CHAPITRE XXX
LES FRUiT» Dl FRAIMFJl-
— Attendez, messieurs, dit Villemol. Pensez-vous que vous allez mettre à la porte le légataire universel, dont , jusqu'à présent la qualité n'est pas contestée?..
— Si! si! dit Fraisier... nous nous opposons à la délivrance du legs.
— Et sous quel prétexte1?
— Vous le saurf z , mon petit ! dit railieusement Fraisier. En ce moment, nous ne cous oppo:ons pas à ce que le légataire relire ce qu'il déclarera être à lui dans cette chambre; mais elle sera mise sous les scellés. Ei monsieur ira se loger où bon lui semblera.
— Non , dit Yillemot , monsieur restera dans sa chambre!...
— Et comment ?
—Je vais vous assigner en référé , reprit Ville-mot , pour voir dire que nous sommes locataires par moitié de cet appartement , et vous ne nous en chasserez pas... Otez les tableaux , distinguez ce qui est au défunt , ce qui est à mon client , mais mon client y restera .. mon petit !...
— Che m'en \rai\ dit le vieux musicien qui retrouva de l'énergie en écoutant cet affreux débat.
— Vous ferez mieux ! dit Fraisier. Ce parti vous épargnera des frais, car vous ne gagneriez pas l'incident. Le bail est formel . . .
— Le bail! le bail ! dit Villemot , c'est une question de bonne foi 1
— Elle ne se prouvera pas, commedans les affaires criminelles, par des témoins. . Allez-vous vous jeter dans des expertises, des vérifications,... des jugemens interlocutoires et une procédure?,.
— Non', non! s'écria Schmucke. effrayé, eht téménache, che m'en fais.
La vie de SchmucLe élait celle d'un philosophe, cyniqi e sans le savoir, tant elle était réduite au simple. 11 ne possédait que deux paires de souliers , une paire de bottes, deux habillemens complète, douze chemises, douze foulards, douze mouchoirs, quatre gilets et une pipe superbe que Pons lui avait donnée avec une poche à tabac brodée. Il entra dans la chambre, surexcité par la fièvre de I indignation, il y prit toutes ses hardes, et les mit sur une chaise.
— D'iud ceci esd à moil... dit-il avec une simplicité digne de C.incinnatus, le biano esd aussi à moi.
— Madame,... dit Fraisier à la Sauvage, faites -vous aider, emportez-le et mettez-le sur le carré, ce piano!
— Vous êtes trop dur aussi, dit Yillemot à Fraisier.
Monsieur le juge de paix est maître d'ordonner ce qu il veut, il est souverain dans cette matière.
— Il y a là des valeurs, dit le greffier en montrant la chambre.
— D'ailleurs, fit observer le juge de paix, monsieur sort de b<mne volonté.
— On n'a jamais vo de client pareil, dit Villemot indigné qui se retourna contre Schmucke. Vous êtes mou comme une chiffe.
— Quimborle où l'on meird. dit Schmucke en sortant. Ces hommes ond tes fîzaches de digre .. Ch enferrai gergir mes baufres avvaires, dit-il.
— Où monsieur va-t-il ?
— À la craze de Tieu\ répondit le légataire universel en faisant un geste sublime d'indifférence.
— Faites-le moi savoir, dit Villemot.
— Snis-le, dit Fraisier à 1 oreille du premier clerc. Madame Cantinet fut constituée gardienne des scell s, el
et sur les fonds trouvés on lui alloua une provision de cinquante francs.
— Ça va ben, dit Fraisier à monsieur Vitel . quand Schmucke fat parti. Si vous voulez donner voire démission en ma faveur, allez voir madame la présidente de'. Manille, vous vous entendrez avec elle.
— Vous avez trouvé un homme de beurre! dit le juge de paix en montrant Schmucke qui regardait dans la cour une dernière fois les fenêtres de l'appartement.
— Oui, l'affaire est dans le sac! répondit Fraisier. Vous pourrez marier sans crainte voire petite-fille à Poulain ; il sera médecin en chef des Quinze-Vingts.
— Nous verrons! Adieu, monsieur Fraisier, dit le .'uce d? paix avec un air de camaraderie.
— C'est un homme de moyens, dit le greflier, il ira loin, le mâtin.
Il était alors onze heures, le vieil Allemand prit machinalement le chemin qu'il faisait avec Pons en pensant à Pons; il le voyait sans cesse , il le croyait à ses côtés . rt il arriva devant le théâtre d'où sortait son ami To; qui venait de nettoyer les quir.qucls de tous Ks por Isik. on pensant à la tyrannie de son directeur.
— Ah\ foi'à mon tnvairt ! s'écria Schmucke en arrêtant le pauvre gagiste. Doïinart. ti has cin lochtmand, foi'?.
— Oui. monsieur...
— Ein mtnackcl...
— Oii, monsieur...
DE PALZAC.
— Beux-du me brmtre en bansionl . . . Oh\ che bayerai «t'en, chai neiffe cende vrancs de rondes. . ed ch°, n'ai bus pien londems à fifre .. chêne te chenerai boin... che manche de doud\... Mon seil pessoin esi te rimer ma bibe ... Ed gomme ti esd le scil qui ai bleuré Bons afte moi, che
d'aime !
Monsieur, ce serait avec bien du plaisir ; mais d'abord
figurez-vous que monsieur Gaudissard m'a fichu une perruque soignée...
— Eine Acrntc?...
— Une façon de dire qu'il m'a lavé la tête.
— Lafékdiiel
— Il m'a grondé de m'être intéressé à vous... Il faudrait donc être bien discret, si vous veniez chez rnci ! Mais je doute que vous y restiez, car vous ne savez pas ce qu'est le ménage d'un pauvre diable comme moi...
— Ch'aimc mieux h baufre ménache d'in hume décider qui a Meure Bons, que les Huileries ofec des homes à face de digres ! Ché sors de foir des digres chex Boni qui font manchtrdutl...
— Venez, monsieur, dit legagiste, et voua verrez ..Mais.., Enfin, il y a une soupente... Consultons madame Topinard.
Schmucke suivit comme un mouton Topinard, qui le conduisit dans une de ces affreuses localités qu'on pourrait appeler les cancers de Paris. La chose se nomme cité Bordin. C'est un passage étroit, bordé de maisons bâties comme on bâtit par spéculation, qui débouche rue de Bondy, dans cette partie de la rue obombrée par l'immense bâtiment du théâtre de la Porte-Saint-Martin, une des verrues de Paris. Ce passage, dont la voie est creusée en contre-tas de la chaussée de la rue, s'enfonce par une pente vers la rue des Maraisdu-Temple. La cité finit par une rue intérieure qui la barre, en figurait la forme d'un T.
Ces deux ruelles. ainsi disposées, contiennent une trentaine de maisons à six et sept étages, dent les cours intérieure-), dont tous les appartenions con'iennent des magasins, des industries, des fabriques en tout genre C'est le faubourg Saint-Antoine en miniature. On y fait des meubli s, on y cisè'e les cuivres, on y coud des costumes pour leslhéâ res, on y travaille le verre, on y peint les porcelaines, on y fabrique enfin toutes les fantaisies et les variétés de l'article Paris.
Sale et productif comme le commerce, ce psssage, toujours plein d'allans et de venans, de charrettes, de haquets, est d'un aspect repoussant, et la population qui y grouille est en harmonie avec les choses et les lieux. C'est le peuple des fabriques, peuple intelligent dans les travaux manuels, mais dont l'intelligence s'y absorbe.
Topinard demeurait dans celte cité florissante comme produit, àCOTSedes bas prix des loyers. Il habitait la seconde maison dans Tenir e à gauchi'. Son appartement, situé au sixième étage, avait vue sur cette zone de jardina qui subsistent encore et qui dépendent des trois ou quatre grands hoiels de la rue de Bondv.
Le logement de Topinard consistait en une cuisine et en deux chambres. Dj.ns la première de ces deux chambres, se tenaient les enfacs. On y voyait deux petits lits en bois blanc et un berceau. La seconde était la chambre des époux Topinard. On mangeait dans la cuisine. Au-dessus, régnait un faux grenier élevé de six pieds, et couvert en zinc, avec un châssis à tabatière pour fenêtre. On y parvenait par un escalier en bois blanc appelé, dans l'argot du bâtiment, échelle de meunier.
Cette pièce, donnée comme chambre de domestique, permettait d'annoncer le logement de Topinard, comme un appartement complet, et de le taxer à quatre cents francs de loyer.
À l'entrée, pour masquer la cuisine, il existait un tambour cintré, éclairé par un œil de bœuf sur la cuisine et formé par la réunion de' la parte de la première chambre et par celle de la cuisine, en tout trois portes.
Ces trois pièces carrelées en briques, tendues d'affreux papiers, à six sous le rouleau, décorées de cheminées dites à la capucine, peintes en peinture vulgaire, couleur de bois, contenaient ce ménage de cinq personnes dont trois enfans. Aussi chacun peut-il entrevoir les égratignures profondes que faisaient les trois enfans à la hauteur où leurs bras pouvaient atteindre.
Les riches n'imagineraient pas la simplicité de la batterie de cuisine qui consistait en une cuisinière, un chaudron, un gril, une casserole, deux ou trois marabouts, et une poêle à frire. La vaisselle en fayence, brune et blanche, valait bien douze francs La table servait à la fois de table de cuisine et de table à manger. Le mobilier consistait en deux chaises et deux tabourets. Sous le fourneau en hotte se trouvait la provision de charbon et ds bois. Et dans un coin, s'élevait le baquet où se savonnait, souvent pendant la nuit, le linge delà famille.
La pièce où se tenaient les enfans, traversée par des cordes à sécher le linge, était bariolée d'affiches de spectacle et de gravures prises dans des journaux ou provcn?nt des prospectus des livres illustrés.
Evidemment l'aîné de la famille Topinard, dont les livres de classe se voyaient dans un coin, était chargé du ménage, lorsqu'à six heures, le père et la mère faisaient leur service au théâtre. Dans beaucoup de familles de la classe inférieure, dès qu'un enfant atteint à l'âge de six ou sept ans, il joue le rôle de la mère vis-â-vis de ses sœurs et de ses frères.
On conçoit, sur ce léger croquis, que les Topinard étaient, selon la phrase devenue proverbiale, pauvres mais honnêtes. Topinard avait environ quarante ans, et sa femme, ancienne coryphée des chœurs, maîtresse, dit-on, du directeur en faillite à qui Gaudissard avait succédé, devait avoir trente ans.
Lolotte avait c.tç belle femme, mais les malheurs de la précédente administration avaient tellement réagi sur elle qu'elle s'était vue dans la nécessité de contracter ayee Topinard un mariage de théâtre. Elle ne mettait pas en doute que dés que leur ménage se verrait à la tète de cent cinquante
francs, Topinard réaliserait ses sermens devant la loi, ne fûtce que pour légitimer ses eafans qu'il adorait.
Le matin, pendant ses momens libres, madame Topinard cousait pour le magasin du théâtre. Ces courageux gagistes réalisaient pxr des travaux gigantesques neuf cents francs par an.
— Encore un étage ! disait depuis le troisième Topinard à Schmucke qui ne savait seulement pas s'il descendait ou s'il montait, tant il était abîmé dans la douleur.
Au moment où le gagiste vêtu de toile blanche comme tous les gens de service, ouvrit la porte de la chambre, on entendit la voix de madame Topinard criant : — Allons 1 eafans, taisez-vous, voilà papal
Et comme sans doute les enfans faisaient ce qu'ils voulaient de papa, l'aîné continua de commander une charge en souvenir du Cirque olympique, à cheval sur un manche à balai, le second à souffler dans un fifre de ferblanc, et le troisième à suivre de son mieux le^ros de l'armée. La mère cousait un costume de théâtre.
— Taisez-vous, cria Topinard d'une viix formidable, ou je tape. — Faut toujours leur dire cela, ajouta-t-il tout bas à Schmucke. — Tiens, ma petite, dit le gagiste à l'ouvreuse, voici monsieur Schmucke , l'ami de ce pauvre monsieur Pons, il ne sait pas où aller, et il voudrait venir chez nous; j'ai eu beau l'avenir qac nous n'étions pas flambans, que nous étions au sixième, qjte nous n'avions qu'une soupente à lui offrir, ily tient...
Schmucke s'était assis sur une chaise que la femme lui avait avancée, et les enfans, tout inteidits par l'arrivée d'un inconnu, s'étaient ramassés en un groupe pour se livrer à cet examen approfondi, muet et si tôt fini, qui distingue l'enfance, habituée comme les chiens a flairer plutôt qu'à juger. Schmucke se mit à regarder ce groupe si joli où se trouvait une petite fille, âgée de cinq ans, celle qui soufflait dans la trompette et qui avait de magnifiques cheveux blonds.
— Elc a l'air d'une bzdide Alternante ! dit S* hmucke en lui faisant signe de venir à lui.
— Monsieur serait là bien mal, dit Fouvreuse;'si je n'étais pas obligée d'avoir mes enfans près de moi, je proposerais bien notre chambre.
Elle ouvrit la chambre et y fit passer S hmucke. Cette chambre était tout le luxe de l'appartement. Le lit eu acajou était orné de rideaux en calicot bleu, bordé de franges blanches. Le même calicot bleu, drapé en rideaux, garnissait la fenêtre. La commode, le secrétaire, les chaises, quoi qu'en acajou, étaient tenus proprement. îl y avait sur la cheminée une pendule et des flambeaux évidemment dounés jxdis par le failli, dont le portrait, un affreux portrait de Pierre Grassou, se trouvait au-dessus de la commode. Aussi les enfans à qui l'entrée du lieu réservé était défendue essayèrent-ils d'y jeter des regards curieux.
— Monsieur serait bien là, dit l'ouvreuse.
— Non, non, répondit Schmucke Hi\ che n'ai bslondems a fifre, che ne feux qu'un goin bir mûrir.
La porte de la chambre fermée, on monta dans la mansarde, et dè-s que Schmucke y fat, il s'écria : — Foi7ù mon nvvaire. À fard d'être vfec Bons, che n'ddais chômais mieux loche gue sela. . .
— Eh bien! il n'y a qu'à acheter nn lit de sangle, deux matelas, un traversin, un oreiller, deux chaises et une table. Ce n'est pas la mort d'un homme... ça peut coûter cinquante écus, avec la cuvette, le pot, et un petit lapis de lit .
Tout fut convenu. Seulement les cinquante écus manquaient. Schmucke, qui se trouvait à deux pas du théâtre, pensa naturellement à demander ses appointemens au directeur, en voyant la détresse de ses nouveaux amis .. Il alla sur-le-champ au théâtre, et y trouva Gaudissard.
Le directeur reçut Schmucke avec la politesse on peu tendue qu'il déployait pour les artiste? et fut étonné d; la demande faite par Schmucke d'un mois d'appointemens Néanmoins, vérification faite, la réclamation se trouva juste
— Ah! diable, mon brave! lui dit le directeur, les Allemands sarent toujours bien compter, même dans les larmes... Je croyais que vous auriez été sensible à li gratification de mille francs! une dernière année d'appoip.tement que je vous ai donnée, et que cela valait quittance!
— Nus n'afnus rien rési , dit le bon Allemand. Ed si che fiens à fus, c'esde que che suis tans la rie et sins eine liart. . . . A qui afez-fas remis li cradivigation ?
— A votre portière!...
— Madame Zibod , s'écria le musicien. Ele a due Bon*, efel'aful'.é, eh l'a fenti. . E!efouleidprihrsondcsdamand .. Cesde eine goguine ! eine montdre.
— Mais, mon brave, comment êtes-vous sans le sol, dans la rue, sans asile, avec votre position de légataire uuiverse ? Ça n'est pas logique, comme nous disons.
— On m'a mis à la bord;... Che zuii édrencher. che m gonnais rien aux lois. . .
— Pain re bonhomme! pensa Gaudissard en entrevoyant la fin probable d'une lutte inégale. — Ecoutez, lui dit-il . savez-vous ce que vous avez à faire?
— Ch'ai eine /i">n??i; d'emnires !
— Eh bien! transigez sur-le-champ avec les hérit ers vous aurez d'eux une somme cl une rente viagère , et vois vivrez tranquille...
— Che ne feux bas audre chossel répondit Schmucke.
— Eh bien i laissez-moi vous arranger cela , dit Gaudissard à qui, la veille, Fraisier avait dit son plan.
Gaudissard pensa pouvoir se faire un mérite auprès de la jeune vicomtesse Popiaot et de sa mère de la concli s en de celte sale affaire, et il serait au moins Conseiller-J E'at un jour, se disait-il.
— Che fus tonne m» boutoirs...
— Eh bien! voyons! D'abord tenez, dit II théâtres du boulevard, voici cent é i -
Il prit dans sa bourse quirze louis et les ter.dit au musicien.
— C'est à vous, c'is; six r.ois d'appcinienxens que vous
DE BALZAC
airez ; et puis, si vous quittez le tSéà're , vous me les rendrez. Comptons ! que dépensez-vous par an? Que vous fautil pour êire heureux? Allez! allez! faites-vous une vie de Sardanapale!...
— Che n'ai pessoin que t'eine habilement t'ifer et ine d'édé...
— Trois cents francs ! dit Gaudissard
— Tes zoulwrs, quadre baircs...
— Siixante francs.
— Tis pr.s...
— Douze ! c'est trente-six francs.
— 5 ssf. gémisses....
— Six chemises en calicot, vingt-quatre francs, a-ilant en toile, quarante-huit; nous dùons soixante-douze. Nous sommes à quatre cent soixante-huit, mettons eioq cents avec les cravates et les mouchoirs, et cent francs ds blanchissage... six cents livres ! Après, que vous faut-il pour vivre?... trois francs par jour?...
— Non, c'esde drobl...
— Enfin, il vous faut aussi des chapeaux. . — Ça fait quinze cents francs, et cinq cents francs de loyer, deux mille. Voulez-vous que je vous obtienne deux mille francs de rente viagères... bien garanties...
— Et mon dapac?
— Deux mille quatre cents francs!... Ah! papaSchmuGkc vous appelez ça le tabac, on vous flanquera du tabac. C'est donc dt ux mille quatre cents francs de rente viagères. .
— Ze n'esdlas dud\ che feuxeinc xùme\ gondand...
— Les épingles !.. . c'est celai Ces Allemands! ça se dit naïf, vieux Robert Macaire!... pensa Gaudissard. Que voulez-vous? répéta-t-il. Mais plrs rien après.
— C'est bif aguidder ein tedde xagrée.
— Uce dette! se dit Gaudissard, quel filou! c'est pis qu'un fi!s de famille! il va inventer des lettres- de-change 1 il faut fi irraide! ce Fraisier ne voit pas en grand !... — Quelle dette, mon brave! dites!...
— Ile n'y ha qu'âne hàme qui aid Meure Bons a fer. mci. ■ . il a eine chentiUe b'dt da fi'e qui a tes g- veux maniviques, chai gru fur dud-à-l'heire le chénie de ma baufre Allim gne que che n'aurais chômais tû gwdder... Paris n'est bas pon bir Ut Al emands, on se wogue t eux... dit-il en faisant le petit geste de tête d'un homme qui croit voir clair dans les choses de ce bas monde.
— Il est fou! se dit Gaudissard.
Et, pris de pitié pour cet innocent, le directeur eut une larme à l'œil.
— Ha ! fous ms qcmbrtnez ! monsir le tireedit ! !>ê pûn ! ced home à la bedide fie est Dobinnrd . qui serd Vorguestre et allime les ïambes; Bon* l'aimait et le segourait , c'esde le. seil gui aid aggomhagnè mon inique ami au gonfoi, à Vêctite, au zimedière... Ché fux drois mille, vrancs btr lui, et drois mille vrancs bir la bedide file...
— Pauvre hamme !... se dit Gaudissard.
Ce féroce parvenu fut touché de cette noblesse et de cette reconnaissance pour une chose de rien aux yeux du mor.de, et qui, aux yeux de cet agneau divin, pesait, comme le verre d'eau de Bossuet, plus que les victoires des conquérons. Gaudissard cachait sous ses vanités, sous sa brutale envie de parvenir, et de se -hausser jusqu'à son ami Popinot, un bon cœur, une bonne nature. Donc, il effaça ses jugemeas téméraires sur Schmucke, et passa de son côté.
— Vous aurez tout cela! mais je ferai mieux, mon cher Schmucke. Topinarte?t un homme de probité...
— Ui, che l'ai fa dud-àl heure, dans sou baufre tnfnacht cm il est goniend a fer ses envans. . .
— Je lui donnerai la place de caissier, car le père Baudraud me quitte...
— Ha ! gue Tieu fus pénisse] s'écria Schmucke.
— Eh bien! mon- bon et brave homme, venez à quatre heures, ce soir, chez monsieur Berthier, notaire, tout srra prêt, et vous sertz à l'abri du besoin pour le reste de vos jours .. Vons loucherez vos six mille francs, et vous ferez aux mêmes appointemens, avec Gitrangcot. ce que vous faisiez avec Pons.
— Nonl dit Schmucke, chi ne pfrai boind\ .. che n'ai blis le cueir à rien... che me sms addagué...
— Pauvre mouton, se dit Gaudissard en saluant l'Allemand qui se retirait! Oa \it de côtelettes après tout. Et comme dit le sublime Béranger
Pauvres moutons, toujours on vous tondra.
Et il chanta celte opinion politique pour chasser son émotion.
— Faites avancer ma TOitare! dit-il à son garçon de bureau.
Il descendit et cria au cocher : — rue de Hanovre! L'ambit.eux avait reparu tout entier! 11 voyait le Conseild'Etat.
CHAPITPE XXXI.
COXCLUSIOX.
Schmucke achetait ea ce moment des fleurs, cl il les apporta presque joyeux avec des gà'eaux pour les eDfans de Topinard.
— Che tonne les râteaux'.... dit-il avec un sourire.
Ce sourire était le premier qui vint sur ses lèvres depuis trois mois, et qui l'eût vu. en eût frémi.
— Ch'. les tonne à eine gondission.
— Vous è'.es trop bon, monsieur, dit la mère.
— La bedide filem'tmprasstra'. et mai ira les fleirs tans sesgeveux, mies dressant gomme vont les bedides Allemandes'.
— Olga, ma fille, faites tout ce que veut monsieur... dit l'ouvreuse en prenant un air sévère.
— iïecronttz bas ma bedide Alhmantel s'écria Schmuck0, qui voyait sa chère Allemagne dans cette petite fille.
— Tout le bataclan vient sur les épaules de trois commissionnaires!... dit Topinard en entrant.
— Ba\ fit l'Allemand , mon ami, foici teux tante vrancs pir dud payer... Mais vous a fez une chantile femme, fus l'épiserez, n'est-ce bas? Che fus donne mile écus... La betide file aura eine tode te mile écus que fut blarerez en ton ncm. Ed fus ne serez plis cachisde. . fus alUz vdre le gaissierdu théddre...
— Moi, la place du père Baudraud ?
— Ui\...
— Qui vous a dit cela?
— Monsir Cautismrd'....
— Oh ! c'est à devenir fou de joie!... Eh dis donc, Rosalie, va-t-on bsquer au théâtre !... Mais ce n'est pas pofS'ble, reprit-il.
— Notre bienfaiteur ne peut loger dans une mansarde.
— Pah ! pur quelques jurs que chai à fifre ! dit Schmucke, c'esde bien p onl Âtieu'. cke fait au zunedière... foir ce qu'on a vaid te Bons... ei gommander tes fleurs pir sa dompel
Madame Camusot de Marville était en proie aux plus vives alarmes. Fraisier tenait conseil chez elle avec Godeschal et Berthier.
Berthier, le notaire, et Godeschal, l'avoué, regardaient le testament fait par deux notaires en présence de deux témoins comme inattaquable, à cause de la manière nette dont Léopold Mannequin l'avait formule. Selon l'honnête Godeschal, Schmucke, si son conseil actuel parvenait à le tromper, finirait par être éclairé, ne fût ce que par un de ces avocats qui, pour se distinguer, ont recours à des actes
de générosité, de délicatesse. Les deux officiers ministériels quittèrent donc la présidente en l'engageant à se défier de Fraisier, sur qui naturellement ils avaient pris des renseignemens.
En ce moment Fraisier, revenu de l'apposition des scellés, minutait une assignation dans le cabinet du président, où mad?me de Marville l'avait fait entrer sur 1 inflation des deux officiers ministériels . qui voyaient l'affaire trop sale pour qu'un président s'y 'ourrât, selon leur mot, et qui avaient voulu donner leur opinion à madame de Marville, sans que Fraisier les écoutât.
— Eh bien ! madame, où sont ces mcs?ieurs ? drnnnda l'ancien avoué de Mantes.
— Partis ! en me disant de reconcer à l'affaire! répondit madame de Manille.
— Renoncer, dit Fraisier avec un accent de rage conte nue. Ecoutez, madame...
Et il lut la pièce suivante :
« A la requête de, etc.... je passe le verbiage.
» Attendu qu il a été déposé entre les ma>ns de*ionsiour » le président du tribunal de première instance, un testa- » ment reçu par maîtres Léopold Hannequin et Alexandre » Crottat, notaires à Paris, accompagnes de deu\ témoins. » les sieurs Brunner et S:h«ab , étransers domiciliés s l'a- » ris, par lequel testament le sieur Pons, décédé, a dis » de sa fortune au préjudice du requérant, son héritier na- » turel et légal, au profil d'un sieur Schmucke. Allemand.
» Attendu que le requérant se faii fort de démontrer que » le testament est l'œuvre d'une odieuse eaptaûon. et le re-
• sultat de manœuvres réprouvées par la loi; qu'il -
» prouvé par des personnes éminentes que 1 intention du » testateur était de laisser sa fortune à mademoiselle Céc.le. » fille de mondit sieur de Marville: et que le testament. » dont le requérant demande l'annulation, acte arrache à » la faiblesse du testateur quand il était en pleine démence:
» Attendu que le sieur Srhmucke. pour obtenir ce » universel, a tenu enchartre privée le testateur, qu'il a em-
• péché la famille d'arriver jusqu'au lit du nmrt, et que. le » résultat obtenu, il s'est livrékdcs ados notoires d'il
» tude qui ont scandalisé la maison et tous les gens du quar- » tier qui, par hasard, étaient témoins pour rendre les der- » niers devoirs au portier de la maison où est decede le tes- » tateur ; » Attendu que des faiis plu- \ et dor.t le re-
DE BALZAC
.» quérant recherche en es moment les premes, seront ar- » liculés devant messieurs les juge^ du tribunal ;
» J'ai, huissier soussigné, etc., etc., audit nom, assigné » le sieur Schmucke, parlant, etc., à comparaître devant » messieurs les juges composant la première chambre du » tribunal, pour voir dire que le testament reçu par maîtres » Hannequinel Croltat, étant le résultat d'une captationévi- » dente, sera regardé comme nul et de nul effet, et j'ai, en » outre, audit nom, protesté contre la qualité et capacité de » légataire universel que pourrait prendre le sieur Schmucke, » entendant le requérant s'opposer, comme de fait il s'op- » pose, par sa requête en date d'aujourd'hui , présentée à » monsieur le président, à l'envoi en possession demandé par » ledit sieur Schmucke , et je lui ai laissé copie du présent, » dont le coût est de... etc. »
J» connais l'homme, madame la présidente, et quand il
aura lu ce poulet, ii transigera. Il consultera Tabareau, Tabareau lui dira d'accepter nos propositions ! Donnez-vous les mille écus de rentes viagères?
— Certes, je voudrais bien en être à payer le premier terme.
— Ce sera fait avant trois jours. Car cette assignation le saisira dans le premier étourdissement de sa douleur, car il regretterons, ce pauvre bonhomme. Il a pris cette perte très au sérieux. ,
— L'assignation lancée peut-:l!e se retirer ? dit la présisidente.
— Certes, madame, on psut toujours se désister.
— Eh bien! monsieur, dit madame Camusot, faites, car l'acquisition que vous m'avez ménagée en vaut la peine! J'ai d'aiileurs arrangé l'affaire de la démission de Vite], mais vous paierez les soixante mille francs sur les valeurs de la succession Pons. . . Ainsi, vous voyez, il faut réussir. . .
— Vous avez sa démission"?
— Oui, monsicui; monsieur Viîel se fie à monsieur de Marvilie...
— Eh bien ! madame, je vous ai déjà débarrassé des soixante mille francs que je calculais devoir être donnés à cette ignoble portière, «celte madame Cibot. Mais je tiens toujours à aveir le débit de tabac pour la femme Sauvage, et la nomination de mon ami Poulain à la place vacante de médecin en chef des Quinze-Vingts.
— C'est entendu : tout est arrangé.
— Eh bien! tout est dit .... Toct le monde est pour vous dans cette affaire , jusqu'à Gaudissard, le directeur du thtàtre, que je suis allé trouver hier, et qui m'a promis d'aplatir le gagiste qui pourrait déranger nos projets.
— Oii! |': lésais! Monsieur Gaudissard en tout acquis aux Popinot !
Fraisier sortit. Malheureusement il ne rencontra pas Gaudissard, et la fitale assignation fat lancée aussitôt.
Tous Ici gens cupides comprendront autant que les honnêtes l'exécreront, la joie de la présidente à qui, minutes après le départ de Fraisier., Gaudissard vint appren-
dre sa conversation avec le pauvre Schmucke. La p,éiidenie approuva tout, elle sut un gré infini au directeur du théâtre dî lui enlever tous ses scrupules par des observations qu'elle trouva pleines de justesse.
— Madame la présidente, dit Gaudissard, en verant, je pensais que ce pauvre diable ne saurait que faire de sa fortune! C'est une nature d'une simplicité de patriarche! C'est naïf, c'est allemand, c'est à empailler, à mettre sous verre comme un petit Jésus de cire!... C'est-à-dire que, selon moi, il est déjà fort embarrassé de ses deux mille cinq cents francs de rente, et vous le provoquez à la débauche...
— C'est d'un bien noble cœur, dit la présidente, d'enrichir ce garçon qui regrette notre cousin. Èîais moi je déplore la petite bisbille qui nous a brouillés, monsieur Pons et moi ; s'il était revenu, tout lui aurait été pardonné. Si vous saviez, il manque à mon mari. Monsieur de Marvilie a été au désespair de n'avoir pas reçu d'avis de cette mort, car il a la religion des devoirs de famille, il aurait assisté au service, au convoi, à l'enterrement, et moi-même je serais allée a la messe...
— Eh bien 1 belle dame, dit Gaudissard, veuillez faire préparer l'acte; à quatre heures, je vous amènerai l'Allemand... Recommandez-moi, madaise, à la bienveillance de votre charmante fille, la vicomtesse Popinot; qu'elle dise à mon illustre amî, son bon et excellent père, à ce grand homme d'Etat, combien je suis dévoué à tous les siens, et qu'il me continue sa précieuse faveur. J'ai dû la vie à son oncle, le juge, et je lui dois ma fortune... Je voudrais tenir de vous et de votre fille, la haute considération qui s'attache aux gens puissans et bien posés. Je veux quitter le théâtre, devenir un homme sérieux.
— Vous l'êtes!... monsieur, dit la présidente.
— Adorable ! reprit Gaudissard en baisant la main sèche de madame de Manille.
A quatre heures, se trouvaient réunis dans le cabinet de monsieur Berthiei-, notaire, d'abord Fraisier, rédacteur de la transaction, puis Taboureau, mandataire de Schmucke, et Schmucke lui-même, amené par Gaudissard
Fraisier avait eu soin de placer en billets de banque les six mille francs demandés, et six cents francs pour le premier terme de la rente viagère, sur le bureau du notaire et sous les yeux de l'Allemand qui, stupéfait de voir tant d'argent, ne prêta pas la moindre attention à l'acte qu'on lui lisait.
Ce pauvre homme, saisi par Gaudissard, au retour du cimetière où il s'était entretenu a ce Pons, et où il lui avait promis de le rejoindre, ne jouissait pas de teurtesscs facultés déjà bien ébranlées par tant de secousses. Il n'écouta donc pas le préambule de l'acte où il était représente comme assisté de maître Tabareau, huissier, son mandataire et sou conseil, et où l'on rappelait les causes du procès inpar le président dans l'intérêt de sa fille.
L'Allemand jouait ua triste rôle, car, en signant l'acte, il doncait gain de cause aux épouvantables assertions de
Fraisier ; mais il fut si joyeux de voir l'argeBt pour la famille Topinard, et si heureux d'enrichir, selon ses petites idées, le seul homme qui aimât Pons, qu'il n'entendit pas un mot de cette transaction sur procès.
Au milieu de L'acte, uu clerc entra dans le cabinet.
— Monsieur, il y a là, dit-il à son patron, un homme qui veut parlera monsieur Schmucke...
Le notaire, sur un geste de Fraisier, haussa les épaules signilicativement.
— Ne nous dérangez donc jamais quand nous signons des actes. Demandez le nom de ce... Est-ce un homme ou un monsieur? est-ce un créancier...
Le clerc revint et dit : — Il veut absolument parler à monsieur Schmucke.
— Son nom ?
— I! se nomme Topinard.
— J'y vais. Signez tranquillement, dit Gaudissard à Schmucke Finissez, je vais savoir ce qu'il nous veut.
Gaudissard avait compris Fraisier, et chacuu d'eux flairait un danger.
— Que viens tu faire ici? dit le directeur an gagiste. Tu ne veux donc pas être caissier? Le premier mérite d'un caissier.... c'est la discrétion.
— Monsieur ! . . .
— Va donc à tes affaires ; tu ne seras jamais rien si lu te mêles de celles des autres.
— Monsieur, je ne mangerai pas de pain dont toutes les bouchées me resteraient dans la gorge! ..
— Monsieur Schmucke! cria-l-il...
Schmucke, qui avait signé, qui tenait son argent à la main, vint à la voix de Topinard.
— Voici pir la betide Alternante et pir fus. . .
— Ah ! mon cher monsieur Schmucke, vous avez enrichi des monstres, des gens qui veulent vous ravir l'honneur. J'ai porté cela chez un brave homme, un avoué qui connaît ce Fraisier, et il dit que vous devez punir tant de scélératesse en acceptant le procès et qu'ils reculeront... Lisez.
Et cet imprudent ami donna l'assignation envoyée à Schmucke, Cite Bordin.
Schmucke prit le papier , "le lut , et en se voyant traité comme il l'était, n3 comprenant rien aux gentillesses de la procédure, il reçut un coup mortel. Ce gravier lui boucha le cœur.
Topinard reçut Schmucke dans ses bras ; ils étaient alors tous deux sous la porte cochèredu notaire. Une voiture vint à passer, Topinard y lit entrer le pauvre Allemand, qui subissait les douleurs d'une congestion séreusa au cerveau. La vue était troublée; mais le musicien eut encore !a force de tendre l'argent a Topinard.
Schmucke ne succomba point a cette première attaque, mais il ne recouvra point la raison ; il te faisait que des mouvemens fans conscience; il ne mangea [ oint ; il mourut en dix jours sans se plaindre, car il ne parla plus. Il fut joigne par madame Topinard, et fut obscurément entené
côte à côte avec Pons, par les soins de Topinard, la stu'.e personne qui suivit le convoi de ce fils de l'Allemagne.
Fraisier, nommé juge de paix, est très inûme dans la maison du présidect, et très apprécié par la présidente, qui n'a pas voulu lui voir épouser la file à Tabnreau ; elle promet infiniment mieux que cela à l'habile homme à qui, selon elle, elle dit non seulement l'acquisition des prairies de Marville et le cottage, mais encore l'élection de monsieur le président, nommé député à 1? ré lection générale de 184C.
Tout le monde désirera sans doute savoir ce. qu'est devenue l'héroïne de cette histoire, malheureusement trop véridique dans ses détails , et qui , superposée à la précédente , dont elle est la sœur jumelle, prouve que la grande force sociale est le caractère. Vous devinez, ô amateurs , cicna:sseurs et marchands , qu'il s'agit de la collection Pons ! Il suffira d'assister à une conversation tenue chiz le comte Popinot, qui montrait, il y a peu de jours , sa magnifique collection à des étrangers.
— Monsieur le comte, disait un étranger de distinction, vous possédez des trésors I
— Oh! milord, dit modestement le comte Popinot. en fait de tableaux, personne, je ne dirai pas à Paris, mais en Europe, ne peut se flatier de rivaliser avec un inconnu, un Juif nommé Elie Magus, vieillard maniaque, le chef des tab'.eanmaces. lia réuni cent et quelques tableaux qui sont à découragT les amateurs d'entreprendre des collections. La France devrait sacrifier sept à huit millions et acquérir cette galerie à la mort de ce richard. Quant aux curiosités, ma colle
est as?ez bslle pour qu'on en parle...
— Mais comment un homme aussi occupé que vous l'êtes, dont la fortune primitive a été si loyalement gagnée dans le commerce....
— De drogueries, dit Popinot, a pu continuer à se mêler de drogues ..
— Non, reprit l'étranger, mais où trouvez-vous le temps de chercher ! Les curiosités ne viennent pas à vont
— Mon père avait déjà, dit la vicomtesïe Popinot. un noyau de collection, il aimait les arts, les belles œuvres; mais la plis grarde partie de ses richesses \ u ut de moi !
— De vous! madame!.,, si jeune! vous aviez ces vi dit un prince russe,
Les Russes sont tellement imitateurs, que toutes les maladfesde la civilisation se répercutent chez eux. Labricabraomanie fait rage àPélersbourg, et par suite du courage naturel à ce peuple, il s'ensuit que les Russes ont causé dans l'article, disait Remonencq, un rencherissement de prix qui rendra les coMectioos impossibles. Et ce nrinec était à Paris uniquement pour collectionner.
— Prince, dit la vicomtesse, ce tréicr m'est ëçbn par succession d'un cousin qui m'aimait beaucoup et qui avait quarante et quelques années, depu - ' -
Ions les pays, et principalement en Italie, tous ces chef=d'œuvre .
— Et comment l'appelez- voui ? demanda le milord.
DE BALZAC
— Pons! dit le président Camusot.
— C'était un hocfime charmant, reprit la présidente de sa petite voix flûtée, plein d'esprit, original, et avec cela beaucoup de cœur. Cet éventail que vous admirez, milord, et qui est celui de madame de Tompadour, il me l'a remis un matin, en me disant un mot charmant que vous me permettrez de re pas répéter...
Et elle regarda sa fille.
— Dites-nous le mot, demanda le prince russe, madame la vicomtesse.
— Le mot vaut l'éventail !.. . reprit la vicomtesse, dont le mot était stéréotypé. Il a dit à ma mère qu'il était bien temps que ce qui avait été dans les mains du vice restât dans les mains de la vertu.
Le milord regarda madame Camusot de Mar ville d'un air de doute extrêmement flatteur pour une femme si sèche.
— Il dînait trois ou quatre fois par semaine chez moi, reprit-elle, il nous aimait tant ! nous savions l'apprécier : les artistes se plaisent avec ceux qui goûtent leur esprit. Mon mari était d'ailleurs son seul parent. Et quand cette succession est arrivée à monsieur de Marville, qui ne s'y attendait Eullement, monsieur le comte a préféré acheter tout en bloc plutôt que de voir vendre celte collection à la criée. Et nous aussi nous avons mieux aimé la vendre ainsi ; c'est si affreux de voir disperser de belles choses qui avaient tant
amusé ce cher cousin, Elie Magus fut alors l'appréciateur, et c'est ainsi, milord, que j'ai pu avoir le cottage bâti par votre oncle, et où vous nous ferez l'honneur de venir nous voir.
Le caissier du théâtre, dont le privilège cédé, par Gaudissard a passé dcpu:s un an dans d'autres mains , est toujours monsieur TopiDard Mais monsieur Topinard est devenu sombre, misanthrope, et parle peu; il passe pour avoir commis un crime, et les mauvais plaisans du théâtre prétendent que son chagrin vient d'avoir épousé Lolotte. Le nom de Fraisier cause un soubresaut à l'honnête Topinard. Peut-être trouvera-t-on singulier que la seule ame digne de Pons se soit trouvée dans le troisième dessous d'un théâtre des binlevards. Madame Rémonencq , frappée de la prédiction de madame Foataine , ne veut pas se ret'rcr à la campagne , elle reste dans son magnifique magasin du boulevard de la Madeleine, encore une fois veuve, car l'Auvergnat, après s'être fait donner par contrat de mariage les biens au dernier vivant, avait mis à portée de sa femme un petit verre de vitriol, comptant sur une erreur, et sa femme, dans une intention excellente, ayant mis ailleurs le pstit verre, Rémonencq l'avala. Celle lin, digne de ce scélérat, prouve en faveur de la Providence que les peintres de mœurs sont accusés d'oub!ier, peut-être à cause des dénoûmens de drames qui en abusent.
Excusez les fautes de l'auteur.