Que les villes de Montpellier, Perpignan
$^ USTOIU. BES PASTEinit 00 DÉSERT.
C^Nbt» ^S^9fflV^^9 nous soient accordée se treini- «t%.coii|Hie* v^llffs d^ SMreté. ( Refusée )
7* Qu#rlS9^haJl^it4i^t8des Cévennes dont les niiaîll^<H?^jét4>I)nul^s.ou détruites dans le cours de qf lt^.guçife » ^ient exempts d'impôts pendant sept
^î|8. ( ÀflQppdé- )
8. Qu'il plaise à Sa Majesté de permettre à Cavalier de choisir deux mille hommes, tant des gens de sfi^tfxtup^ que de ceux qui seront délivrés des prisons ou des galères, pour former un régiment de dragons au service de Sa Majesté; lequel ira servir ^.Bortugal et. recevra immédiatement les ordres 4^,$a Majesté. ( Aiccordé; si tous les camisards posent les armes, le roi leur permettra de vivre t|apqiii|lçi^ent daps le lihre exercice de leur religjan.)
En vertu des pleins pouvoirs que nous avons reçu$ du roi, nous avons accordé aux réformés les a|:,t^flç8 ciTdessus. Fait à Nismes, le 17 mai 1704.
Yoyapt^que les principaux articles étaient refiis^f Cavalier pria le maréchal, qui le pressait de conclurQi.de^r.eu dispenser. «Monseigneur, lui ditil, ippn ffére Rolaiid, ni les Enfants de Dieu, ni ina^troupe même, quelque dévouée qu'elle me soit, ilf;.n[i'appVP^>^^'*A^^-j?i^A>^ d'avoir signé une pai^e^Ue paix,qui.ne peut être ni solide ni durable, puisque vpu^.nQus re;fusezles villes de sûreté. »—- «1,1^ P^^<>^ dt^ jpi, répondit sévèrement Yillars, ^ï, pl^SiS.^re.,qMe. vingt places. Sachez quaprè^
votre révolte, VQU3 ête;s, heureu:^qi^e sa grandç^ clémence daigne. roémç vous.a.ccprder quelquesunes de vos demandes. ». Cavidier se tut, et se sentant à la merci du maréchal, et compromis
LfV. Wtt, 'ctfAP, ïV. Ï65
d'ailleurs envers Roland, il se laissa pousser la inain et signa. Il mit son nom au-dessous de celui de Yiilars, et Daniel Billard.mit le sien au-dessous de celui de Bâville. L'accouplement de ces quatre noms, quoique astucieusement obtenu^ demeure \me des gloires des camisards et ! une des plus intéressantes singularités de l'histoire de France, (i)
(i) Cette raisun luème a fait dealer de rtuliieuticité de ce document. Villara ni Bâville n*eo ont jamais rien dit , et cela se conçoit. Yillars , dam aa lettre à Cbamillard , se garde bien d'ayooer le triomphe de Cavalier à NiameA, triomphe qai nVn est pas moins réel. Les chroniqaears catholiqaes, qai prétendent qae d^ns celle entrevae Cavalier se jeta anx pieJs da maréchal, prétendent encore qa\'ia lien de traiter il se remit absolament à la merci da roi. Mais ce traité, en forme de requête respect ne ose, est rapporté par Cavalier ; il fat de notoriété presqae pabliqae,ek rbistoire contemporaine a même recaeilli, à ce sajet, quelque vague raniear pcpalaire. (*) Court , qui nie son authenticité , M fonde sur sa date , qui est du lendemain de Tentrevue de Nismes; et , comme Cavalier dit que, avant de signer , Villars Tavait soomise i l'approbation du roi , il eût fallu que cette pièce fût allée à Versailles et fût revenue à Nismes en quelques heures et plas rapidement qu'une hirondelle. M.iis Cavalier se trompe ici. La requête ne fat pas envoyée à la cour: Villars traita en vertu de pleins pouvoirs qu'il avait reçus du roi. Il la signa et la data le jour qu'il la reçut i Nismes ; et , lorsqu'il se rendit i Calvisson , il la fît signer au chef camisard. Court se fonde encore sur ce que Cavalier demande le rétablissement du parlement de I^nguedoc , et la cession des villes catholiques pour places de sûreté. Mais un faussaire n'eût pas commis ces méprises énormes , et cette ignorance trahit au contraire la plume du berger du Gardon. Ce n'était pas une ^ande malbabileté que la demande de ces quatre villes situées sur le lit* toral , dont l'indépendance eût été sous la protection tacite mais réelle des flottes protestantes. D'ailleurs Cavalier l'avoue naïvement : Quand il fallut rédiger le traité, personne ne s'en trouva capable dans la troupe, et ce ne fut pas un petit embarras. ««Nous nous y primes, dit-il, le mieux que nous pûmes. M Da reste ce traité est au fond identique aux demandes verbales du pont d'Avène et au traité postérieur conclu entre Roland et Villars. J*avoue pourtant que mes explications ne détruisent pas complètemeni quelques légères contradictions qui résultent de la nature de cette négociation astucieuse et de la f«usse position de Cavalier, contradictions imper-
OLaevnlMil.
156 HISTOIIB DBS PASTECIS DO DÉSBIT.
à la faible clarté des torches et de la lune. « On ne pouvait s'empêcher, dit d'Aigalliers, d'être ému de compassion et de terreur de voir un peuple réchappé du briilement et du carnage , venir en foule mêler leurs larmes et leurs gémissements. Affamés de la parole de Dieu, ils ressemblaient à des gens qui sortent d'une ville assiégée où ils ont éprouvé une longue et cruelle famine, à qui l'on présente avec la paix, l'abondance de vivres , et qui , après avoir commencé à les dévorer des yeux , se jettent dessus et les engloutissent avec avidité sans mettre de distinction entre le pain et les fruits. De même les infortunés habitants de la Vaunage/ou des lieux plus reculés , voyant des frères qui faisaient des assemblées dans des prairies et aux portes de Calvisson, se rangeaient en troupe auprès de celui ou de celle qui tenait un psaume, et de cette manière les quatre, les cinq mille personnes, fondant en larmes, chantaient et priaient, prosternés toute la journée, avec un cri et une dévotion qui perçait le cœur et faisait la plus vive impression. Toute la nuit, on continuait à peu près de même, et on n'entendait que prêcher, chanter, prier et prophétiser. » (i)
Dans Calvisson, métropole de celte petite Canaan , Cavalier fut, pendant huit jours, le roi d'un petit peuple d'Israël , le héros sauveur de ces tribus joyeuses et plaintives dont l'enthousiasme l'entourait d'une admiration passionnée et mystique, un prophète miraculeux, un Barcocébas, un fils de l'Etoile. Ses camisards étaient accueillis partout
(i) Mémoire! de d*Aigiil1iers.
UT. TXU , CBAP. IT. 159
comme des libérateurs; munis d'une permission de sou secrétaire, ils allaient dans les bourgades voisines y et jusqu'à Nismes, prendre leur part du triomphe, a Nous prétendons bien, disaient-ils , qu'outre l'amnistie accordée , les exilés soient rappelés, les prisonniers élargis, les galériens délivrés; qu'on ne force plus personne à l'avenir d'aller à l'église, et que ceux qui serviront sous les ordres du frère Cavalier aient des ministres, comme les troupes étrangères » (i). Catinat eut l'audace d'aller seul ( mercredi ai mai ) porter une lettre de Cavalier au maréchal, dans Nismes. Les habitants étaient consternés de le voir passer au galop dans les rues, avec son air farouche et triomphant. Non moins imprudent que brave, il se vantait, à qui voulait l'entendre, d'avoir tué desa propre main deux cents catholiques. Il se rendit au Caila, son bourg natal, escorté de douze camisards. Sur la place d'Aimargues,ils rencontrèrent la procession de la Fête- Dieu. A l'aspect de ces cavaliers redoutables, le curé se troubla, la multitude s'effraya, et chacun j dit sœur Dénierez, allait tourner casaque au bon Dieu; mais Catinat et ses compagnons se hâtèrent de.les rassurer, en ôtant respectueusement leurs chapeaux. « Vous auriez dû, leur dit Cavalier sévèrement, mettre pied à terre. » Et cette aventure fut, à ce qu'il paraît, le sujet d'une vive altercation entre ce chef et son lieutenant, indigné de ce blâme inattendu. Les prêtres eussent bien voulu , ce jour-là , promener aussi le Saint-Sacrement dans les rues de Calvisson : ils y renoncèrent par prudence , par
(i) LoQTreleaily t. 3 , p. i 1 9 ei 1 aa.
LIT. TIII, CHAP. ?. • 171
commandement à Ravanel. Ce chef avait pris sa place, ses gardes^ tous les pouvoirs et tous les honneurs militaires : de sorte qu'il était déjà le maître effectif de la troupe, lorsqu'il reçut les instructions de Roland. Aussitôt il rassembla les brigades : a Frères , leur dit-il, on nous trahit , on nous refuse nos temples et le libre exercice de notre religion; on veut nous embarquer et nous £siire périr tous sur mer; ne quittons point notre patrie et mourons pour r£ternel! » (i) Dès-lors la troupe resta jour et nuit sous les armes, attendant son infidèle chef. Cavalier en arrivant fut surpris de trouver Calvisson transformé en un camp et Ravanel entouré des officiers camisards , tous mornes et courroucés. Il blâma son lieutenant; mais celui-ci furieux lui demanda la communication du traité conclu avec le maréchal. Cavalier embarrassé, répondait évasivement; contraint enfin de s'expliquer : « Eh bien, s'écria-t*il , nous allons servir en Portugal! » Une explosion de murmures et de clameurs menaçantes^l'interrompit: «Traître, lâche, tu nous as vendus I Voilà le prix de tant de sang versé, de tant de douleurs et de combats! » Yincel accourut au bruit : « De quoi vous plaignez-vous, demanda-t-il à Ravanel ?» — « L'ermite , s'écria Ravanel dissimulant le sujet de sa fureur , l'ermite a, contre la foi jurée, assommé deux de^nos frères qui se rendaient à nos assemblées; on les empêche de venir prier Dieu! » — a Si l'ermite a fait cela , répondit Yincel , c'est contre les ordres de^M.r^e maréchal; il en sera châtié. Mais ce grand nombre
(i) LoafrtUiiil.
ITt niST0iaB4>ES PlSIOUt Mr\BÉSEAT.
d'étrangers montre assez qu'on n'empéche^personne d'assister ;aux ipreches ^e CaWissou. ¥0113 croyce trop légèndmekit des inskiuatîons ifMnliéàs :: qaa voulez- \ioos enfin-?:» — ^ n Ce qlie ndns t"OGri6lu^ repartit Ravanel : la liberté de<xMnâenbe , ou mm* rir les artmés À la main! 9 -^ a InSorrûez'^n M. ie maréchal ! répliqua Vincd, » — ^ « A t'entendrc^ ajouta Cavalîer, on dirait que tues le maiiré cle la troupe! d — <c Aussi le suis-je, réjiondit Jlavanel^ et je te le montrerai ! T^i , fais ta paîs «cclmme ta voudras; mais ma troupe ne posera les armes qu'elle n'ait obtenu des toinptes ! » Il sort et fait battre la générale dans Galvîssoo. Cavalier et Y hlcel s'adressèrent aux camisardsi « Point depaix, s'éciîè* rent-ils^ point de paix Gatis n^s temples ! d Et fî»» rieux, ils eussent déchiré le convaûssaire et oetA qui l'aceompagnaient; mais Cavalier les mens^amt de son épée,*: a Retirez- vous ! leur cria-t*il; avani de leur faire le moindre mal, vous me tuerez!» Sa voix, son geste arrêtent les camisûrds. Yincel, le fournisseur Capon et le capitaine Barlier , échappent et courent tout éperdus : ils se réfugient auprès de quelques dragons déjà bat-rîcadès dans la salie où sont les armes des niKces^ Cavalier ^'y rend aussi : R Ravanel est un scélérat, dit il à Vincel! mais je perfiriste xlans ma première résoltitîon ^ et je vous prie d'en assurer M* le marédial ! Dictes lui que je vais ramener au devoir mes oorapagnonsl h Ils montent à theval, et s'élancent au galopa Oava^ lier après sa troupe^ et le commissaire ^ le f^nmis-^ seur et les otages eliRlrés vers Nismes.
Les Enfants de Dieu sortaient de Calvisson tambour battant, par la barrière septentrionale. Dès
Ï4¥. ¥|If, GPAP. T. 173
qii6. Cs^tinat ^peiF^nt Cavalier, ac(y>o]pagné dis Dapiei: «1 Où. vas-tu, lui cria-t-il, traître! » Cavalier levQ sa^çamiie.; Catinat saisit ses pistolets*; ils lan« cèrent) Tua vers l'autre leurs chevaux; mais Daniel el Moïse se jetèrent entre eux et prévinrent le cornhat.. lia colonne oainisarde , Ravanel en tête , tra^ v^^rsait les garrigues de Calvisson: c'était touchant de voir Cavalier la rappeler^ l'adjurer, la supplier avec MOt accent mêlé de tendresse, de reproche et de menace; mais Tinflexible Ravanel entraînait toujours les brigades , répondant par le sarcasme et l!insulte aux prières de Cavalier. Dans un. transport de furetir les deuxchefs saisirent à la fois leurs pistolets: Moïse prévint r^ncore Te ffusion du sang. A. Saint-Estève, les Enfants de Dieu se déclarèrent pour Ravanel, et tournèrjent leurs- armes contre leur ancien général. Moïse s'élança devant les mousquets. «Vous allez sur frèr^ Cayalien^ leur dit-il| oqmme aprèS'Un larron^etUmibrigandi! Il faut lui pardonner ! S'il n'a, pa^ bien fait par le passé, il fera mîeuK à l'avenir ! » Mais la voix conciliante du prophète ne put lui ramenf^i> le cœur de ses comjf$gwva$^,\i peine Cavalier put;il obtenir qu'on lui d<3Anat^Je tenups d!écrine un lettre dans ce hameau. Ikiudant cette halte , Moïse,, qui voulait sagement coirtUmarrla /guerre et conservier un chef si Vialeureujctf.ât une prière éloquente dans laquelle il recoromsmda aux brigades laifidélité envers Dieu et laqlémefioerenvers CavuJieTi Mais la défection avait k leurs yeux dépouillé Ife guerrier de son auréole. Un dernjerappelôouleyatcontreliii les^plus furieux transports, a, Eh bien! lepr diltiU vous le voulez aiosil Défendee-vous donc bief) ! tout à l'heure les
174 HISTOIRE DBS PASTEITIS DU D^ERT.
dragons senxit sur vous! » Etil leur dit adieu. Puis, se retournant encore, il leur cria d'une voix triste et tendre : « Qui m'aime me suive! » Ce dernier accent d^un xhef qu'ib avaient tant chéri et qu'ils ne devaient plus revoir, émut profondément ses vieux camisards. Quelques-uns se détachèrent et suivirent leur général malheureux. Mais Ravanel et Moïse s'écrièrent aussitôt en agitant leurs sabres: « Vive l'épée de l'Etemel ! vive l'épée de l'Etemel! » Et ils entraînèrent les brigades attendries vers Puyredon.
Accompagné de son firère , de son fidèle Daniel et d'une quarantaine de camisards qui s'attachaient à sa fortune y Cavalier se retira désolé, incertain d'un asile, n'osant retourner ni vers les Enfants de Dieu, ni vers les cabanes cévenoles , ni à Calvisson , ni près de Yillars. Il envoya , par un de ses gardes , sa lettre au maréchal : il l'instruisait de la révolte de ses compagnons, de ses efforts infructueux et de son désespoir; il lui jurait encore de porter sa tète où il plairait au roi. Son messager avait été précédé par Vincel, arrivé à Nismes vers une heure après midi. Yillars était alors à table, avec BâviUe et d'Aigalliers. Vincel entra |x;ie, eiïaré, haletant. Le marédial se leva inquiet et s enferma avec le commissaire et lîntendant : puis, il appela d AigalHers, et, d'un ton ot^nHterné . lui demanda son avis et son secours. IVAijpilliers offrit d aller voir si Cavalier n'avait pas ôtê tué, Yillars, qui se rendait à la promenade avec la mai>éi^hale et d autres dames de Nismes, prit le Uiwi iUns st>n carrosse jusqnes à Caveîrac De là a AijîalUers. À cheval, s'en fut à la recberabe de
LIT. nil, CHÀP. T. 17Ô
Cavalier, vers les Cévennes. 11 apprit que dans son désespoir ce chef s'était réfugié au sein de sa nouvelle et unique famille, chez son père adoptif , à Cardet. D'Aigalliers l'y trouva tout désolé, a J'augure du bien de votre arrivée ! lui dit-il ; ne m'abandonnez pas, je vous prie, dans mon malheur! aidez-moi de vos conseil !» — « Je viens exprès pour cela , répondit d'Aigalliers. » Il tâcha de le consoler, et l'engagea à retourner auprès du maréchal. Cavalier craignait d'être mal reçu ou même puni comme traître. Le baron l'assura que son retour prouverait au contraire sa fidélité déjà confirmée par \incel : alors il monta achevai et prit le chemin de Nismes avec d'Aigalliers, son frère et Daniel, escortés de dix cavaliers et de trente fantassins camisards. (i)
(0 y<^J' LalMaiDf , d^AigiIIifersy Cavalier , etc.
CDiPintETL
La i^Tolla de b troope àc Caralier affligeait, irritait AwJoorgasgment le maréchal. Xon-setile- ■ic*! les pnliaùiiaîres de b pacificatioa se trouirnat wfpaa, mais encore lui. Tillars, demeurait compromis: il avait cnt jouer les canii5ard&, et c'est lui qui était joué, L'insarreclioii lui échappait, aprvs aToir écrit à b courqull la ten.iit dans ses filets, après l'avoir honorée d'un triomphe, après aToir tout abaissé devant elle, et la religion et le clergé et les catholiques et les lois et l'état et le monarque lui-méine, obligé de traiter avec une poignée de pâtres rebelles, lui qui imposa tant de fois sa volonté à l'Europe. Que d'ennemis ! que de ressentiments! Il se faàta de les conjurer en pu* bliant à Nismes une ordonnance sévère, dans Ift double but de se jusliâer envers les catholiques et de terrifier les protestants (39 mai).
Le maréchal disait : « Qu'espérant ramener les rebelles par la douceur, il avait obtenu du roi leur grâce; qu'ils s'étaient soumis sous V u/tigue condition d'implorer sa ch'merice et il'expier leurs crimes en sacriiliitil li-ur vie ^ son service; que
LIT. Tm, OUF. TI.
cependant, malgré des requêtes signées, des lettres écrites^ àes paroles données, ils avaient répandu dans l'esprit des peuples de fausses espérances du rétablissement du proteMantisme; qu'il désavouait ces rumeurs comme mensongères et opposées à la volonté du roi; qu'il allait au contraire exécuter les ordonnances plus strictement que jamais, et qu'il ordonnait en conséquence, aux troupes de sabrer les assemblées, et aux protestants d'obéir aux lois pour éviter la mort. >> (i)
Il partit de Nismes avec un corps de cinq ou six cents hommes, et mêlant toujours la clémence à la menace, il fit abattre partout les gibets et les échafauds. ASaim-Geniès, il rencontra d'Aigalliers, qui lui présenla le désolé Cavalier. li le reçut bien et le retint près de lui, pour l'employer à la soumoiission des camisards; mais de peur que ceux qui le suivaient n'eussent encore l'envie de guerroyer dans les Cévennes, il les envoya prisonniers à Vallabrègue , île du Rhône située au-dessous du confluent du Gardon. Il publia dans ce bourg ( i^juin) une seconde ordonnance concernant les insurgés, leur donnant, pour poser les armes, jusqu'au jeudi, 5 du mois, après quoi, eux et leurs complices étaient menacés d'extermination (2). Il rassemblait sur son passage les peuples des villes, des bourgs, des villages, et leur adressait' des allocutions véhémentes , pleines de douceur et de courroux , et d'une éloquence ardente, magnanime et fastueuse.
■ J'ose espérer. Messieurs, leur disait-il, un heu-
<At^ Loutnlcuil. (•) lAtn.
jj^ttOW
178 HISTOIKE DBS PASTBfflS W DÉSEBT.
reux succès du zèle et de Tardeur qui m'animent, d'autant plus que... je puis me promettre le secours que tant de bons Français , de gens d'honneur , de fidèles sujets doivent k leur prince , à leur patrie et à eux-mêmes... Il faut conserver Tune des plus puissantes provinces de ce royaume , qui peut être la plus heureuse y par la bonté de ses terres, par l'industrie de ses habitants et par la disposition de ses gouverneurs. Quoi , Messieurs ! souflHriez-vous que la fureur de quelques particuliers détruise une félicité que tant de raisons doivent rendre solide! Que veulent-ils , ces malheureux ! Quel est leur objet? Si c'est uniquement de servir Dieu, ce premier devoir est-il troublé? Dieu vous commande de rendre à César ce qui est à César.... C'est de sa bonté que nous avons un roi, qui, dès les premiers jours de sa naissance, a été nommé Dieudonné : ce nom lui est plus légitimement dû par toute la gloire dont la nation est comblée sous son règne. Depuis qu'elle combat sous ses ordres, nous ne voyons qu'une suite de victoires; et je ne puis songer à ces combats heureux, où ce qui sort de cette province valeureuse a toujours eu tant de part, que je ne verse des larmes de sang sur celui qu'dle voit cruellement répandre dans ses entrailles! »
« Ne VOUS parez pas des motifs de la religion. Adorez Dieu selon l'opinion que vous en avez. Si vous croyez le devoir adorer , adorez-le dans votre cœur! Dieu, tout bon, tout juste, ne vous en demande pas davantage. Et quant aux exercices
osez- vous prétendre que le plus grand roi et le plus puissant qui ait porté couronne, n'ait pas dans ses états le même pouvoir que le plus petit
u?. nU| cbàp. n. 179
prince de l'empire. Je ne parle pas de ce qui se pratique en Angleterre, en Suède, en Danemarck et en Hollande, mais chez les moins considérables princes d'Allemagne. N'ont-ils pas banni des lieux de leur obéissance l'exercice de la religion catholique?.... Ne nous plaignons pas du zèle des prélats et des ecclésiastiques. Le Saint-Esprit les a établis pour gouverner l'église.... Ils sont les oints du Seigneur. Nous devons les respecter.... Il ne £aut pas écouter les raisons dont les rebelles osent couvrir leur rage. On doit regarder ces malheureux comme des aveugles, qui remercieraient tous ceux qui leur ouvriraient les yeux. Je souhaite d'y pouvoir contribuer, d'autant plus ardemment que ces aveugles sont des Français , dans lesquels on trouve la valeur naturuelle à cette nation, et si malheureusement employée à cette heure. Dans les cri mes mêmes les plus horribles, il faut, s'il est possible, démêler les semences de la vertu, et ne rien oublier pour lui rendre sa pureté, en la séparant de ce qui la rend odieuse et punissable. »
«Songez, Messieurs, que l'Europe entière est conjurée contre vous!... Grand Dieu, je n'y pense qu'avec horreur ! Quoi , dans le temps que nos drapeaux se font voir dans l'extrémité de l'empire, et que les aigles ne paraissent devant nous que pour parer nos temples, une troupe de malheureux osera donner de l'attention à notre roi ? Indignes qu'ils sont de sa clémence, elle seule cependant fait durer leurs crimes, puisque Sa Majesté n'a qu'à les abandonner à sa justice, et dans trois jours les crimes et les criminels disparaîtront.... Quelle est donc leur ressource ? Ils ne nous échappent jus-
180 HISTOIRE DBS l^iSTSITlS DQ DÉ6IET.
qu'à présent que parce que les peuples de trente ou quarante villages les cachent. Croyez-vous donc abuser long-temps de la bonté du roi ? C'est à vous, peuple, que je parle. Je dois distinguer les nouveaux convertis des villes : ils n'oublient rien pour marquer leur fidélité et leur zèle, et ils m'aideront k vous punir. C'est donc à vous , gens de village qui êtes ici assemblés, que je parle. Je ne veux rien avoir à me reprocher, avant d'en venir aux dernières rigueurs que l'on a justement exercées sur un si grand nombre de communautés. L'exemple de Brenoux , de Saint-Paul et de Soustelles devrait vous corriger. On a été obligé non-seulement de les détruire, mais même d'en exterminer les habitants. Revenez à vous , afin que je n'aie qu'à pardonner.... Je demande à Dieu cette grâce , comme une des plus sensibles que je puisse recevoir de sa bonté. Mais si vous n'attirez la clémence du roi; si votre obstination force Sa Majesté à la justice, je l'exécuterai, cette justice, avec d'autant plus de dureté, que je n'ai rien oublié, comme tout le monde sait, pour vous éviter les punitions que vous n'avez que trop méritées. » (i)
Magnifique éloquence, non moins habile que généreuse, où Villars a le secret de louer la France, le roi, le Languedoc, les évêques, la révocation, les camisards, Bâville et lui-même, avec cette fière indépendance de langage convenable à un général d'armée puissant et humain! Remués par cette grande voix, Alais, Anduze, Saint-Jean, Saint- Hippolyte, et toutes les villes, bourgs et bourgades
(t) LoaTreleaîl . tome 3 , page i^B.
UT. nUf cMAf. n. 181
entre le Vidoorle et le Gardon occidental, répondirent à l'appel de Yillars. Leurs députés se réunirent à Durîbrt, point central des basses Cé- Tennes et le plus rapproché du camp de Roland. Us supplièrent le maréchal de leur accorder d*AigaUiers, et d'Aigallîers d'assister à leur conférence, pour tâcher de fléchir le général camisard (3 juin). Deux d'entre eux , au nom de tous, se rendirent au camp de Saint-FéUx, où ils trouvèrent Roland avec Bavanel. Us sommèrent le général d'accepter l'am- BÎsliey le menaçant, sur son refus, de s'armer contre Ini^ et ajoutant que, s'il s'obstinait, nul ne voudrait plus lui fournir des vivres à l'avenir. « Retournez à Durfort, répondit Roland irrité; si vous reparaissez devant moi , je vous fais fusiller! » — «Pour nos vivres , ajouta Ravanel ironiquement, n'en soyez point en peine; si vous ne voulez pas nous en donner , nous en prendrons ! » Les ambassadeurs consternés revinrent vers leurs confrères, qui, désolés de l'inflexibilité du général camisard, se séparèrent en gémissant.
D'Aigalliers était à peine de retour à Anduze auprès du maréchal , 'qu'il reçut une invitation de Roland, qui l'attendait à trois quarts de lieue de 11, sur la montagne. Le baron s'y rendit; mais Roland, à ce qu'il parait , voulait uniquement s'excuser de la violence de'sa réponse aux députés de Durfort. Il neconsentit qu'avec une extrême répugnance à traiter avec Vil lars. Le maréchal lui envoya pour otages, Montbel , chef de bataillon de la marine , et Maisonblanche, capitaine de Froulai. Roland chargea de ses intérêts, son lieutenant favori Maillé, son secrétaire Malplach, flls du dernier ministre de
nsmil DU »A6T0DftS DO DÉSEftT.
l^jimBlierigauty et deux aulres brigadiers camisards. être i portée de la négociation , il s'avança, Barandi Saint-Paul, Laforét et les otages, uo quart de lieue d'Anduze. Malplach et lUÔié oooftrtrent avec Yillars et Bâville ; et voici le petit mité convenu , sauf la ratification de Roland : Art 1^. Roland et Cavalier auront chacun régiment, qui servira hors du royaume, et un pour aumônier. — a. Les prisonniers se* nmt élargis* — 3. Les protestants seront libres de tendre leurs biens et de sortir de France. — 4* L^ cMnisards qui voudront rester dans leurs foyers, le pourront en rendant leurs armes. — 5. Les exilés pourront rentrer dans leur patrie. — G. Nul ne sera inquiété sur la religion. — 7. Les indemnités seront supportées par la province entière. — 8. Amnistie générale et sans réserve. (1)
Le traité d'Anduze, on le voit, reproduit à peti près et confirme celui de Nismes. Ce traité de Cavalier, désavoué publiquement, Yillars le renouvelle trois jours après avec Roland. Ce n'est, de sa part, qu'un stratagème. Il chargea d'Aigalliers de le transmettre au général cévenol. Le baron partit, accompagné des négociateurs camisards, de Cavalier, qui peut-être espérait encore ramener ses aaciens compagnons , et de quelques curieux d'Andliae% L'apparition inattendue de Cavalier mit en foreur les chefs camisards. Ils lui reprochèrent violemment sa trahison. D'Aigalliers s'interposa ; Rokmd, qui probablement désirait conserver le phiB valeureux de ses lieutenants, consentit à l'em-
vcf. TOI A QBAiP- n. t83
brasser ; les autres prophètes s'apaisèrent aussi. Le seul Ravanel fut implacable : il ne cessa de le qualifier de iraûre et de vil esclave du maréchoL «Je ne me rendrai jamais, ajouta-t-il, qu'on ne rétablisse Tédit de Nantes. L'esprit m'avertit incessamment que les promesses qu'on nous fait ne sont que des séductions pour nous tromper et nous perdre. » Il se retira grommelant vers la troupe , campée, à une lieue delà, sur les montagnes de Luziers. Cavalier ne répondit pas à ses outrages, et fit aussitôt, sur la concorde, un petit sermon qui édifia les négociateurs.
Cette bourrade, d'ailleurs £ort dans le caractère de Ravanel, était vraisemSlablement concertée avec Roland, pour entraver les négociations. D'Aigalliers pensait que ce chef signerait le traité ; mais il lui répondit qu'il ne le pouvait pas; qu'il fallait préalablement le soumettre à l'acceptation des prophètes et de la troupe même. Force fiit de s'y résoudre et de suivre Roland vers le camp de Luziers. Ils gravissaient, à cheval, un étroit sentier tracé sur le penchant de la montagne ; à leur droite se dressaient d'âpres sommets, à leur gauche le Gardon bouillonnait dans un abîme; ils aperçurent bientôt le camp. Tout à coup, une garde avancée, qui barrait le chemin, et dont ils croyaient recevoir les honneurs militaires, s'approche et les coupe brusquement, saisit d'Aigalliers étonné, pousse dans le camp Robmd et les négociateurs cévenols, et s'élance en hurlant après Cavalier et les anduzains éperdus, qui précipitent leur fiiite avec la frayeur et la rapidité des chevreuils. Un effroyable tumulte s'éleva autour du baron, menacé par les
184 HISTOIAB DES PASTSBM M DÉSKUT.
camisards furieux. Immobile, il était là, leurs fusib sur sa poitrine , un pistolet dans chaque oreille. « Tirez , leur criait-il j tirez \ je suis content de moch rir pour le service de mon prince , de ma patrie, de ma rdigion et de vous-mêmes , que je tâche de rendre heureux en vous procurant la protection du roi ! » Ces paroles firent tomber leur fureur. « Retirez-vous, lui dirent-ils ; nous ne voulons pas vons tuer! » — a Je ne me retirerai pas, répondit d'Aigalliers; je veux justifier Roland ou recevoir moimême la mort. Je veux vous prouver que ce que j'inspire à Roland et à Cavalier, est pour le bien do pays, de notre religion et de nos frères! » Enfin, après une heure de la plus violente altercation, le baron s'écria : « Que celui qui vous conseille la guerre se présente , je lui offre le combat ! » — «Nous voulons tous la guerre! » répondirent les camisards furieux, en tournant leurs armes contre lui. Malplach et Maillé l'arrachèrent à une mort certaine, et il s'éloigna en répétant : « D'effroyables malheurs vont fondre sur le pays à cause de vous ! » — « Allez, Monsieur, Dieu vous bénisse! lui dit Claris. Noua savons que vos intentions sont bonnes, et que vous êtes trompé le premier. Travaillez toujours pour le bien du pays , et Dieu vous bénira ! »( i ) Toute cette scène orageuse, la disparition de Ravanel, le refus de Roland à signer le traité, ces gardes violentant leur général et ne laissant point arriver d'Aigalliers jusqu'au camp, ces fusils sur sa poitrine, ces pistolets à ses oreilles, ces fureurs que termine l'allocution pacifique de Claris, toute
(i)D*Aiganien.
UT. VUI, CBil. TI. 186
cette scène dramatique était évidemment arrangée d'avance par Roland, pour abuser le maréchal. Catinat n'y parait jamais. Où était-il donc ? Il parcourait la plaine y recrutant des hommes, enlevant des chevaux y et se préparant à la guerre (i). Mais Roland n'ayant point terminé ses apprêts, envoya Maillé demander au maréchal une prolongation de la trêve , expirée avec le jeudi , jusqu'au dimanche 8 du mois, l'assurant que s'il ne parvenait pas à persuader la troupe entière, il se rendrait toujours avec cent cinquante camisards. Villars, bien qu'irrité de la rupture violente de la négociation, y consentit encore. Mais Roland n'ayant point paru, le dimanche , à deux heures du matin , il se mit en marche avec Lalande et Menou , qui se divisèrent pour investir les insurgés. Il faillit les surprendre au village de Carnoulet^ où ils prenaient leur repas. Il trouva la nappe encore mise et les viandes toutes fumantes. Il fit piller et brûler ce hameau; deux femmes furent tuées par les miquelets. D'Aigalliers sollicita le châtiment des meurtriers , et ne pouvant l'obtenir, se retira le cœur navré. « La justice ditil tristement, semblait avoir abandonné notre patrie! on y faisait la guerre aux femmes et aux enfants!» Menou, de son côté, avait failli, avant le jour, surprendre Roland couché au château de Prades. Un anglais de ses gardes n'ayant pas le temps de l'avertir, tira son fusil en criant : a Sauve ! sauve ! les troupes sont ici! i> A ce cri d'alarme, Roland s'éveille et s'enfuit à demi-nu sur la montagne. Menou ne put mettre la main que sur ses
(i) LooTTcleail.
IM IMOIIB »fiS fàBXV9té M DÉSBftT.
vêtements, où il trouva trente-cinq louis d'or, et sur ses trois superbes chevaux. Ce fut le seul trophée de cette course du maréchal , qui rentra le soir même à Anduze. (i)
Ayant appris que Catinat rodait autour de Nia*mes, YiUars partit le lendemain (9 juin) avec Baville , d*Aigalliers , CavaUer , Daniel , Saint-Paal, chef de la cavalerie de Roland , et quelques autres camisards qui avaient, comme lui, fait leur sou* mission. Il passa par Alais , où il rendit à Gavaliw son père encore prisonnier, son frère retenu coior me otage, et quelques amis. Cavalier eut encore un petit triomphe k Alais. Le maréchal le présenta à révéque, le dur François de Saulx , qui le rafUt pourtant du ton le plus paternel. « Dieu soit loué ! dit-il en lui prenant la main ; vous étiez une brebis perdue t mais maintenant vous êtes retrouvée! Vous rentrerez bientôt , je Tespère, dans le sein de règlise , comme un enfant dans celui de sa mère ! Vous êtes jeune et vous ne comprenez pas encore ce qui est nécessaire i votre salut ! mais je vous instruirai ! » £n parlant ainsi , il le conduisit dans sa bibliothèque. Sa Grandeur lui présenta deux bibles , Tune grecque et Tautre latine. « Laquelle estlameiUeure?» — «La grecque.» — «Pourquoi?» — « Parce que Foriginal vaut mieux que la copie.» L^évêque lattaqua sur la tradition et sur divers autres points de controverse. CavaUer refusa de disputer contre sa Grandeur. Mais un de ses vicaires Tentreprit sur lantiquité de Téglise fondée par Merre» le prince des .\pôtres, dont le Pape est le
vO
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successeur; puis encore sur l'intercession des saints. Cavalier lui répondit que l'église catholique était moins ancienne, et que l'unique médiateur, c'était Jésus-Christ. Enfin il prit congé de l'évéque et de son vicaire, en leur disant qu'il n'était pas de force à disputer contre d'aussi grands docteurs.
Cavalier vit aussi à Alais la belle favorite de Montrevel. Elle le complimenta sur l'honneur que lui faisaient ses combats contre Montrevel , et sa paix avec YilUrs; puis elle lui reprocha gracieusement d'avoir souvent, pendant la guerre, intercepté les billets qu'elle adressait à son maréchal, (i)
Enfin Villars rentra dansNismes ( 1 1 juin); mais son arrivée ne fit pas fuir Catinat , qui eut l'audace de convoquer une assemblée et de prêcher à moins d'un quart de lieue de la ville, au mas de Yignoles. Quatre soldats de la marine, attirés par la psalmodie , s'approchèrent de cette maison ; et tandis que l'un d'eux allait avertir le gouverneur, les trois autres se mirent aux trousses d'un homme qui sortit du prêche, et qu'ils prirent pour le prophète; mais ils furent assaillis à leur tour par Catinat et quatre cavaliers camisards. Catinat en tua un d'un coup de pistolet , en balafra un autre à la face , et ne put atteindre le troisième, qui échappa à la faveur des blés et des murs des champs. Un escadron de dragons venu deNismes investit cette métairie; mais elle était déserte; il n'y trouva qu'une broche chargée de viandes, et des brocs de vin. Il parcourut kl plaine pour en chasser Catinat. (a)
Quand Cavalier rentra dans Nismes , à la suite
(i) CiTalier. (a) LooTreleoil , tome 3 , pag« f 3; .
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diait avec sa suite, et ses chants s'entendaient de la rue, toujours remplie de peuple. Les protestants Finvitèrent souvent à diner : a Mes frères , disait-il k table, vous aurez la liberté de conscience; chacun pourra prier Dieu librement dans sa maison , et, deux fois Tan, dans des assemblées générales, chanter hautement les louanges de r£ternel. » Daniel dit un jour devant l'hôtellerie de la Couronned*Or : «Mes frères, vous aurez les prisonniers et les exilés, et nous vous obtiendrons des temples ! » (i) '
Cependant quelques camisards posaient les armes. Dans un même jour, trente se soumirent à Lalande et vingt à Grandval. Outre leur grâce, on leur accordait des récompenses, pour attirer d'autres transfuges. Le i5 juin, huit anciens soldats de Cavalier se rendirent et obtinrent la permission de rester dans leur village ; douze autres voulurent au contraire suivre leur jeune chef. On les envoya avec les cinquante retenus à Vallabrègue. Le 17, Cavalier alla les voir dans cette île. Ils étaient commandés par son petit frère et le brigadier Duplan; ils recevaient une bonne solde : les chefs quarante sous par jour, et les soldats dix. Ils prêchaient, psalmodiaient et priaient jour et nuit, au grand déplaisir des insulaires, ardents catholiques, lesquels, sans un lieutenant de Fimarcon et cent cinquante soldats de Hainault qui gardaient les captifs, les eussent jetés dans le Rhône. Cavalier, de retour à Nismes, escorté de quinze camisards à cheval, logea avec eux à l'hôtellerie des Arènes. Villars, qui n'espérait plus l'employer utilement à
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la soumission des autres bandes , ne pensa plus qu'à renvoyer hors du Languedoc. N'ayant pas , selon les conventions, formé son régiment camisard, Cavalier ne pouvait aller servir en Espagne. Le a i juin, il prit congé du maréchal, qui lui donna cinquante louis, trente à Daniel, son lieutenantcolonel, dix pour son jeune frère et pour diaque capitaine, et un pour chaque soldat. Il partit de Nisroes , escorté de ses quinze gardes à cheval , et accompagné jusqu'à un quart de lieue de la ville par les protestants, qui le comblèrent de présents, de caresses et de bénédictions. Il coudia cette nuit à Yallabrègue, où l'attendaient cent cinq de ses compagnons fidèles à sa fortune. Yassiniac, aidemajor de Fîmaroon , devait les escorter avec cinquante dragons et cinquante soldats de Hainault Le matin , dès qu'il fut dans la barque pour passer le bras occidental du Rhône , Cavalier entonna un cantique, q.ii était peut-être un hymne d'adieu à la terre natale. Mais Yassiniac lui ordonna sévèrement de se taire : « Etre sur l'eau ou dans le désert m'avait paru la même choee , » répondit-il mélan* coliquement. (i)
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