RUE RICHELIEU
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Si l'on avait, dit M. Littré, quelque grammaire composée depuis le douzième ou le treizième siècle, qui nous exposât les règles de la langue, les auteurs qui écrivent aujourd'hui sur ce sujet auraient sous les yeux des préceptes, des documents, des renseignements qui leur serviraient de point de départ, et leur travail serait autre qu'il ne peut être dans la condition actuelle. Ces préceptes, ces documents, ces renseignements, il faut se les procurer à force de lire ; et l'on ne gagne la confiance du lecteur qu'à l'aide d'une masse d'exemples de temps divers et de divers lieux, exemples qui dévoilent à la fois ce qu'il y a eu de fixe et ce qu'il y a eu de variable dans la langue. Quand tous ces faits grammaticaux, recueillis avec diligence, ont été classés avec sagacité, ils donnent, par eux-mêmes, la réponse aux demandes. » (Hist. delà langue franc. 1, p. 117).
Ces lignes exposent et justifient le but de notre travail. La méthode que Littré conseille pour l'étude de la vieille langue tout entière, nous l'appliquons à l'étude particuhère des participes. Nous commençons par le participe présent. Sauf une dissertation de M. A. Tobler
Mercier, Participes. 1
sur certaines locutions toutes faites où entre ce participe, rien, que nous sachions, n'avait encore été tenté sur cette partie de la syntaxe. Nous avons pu, en entassant les exemples, établir la flexion du participe présent dès la fin du xf siècle et le distinguer du gérondif. Le gérondif lui-même, avec ou sans la préposition en, se distingue d'une forme semblable, qui se construit avec les verbes de mouvement et que nous aurions appelée supin, si l'on n'avait tant abusé de ce terme. Nous avons vu poindre dès les premières années du xif siècle l'adjectif verbal, qui mettra près de trois cents ans à prendre dans notre langue la place considérable qu'il y occupe aujourd'hui. Enfin, avec M. N. de Wailly, nous admettons que la forme en ant a quelquefois, en vieux français, la signification du participe futur passif en ndus, a, imn.
Vient ensuite l'histoire du participe passé construit avec l'auxiliaire avoir. Cette partie de notre sujet avait déjà été traitée par M. Obry, qui s'occupe surtout de justifier la syntaxe actuelle et la règle de position. En 1877 parut à Lausanne Le Participe passé en vieux français, par M. Bonnard. Quelques lignes de la préface donneront une idée de cette consciencieuse étude. « Les règles qui régissent l'accord des participes ont été vivement attaquées dans ces derniers temps. M. Chabaneau, dans son Histoire et théorie de la conjugaison française, en proclame l'inconséquence et ne voit dans l'accord du participe avec le régime qui le précède qu'un accident grammatical (p. 37) ; M. Tell, dans son Histoire des participes (ouvrage dont le contenu ne répond aucunement au titre, et où la violence de la forme le dispute au peu de solidité
du fond) en réclame l'abrogation complète. Dans ces circonstances, il nous a paru intéressant de faire l'historique de la question et de rechercher dans le passé l'explication et peut-être la justification des phénomènes présents..., Les dérogations au principe de l'accord, qui se rencontrent dans les auteurs anciens, s'expliquent les unes par la rime (cf. Andersen, Ueber den Einfluss von Metmm etc., Bonn, 1874, p. 53), les autres par la décadence lente et inégale de la déclinaison et par la confusion fréquente du nominatif et de l'accusatif qui en est résultée. » A l'apparition de cet ouvrage, nous reprîmes cette partie importante du nôtre, et, comme nous n'avons ni le temps ni le goût de refaire ce qui nous semble bien fait, nous profitons quelquefois des idées de M. Bonuard; quelquefois aussi nous le combattons, surtout dans sa théorie des influences dialectales. Nous avions reconnu, par le rapprochement des textes du vieux et du moyen français, que des influences hostiles à l'évolution naturelle de la langue avaient imposé et maintenu les règles d'accord du participe avec son régime. Il y eut d'abord la tradition latine et ensuite l'autorité des grammairiens. Ceux-là, sauf Palsgrave, qui n'était pas connu en France, ne furent d'accord que sur un point de doctrine, la nécessité de plier la syntaxe française aux convenances de la syntaxe latine ; nous avons essayé de donner une idée de leurs luttes entre eux et contre le génie de la langue française. Pour nous assurer que les tendances de la langue n'étaient pas de ce côté, nous avons interrogé les patois, c'est-à-dire le français abandonné à lui-même, soustrait à l'influence latine et gram-
maticale et n'ayant d'autre loi que cette logique inconsciente qui préside à la naissance des langues et leur donne, pour ainsi dire, le tempérament qui convient à la pensée qu'elles ont mission d'exprimer. Or, les patois, au Midi comme au Nord, et malgré l'exemple contagieux du français classique, se refusent généralement à l'accord, comme s'y refusaient, dans la mesure de leur liberté, les différents dialectes du douzième siècle.
Notre travail se termine par une étude sur le participe passé construit avec l'auxiliaire être, où nous nous occupons surtout des participes des verbes pronominaux et des théories de Diez, de Littré et de Gessner, sur les particularités syntaxiques de ces participes.
La plupart de nos textes sont tirés des Documents inédits sur l'Histoire de France, de la Bibliothèque des Hautes Etudes, des Fragments de Bartsch, de la Grammaire de Diez, de la Romania, etc. Nous désignons l'édition, pour peu qu'il y ait utilité.