‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 23 sur 96 · UT. TU| G8AP. X · texte numérisé non relu

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^er^ Bouquet. » Mais ces viandes , annonçant des hôtes attendus, démentaient leurs discours. Lalande n'y crut pas, et envoya vers le nord du bourg une patrouille de centmiquelets. Ils découvrirent effectivement les camisards dans un enfoncement isolé , hérissé de rochers, au bord d'un bois. Cavalier revenait alors même , avec un de ses lieutenants , de visiter ses blessés dans une caverne voisine; il aperçut les miqueletSi qui , du haut des rochers , fondaient, comme des faucons, sur ses débris; il s'éUnce, il combat à leur tête, il repousse les agresseurs; mais, au bruit de la fusillade , Lalande accourut, et, chargeant les camisards de front et de flanc, il les écrasa. Ils succombèrent héroïquement « Monsieur le chevalier de Roquefeuille, dit le prêtre de Saint-Germain, tua un deœs rebelles après s'être battu long-temps avec lui et avoir essuyé deux coups de fusil , deux coups de pisCoIel et un coup de sabre qui , lui ayant coupé un peu de son justaucorps , ne fit que lui effleurer la peau, parce qu'il le reçut au moment où le camisard allait tomber à terre pour expirer. 9 Sœur Demerez ajoute que ce duel dura deux heures, et que la longue résistance du cévenol parut leffet d'un charme magique, (i) Comme la nuit tombait, Cavalier se déroba à l'ennemi. Il perdit encore au combat d'Euzet cent soixante-dix camisards; treize fenraies, la plupart venues pour panser les blessés, périrent avec eux. Trois étaient vêtues en homme, tana doute les prophétesses ; une quatrième, trèsbelle ^ portait gravé sur des bracelets d'or le nom de

(OWttradséBfti 1704.

tl0 MISTOUB 0ES PiSTEVES DU DÉSCET.

Suzanne Delorme, On crut que cette jeune tille était la fiancée de Cavalier, qui l'avait parée des ornements et des insignes de son rang futur. On prit six épées à poignée d'argent, plusieurs vestes dorées, quantité de justaucorps et de manteaux magnifiques, soixante-quinze chevaux et, entre autres, sïiL beaux mulets chargés de sel, de vivres et de hardes, deux cents écus d'argent, les liturgies des prophètes, leurs sermons, leurs mémoires, enfermés dans des sacs de cuir, enfin, im justaucorps qu'à son élégance on crut être celui de Cavalier, et dans lequel on trouva une croix de Malte, une riche montre, un sermon avec une lettre pastorale remplie d'invectives contre l'église romaine. Ce vêtement pendait sur un cheval blessé, qu'à son harnais superbe on prit pour le coursier du chef camisard , dont sur tous ces indices on publia la mort.

Lalande rentra dans Euzet. Il y avait une pauvre vieille, veuve et toute dévouée aux Enfants de Dieu : elle ne s'occupait qu'à panser les blessés et qu'à soigner les malades dans leurs grottes. Les soldats l'ayant plusieurs fois aperçue allant et venant avec sa corbeille du côté du bois, en conçurent quelque soupçon ; ils l'arrêtèrent et la conduisirent au général, qui lui demanda le motif de ses courses perpétuelles dans la forêt. La vieille ne put donner de raison plausible ; mais elle nia constamment qu'elle entretînt aucune relation avec les camisards. Irritéde l'opiniâtreté de ses dénégations, le général ordonna qu'on la pendit aussitôt sur la place du bourg. Les soldats emmenèrent cette femme, qui d'abord ne parut éprouver aucune émotion ; mais

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dès quelle vit le gibet, elle fut saisie d'une telle frayeur, qu'elle supplia ses gardes de la reconduire devant le général. Elle avoua tout : ses soins et l'existence d'un hôpital dans le bois voisin, et pour obtenir sa grâce, qu'on lui accorda, elle indiqua les cavernes, vers lesquelles elle marcha elle-même k la tête d'un bataillon. Les soldats entrèrent, et les premiers objets qu'ils découvrirent furent trois camisards malades couchés dans des cabanons de planches qui lambrissaient le rocher. Lesmiquelets les achevèrent à coups de crosse. Ils avancent, et découvrent, avec étonnement, un vaste magasin, trente charges de blé, un amas considérable de farine^ un monceau de châtaignes, un autre de fèves, des sacs de légumes, vingt tonneaux de vin^ quinze pièces d'eau-de-vie et d'énormes lards pendus à la voûte; plus loin la pharmacie: drogues, onguents, charpie, ustensiles d'apothicaire; enfin, tout au fond, l'arsenal: sabres, fusils, pistolets, quinze quintaux de poudre préparée, du soufre, du salpêtre, du charbon de saule, des mortiers et des moulins pour la fabriquer. Les troupes royales emportèrent tous ces objets, avec un grand nombre de scies, de haches, de fourches, de serpes, de £siux et d'autres ustensiles utiles à la vie et à la mort.

Lalande châtia cruellement Euzet: ses habitants furent passés au fil de l'épée , leurs maisons pillées, le bourg détruit. Cette vieille resta seule sur ce monceau fumant de décombres et de cadavres, comme^ un fantôme sur un vaste sépulcre. Après ce triomphe de tartare , Lalande revint à Alais. c Les soldats cathoUques, dit le prêtre de Saint-

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ticriDJio , eurent tant de joie de leur victoire et du gros butin qu'ils avaient fait, que plusieurs «rentre eux s'amusèrent à porter à la pointe de leur épée des enfilades d'oreilles de camisards tués, et que tous firent une décharge générale en entrant, à leur retour, dans la ville d'Alais. » Le général reçut, en arrivant, une lettre de PalmeroUes, qui lui annonçait la défaite de Salomonprès du Pont-de-Montvert : cent huit camisards avaient péri. Quelques jours auparavant, les magasins de ce chef avaient été découverts dans les grottes de Magestavols, et tout ce qu'elles renfermaient, ses blés, ses moulins, vingt boeufs , cent brebis, saisis par le comte de Tounion. » (i)

C'est ainsi que, du faite des plus brillants triom* phea, les Knfants de Dieu furent subitement précipités dans la plus effroyable ruine. En deux jours, et en quatre combats malheureux, ils perdirent la moitié do leui^s brigades et de leurs chevaux , plusieurs do lours cavernes, des amas considérables de munitions do guorro otde bouche, et, perte plus déplorable encore, 1 énergie et lespérance, arme et alimoiit dos ùmos. Leur ruine compléta la ruine génémlo. Dopuis un an vingt mille hommes avaient l>éri : huit uiillo soldats, quatre mille catholiques et st^pt à huit millo pix)tostants. Les hautes Cévennes élaioul di^'iislooN, los Lkisscs et la plaine ravagées , lours populations parqmH>s , emprisonnées, déporliW, i«n^ntO!<i ou aruios, amoutoes pr la guerre, la faim, lo bri^auda^o; plus do culture, plus de coinuioi^^: pailoul lo d«>Mu\liY, la misère, la désolation; loi Olaii \\am lamouiablo du Languedoc.

( 1 ) liiiivi«l«wa , i:«Mti WM«*M^ , l«»«|i^ t , |Mi^ «4 • 6% à 71.

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Arrêtons-nous ! Faisoiis halte au tombeau de Bossuet. Il mourut dans ce mois d'avril^ cet impérieux dictateur de Tépiscopat gallican, ce conquérant théotogique qui fit marcher devant son char tant de captifs chargés des fers de sa gloire et de leur misère. La révocation fut sa victoire, et, luimême, du haut de sa chaire, il célébra, comme le triomphe de l'église, notre ruine et la plaie de la France. Victoire impie ! triomphe inhumain ! ô grand évéque ! 6 invincible athlète! ô aigle de l'éloquence ! Dieu alluma sur vos lèvres retentissantes les foudres des prophètes d'Israël. Mais , en vous armant de leur génie, il vous revêtit, comme eux, de la mission sublime de protéger, contre la violence des rois, les peuples, les opprimés, les faibles, les pauvres, les orphelins, toutes l'innombrable famille de Jésus. Quelle gloire immortelle vous était promise ! Mais ses tempêtes vous firent pâlir. Infidèle au Christ, à Ilildebrand, à leur sacerdoce, vous entrâtes dans les cours, mais pour vous prosterner aux pieds du trône et vous déclarer le prophètedes puissants et des oppresseurs ! Vous encensiez le sceptre qui écrasait nos fronts ! Vous bénissiez le glaive qui perçait nos cœurs ! Vos conseils suscitèrent, pendant un siècle, contre deux millions d'hommes, la spoliation, l'exil, la proscription , les fers, l'échafaud et toutes les infortunes au fond desquelles il n'est d'autre espérance que la mort ! Cette guerre atroce fut , en partie , votre lamentable ouvrage. A l'heure même, heure terrible, où Dieu vous rappelait, des multitudes tombaient sous le glaive comme une plus sanglante hécatombe dont on honorait votre sépulcre ! Mais, Il 8

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