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DU PARTICIPE PRESENT

Les premiers exemples de participes présents dans la langue fançaise sont du x* siècle. On n'en trouve aucun ni dans les Serments de Strasbourg, ni dans la Cantilène cïEidalie, et le seul que présente le Fragment de Yalenciennes n'est pas intelligible (el por els... es doleants, car ço videbant, etc.). C'est dans la Passion du Christ et la Vie de saint Léger que l'on surprend le participe présent à son origine ; encore ces deux textes, écrits ou transcrits dans le voisinage de la langue d'oCj, ne sont -ils pas purs de tout mélange avec le provençal. Le participe latin sequens, sequentes j est représenté deux fois par seguin, seguen, le premier sujet singulier, le second sujet pluriel.

Senz Pedre sols seguin lo vai (sequens) Car sua fin veder voldrat...

Femnes lui van destras seguen. (sequentes)

Cette forme du participe est une exception à la règle posée par MM. G. Paris, P. Meyer, Léon Gautier, Chabaneau, etc. D'après eux, la liexion ant, dérivation régulière de and [iim), ant (em), fut, dès le principe, attribuée aux verbes de toutes les conjugaisons. Ils ajoutent que, si certains participes latins gardèrent l'e [dolens, ardens), ce fut à la condition de descendre immédiatement au rôle d'adjectifs; ce qui explique qu'ils aient toujours été déclinables. Remarquons cependant que les mêmes verbes conservaient la faculté de former un participe présent en ant, puisque, à côté des adjectifs ardent, ardente, dolent, dolente, on trouve les participes ardant, dolant. Exemples :

Léger, xxiii :

A foc, a flamma vai ardant.

CL de RoL, 3102 :

Qui guaresis Jonas tut verement. ..

Les treis enfanz tut en un fou ardant.

Text. lorrain, Roman., v, 281 viii, 8, : 0 tu morz... cum es joose as dolanz !

Nous avons en français moderne un grand nombre d'adjectifs et de participes formés du même verbe. vaquant, vacant', négligeant, négligent, etc. (Chassang, Gramm., cours mog., p. 272). On voit que ce mode de formation remonte à l'origine de la langue. Il en est ainsi de presque toutes les particularités syntaxiques que nous aurons à signaler : une tendance de la langue se manifeste d'abord sous forme d'exception ; on l'aperçoit à peine pendant un ou plusieurs siècles et Ton constate ensuite qu'elle est passée à l'état de règle générale.

Le participe présent est, dans nos textes du x" siècle, invariable en genre, en nombi'e et en cas, et ne se

distingue pas du gérondif, si différent, au xif et surtout au xiii'' siècle, du participe présent.

Pass. du Christ, 62 :

Gum li matins fut esclairet, Davant Pilât l'en ant menet, Fortment lo vant il accusand, La soa mort mult demandant.

Ibid., QQ :

Femnes lui van destras seguen, Ploran lo van et gaimentan.

Léger, xxiii :

A foc, a flamma vai ardant Et a gladi es percutan.

Dans la plupart de ces textes le participe est construit avec le verbe aller. Or nous verrons plus loin que dans cette construction, fort en usage en vieux français, le participe est invariable. Il est difficile d'admettre que le participe ait attendu la fin du xi^ siècle pour se plier à la déclinaison à deux cas déjà en usage dans le latin rustique (D'Arbois de Jub. Déclin, latine à ïé'poque mérovingienne) et dans les poèmes que nous venons de citer.

Léger, ix:

Quandius visquet ciel reis Lothier, Bien honorez fut sanz Lethgiers.

Il se fud morz, damz i fud granz \ Cio controverent baron franc.

Selon M. G. Paris [Alexis, préf., 123), le participe présent est indéclinable dans Alexis et par conséquent ne se distingue pas du gérondif. Faut-il se ranger à l'opinion du savant éditeur 1 Voici les textes :

Alexis, 2 :

Bons fut li siècles : ja mais n'iert si vaillanz, Vielz est e frailes, tôt s'en vait déclinant.

Ibid., 55 :

Ne l'reconut nuls sons apartenanz.

Ne neuls hom no sout les sons ahanz...

Ne pot muder ne seit aparissanl.

Ibid., 85 :

La vint corant com femme forsenede, Bâtant ses palmes, cridant, eschevelede.

Chantant en portent le cors saint Alexis.

Ibid., 112:

Qui vint plorant chantant l'en fait râler.

Nous avons au nominatif singulier vaillanz et apartenanz. On dira que ce sont des adjectifs, soit; mais les auteurs qui ne déclinent pas les participes ne déclinent pas davantage les adjectifs verbaux en ant.

Ch. de Bol., S^ll:

Païen escrient: Préciuse est vaillant .

Chantant est au nominatif pluriel; il est d'ailleurs construit avec un verbe de mouvement : c'est un gérondif ou un supin. Tous les autres participes sont construits avec le verbe aller et, pour cette raison, seraient invariables, même deux siècles plus tard. Aparissant est donc le seul exemple qu'on puisse nous opposer. Il est au neutre et répond au latin quin hoc sitmanifestum.

Vers la fin du xi' siècle, dans la Ch. de Roi. (1) et surtout dans l'Ancienne Trad. des Psaumes [Psautier d Oxford, éd. Fr. Michel, 1860), on peut déjà établir des règles générales et sûres.

Première règle. — Le z a pénétré dans les nominatifs singuliers des participes présents qui se conforment,

(1) L. Gautier, édit. classique. Tours, 1876.

comme les noms et adjectifs, au type de la seconde déclinaison latine. Le participe n'a d'ailleurs qu'une forme pour le masculin et le féminin. Ex.:

Ch. de RoL, 3345 :

Glers fut li jurs et li soleilz luisanz.

Hier fut ocis li bons vassals RoUanz E Oliviers, li pruz et li vaillanz.

Lib. Psalm., ii, 6 : Mais je sui establit reis de lui sur Syon, sun saint munt, preechanz sun cumandement.

Ibid., III, 2 : Tu, sire, ies H miens receverre, e la meie glorie, e exalchanz mun cMef.

Ibid., V, 4 : Tu es Deus nient voilanz felunie.

Ibkl., VII, 10 : Et adreceras le juste, escerchanz les cuers et les rains, tu Deus.

Ibid., XVI, 13 : Sicume chael de léon habitanz en repostailes.

La règle, bien établie dans le Livre des Psaumes, y est rarement violée. Elle ne fait qu'apparaître dans la Chanson de Râlant, où le participe, même avec fonction d'adjectif, n'a pas toujours de forme particulière au nominatif.

Glers est li jurs e li soleilz luisant.

Ibid., 2740 :

Karles ne crient hume qui seit vivant.

Ibid., 1768:

je oi le corn Rollant ;

Une ne l'sunat, se ne fust cumbatant.

De même dans les Lois de Guillaume, 7 : Si home ocist

aller et il seit cunuissant e il deive faire les amendes, durrad X solz.

La règle du cas régime au singulier est forcément suivie dans la Ch. de Rolmit, puisqu'elle consiste à laisser le participe invariable ; mais il y a déjà bien de la réflexion dans l'emploi qu'en fait le traducteur des Psaumes, xi, 3 : disperdet li sire tûtes lèvres tricheresses et langue granz choses parlant. — IbicL, Credo : Siet à destre Deus le père tres-tut poant.

Le nominatif pluriel est aussi toujours invariable dans le Rolant et dans le traducteur des Psaumes.

C/i.deBo/.,3Dl6:

Caries est fiers et si hume vaillant.

Lia. Psalm., xxi, 7 : Trestut H veant mei escharnirent mei, parlèrent par lur lèvres et meurent lur chief .

L'usage de terminer, au pluriel, le cas régime par un z est observé, même dans la Ch. de Rolant :

Tanz colps a pris de bons espiez Iranchanz.

md.:304S:

Armes unt bêles e bons chevals curants.

Lib. Psalm., m, 7: Kar tu as ferut tuz contrarianz a mei senz achaisun.

Ibid. VII 1 , : Saef me fai de tuz parsuanz mei e délivre mei.

Ibid. VII, 4 : Si je rendi as guerredunanz à mei maies choses...

Cantic. Mariœ, 8 : Les fameillanz emplit de biens, et les riches laissât as enfers.

Voilà donc, sur la fin du xf siècle, le participe présent soumis, comme les noms et adjectifs, aux règles de la

deuxième déclinaison. On dit, que le participe soit ou non pris adjectivement :

Nom. Li chevals curanz.

Rég. Le cheval (plus tard, chevau) curant.

Nom. Li cheval curant.

Rég. Les chevals curanz.

La syntaxe du participe observée à partir de cette époque dans le vieux français, disparaîtra en partie dans le français moyen pour changer encore dans le français moderne.

Deuxième règle. — Le participe présent construit avec le verbe aller ou tout autre verbe de mouvement est indéclinable. Il ne prend pas la désinence 2 ou ^ au nominatif.

Ch.de Roi., 1780:

Pur un seul levre vait tut le jur cornant ; Devant ses pairs vail il ore gabant.

Ibid., 553 :

Par toutes terres est alez conquérant.

Ibid., 2371 :

D'ures en altres granz colps i vail ferant, L'un mort sur l'altre suvent vail tresturnant.

Ibid., 2839 :

A l'doel qu'il a s'en est turnez plurant.

Sun petit pas s'en turnet, cancelanl.

Huonde Rord.,BARTSCB, C hr est., '61,1 : (1)

N'ala li rois tant de gent asanlanl

Que il fera à cest esté avant...

Et si verra (venra) deseur vous ccvauçant.

(i) Edit. 1866.

Guill. d'Orange, Bartsch, Chrest., 63, 15 Li cuens Guillaumes va celé part poignant.

ïbid., 63, 29 :

D'ores en autres va sa colpe rendant,

A sa main destre aloit son pis bâtant

En son corage vet Damledeu proiant...

La morz l'angoisse, moult le vet destraignant.

Alisc, V. 60 :

Vi viens est en l'alue de l'Archant; Et sa boele li vait del cors issant; A ses ii mains le vait ens rebotant.

Ibid., QÇ) :

Entre païens s'en va esperonant, Au branc d'acier les vait adamagant.

Rom. de Rou, 13149 :

Taillefer, qui mult bien cantoit, Sor un ceval qui tost aloit Devant li duc aloit cantant De Karlemaine et de RoUant.

Alexis, 3'rédact., v. 724 :

Li père va si ses mains delorgant

Ibid., 356 :

Iluekes trueve une barge flotant Qui de passer se vait aparillanl ; Done son prix, si entra ens corant.

Li biaus Desconiieus, 459 :

Va Blioblieris lassant

Par le sang qu'il aloit perdant

De la plaie qu'il avoit prise.

Renard, 1255 :

Li chien le vont sovent mordant.

Et il se va moult défendant.

Aiic. et NicoL, Bartsch, Chrest., 260, 9 :

Parlé as a ton amant Qui por toi se va morant...

Garde toi des souduians (soldats) Ki par ci te vont querant ; Sous les capes les nus brans Forment te vont maneçant.

Alexis, 4^rédact., ex :

A. l'eure que la mère ouy nommer l'enfant De l'engoise qu'el a va sez poins détordant;

Al. Chartier, le Livre des iiii dames, 42 :

En chemin tout retentissant De doux accords alay -pensant A ma malheurée fortune.

Id., ibid., 103 :

Tout au plus près sur le pendant De la montagne en descendant Fut assiz ung joieux bocage, Qui au ruissel se alloit rendant...

Ronsard, éd. Blanchem., 1340 :

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle

Déjà sous le labeur a demy sommeillant

Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant...

Régnier, éd. Courbet, 28 :

Quand la chaude lionne à qui l'ardanle faim Alloit précipitant la rage et le dessein.

La Font. , le Loup et l'Agneau :

Je me vas désaltérant

Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'elle.

Cette construction, très usitée en poésie, n'est pas en vieux français exclusivement poétique et la prose l'emploie volontiers.

Rom. de Tristan, Bartsch, Chrest., 117^ 5 : Ele ot les

oissellons qui chantent par mi le gardin lor divers chanz et aloient lor joie faisant...

Ane. et NicoL, ihkl., 259, /. 33: Li gaite qui estoitsor le tor les vit venir et oï qu'il aloient de Nicolete parlant.

Leg. de Gir. de Bonssillon, Roman, vu, 183, /. 1, : Mas la reyne, quant ele le conuit fa meûe par la perfection de pitië, et ala a Xm plorant et gémissant.

JoiN VILLE, éd. Wailly, 568 : Le chevaliers s'en ala si grant duel démenant, et m'amena mon seigneur Gilon le Brun.

CoMiNEs, éd. Michaud, IV, p. 22 : Ainsi alla reconfortant Isi compagnie.

On peut prévoir que par suite de la tendance, si prononcée aux xif et xiif siècles, à décliner les participes présents comme les noms et adjectifs, le participe construit avec un verbe de mouvement aura pris quelquefois, au nominatif singulier, la désinence s ou z, surtout si la rime le demande.

Aliscans, p. 7, V. 196 :

Se je vous lais et je m'en vais fuians Honte en aurai et reprovier tos tans.

Mais la persistance, dans la presque totalité des cas, du / final, et cela à toutes les époques, nous a paru une particularité syntaxique très remarquable. Nous avons établi le fait par de nombreuses citations. Nous l'expliquons par l'hypothèse d'une confusion, — semblable à celles que nous avons signalées ailleurs à propos du neutre, — du participe présent avec le participe futur, dont on aurait gardé le sentiment, ou, ce qui est plus probable, avec le gérondif.

Suite de la première règle. — Le participe présent est déclinable au xif siècle.

Si le participe présent fut d'abord indéchnable et tira

son origine du gérondif latin, il se plia de bonne heure aux lois de la seconde déclinaison et conserva jusqu'au XIV* siècle les deux cas que nous lui avons déjà reconnus dans la traduction des psaumes.

i° Nominatif singulier

Job, 443 : Et main (mane) levain, offrit sacrifices pour chascun.

Text. lorrain. Roman, v, 275, i, 7 : Dous persones sunt en ces escrit, li Hom ingemischans et la Raisons qui l'simont.

Ibid., XXVII, 36 : Pluors ai entachié, perdanz moi maïsmes.

S .-Bernard,hhl : Cil qui fait triste l'espérit de Deu, . . escandalisanz un de ces petits ki en luy croyent .

Alexis, 2'=réd.,886:

Ne peut muer, cil fa aparissans.

Lég. de Gir. de Roussillon, Roman, vu, 179, /. 25 : Il estoit très apariSsanz devant touz en court roial et très sutieux mervoilleusement de conseil et de sapience.

Ibid., 181, /. 18: Mena vie povre et aspre, alanz humblement et très dévotement par les diz. vu ans, par le quel nombre perfections est signifiée.

Ibid., 185, /. 4 : Sa femme honorable, resplandissanz par dignité de prode femme. . .

Li Trésors, 518 : Il est bone chose que on se acostume a bien conter, car on en devient mieux parlanz as granz besoign^.

Li biaus Desconneus, 481 :

Quant fut vencue la bataille

Li nains en fu joians, sans faille.

2° Sing. cas régime

Joh, 451 : Apres les plaies del bieneurous Job vinrent les paroles de la mal enhor tant femme.

Ihid., 463, 18 : Il dotent ke la divine justice ne voiet en eaz alcune atapissant plaie.

IbicL, 463, 32 : La pensé, cant ele est par defors apresséie del blandiant ensongement, soi dérivet az deforaines choses.

Rois, 387 : E vit tut le people de la terre esleesçant e bruines sunant.

S. -Bernard, 532 : Cil, ki ke ce soit, cuy li conscience des péchiez jugievet colpaule de permanant dampnation.

Texte lorr., Roman, v, 279, vi, 15 : Nus n'adrace sai main à moi bosengnant. Tuit me despisent mendiant, ne ne saolent de lor miates lou famillant ; nuns n'espant ses gottes de réfrigère en la boche de saillant (sitientis).

Ibid., 281, VII, 1 : Tui me despisent cumme rugnois, et derachent cumme flarant (fetentem).

Ibid., 291, XIX, 2 : Venc locharnalus, nés par dolor, et la /«05a;î^custume.

Aliscans, V. 49 :

Viviens l'ot, ne puet son cief drecier, iii fois se pasme sur le corant destrier.

Alexis, 3" réd., 733 :

Chis très grans dues k'il vont por moi menant Or m'est iegiers, si i'troverai pesant :

Alexis, 4° réd., 87 :

Une vois li a dit ; Trouver le peus seanl La deriere cel uis, ses set seaumes disant.

Al. Chartier, le Livre des m? fiâmes, 8

Si alay tout seulet ainsi

Que j'ay de coustume, et aussi

Marcha y l'herbe poignant menue.

5>^ Pluriel, cas nominatif

Job, 467 : Car com il plus aprochent à la fin, plus sunt ardant en oevre.

IbkL, 467, 20 : Sunt à droit cil ki lur mortefiement désirent, semblant à ceaz ki foent lo trésor.

Rois, 379 : Ocist tuz ces ki apar tenant furent à Achab.

Ibid., 379 : E la charuigne Jezabel girrat cume feins el champ de Jesrael, si que li trépassant dirrunt : Est ço la noble dame?

Text. lorrain. Roman, v, 285, xi, 25, : Porfetent a purgation les enchaçant plaies.

Alexis, 3*= rëd., 549 :

Te sainte vie tu nos a chelet tant

Ke nos en somes enviers Diu mtserrani.

Li bians Desconneus :

Es-vos venant les chevaliers Tes trois armés sor lor destriers,

Alexis, 4* réd., cxxxxiv :

Aprez vint une vois parmi Romme criant Que toutes gens ouïrent li petit et li grant, Qui dist : Que faitez vous, peceeur non sachant.

i" Pluriel, cas régime

Job, 499 : Told nostre enemis les boes araiiz et les adnesses paissanz.

MERCIER, Participes. 2

Text. lorrain, Roman. \% 277, iv, S : Nus ne contradist '^^ pechanz.

Ibid., 281, VIII, 8: 0 tu, morz, cum es joose as dolanz et as ploninz.

IbiiL, 291, XIX, 15: Adès nos hastons a la mort et au terme... sons mené par dccorraiiz moraanz.

Le Dit de l'emper. Constant, Roman, vi, 169 :

Et quant il vit les deux entans Devant lui main a main ienans, Pleins de grascieuse biauté, Pris fu d'amour et de pité.

Léff. de Gir. de Rouss., Roman., vu, 195, /. 27 : La debonairetez de Deu monstre enqui plusors signes par les quex l'on juge les aides de la divine pitié estre enqui as requeranz.

Ibid., 179,/. 9: Très profitable chose et très esjoïssable est baillier as eulz des non-saichanz les faiz des enciens.

JoiNviLLE, Wailly, 55 : Et disoit que il ne trouvoit ne es créans ne es mescreans que onques royaumes se perdit que par defaute de droit.

Ibid., 582 : Et il meïsmes portoit les cors pourris et tous puans pour mettre en terre es fosses.

Rabelais, ii, 40 : Je les trouvai tous joiains à la mouche par exercice salubre.

Nous croyons que ces exemples nous autorisent à poser la loi syntaxique suivante : le participe présent est déclinable en vieux français dès la fin du xi*" siècle ; il quitte la troisième déclinaison latine pour suivre la deuxième, la seule qui soit restée en français.

Le sentiment qu'on avait encore de l'accusatif latin, dont il est formé, empêcha quelque temps de le décliner, et il est encore à peu près indéclinable dans Alexis et la Chanson de lioiant; mais, par la force de l'analogie, il commence à se déchner dans ces deux ouvrages comme lesnoms et adjectifs, et l'évolution est déjà faite à la tin du siècle dans le Livi-e des Psaumes.

Troisième règle. — Le participe n'a qu'une forme pour les deux genres : il ne se distingue point de l'adjectif verbal.

Le participe présent, en vieux français, n'a qu'une forme pour les deux genres, et, d'ailleurs, exprime l'action et l'état sans changer d'orthographe. Cette règle ne souffre, au xii' siècle, que de très rares exceptions.

Job, 485 : Senz esgard la voit la désir anz pensé.

S. -Bernard, 539 : Ces awes condient vrayement et coysent nos affections,, et si vienent Mes buillans de la fontaine de chariteit.

Guill. d'Orange, Bartsch, Chrest., p. 65, 6:

Quant vos savrez ceste lasse novele Mult serez cuite de boillant estancele.

Li Trésors, p. 643 : Et li vestirent un mantel de porpre, et li firent une corone de poignans espines.

Christ, de Pisan, Bartsch^, Chrest., p. 415, 10 :

Mais Dieu le fiert adés de poingnant lance, Par quoy de joie et de soulaz mendie.

Al. Chartier, le Livre des iiii dames, 79 :

Le ruissel d'une source vive Descendait de roche nayve, Large d'environ une toise ; Si courait par l'herbue rive Et au gravier qui lui estrive Fesoit une très 'plaisant noise.

Adjectif verbal

Cependant, dès le commencement du xif siècle, on voit quelquefois le participe, pour peu qu'il exprime l'état, et même quand il exprime l'action, prendre une terminaison féminine. Timide et rare d'abord, cette construc-

tioii devait modifier un jour toute la syntaxe du participe présent.

IJb. Psalm. Cantic., Hahaci(c,\l'.lj\^o\e\\ze\ii\\me esturent en leur habitacle, en la lumière de tes sajettes irunt, en la splendeur de la tue fuildrante hanste.

Rois, 164 : E ele descirad sa gunele et jetad puldre sur Sun chief... si s'en alad criante et plurante.

IbicL, 396 : Sulunc ço que l'um soleit faire as ydles de ces mécréantes genz.

Ibid., 410 : Jo vus remue d'ici en altre terre, ki purpost est altretele cume vostre terre bien portante e plentive de vins.

Renard, Nouv., 2829 :

La luparde ot eu soumel.

Si en estoit toute pesante.

Stabat Mater, Bartsch, Chrest., 392, 33 :

Fay que mon cueur enduré sente Les playes que ton filz souffrit En la crois davant toi dolente Pour mon ame vile et pilante.

De Fourmont, la Cour des comptes de Bretagne, p. 8, chart. de 1429 : De ce faire avec toutes les choses pertinantes, vous donnons plain pouvoir, authorité, de par mon dit seigneur, et mandement espécial, en mandant, et par ces présentes mandons a tous et chascuns les féaux et subjets de mon dit seigneur, en ce faisans vous estre obéissans et diligemment entendans.

De la Nicolière, Nostr. Dame de Nantes, p. 279, chart. de 1456 : Des autres vingt livres restantes de la dite somme de quarante hvres, lesdits chevecier et chanoines promistrent bailler assiôte en bons lieux et suf/îsans, en ceste nostre cité.

Ibid., chart. de 1454 : Ledit fondateur leur a baillé . . . une petite hu(je fernmnte à clef.

IbicL, p. 293, charte de 1483 : Ledit Landois pourra... joir des matières et merrains et pareillement de la vitre y estante à présent.

Chart. de 1467, de Courson, Cart. de Redon, page cccLxxviii : On ne pourra prendre les bestes alantes ne venantes par les brieux sans y faire séjour.

Calvin, Préface de VInstit. chrét. : Depuis que la lumière luisante d'en haut a aucunement déchassé les ténèbres.

Rabelais, m, 24 : Comme advenanle la lumière du clair soleil, disparent lutins, lamies et ténébrions.

Melin deSt-Gel., éd. Blanch., i, 2 :

Qu'est-ce qu'Amour? Est-ce une déité Régnante en nous? ou loy qui se contente De nous, sans force et sans nécessité.

Rem. Belleau, éd. Gouverneur, ii, 48 :

Et que la tresse bondissante De Cerès, sous le vent glissante, Le frise en menus crespillons.

Id., m, 147 :

Les dieux

En ces pierres blanchissantes De larmes toujours coulantes Changent l'émail de ses yeux.

Nous nous contenterons de ces exemples. On en trouvera d'autres dans le Seizième siècle en France, par MM. A. Darmesteter et Adolphe Hatzfeld, p. 270.

La règle moderne qui fait le participe variable quand il marque l'état et invariable quand il marque l'action, ne peut pas se réclamer de la tradition. La loi syntaxique que le vieux et le moyen français tendaient à établir était plus simple : le participe prend la marque du singulier ou du pluriel, du masculin ou du féminin, non pas parce qu'il exprime Vétat, mais parce qu'il exprime soit l'état, soit l'action d'un sujet masculin ou féminin, singulier ou

pluriel. D'un autre côte, la déclinaison des participes présents subit, au xv* siècle, le sort de celle des noms et adjectifs : elle disparaît. Les mots n'ont plus, tant au singulier qu'au pluriel, qu'une forme unique, celle de l'ancien cas régime. On dit au nominatif :

D'AuBiGNK, III, 17 :

Combattu des vents et des flots Voyant tous les jours ma mort preste...

Et au nominatif pluriel, Ronsard, ii, 225 :

Comme le temps, vont les choses mondaines, Suioans son mouvement.

Dans l'usage du wf siècle l'accord de nombre est une loi respectée de tous. L'accord de genre ne fut jamais universellement accepté. On mettait quelque soin à distinguer le participe du gérondif. Nous allons étudier cette particularité en remontant à l'origine de la langue.

in.

Gérondif.

Le gérondif se distingue du participe en vieux français et plus encore dans le français du xvf siècle.

Le roman n'a conservé du gérondif latin que l'ablatif. Ce cas signifiait la manière et le moyen. L'italien et l'espagnol lui ont conservé cette fonction : italien, insegnando s'impara (docendo dicitur) ; espagnol, estudiondo se aprende. Ces deux langues emploient aussi le gérondif dans certains cas où le latin classique ne pouvait user que du participe présent. Ital. Egli disse a me partendo, dixit mihi dissedens. Diez (III, 239) croit que le fi'ançais use de cette liberté. « En français, dit-il, le gérondif prépositionnel a acquis une plus grande importance vis-à-vis du mode pur. Ce dernier remplace tous les cas du participe

présent lorsque ce mode sert d'apposition; par exemple : Ces femmes voyant le danger se mirent à fuir; — on représente Flore tenant &cl main une guirlande de fleurs. » Il n'y a aujourd'hui personne en France pour qualifier de gérondif les participes voyant et tenant. Des grammairiens ont pu prendre pour des gérondifs, en vieux français, les cas obliques du singuKer et le nominatif pluriel du participe présent, parce qu'on le croyait indéclinable. Nous étions dans cette erreur avant d'avoir constaté la déclinaison du participe ; mais les écrivains n'ont jamais fait cette confusion. Ils déclinent le participe présent et laissent le gérondif indéclinable, qu'il soit ou non construit avec la préposition.

GÉROND. Mode pur. — Lib. Psalm., ix, 17 : Cuneuz iert li sire jugement faisant. Vom:({\xo\ faisant indéclinable, puisque le traducteur met partout un z au cas nominatif singulier avec une régularité qui étonne? C'est que faisant marque le moyen et est au gérondif. Les Latins auraient dit : Quis sitnosjudicando = (nobisjudicandis), declarabit.

Mode jjrépositionnel. — Lib. Psalm., ix, 3 : En trestnrnant le mien enemi ariere, serunt enfermet, e perirunt de la tue face.

Mode pur. — Te.it. lorrain. Roman. v,285^ xi, 17 : Deus te chastoit, et t'argue par flael de pi chastiement; et qui esparnant te rapelevet a so, firant huche qui tu repères = qui parcendo te ad se revocabat, feriendo clamât ut redeas.

Ibid., XI, 23 : En çaz poenes s'en vont li tormant, morant = moriendo tormenta recedunt.

Modepréposit. — Ibid. 279, v. 9.' Je's voil avoir propices em proanty mais ill me sunt plus moleste.

Mode pur. — //y?V/.^ 315. xxxv, 14: Reprove despisant les reproches des gas = irrisionum probra despiciendo exprobra. — Ibid. : Vaint les errors finnant et sormunte par patience les ledanges des maus disanz = dissimulando errores calca . . .

Mode préposit. — Légende de Gir. de R., Roman. VII, 183, /. 8 : En celé meïsmes nuit ele dit au roy en plorant et en coinplaingnant de la desloial persécution Girard et dou chaitif exil de sa suer = eadem nocte conquerendo.

Mode pur. — Joinv., 235 : Nous veimes que le roy estoit venus sur le flum, et que li Turc en amenoient les autres batailles le roy, ferant et bâtant de maces et d'espées.

Mode préposit. — Joinv. , 494 : Il aloient traire aux lyons en ferant des espérons tant comme il pooient et en ce fesant, il occioient les lyons de lour saiètes.

Citons encore quelques exemples sans distinction de mode.

Ch. d'Orléans, bail. 65, 2 :

En souriant par sa très grant humblesse Me respondy. . .

Du Bellay, ii, 687 :

Faisant ce que je dy, tu ne pourras faillir.

Ronsard, m, 124 :

Tant plus je veux alenter mon ardeur, Plus d'aiguillons elle me lance au cœur. Me transportant , si bien que je n'ay veine Ny nerf sur moy, ni âme qui soit saine.

Id., II, 270 :

Alors Venus se sourit Et en le baisant le prit.

R. Belleau, II, 84 :

Il cuoilloit de mon fruit encore le plus meur

Voilant de branche en branche et moi tremblant de peur

Qu'en voilant ne rompist quelque feuillage tendre.

Ces exemples (qu'il serait facile de multiplier), rapprochés de ceux qui nous montrent le participe déclinable, établissent suffisamment la ditiërence qui existait dans le vieux et le moyen français entre le participe présent et le gérondif.

Propositio7i participe ou Ablatif absola

Le vieux français, comme le latin, usait volontiers de la construction nommée ablatif absolu ou proposition participe, et le présent de ce mode s'y prêtait aussi bien que le passé. Les verbes voir et entendre étaient surtout employés avec la valeur absolue. Diez cite (m, 245) : Eaz toz veanz; ses iauz veanz; voiant maint chevalier; oiant toute lagent; je conu racontant Antoine lo noble baron; les Egiptiens eux constreinans de issir; veant cent milie humes.

Le participe se décline dans tous ces exemples, sauf dans le dernier, tiré de la Chanson de Rolant. Nous avons vu que le participe présent y est généralement indéclinable. Plusieurs langues romanes, l'espagnol surtout, emploient le gérondif dans cette construction ; mais c'est le participe qui est d'usage en français.

Text. lorrain, Roman, v, 277, iv, 5: Les lois périssent, jujant l'avarice (judicante,judice avaritia).

Ibid., 303, xxviii^ 2 : A plors sui commui, toi plorant.

Benoit, Chron., 7166 :

Del soc qu'embla la femme vos est l'oevre retraite, La justice qu'en fu, veiant le pople faite.

Au xvi" siècle, le participe affecta de se placer ainsi en tête de la proposition (voy. la Thèse de M. Eug. Benoist) ; on vient de voir que, en vieux français, il pouvait, comme en latin, se mettre un peu partout.

Participe présent périphnislique

«En latin déjà (Diez, m, 183) on trouve assez souvent sum uni au participe présent pour donner au verbe un

sens de permanence : .mm dicens (je suis un homme qui parle), et avec un régime : fuit lemporibns inserviens ; ut senectns sit operosa et scmper agens aliquid. Les nombreux exemples de cette expression que présente la Vidgate ont été sug-gérés par l'original grec, mais les textes baslatins rellètent le procédé roman et cela jusqu'à une période avancée ; par exemple : Erat reqnmn cumjusticia regens; erat cerncns magnalia Del; sum co)itradiceiis, etc. » Ce procédé est extrêmement commun dans les chartes. La même forme se retrouve, comme on sait, en grec (c{)t)/î»ye£'fxt)etplus souvent encore en anglais (I am going). « Après ce début, Diez, qui a eu le tort de rapprocher être et aller, ne s'occupe guère que de la périphrase avec ce dernier verbe, et l'on est exposé à induire de ses paroles que le vieux français construisait toujours le gérondif avec être. C'est en général le participe présent déclinable qui est employé dans cette construction. Comme le participe présent se décline assez rarement au xf siècle, on a pu le prendre pour un gérondif dans cette construction et ailleurs.

Ch. de RoL, 1766 :

Caries l'entend qui est as porz passant. Ço dist !i reis : jo oi le corn Rolland ; Une ne l'sunat, se ne lust cumballant.

Cette confusion n'est plus possible dès les premières années du xif siècle. Ex. :

Lib. Psalm., xiii, 3 : Li sire del ciel esguardat sur les filz des humes, que il veit si est entendanz u requéranz Deu.

Joh, 443 : Cil hom astoit simples et cremmanz Deu, et repairanz ensus del mal.

Ibkl. , 485 : Granment ele (l'arnme) est dissemblanz de la substance de la pormanable nient muableteit.

Ib'fd., 442 : Li ventres desoz soit teiz ke il ne %o\i pemnz de groissesse ne foible de tenuesse.

Text. lorrain, Roman, v, 281, viii, 19: Kar mas dolors est nianz sofranz et mes plors est sainz fin.

Aliscans, V. 208 : Paiens nel voit qui n'en soit esmaians.

Li Trésors, 518 : Pour faire délitier les oianz d'aucun gabois qui soit apartenans à sa matière.

IbicL, 518 : 11 est bone chose que on se acostume à bien conter, car on en devient mieux parlanz as grans besoignes.

Lég, de Gir. de RoussiUon, Roman, vu, 179: 11 estoit très aparissanz devant touz en court roial et très sutieux merveilleusement de conseil et de sapience, il estoit très habondanz de grant heritaige en patrimoine.

Naturellement le participe sera au nominatif pluriel et ne prendra pas le z, si le sujet est à ce nombre.

Job, 467 : Sunt semblant k ceuz ki foent le trésor.

Ibid., même page : Plus sunt ardant en oevre.

Le participe ne prend pas d'ordinaire la désinence s quand le sujet est neutre. Eœ.

Li Livres de Jostice, p. 157 : // est aparaissant que l'on ne poie pas volontiers chose qui n'est due.

On ne voit pas que le vieux français assigne une fonction particulière au participe ainsi employé. L'esprit analytique qui avait brisé le moule élégant de la syntaxe latine pour le refondre à son usage, se donne ici carrière et dépasse le but. Quelquefois cependant ce tour a de la précision et ne manque pas de grâce.

Li Trésors, p. 518 : A un home fu demandé por quoi il iert si taisans, ou por sens ou por folie et il respondi que fox ne se puet taire.

Al. Chartier, le Livre des iiii Dames, 101 :

Les; cerfs passoicnt par Tuiiibrage De ces oisillons hors de ca^e : Dieu scet s'ilz estoient taisanz.

On voit qu'Alain Chartier ne décline plus le participe comme on le faisait au xii" siècle.

Le participe présent ainsi construit est quelquefois adjectif verbal, mais il ne l'est pas nécessairement.

De Courson, Car t. de Redon, ccclxxvi : S'ilz sont refusanz de lui en merchez (marquer).

Parlicipe présent faisant fonction de Substantif

On dit aujourd'hui les passa?its, ]es fabricants, les déôitants, etc. Ces mots, maintenant substantifs, étaient, au xii" siècle, des participes présents. En devenant substantifs, ils n'ont pas enrichi la langue, ils l'ont appauvrie. L'usag-e, en les élevant par privilège à cette dignité, s'est ôté le droit de donner la même fonction aux participes présents des autres verbes. En vieux français, comme en latin et surtout en grec, l'idée que nous exprimons aujourd'hui ^?iY celui qui, celle qui, ceux qui, etc., avec un mode personnel, pouvait toujours se rendre par un participe présent. L'article construit avec le participe donnait au français la supériorité sur le latin, et la phrase avait toute la souplesse et toute la clarté du grec. Pour traduire confundantur et vereantur qui quœrunt ammam meam, le vieux français dit : soient confundut et redutent liquerantl^ meie aneme. Les aveugles, pour désigner ceux qui ne le sont pas, disent les voyants. Ce mot étonne et a un peu l'air étranger. Il n'en est pas moins de très bonne famille française, de même âge que les oiants (audientes); les non sachants (nescientes), etc. Ex. :

Lib. Psalm., xxi, 7 :Trestuit li veant mei escharnirent mei. . . et meurent lur cliief.

Ibid., VII, 4 : Si je rendis us yuerredunanz a moi maies choses.

Job, p. 506 : Ke li recovremenz des perduz soit espérance des périssanz.

IbicL, 465 : La glore de ceste munde est doneie as gemmanz.

St-Bern., QQQ : Il est li ordenes des penanz et des cont'manz qui entendent solement a Deu.

Text. lorrahi, Roman, v, 277, iv, 8 : Nus ne contredit as pechanz.

Li Trésors, 189 : Sereine. . . par lor très doux chans faisoient périr les non sachanz qui par la mer aloient et décevaient tous les trespassanz.

Christ, de Pisan, Bartsch, Chrest., 443: Affin de mieulz duire ung chacun, et eschever murmure des petiz et par justice amoderee soient après pugniz les defaillans.

Le participe présent ainsi chargé des fonctions de substantif pouvait prendre non seulement l'article, mais encore les pronoms possessifs mon, ton, son, notre, etc., Ex. :

Ch. de Roi, 2662 :

Ne finirai en très tut mun vivant, Jusqu'il seit morz o tut vifs recréant.

Ibid., 269:

E jo irai à l'Sarrazin Espan :

Si li dirai alques de mun semblant.

Ibid., 1461 :

E l'Arcevesques lur dist de sun semblant.

Ne l'aimerai à trestut mun vivant.

Ne Oliviei" pur ço qu'est sis cumpainz, Les douze Pers, pur ço qu'il l'aiment tant; Desfi les en, Sire, voslre veiant.

Alexis, S' réd., 19 :

Pries est li fins par le mien eschiant. En l'honor Diu le glorios poissant, Qui nos créa trestos à son semblant.

— :^u — RoNCisvALs, M. F. Michel, 11788 :

Or oscouloz un jjoi de mon semblant Quo il m'avilit annuit en mon donnant.

Ch. de Pisan, Bautsch, Chrest., 416, 22 :

Of avez vous noz nuysans diiramez.

Dr CouRsoN, Car/, de Redon, Eclaire, p. 383 : Si les forestiers voient aucunes bestes pasturantes au joignant des mettes de la ditte forest.

Cette façon de parler n'a pas péri tout entière. Nous disons encore un calmant, un extravagant, sur son séant, au demeurant, le versant, le levant, \e penchant, etc. Ex. :

Marot, Epi t. au Roy :

Au demeurant le meilleur iils du monde.

J.-B. Rousseau, Psaumes :

J'ai vu mes tristes j(turnées Décliner vers leur penchant, Au midi de mes années Je touchais à leur couchant.

Le participe présent indique quelquefois que l'action est subie et non faite par le sujet.

Le français moderne a retenu des locutions où le participe, — devenu adjectif verbal, — prend, sous la forme de participe actif, la signification passive ou réHëchie. M. Tobler {Vermisc/ite Deitriige zur Grammatik der FraiizÔsischen, 7) s'est occupé de cette construction. Nous allons essayer de résumer sa pensée.

(( Les traités de grammaire qui s'occupent du français moderne ne manquent point de discuter ce fait quo divers participes présents ont ou bien un sens passif ou du moins n'ont pas la signification qui répond tout d'abord à cotte

forme verbale, en tant que l'adjectif [passante, dans rue passante) ne sert pas à qualifier le substantif que les Allemands appellent le porteur ou V agent, mais un autre substantif que l'esprit supplée, un objet sur lequel tombe cette action. Ex. : cliemm roulant (où l'on roule facilement) ; ville passante (dans laquelle il y a un grand concours de monde) ; couleur voyante (qui attire les regards) ; argent comptant (argent que Ton paie au moment de la transaction) ; école payante (que l'on fréquente moyennant rétribution) .

» Il n'en est pas tout à fait de même des expressions ^;ersonne bien portante, -k jour ouvrant, k portes fermantes , etc., où l'on voit, comme cela a lieu ordinairement dans le vieux français, le participe employé dans un sens qui ne convient au verbe fini que combiné avec le pronom réfléchi. »

M. Tobler est favorable à l'opinion qui explique la liberté dont on a usé dès l'origine des langues romanes dans l'emploi du participe présent par l'insuffisance des deux seules formes dont on disposait : la forme passive avait, avec le sens passif, une signification prétéritale et le présent ne s'exprimait bien que par la forme active. Ex : un corbeau perché ; un corbeau perchant.

« Les Français, ajoute-t-il, n'ont pas fait de recherches concluantes sur ce point grammatical. Cependant M. N. de Wailly, dans son remarquable Traité sur la langue de Joinville, l'a du moins touché. 11 est arrivé à cette conclusion que conaissant, contant, paiant dans les locutions faire conaissant, deniers contans, doivent être considérés comme une restitution des participes futurs passifs latins en andus, endus. Scheler également, dans le Glossaire de Froissard, tient que le rescrihent de cet auteur est identique au latin rescribendum. Un examen plus attentif nous convaincra qu'il n'en est pas ainsi. Non seulement on trouve un nombre considérable d'autres formes en ant employées de la même façon, dont la signification ne s'explique pas mieux par celle des participes futurs latins que par celle des participes présents ; mais encore il est remarquable que les formes féminines sans exception concordent exac-

tement avec les formes masculines et n'offrent jamais la terminaison ande, qui cependant aurait été la dérivation exacte de amla, cnda. Tout au plus pourrait-on accorder que certaines fonctions de certains participes présents tirent leur explication des fonctions correspondantes des participes passifs futurs latins, dont les formes masculines, se rencontrant en français, d'après les lois de la phonétique, avec les formes du participe présent, ont été considérées et traitées comme telles. «

Dans la théorie qui va suivre, et qui n'est que l'application des doctrines que nous avons précédemment exposées, nous tiendrons le plus grand compte des idées de M. Tobler et nous ferons également notre profit de la belle découverte de M. de Wailly, à qui on ne peut guère reprocher qu'un excès de généralisation. La Hexion ant, dérivation régulière de andiim, antem, est, à l'origine de la langue, invariable et représente également et indifféremment le gérondif, le participe présent et le participe futur passif. M. Tobler peut s'étonner que le participe futur passif n'ait pas donné en français de forme féminine, mais il n'est pas moins remarquable que le participe présent n'a pas laissé de forme dérivée de son nominatif, comme les autres mots en ans-antis, par exemple enfès, enfant. (Voy. Chabaneau, Conjitg. franc. ,

Le participe présent ou futur commence à se décliner à la fin du xf siècle et appartient, dès le xif, à la seconde déchnaibon. On peut dès lors distinguer le cas sujet et le cas régime au singulier et au pluriel. Le participe construit absolument sera donc au cas régime.

Dès le commencement du xii^ siècle on voit s'introduire l'usage, dont le xvr siècle abusera, de donner un féminin au participe en a)it, même lorsqu'il exprime l'action. «Elle s'en alla criante et plurante ; une terre bien portante de vignes, etc. »

Le participe employé au féminin ou au pluriel prend aujourd'hui le nom d'adjectif verbal, mais il ne faut pas oubUer qu'à l'époque de transition cette dénomination

n'existait pas et que le participe, variable ou non, était toujours le participe ; que, par suite, il jouait le même rôle, exprimait les mêmes notions, en un mot, que le participe présent transmettait à l'adjectif verbal l'héritage de plusieurs siècles et toutes les fonctions qu'il avait remplies.

Ainsi le participe, qui pouvait se construire absolument, ne perdit pas ce droit en devenant adjectif verbal et l'on put dire séance tenante, heure sonnante, comme l'on disait une hiige fermante à clef, etc.

D'un autre côté, le participe présent s'employait déjà dans le latin populaire au sens passif ou légèrement réfléchi. On disait au xii" siècle (P. Meyer, Textes Bas- Latins, p. 6) Medietatem de loco nuncupante Pladano ; (Cartul. de Redon, xxxi), factum est hoc in loco nuncopante Strear; (Tardif, n° 39), in loco mmcopant, ce qui est déjà du roman, dit M. d'Arbois de Jubainville. On avait à choisir entre locus nuncupatus et locus nunci/pans; il nous semble aujourd'hui que niinciipatus, qui est passif, était le plus juste, mais il avait le tort d'exprimer, faiblement, il est vrai, un temps passé. Le second, au contraire, marquait un état de chose actuel et n'offrait aucun inconvénient, puisque l'usage autorisait à le prendre dans le sens passif ou réfléchi. On ne devra donc pas s'étonner de trouver en vieux français et même en français moderne des phrases comme celles-ci :

Lib. Psalm.. viii, 3. De la bûche de enfanz e de laitanz tuparfesis loange.

Ibid., XIII, 5 :

Sepulchre auvranz est le guitrun de els.

St-Bern., 550 :

Aorez vos dons un alaitant enfant.

M. Tobler a eu raison de voir une signification réfléchie dans les locutions personne bien portante, h. jour ouvrant, à portes fermantes. On trouve, en effet, en vieux fran-

MERCiER, Participes. 3

— suçais, des locutions où nous sous-entendons le pronom réflëchi. Ex. :

Ch.de Roi, 11G9:

A ces parolos vont les oz ajuslanl (s'ajuslanl). Job 443 : Et main levanz offrit sacriâses por chascun. Enf. Ogier, 2525 :

Ne soiez mie por ce deconforlans Ne en vo euer de rien descontisans.

Li biaus Dcsconneus, 459 :

Va Blioblieris lassant

Par le sang qu'il aloit perdant.

Mais je ne sais si nos grammairiens français, qui donnent à ces participes une signification passive, n'ont pas étudié la question par son côté le mieux éclairé. On dit en français moderne la porte ferme bien, la porte se ferme aisément. Le sujet est passif dans l'un et l'autre cas, car il n'agit ni dans l'un ni dans l'autre. En mettant le verbe au participe présent on aura porte fermant bien, porte se fermant aisément, et, au xv^ siècle, porte bien fermante. Sous toutes ces formes la signification du verbe reste passive au jugement des grammairiens français (Chassang., C. Sifpér., p. 371-372) et, en vérité, la part d'activité qui revient au sujet est si faible qu'on a pu raisonnablement la négliger.

M. Tobler distingue des précédentes les locutions chemin roulant, couleur voyante, musique chantante. Selon lui, la qualification convient au sujet sans doute et, dans l'usage, on n'éprouve aucun embarras à la lui attribuer ; mais en serrant de plus près la signification du participe neutre roulant, nous sentons qu'un chemin ne roule pas. L'action exprimée par le verbe est attribuable à quelqu'un ou à quelque chose que l'esprit supplée (on, véhicule) ;

— assoit, mais si le véhicule roule sans effort, c'est grâce à la nature du chemin qui aide ou favorise l'action. La langue fait donc tout ensemble preuve de finesse et de justice en supprimant l'intermédiaire et en attribuant l'action non à l'objet qui l'exécute, mais à celui qui en facilite l'exécution. On disait au iii^ siècle.

(MoMMSEN, Corj). inscript, latin., 1805): Thermas... sedificavit et lavantes rei publicse tradidit. Lavantes = in quibus lavant.

Un objet reçoit ainsi une qualification étrangère par suite du concours qu'il prête à l'action. Dans couleur voyante, la couleur contribue à l'action en attirant les regards. Cette construction n'est pas particulière au participe ; on l'emploie avec toutes sortes de qualificatifs.

ViRG., Enéide, xi, 458:

Dant strepitum per stagna loquacia cycni.

Ce sont les cygnes, dit Dubner, qui sont bruyants ; mais les marais le deviennent comme le lieu où l'action des cygnes se produit. Pourquoi donc nos grammairiens ontils vu une sorte de verbe passif dans les participes roulant, voyante, chantante, etc. Précisément en vertu de la distinction étabUe par M. Tobler lui-même. Ce n'est pas le chemin, c'est le véhicule qui roule; ce n'est pas la musique, c'est le musicien qui chante. On a pris, pour expliquer l'expression, un autre point de vue que la langue, pour la créer.

le participe présent représente quelquefois le participe futur passif latin en andus, endus, etc.

Nous avons essayé de jeter quelque lumière sur les constructions où entrent les formes en ant, quand ces formes représentent le participe présent, devenu ou non

adjectif verbal ; mais nous avons dit que ces formes représentent tout aussi bien le participe futur en andus, etc. C'est donc par ce participe qu'il faudra expliquer un certain nombre de locutions participiales. Avant de nous en étonner, rappelons-nous que le vieux français n'est pas la première lani^ue où ce fait s'est produit. (Prisc. Institution. (jranuH. Liùri xviii, Hertz, I p. 137). In « bundus » desinentia participialia similitudinem habere signiticant, ut vitalmndus ûm\\\^\\iii\ii\, prœdabitmhts simibs praîdanti, errabundus similis erranti. — Forma in « dus <( terminantium est participialis, id est qua terminationem habet participiorum futuri temporis passivorum, et significat dignum esse aliquem eo, quod demonstratur, ut laudandus laude dignus, anmndus dignus amari, curandus dignus cura, onmndus dignus ornari, legendus à\^ïMS,\e^\. — Id. ibid. 1, 567: Omnia in flfz/^ desinentia participia eadem etiam nomina esse possunt, cum amittunt terapus, ut amandus o (^t}.y,Oy,(jôp.r,vo; y.cf.i ô (^ikrzioç:. Beaucoup de ces participes étaient employés comme adjectifs dans le latin classique : formidandus, terrible ; tremendus ; mirandus, etc.

Ecoutons M. de Wailly. « Alors que nous disons e}i faisant la paix, en rendant un grand tribut, Joinville pouvait dire : par paix faisant, (55,103) ; par cjrant tren rendant (565). Ces mots faisant et rendant ne sont pas des participes présents ; ils n'en n'ont que l'apparence : ils dérivent d'un participe latin qui a la forme d'un gérondif, de celui qui est appelé dans le rudiment participe en dus, da, dum. En effet, de même que nos gérondifs français en faisant, en rendant, répondent aux gérondifs latins in faciendo, in reddendo, et non aux participes présents in fadente, in reddente, de même dans les locutions citées plus haut, les mots faisant et rendant répondent aux participes passifs facienihim et reddendum des locutions latines: per pacem faciendam; per grande tributum reddendum. C'est un de ces participes que Joinville combine avec le verbe faire quand, au lieu de firent ou fit e)itendre, il dit.firent entendant, fist entendant (676). »

M. de Wailly n'élimine pas le participe présent, dont la nature se révèle si clairement dans les locutions comme au soleil levant^ ad solem orientem; à l'heure sonnante, etc. : il demande à expliquer par le participe futur mi certain nombre de locutions. Dans ces limites, M. Tobler semble accepter, quoique avec trop de réserves, la théorie de M. de Wailly. On reconnaît sans peine le participe futur dans les exemples suivants :

Barb. et MÉON, 11, 42, 58 : au jour du tremblant jugement — tremendi.

Jerus. 143 : eiist grant peor de la teste perdant = perdendi capitis.

Ben., Rom. de Troie, 11066:

Bien se fait le jor conaissant 0 l'arc turqueis et o le brand.

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