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sion de la vénalité des charges. Le comte de Vezins, « regrettant, comme Catulle, de n'avoir à offrir en sacrifice qu'un moineau », propose l'abandon du droit du colombier (1), abandon qu'il fait pour son propre compte, tandis que le duc de la Rochefoucauld-Liancourt réclame^ l'affranchissement des serfs. Un pauvre curé, l'abbé Thibault, dit que puisque Ton décrète que la justice doit être gratuite, les offices du clergé le doivent être aussi : mais chacun sait qu'au contraire le casuel du clergé est insuffisant, et la motion n'est pas acceptée. L'archevêque d'Aix, insistant de nouveau sur les malheurs que cause la tyrannie féodale, 'et prévoyant le cas où la misère pourrait décider les paysans à se soumettre à quelques-unes de ces conventions d'un autre âge, réclame que l'assemblée les déclare nulles de plein droit. Il dépeint ensuite les maux causés au peuple par Textensiou arbitraire des taxes, et surtout par les droits d'aide et de gabelle, dont il demande la suppression immédiate.
Les députés des provinces privilégiées, les villes, les seigneurs, tous viennent à leur tour faire l'abandon de leurs privilèges et des avantages dont ils jouissaient. L'inégalité ne peut régner sur le territoire quand l'égalité règne entre les citoyens, enfants et héritiers au même titre d'une même patrie.
On ne discute pas, on ne vote pas, on applaudit, et l'enthousiasme ratifie tout.
Que si, maintenant, nous résumons les diverses proposi-
(1) M. de Coigny demandait à un laboureur élu député dans le I)ailliage qu'il présidait, ce qu'il se proposait de demander aux états généraux : « La suppression des pigeons, des lapins et des moines »*, répond le paysan. M. de Coigny se récrie sur ce rapprochement bizarre • « Il est fort simple, monseigneur, reprend le laboureur : les premiers aious mangent en grain, les autres en berbc, les troisièmes en gerbe. »
L'assemblée abolit le droit exclusif de la chasse dans la séance du 41 août 1789, et régla la matière par la loi du 2 avril 1790.
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tJons arrêtée dans cette séance immortielle, nous ^nis voir que les populations agricoles en recaeillirent tmis les bénéfices, et qu'elle ent pour effet de les replacer 4afl> le droit commun et dans la situation do reste du pays.
Abolition de la qualité de serf et de h mainmorte, sois quelque dénomination qu'elle existe;
Faculté de rembourser les droits seigneuriaux;
Abolition des juridictions seigneuriales;
Suppression du droit exclusif de la chasse, des colombiers, des garennes;
Taxe en argent représentative de la dîme. Suppression ou rachat possible de toutes les dhnes, de quelque espèce que ce soit;
Abolition de tons les privilèges et immunités pécunidres;
Kgalité des impôts, de quelque espèce que ce soit;
Admission de tous les citoyens aux emplois civills et roililaires;
Déclaration de rétablissement prochain d'une justice gra* tuite, et de la suppression de la venante des offices;
Abandon des privilèges particuliers des provinces et de plusieurs villes, Paris, Lyon, Bordeaux, etc.
Suppression du droit de déport et vacat, des annates et de la pluralité des bénéfices;
Destruction des pensions obtenues sans titre.
C*ost donc de la nuit du 4 août que date raifranchissement dos paysans. Aucun des grands orateurs ,. qui déjà imposaient à rassemblée Tentraînement de leur parole, n'y prit part : Mirabeau, Barnave, Maury, Sieyès^ Cazalès dédaignèrent de s'^y faire entendre, mais les représentants de la nation cédèrent à une pression bien autrement puissante^ ils obéirent à la volonté de Jacques Bonhomme, qui, celte fois enfin, était le plus fort, et dont les hauts bourgeois du tiers état avaient besoin pour faire trembler la royauté, la noblesse et le clergé, afin de partager leurs privilèges. Aussi rassemblée put-elle faire une œuvre immense, et telle
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•qu'aucun souverain n'eût osé rentrepreiidre, se fût-il appelé Charlemagne ou Louis XIV-
L'énumération même des privilèges abandonnés attestait le nombre des abus et justifiait l'insurrection. Il y avait donc justice, et non lâcheté, à accorder au paysan ce qu'il réclamait, et loin de cacher la défaite du pouvoir et le triomphe de la révolte, l'assemblée, sur la proposition de l'archevêque de Paris, décida qu'un Te Deum solennel serait •chanté dans toutes les églises du mauroe; on institua une lête nationale anniversaire, on fit frapper une médaille commémorative, et l'on décerna à Louis XVI, bien innocent de toutes ces choses, le titre glorieux de restaurateur de la liberté française.
On put croire que c'était fait de l'ancien régime, que l'on en avait fini avec lui, et qu'il était vaincu pour toujours.
« En une seule nuit, écrivait Garât le lendemain même, la face de la France a changé ; l'ancien ordre de choses, que la force a maintenu malgré l'opposition de cent générations, a été renversé ; en une nuit, l'arbre fameux de la féodalité, qui couvrait toute la France, a été abattu ; en une nuit, le cultivateur est devenu l'égal de l'homme qui, en vertu de~ ses parchemins antiques, recueillait le fruit de ses travaux, buvait en quelque sorte sa sueur et dévorait le fruit de ses veilles; en une nuit, les longues entreprises de la cour de Rome, ses abus, son avidité, ont trouvé un terme et une barrière insurmontable que viennent de poser pour une éternité la sagesse et la raison humaine... En une nuit, la France a été sauvée, régénérée; en une nuit, un peuple nouveau semble avoir repeuplé ce vaste empire, et sur les autels que les anciens peuples avaient élevés à leurs idoles, . il proclame un Dieu juste et bienfaisant... »
Ce sont là de ces "généreuses illusions auxquelles on s'abandonne à tous les lendemains des révolutions et au milieu des enivrements du triomphe. Tout n'était pas fini, ccpcn-
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(laiit, les travaux imrpenses et les déchiremenls de trois assemblées nationales, les trahisons du roi, Témigration et sa lutte parricide, THurope lout entière soulevée contre la France, les conspirations, la Vendée, sa criminelle agression et sa résistance désespérée, prouvent assez que tout n*élail qu'ébauché encore, et que les dominateurs du peuple étaient toujours prêts à lui faire expier sa victoire d'un moment (i).
Rien n'était plus facile : il ne fallait pour cela que continuer le i août, crier avec le peuple, pour lui et plus forl que lui, se faire son ami à outrance, et le forcer de quitter ses armes, devenues inutiles en l'absence de toute opposition à ses vœux, de toute résistance à ses désirs; il ne fallait que feindre pour lui un amour désordonné, car l'amour désarme les lions, et quelques chiens suffisent ensuite pour les réduire (2). Au lieu de cela, le clergé défemlil pied à pied ses dîmes et ses possessions scandaleuses, la noblesse en appela à Dieu et à son épée, souleva la Vendée et ameuta l'Europe contre ce peuple altéré de liberté, ne sachant pas ce qu'était ce jeune Cid qui s'élançait sur la scène du monde pour y jouer désormais le premier rôle.
J'ai exposé la situation du paysan vis-à-vis de la royauté, de la noblesse et du clergé. Elle fut constamment lamentable, même pendant la période la plus glorieuse de la monarchie (3). Il me reste à dire quels étaient les rapports dos
(1) Un député de la l'ranchc-Conité dit, le 14 septembre : « On tiavaille pciur empêcher la proiaulgalion des décrets du 4 août* on prileiid qu'ils ne paraîtront pas. H est temps qu'on les voie munis du sec; u royal... Le peuple attend. » — Réimpression de Vancien 3Ionitein\ I, iOl.
(2) La Fonlaine, le Lion amoureux.
(S) « Jamais, il est triste de le dire, la condition des habitants de^ canii agnes n'a et»'; aussi niisénihlc (juc sous le règne de Louis XIV, H:r*n:o pendant l'adminislralion deColhcrl, c'est-à-dire dans la plus beli'^ périoile de ce règne et au conmicnccment de ces grandes et lalalr^ ;';ucrics qui en assomhrirenl la plus belle partie. » — Pierre Clément, Vie de Colhert, 278. .
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villageois entre eux, comment ils vivaient, c'est-à-dire comment ils travaillaient, produisaient et consommaient.
Que le lecteur veuille donc Lien me suivre dans un vilLigc d'autrefois, que je vais reconstruire de toutes pièces devant lui. Je vais lui montrer des choses bien étranges, difficilement croyables pour les hommes d'aujourd'hui, car coite curieuse et rapide excursion dans le passé nous permettra de constater que tout le travail agricole qui s'est exécuté non-seulement en France, mais dans toute l'Europe, ne Ta été et n'a pu l'être que par des travailleurs réunis, associés, groupés dans des communautés laïques calquées sur le modèle des communautés religieuses. Et qu'on le comprenne bien, ce ne fut pas exceptionnellement que l'agriculture fut pratiquée par de nombreux travailleurs unis d'intérêts.
L'association agricole fut le fait général et constant, depuis les premiers jours du christianisme jusqu'au xviii" siècle, durant lequel l'individualisme «grandit peu à peu, le principe de l'association s'amoindrit, pour disparaître enfin aux jours de la révolution, alors que, voulant briser tous les obstacles à l'établissement de l'unité nationale, la loi tua la commune comme personne civile.
C'est là un grand côté, bien inconnu, de notre histoire, mais il est facile de lui donner toute l'évidence de la vérité la plus incontestable.
i70 HISTOIRE DES PAYSANS.