous croyez, nà vrai, que mon monsieur n'a pour sept cent mille francs...

— Rien qu'eu dedans lèche tabkausse... il m a eune que ch'ilen vou'a.tchinquant mille franques, queu dis les trouverai/se quand che devrais me ttrangu'a. Vous chavez bien hje petite casdres in couivre eimaillé, pleine de velu; se rowhe, ou chont des pour traie tes... Eh bien, ch'ace descht émauche de Petittotte que monchau le minichtre du goucarnimente, uene anchien deroguis:e, pai'le m\U escuspièche...

— Il y en a trente! dans les deux cadres ! dit la portière, dont les yeux se dilatèrent

— Eh b'vn ! chuchex de chon trégeort

MaJame Cibot, prise de vertige, lit volte-face. Elle conçut aussitôt l'idée de se faire coucher sur le testament du bonhomme Pons, àl'imitatioa de toutes les servantes-maîtresses dont les viagers avaient excité tant de cupidités dans le quartier du Marais. Habitant en idée une commune aux environs .de Paris, elle s'y pavanait dans une maison de campagne où elle soignait sa basse-cour, son jardin, et où elle finissait ses jours, servie comme une reine, ainsi que son pauvre Cibot, qui méritait tant de bonheur, comme tous les anges oubliés, iacompris.

Dans le mouvement brusque et :iaïf de la portière, Rémonencq aperçut la certitude d'une réussite. Dans le métier de chintur (tel est le nom des chercheurs d'occasions, du verbe chiner, aller à la recherche des occasions et conclure de bons marchés avec des détenteurs ignorans); dans ce métier, la difficulté consiste à pouvoir s'introduire dans les maisons. On ne se ligure pis les ruses à la Scapin , les tours à la Sganarelle, et les séductions à la Doriic qu'inventent les chineurs pour entrer chez le bourgeois. C'est des comédies dignes du théâtre, et toujours fondées comme ici , sur la rapacité des domestiques. Les domestiques , surtout à la campagne ou dans les provinces, pour trente francs d'argent ou de marchandises, fjnt conclure des marches où le chineur réalise des bénéfices de mille à deux mille francs. !1 y a tel

service de vieux Sèvres, pâte tendre, dont la conquête, si clic était racontée, montrerait toutes les ruses diplomatiques du congrès de Munster, toute l'intelligence dép!cvée a Nimègue.àUtrccht, àRiswick a Vienne, dépassées par les chineurs,dont lecomiqueestbien plus franc que celui des négociateurs. Les chineurs ont des moyens d'action gui ploDgent tout aussi profondément dans les abîmes de l'intérêt personnel que ceux si péniblement cherchés par les ambassadeurs pour déterminer la rupture des al'iances les mieux cimentées.

— Ch'ai cko&mènt alumé la Chibo!, dit le fri rc à la f œur en lui voyant reprendre sa place sur uuc chaise dépailléc. Et donrques, che vais conchulleter le chcul qui s'y c-.nnatche,nostre thuif, un bon Chuif quint nouche a pre té qu'à quinchc pour client !

Rémonencq a-. ait lu dans le cœur d? la Cibot. Chez les femmes de cette trempe, vouloir, c'est agir ; elles ne reculent devant aucun moyen pour arriver au succès; elles passent de la probité la plus entière à la scélératesse la plus profondé", en un instant.

La probité, comme tous nos sentimens d'ailleurs, devrait se diviser en deux probités : Une probité négative, une probité positive. La probité Légalivc serait celle des Cibot, qui sont probes tan', qu'une occasion de s'enrichir ne s'offre pas à eux. La probité positive serait celle qui reste toujours dans la tentation jusqu'à mi-jambessacs y succomber, comme celle des garçons de rçcettes.

Une l'ouled'intentions mauvaises se rua dans liutclligence et dans le cœur de celte portière par 1 écluse de l 'intérêt ouverte à la diabolique parole du ferrailleur. La Cib'.it monta, vola pour être exacte, delà logea l'appartement desesdess messieurs, et se montra le visage masqré de tendresse, se,r le seuil de la chambre où gémissaient Pons et Schmucke.

En voyant entrer la femme de ménage, Schmucke lui fit signe de ne pas dire un mot des véritables opinions du docteur en présence du malade; car l'ami, le sublime Allemand avait lu dans les yeux du docteur ; et elle y répon lit par un autre signe de tète, on exprimant une profonde dou . — F h bien! mon cher monsieur, comment vous sentezvous? bit la Cibot.

La portière se pssa au pied du lit, les poings sur ses hanches et les yeux fixés sur le malade amoureusement . mais quelles paillettes d'or eu jaillissaient 1 C'eût cle terr.ble. comme un regard de tigre pojr un observateur.

— Mais bien mal 1 répondit le pauvre Pons, je ne me sens plus le moindre appétit. Ah ! le monde! le monde! s'écriail-il en pressant la main de Schmucke qui tenait, assis an chevet du lit, la main de Pons, et avec qui sans doute le malade parlait des causes de sa maladie. J aérais bien mieux fait, mon bon Schmucke, de suivre les conseils! de dicer ici lous les jours depuis notre réunion! de renoncer à celte soeieie qui roule sur moi, comme un tombereau sur un œuf, tt pourquoi!...

DE BALZAC

— Allons, allons , mon bon monsieur , pas de doléances , dit la Cibot, le docteur m'a dit la vérité...

Schmucke tira la portière par la robe.

— Hé! vous pouvez vous n'en tirer, maisn'avec beaucoup de soins... Soyez tranquille, vous n'avez près de vous n'un bon ami, et , sans me vanter , n'une femme qui vous soignera comme n'une mère soigne son premier enfant. J'ai tiré Cibot d'une maladie que monsieur Poulain l'avait condamné, qu'il lui n'avait jeté, comme on dit , le drap sur le nez! qu'il n'était n'abandonné comme mort... Eh bien! vous qui n'en êtes pas là, Dieu merci, quoique vous soyez assez malade, comptez sur moi... je vous n'en tirerais n'a moi seule ! Soyez tranquille , ne vous n'agitez pas comme ça.

Elle ramena la couverture sur les mains du malade.

— N'alla! mon fiston, dit-elle, monsieur Schmucke et moi, nous passerons les nuits, là, n'a votre chevet... Vous serez mieux gardé qu'un prince, et... d'ailleurs vous n'êtes assez riche pour ne vous rien refuser de ce qu'il faut à votre maladie... Je vien*de m'arranger avec Cibot; car, pauvre cher homme, que qu'il ferait sans moi. . . Eh bien ! je lui n'ai fait entendre raison, et nous vous aimons tant tous les deux, qu'il a consenti à ce que je sois n'ici la nuit... Et pour un homme comme lui... c'est n'un fier sacrifice, allez I car il m'aime comme n' au premier jour Je ne sais pas ce qu'il n'a ! cVst la loge! tous deux à côte de l'autre, toujours!... Ne vous découvrez donc pas ainsi... dit-elle en s'élançant à la tête du lit et ramenant les couvertures sur la poiliïae de Pons... Si vous n'êtes pas gentil, si vous ne faites pas bien tout ce qu'ordonnera moniieur Poulain, qui est, voyez-vous, l'image du bon Dieu sur la terre, je ne me mêle plus de vous .. faut m'obéir...

— Ui , monlame Ziyoi\ il fus opéira, répondit Schmucke, gar ile feui fifre bir son pon himi Schmuche, che le carundi'.

— Ne vous impatientez pas surtout, car votre maladie, dit la Cibot, vous n'y pousse assez, sans que vous n'augmentiez votre défaut de patience. Dieu nous envoie nos maux, mon cher bon monsieur, il nous punit de nos fauus, vous n'avez bien quelques chères petites fautes n'a vous reprocher!...

Le malade inclina la têle négativement.

— Oh! n'allez! vous n'aurez aimé dans votre jeunesse, vous n'aurez fait vos fredaines, vous n'avez peut-être quelque part n'un fruit do vos n'amours? qui n'est sans pain, ni feu, ni lieu... Monstres d'hommes! Ça n'aime u'un jour, et puis : — Frist ! Ça ne pense plus n'a rien, pas même n'aux mois de nourrice! Pauvres femmes !...

— Mais il n'y a que Schmucke et ma pauvre mère qui m'aient jamais aimé, dit tristement le pauvre Pons.

— Allons 1 vous n'êtes pas n'un saint ! vous n'avez été jeune et vous deviez n'être bien joli garçon. A vingt ans... moi, bon comme vous l'êtes, je vous n'aurais n'aimé. . .

— J'ai toujours é;é laid comme un crapaud! dit Pons au désespoir. %

— Vous dites cela par modestie, car vous n'avez cela pour vous, que vous n êtes modeste.

— Mais non, ma chère madame Cibot, je vous le répète, j'ai toujours été laid, et je n'ai jamais été aimé...

— Par exemple! vous?... dit la portière. Vous voulez n'a celte heure me faire accroire que vous n'êtes à votre âge , comme n'une rosière... à d'autres ! n'un musicien ! un homme de théâtre ! mais ce serait une femme qui me dirait ce!a, que je ne la croirais pas.

— Montante Zibod! fus alez Virriderl cria Schmucke en voyant Pons qui se tortillait comme un ver dans fon lit.

— Taisez- vous n'aussi , vous n êtes deux vieux libertins... Vous n'avez beau n'!tre laids, il n'y a si vilain pot qui ne trouve son couvercle! comme dit le proverbe! Cibot s'est bien fait n'aimer d'une des plus belles écail'ères de Paris... vousn'êtesinfiniment mieux que lui... Vous n'êtes bon! vous... n'allons, vous n'avez fait vos farces ! Et Dieu vous punit d'avoir abandonné vos enfans, comme Abraham !...

Le malade abattu trouva la force de faire encore un geste de déuégalion.

— Mais soyez tranquille, ça ne vous empêchera pas de vivre n'autant que Mathusalem.

— Mais laissez-moi donc tranquille ! cria Pons , je- n'ai jamais su ce que c'était que d'être aimé... je n'ai pas eu d'enfans, je suis seul sur la terre...

— Nà, bien vrai?... demanda la portière, car vous n'êtes si bon, que les femmes, qui, voyez-vous, n'aiment la bonté, c'est ce qui les attache... et il me semb'ait impossible que dans votre bon temps...

— Emmcae-!a! dit Pons à l'oreille de Schmucke, die m'agace !

— Monsieur Schmucke alors, n'en a des enfans... Vous n'êtes tous comme ça, vous autres vieux garçons...

— Moi ! s'écria Schmucke en se dressant sur ses jambes, nia;s ..

— Allons, vous n'aussi, vous n'êtes sans héritiers, n'estce pas ! Vous n'êtes venus tous deux comme des champignons sur celte terre.

— Foyons, fenezl répondit Schmucke.

Le bon Allemand prit héroïquement madame Cibot par la taille, et l'emmena dans le falon, sans tenir compte de ses cris.

ra.JVJEM

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