LIT. IX, CHAP. HT
tenait daus un état habituel d'ivresse , ou du moins d'humeur expansive peu capable de garder longtemps un secret. « On verra bientôt , dit-il à son habile interlocuteur, un événement bien plus extraordinaire que tout ce qui s'est passé; il n'est pas même fort éloigné, car il arrivera dans quatre ou cinq jours ! » — cr Eh ! quel est donc ce événement » demanda l'abbé ? — « Monsieur de Bàville n'a qu'à prendre garde à lui, continua le prisonnier d'un ton mystérieux ; on a résolu de le tuer et d'enlever monsieur de Benvick. Il y a déjà plus de trente hommes arrivés dans ce dessein ; on n'attend plus que les bandes composées de leurs gens les plus hardis, que doivent amener Bavanel et Catinat; le jour fixé est le ^5 du mois. » — « Savez- vous, reprit l'aumônier, où sont logés ceux qui sont déjà arrivés en ville?» — « Je le sais, répondit le prisonnier, mais je ne puis pas le dire; j'ai bien voulu donner avis du malheur qui doit arriver, afin qu'on le prévienne; mais je ne veux pas être la cause du supplice de mes compagnons. »
L'abbé de Massillan ne pouvant plus rien obtenir du camisard , courut rapporter ses discours à BàTille. « Retournez auprès de Chevalier , lui dit l'intendant , faites un dernier effort pour lui faire indiquer le logement des conjurés, car c'est là le point essentiel. » Mais ni les prières ni les menaces ne purent arracher un mot de plus à ce singulier et mystérieux traître. «Faites-les chercher, répondail-il obstinément, et vous les trouverez. » Ses révélations, quoique inexactes sur plusieurs points, étaient vraies au fond. Effectivement, le jour même de Pftqnes, qui tombait cette année le la avril ,
278 UlSTOIilE DES PASTEÇAS DOPÉSERT.
lets y et se relevant sans se retourner, en déchargeai un par-dessus l'épaule sur le prévôt. L'officier municipal, entendant le cliquetis de l'arme, s'était élancé sur lui , de sorte que le coup efûeura sa figure sans le blesser, brûla ses sourcils et ses paupières, et enflamma sa perruque. 11 abattit l'étranger d'un coup de feu dans les reins; mais en tombant l'inconnu tira son second pistolet sur le prévôt qui, d'un revers de main, détourna le canon. La balle alla frapper la main du valet qui portait le £aiIot, et jeta le falot à terre. Enfin l'autre archer acheva le blessé d'un coup de fusil. Cependant l'un des deux autres étrangers étraignait vigoureusement Villa ; puis voyant le prévôt occupé à éteindre sa perruque, un archer à rouler son mouchoir à sa main sanglante, l'autre à relever la lanterne mourante sur le pavé, il lâcha le capitaine et suivit son compagnon , qui déjà s'esquivait à la faveur du désordre et de l'obscurité. Cette maison ouvrait sur deux rues; les fugitifs sortirent chacun par une porte. Le capitaine poursuivit son adversaire et lança après lui les archers postés autour du logis. Ils lui tirèrent quelques coups de fusil, le blessèrent légèrement, le saisirent enfin et le conduisirent à l'hôlel-de- ville, où le prévôt fit transporter en même temps le cadavre de son compagnon. Le troisième avait disparp.
A rhôtelde-ville, l'étranger déclara qu'il se nommait Annibal Gaillard, dit l'Allemand, pour avoir fait, dans le régiment de Hainault^ les guerres d'Allemagne. Il était de Falguières, et avait été brigadier dans la légion camisarde de l'Aigoal où servait aussi, comme capitaine, son frère Alidor.