‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 77 sur 96 · LIT. XI, GHAP. TH · texte numérisé non relu

LIT. XI, GHAP. TH

Au nom des entrailles de la divine miséricorde, donnez-moi tous les soins possibles pour nous arracher de notre sépulcre si affreux... Monsieur et très- cher pasteur, nous avons bien besoin de tous vos secours. Le grand Dieu , bon et pitoyable , nous prête son secours tout puissant !... Qu'il bénisse votre digne personne et votre aimable famille, vous protège tous et accomplisse , par vos précieuses mains, la grande œuvre de sa paix... et m'accorde la grâce de la plus douce satisfaction que je désire au monde, après la paix de l'église , celle d'avoir le doux avantage de voir celui que j'aime, que j'honore... — Mes plus respectueuses salutations à tous ceux qui vous sont chers; puissiez vous, et le talent que vous avez reçu du ciel , revivre en eux jusqu'à la fin des siècles (a6 août 1764). »

Toutefois, l'heure de la délivrance de la pauvre Marie ne sonna que quatre ans après. Elle revit enfin son hameau natal, le Bouchet de Pranles en Vivarais (i 768). Mais sa cabane était en ruines. £Ue eut recours pour la relever à son cher et honoré pasteur : « Ma nièce vient de m'écrire que tout un quartier de ma maison allait s'écrouler sur ses fondements, que les derniers vents avaient risqué de la renverser, qu'une chambre s*en allait par pièces, que tous les couverts étaient entièrement, pourris, qu'on avait emporté les planches des planchers, qu'on n'y pouvait point mettre la tête à couvert, et qu'elle n'avait aucune ressource... Charitable pasteur, que je trouve dans vos dons de piétér quelques secours pour mettre la tête de deux misérables à couvert. Que ma maison , qui est rasée, soit totalement perdue, c'est pour la gloire de Dieu;

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mais celle qui résiste encore à rhiver de la per^ sécution, qu'on puisse s'y mettre un peu à couvert... avec quelqu'un pour travailler mon bien. Peut-être que Dieu, par sa grande et inépuisable miséricorde me bénira, et je le rendrai avec le temps. » Marie, pendant et après sa captivité, entretenait encore une nièce in6rme, probablement la fille du martyr. « Observez, monsieur, que je ne suis entrée en pos« session de mon bien que depuis vingt et un jours, et que pendant vingt mois, j'ai nourri et entretenu ma nièce comme j'ai pu, et que pendant seize mois, je ne tirerai que quelques châtaignes et même fort peu , parce qu'on m'a coupé mes arbres. Mais Dieu juge à propos que je sois ainsi affligée de toutes les façons ; veuille-t-il me donner la force de tout souffrir avec une sainte patience! Je me recommande & vos ferventes prières; j'en ai grandbesoin. » L'église Vallonné d'Amsterdam accorda à la pauvre Marie une rente viagère de deux cents livres tournois, dont elle fit part à son voisin Chambon, qui revenait, octogénaire, des bagnes de Toulon. Il est beau de voir une simple fille du peuple , comprendre et accomplir dans le malheur, d'une manière aussi sublime, l'étemelle loi du sacrifice, (i) La dernière assemblée , un peu remarquable , capturée par les soldats , fut celle des grottes d'Orange (8 mars 1768). Huit de ses membres, à la tète desquels Etienne Toumier, négociant, se dévouent pour tous. Ils sont conduits aux prisons du birque. L'officier, repentant de sa violence, et embarrassé de ses captifs, leur insinue de s'évader.

( I ) Correspondance de P. Rabaot , citée par M. C. Coqaerel.

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«Noripasy répondent-ils, c'est à J'autorité publique à nous rendre la liberté ! 9 Deux mois après , le roi ordonna leur élargissement; et Tournier alla rendre compte de cet événement à Paul Rabaut, à Nismes. « Votre petite église a (lonné un grand exemple! » répondit l'apôtre du désert. Le dernier ministre condamné à mort par contumace fut Béranger exécuté en effigie à Mens (1767). Et le dernier emprisonné fut le pasteur Broca, à Meaux (1773). De sorte qu'on peut dire que la persécution violente expira avec le règne de Louis XV (1774). A cette époque, l'Ordre malfaisant qui avait inspiré la révocation, avait été non -seulement expulsé de France et de la plupart des royaumes de l'Europe, mais encore aboli par le souverain Pontife.

Louis XVI enfin monta sur le trône que ses deux prédécesseurs lui léguaient entouré de révolutions. Les deux religions saluèrent, à son avènement, le jeune monarque , l'une suppliante , l'autre menaçante et vengeresse : «Sire, lui criaient du fond du Languedoc les peuples du désert, permettez-nous de célébrer un culte qui ne tend qu'à former les hommes à la vertu. Que nos unions acquièrent la consistance que notre état incertain semble toujours leur refuser; que nos enfants avoués jouissent sans effroi des droits que la cupidité veut leur ravir; que du milieu de nos sanctuaires, relevés par votre autorité, nous puissions faire éclater notre reconnaissance, et servir par nos prières de rampart à la monarchie. Daignez éteindre ces lois que la politique proscrit et que l'humanité désavoue. Plusieurs de nos frères, qui respirent depuis longtemps sur une terre étrangère , n'attendent que ce

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moment favorable pour venir grossir les forces de Tétat. Quel bonheur pour nous, si rocc&sion nous était offerte de réaliser aux yeux de la nation les sentiments patriotiques que nous essayons de tous exprimer. Ah ! Sire , soyez touché de nos revers ; laissez- vous attendrir; nousl^ sollicitons tous baignés de pleural » — a Sire, disaient les prélats catholiques par la bouche de Tarchevéque de Toulouse, LfOménie de Brienne, vous réprouverez les conseils d'une fausse paix, les systèmes d*une tolérance coupable. Nous vous en conjurons, Sire, ne différez pas d'ôter à l'erreur Tespoir d'avoir parmi nous des temples et des autels; achevez l'ouvrage que Louis-le-6rand avait entrepris et que Lonis-le-Bien*Aimé a continué. Il vous est réservé de porter le dernier coup au calvinisme dans Vos états; ordonnez qu'on dissipe les assemblées schismatiques des protestants, excluez les sectaires, sans distincrion , de toutes les branches de Fadministrution publique, et vous assurerez parmi vos sujets Tunité du véritable culte chrétien! »

Le monarque à qui Ton venait de faire jurer à Rheims l'extermination de l'hérésie, suivit les mouvements de son cœur qui , naturellement droit et bon, Tentrainait vers la tolérance. Il appela au conseil le sage Turgot et le philantrope Malesherbes. Turgot, n'étant encore qu'intendant de Limoges, avait, long-temps avant tous, et avec une largeur de vues qu'on n'a pas dépassée depuis, plaidé la cause deséglisesdu désert (1754). Malesherbes jetait dans les fameux mémoires qu'il publia plus tard, les bases de l'édit réparateur. Malheureusement, leur ministère fut très-court, et la cabale contraire qui

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ressaisit le pouvoir^ recula Taccomplissement de ce grand acte de justice. Enfin , en 1785 j Malesherbes fut rappelé avec le baron de Breteuil qui devait, dans cette œuvre salutaire , associer son nom au nom si long-temps fatal de Lamoignon. Bulhière, ancien secrétaire d'ambassade de Breteuil, en avait, par ses ordres , préparé les matériaux sous la direction de Gébeliu. La mort de Court ( i o mars 1 784) retarda encore la confection de cette loi si impa*tiemment attendue. Ce savant homme succomba sous le poids de sa composition célèbre, le Monde primitif àoïït il n'a pu, dans 9 volumes in-4', que jeter les bases colossales. Bemonter d'idiome en idiome jusqu'à une langue primitive, et de symbole en symbole jusqu'à un mythe originel, c'est là, sans doute, une conception des plus gigantesques et des plus chimériques de l'esprit humain. Chose triste à dire, les horreurs de la faim troublèrent les derniers jours de cet érudit illustre, dont le comte d'Albon déposa les restes dans un tombeau qu'il leur éleva sous ses bocages de Franconville, dans la vallée de Montmorenci. Gébelin est l'homme le plus remarquable qu'ait produit le séminaire fondé par son père, à Lausanne; après lui, Babaut St-Etienne, Alba Lasource, le Giroudin; et cet André Jean-Bon qui représenta avec tant de calme et de courage la Convention, dans cette grande bataille navale que Villa ret-Joyeuse livra aux Anglais commandés par l'amiral Howe : génération orageuse échappée aux échafauds de Bàville pour retomber parmi les échafauds de Bobespierre! (1) — Après son retour

(1) Saint-Elienae , Saint-André et Laaoorce, étaient les noma do déaert de ce* troia paatcars conTentionneh.

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d'Amérique, Lafayette passai Nismes; et le jeune héros de ^a liberté politique dans les déserts américains, fut embrasser Paul Rabaut, le vieil atklète de la liberté religieuse , dans les déserts cévenols. Lafayette donna, dit-on, à Saint-Etienne le conseil de se rendre à Paris pour hâter la rédaction si lente et si laborieuse de Tédit. Et ce n*est pas sans étonnement qu'on vit un pasteur cévenol fêté dans les hôtels de Breteuil et de Malesherbes , neveu de Bâville. Enfin, l'édit parut, mais incomplet, mais insuffisant, presque injurieux (1787); voici la subtance, l'esprit de cette loi plus célèbre que juste: «Nous, LfOuis XVI, roi de France, convaincu de l'inutilité d'un siècle de persécutions, et cédant à l'opinion publique qui vous protège , avons résolu, par nécessité plutôt que par sympathie, de reconnaître votre existence civile; en conséquence, dorénavant vos femmes et vos enfants seront légitimes, vos personnes respectées, votre culte toléré ,^ votre commerce libre. Pour cette grâce royale, vous serez assujettis au service de Tétat et à Tentretien de la religion catholique, seule dominante; mais du reste, vous demeurez à jamais exclus de toutes fonctions d'administration, de judicature, d'enseignement, et privésde tout moyen d'influence dans le royaume. En un mot, vous n'obtiendrez de nous que ce que le droit naturel ne nous permet pas de vous refuser. » Non , non , un édit ainsi conçu n'était pas une réparation convenable, après un siècle d'une aussi cruelle opopression La France seule proclama notre entière et complète émancipation par l'organe auguste de la Constituante. Cette illustre assemblée appela mê-

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