‹ Histoire des pasteurs du désertChapitre 90 sur 96 · LIT. XII, CHAP. YI · texte numérisé non relu

LIT. XII, CHAP. YI

Cependant le sieur d'Oise ^ qui commandait la garnison y ayant eu quelque bruit du dessein de Campredon, s'en alla trouver le sieur Julien, et lui représenta que le bourg était perdu , s'il faisait mourir Marion , qui d'ailleurs était bon homme et qui était utile à beaucoup de gens. Vous n'avez qu'à compter que si vous faites mourir cet homme, ses deux fils qui sont sous les armes et dont l'un est chef, n'auront ni repos ni patience qu'ils ne se soient vengés. Us assembleront les troupes de Roland et de$ autres qui rodent ici autour , et mettront le bourg au pillage. Pour moi , ajouta M. d'Oise, je vous déclare que je quitterai le lieu et la garnison. — Cela frappa Julien, et le fit changer de dessein , de sorte qu'il se contenta de faire seulement peur à mon père. Quand oïl le vint prendre dans sa maison et qu'il traversa le bourg, tous ses amis pleuraient en lui disant le dernier adieu. Mais lui , plein de confiance , avait une contenance assurée et n'appréhendait rien. M. Julien donc se contenta de. le réprimander à sa mode, et il lui dit qu'il devait la vie à M. d'Oise. Il ne le renvoya qu'après l'avoir contraint à être présent au martyre du pauvre paysan qui souffrit la mort avec patience et courage. Je n'ai pas vu ces choseslà; mais je les donne comme extraites des mémoires de mon père qui est présentement à Lausanne, ' et que je mets ici au rang des témoins oculaires. »(i)

L'esprit les reconfortait dans le martyre : a La mort ne nous effrayait pas. Nous ne faisions aucun

(i) Théâtre sacré , Marion.

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cas de notre vie, pourvu qu*en la perdant pour la querelle de notre Sauveur, noua remissiona nos Ames entre ses mains. Je ne crois pas qu*un "seul de ceux qui étaient inspirés dans notre troupe ait été tué dans le combat, ou ait été pris et exécuté à mort (car notre guerre se Cuisait sans cartel) qu*il n*en ait été averti quelque temps auparavant Alors on se mettait avec humilité entre les mains de Dieu , et on se résignait à sa volonté avec constance. On s^estimait heureux de le pouvoir glorifier dans la mort comme dans la vie* Je n'ai jamais oui dire qu'aucun de nos frères qui ont été appelés en grand nombre à sceller la vérité par leur sang , ait eu la moindre tentation de racheter sa vie par une lâche révolte, comme plusieurs auraient pu le ùAre s'ils avaient voulu. Ce même Esprit saint qui les avait tant de fois assistés les accompagnait jusqu'au dernier moment; de sorte qu'ils ne perdaient pas au change , et que la mort ne leur était qu'un passage à la vie » (i).

L'esprit était l'âme de tout : « Ça été uniquement par les inspirations et par le redoublement de leurs ordres que nous avons commencé notre sainte guerre. Un petit nombre de jeunes gens, simples, sans éducation et sans expérience , comment auraient* ils fait tant de choses s'ils n'avaient pas eu le secours du ciel ? Nous n'avions ni force ni conseil, mais nos inspirations étaient notre secours et notre appui. Ce sont-elles qui ont élu nos chefs et qui les ont conduits. Elles ont été notre discipline militaire; elles nous ont appris à essuyer le premier feu de

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