UT. U, €HAP. III. B
Il jivait accompagné Catinat dans son expédition du Rouergue. Son compagnon mort, nommé Flessières, deSumène, avait déserté du régiment de Fimarcon, sans doute à l'instigation de son frère revenu de Lausanne avec Catinat. Le troisième s'appelait Jean -Louis, dit le genevois, parce qu'il était natif de Genève. Il servait dans les suisses de Courten. Huit jours auparavant il avait tué son adversaire en duel. Menacé d'être fusillé , soit qu'il rentrât dans son régiment , soit qu'il désertât, il s'était réfugié chez un protestant de Nismes, qui lui conseilla d'entrer dans la ligue des Enfants de Dieu^ et d'employer avec gloire les restes d'une vie qu'on lui arracherait ignominieusement. Catinat, à qui ce marchand le présenta, ravi de recruter une aussi bonne lame, l'accepta sur le champ, et pour le mettre à l'épreuve le conduisit aussitôt à Montpellier. Le genevois fugitif, errant dans ces rues tortueuses et inconnues, arriva par hasard à la poissonnerie, asile nocturne des mendiants de la cité. Il en accosta un de sa taille, et lui proposa de troquer sa guenille contre son beau justaucorps. Dès qu'il l'eut endossé, le vagabond eut hâte de s'éloigner de peur que l'étranger, qu'il supposait un imbécile, n'eût un regret tardif , de son échange. Comme il s*cn félicitait, il rencontra des archers du prévôt qui, reconnaissant le vêtement, l'arrêtèrent et le coqduisirent à l'hôtelde-vlUe. Le malheureux maudissait le fatal justaucorps qui allait le faire mettre au gibet ; mais il raconta son aventure, et fut effectivement reconnu pour un truand de Montpellier. Cependant le genevois, content de ses haillons, se dirigeait vers les.
276 DISTOIEE OES PASTCOIS DO DÉSERT.
Catiiiat, à la faveur dies cérémonies religieuses, était venu installer les conjurés dans Monipel* lier, (i)
Bâville se rend aussitôt près de Berwick. a Comment ! s'écria le duc avec une âpreté britannique, ce drôle refuse d'indiquer la retraite des conjurés! il faut le mettre à la torture ! » Mais Bâville, mieux instruit de la fermeté des camisards, lui répondit : «Je sais par expérience qu'on ne peut rien arcacher d'eux par les tourments. Us parlent jusqu'à uu certain point , mais jamais au-delà ; ils en disent même souvent plus qu'il ne faut pour les faire pendre, mais jamais assez pour éclaircir les faits. D'abord, assurons-nous simplement de la vérité des révélations du prisonnier, mais avec mystère , sans perquisitions bruyantes ; n'alarmons point le peuple, ne troublons point ses dévotions ni le service divin ; le jour de la conjuration est encore éloigné; laissons-les s'établir dans la ville; et lorsqu'ils y seront, nous fermerons les portes et nous les prendrons tous d'un coup de filet, (a)
Bâville mit en course tous ses espions pour éventer secrètement le gUe des camisards; peutêtre même relâcha-t-il Chevalier , qui , sous la promesse d'obtenir sa grâce à ce prix, consentit à vouloir s'assurer de la présence des conjurés dans la ville, mais non toutefois, par un bizarre scrupule , à trahir leur retraite. Le mardi (i4 avril), les espions rapportèrent que les conspirateurs étaient réellement venus, mais qu'ils étaient repartis ce jour-là même de bon matin. Bâville crut ks avoir
(i) Braeys, hist. da fanât. , livre z.
(i) Brueys ei Loavrcleuil.